‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 61 sur 113 · A la reine de Pologne · texte numérisé non relu

A la reine de Pologne

II annonce l'arrivée de quatre missionnaires. — Il énumère les fruits excellents produits par les séniinahes et conseille d'en faire l'expérience. — Il annonce que les fiUes de la Charité et celles de Sainte- Marie partiront au premier commandement.

6 septembre 1651.

Madame,

Voici enfin vos missionnaires qui se vont prosterner aux pieds de Votre Majesté sacrée, et vous offrir leurs très humbles ser-

vices. Ils ne sont que trois ou quatre, madame, bien que le dessein fût de vous envoyer huit ou neuf ; nous avons pensé que ceux-ci suffiraient pour un commencement, attendant que Votre Majesté nous fasse Tlionneur de nous commander de lui en envoyer d'autres. Ils ne savent pas la langue du pays, mais comme ils parlent latin, ils peuvent, dès à présent, s'occuper à élever de jeunes ecclésiastiques, tant à la piété et à l'usage des vertus, qu'à toutes les autres choses qu'ils sont obHgés de savoir et de faire. Votre Majesté, madame, leur en pourra faire avoir une douzaine pour commencer, et au bout d'un an, ce seront des ouvriers faits, que les nôtres pourront mener en mission, pour instruire les peuples de la campagne, dont la plupart ignorent les choses nécessaires à salut, et qui pour cela sont en danger de perdition, au dire de quelques saints. Si Votre Majesté approuve ce dessein, madame, et que le seigneur évêque qui en agréera l'exécution en son diocèse fasse comme ceux de France qui obligent les clercs, avant d'entrer aux ordres sacrés, de demeurer quelque temps auparavant en leurs séminaires, il ne se peut, madame, que le vôtre ne réussisse aussi bien que ceux-là, sans autres frais que le logement, l'ameublement et l'entretien des missionnaires parce que les séminaristes payeront leur pension. Il n'y a pas longtemps, madame, que nous avons des séminaires en ce royaume, et néanmoins les progrès en sont fort considérables. L'un desdits seigneurs évoques me fit l'honneur de m'écrire dernièrement qu'il ne se pouvait assez consoler de voir son clergé réformé par le moyen de son séminaire, établi seulement depuis huit ou dix ans et conduit par quatre prêtres de notre Compagnie.

On nous dit ici des merveilles de la sainteté de vie de Mgr l'archevêque de Wilna ; peut-être serait-il bien aise, madame, d'avoir cette sainte œuvi'e en son diocèse, sinon que Votre Majesté ait agréable de lui faire donner naissance à Varsovie pour la voir cultiver et pour en mieux reconnaître l'importance et les fruits.

S'il plaît à Dieu de bénir les saintes intentions de Votre Majesté pour l'entier bonheur de son royaume (lequel se peut vanter d'avoir une des meilleures reines du monde), elle ajoutera aux bénédictions que sa présence y a apportées une infinité d'autres biens, par l'avancement à la vertu de l'état ecclésiastique, par l'instruction de ses pauvres sujets, et de plus, madame, par l'étabhssement d'une nouvelle et sainte rehgion (1), comme

(1) Communauté religieuse.

d62 = SAIxNï VINCENT DE PAUL. — CHAP. V =^

est celle des religieuses de Sainte-Marie, qui donnera moyen à d'autres filles de s'}^ consacrer au bon Dieu et qui servira de remède au désordre des filles perdues ; et enfin par l'assistance des pauwes nialades au moj^en des filles de la Charité que Votre Majesté demande et qui se tiennent prêtes à partir. Quels biens peut-on entreprendre, madame, que ceux-là n'embrassent? et quelle sorte d'état y aura-t-il dans le royaume qui ne se ressente de votre incomparable piété?

A propos des filles de Sainte-Marie, madame, elles sont pareillement disposées à partir au premier ordre ; il est vrai que l'esprit malin, prévoyant le bien qu'elles doivent faire, a excité révolte de la part des parents, qui ont fait défendre à la supérieure d'envoyer leurs filles si loin, ce qui a été fait juridiquement par M. l'official, et ensuite par l'autorité de Mgr de Paris ; mais cet obstacle se lèvera facilement si Votre Majesté fait l'honneur audit seigneur archevêque de lui en écrire et de lui en faire dire un mot par la reine.

Je prie Notre-Seigneur, madame, qu'il tire gloire de vos desseins et sanctifie de plus en plus votre chère âme ; ce sont les grâces que je lui demanderai toute ma vie, qui suis en son amour de Votre Majesté, madame, le très humble, très obéissant et très obhgé serviteur, etc.

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