‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 62 sur 113 · A Monsieur Lam.'bert, supérieur, à Varsovie · texte numérisé non relu

A Monsieur Lam.'bert, supérieur, à Varsovie

11 lui envoie ses vœux de bonne année et lui expédie la relation de ce qui se passe aux Hébrides, — Sa peine à la nouvelle maladie de la reine. — Il remercie Dieu de la protection dont il couvre les missionnaires. — On va aviser aux moyens de secourir la Champagne. — ■ Il lui donne quelques nouvelles de la Compagnie.

De Paris, ce 3 janvier 165^.

Monsieur,

Je vous renouvelle les assurances de l'estime et des tendresses particuhères que Dieu m'a données pour votre personne, non seulement pour cette nouvelle année, mais jusqu'au delà des

siècles ; et je prie sa divine bonté qu'après vous en avoir donné un tout entier pour le servir en ce monde, il vous donne ensuite son éternité bienheureuse.

J'ai reçu vos deux lettres des 28 novembre et 5 décembre ; et sur ce que vous me mandez avoir fait lire à table la relation de Madagascar, je vous envoie celle des îles Hébrides, qui n'est pas si ample ; mais elle est pleine de sujets de consolation. On ne se dispose point d'envoyer en la première île ; ce qui nous met en grande peine pour celle que le bon M. Nacquart souffre, si d'aventure il est encore en vie.

Vos lettres m'ont fort consolé, mais ces consolations ont été suivies de doulem% voyant que vous me mandez que peut-être l'indisposition de la reine retardera le voyage que Leurs Majestés font en Lithuanie, tant la conservation de cette grande reine est précieuse à ses Etats et aux pauvres membres de Jésus -Clirist. Mon affliction s'est augmentée de ce que l'on dit ici que le général des Cosaques a commis quelques infidélités. Nous continuons à prier Dieu pom' le roi, la reine et leurs armées.

Je rends grâces à Dieu de ce que M. Guillot continue le soin des pauvres de Varsovie et de ce qu'il est bon prêtre. Je prie Notre-Seigneur qu'il le perfectionne de plus en plus, et lui rende le séjour et les occupations de Pologne plus agréables.

Vous avez raison d'admirer la conduite de Dieu sur vous et sur votre petite Compagnie, surtout de vous avoir tirés de la maison où vous logiez, dans laquelle sont mortes sept ou huit personnes depuis votre sortie. Il y a bien de la Providence en cela ; mais, monsieur, sur qui veillera-t-elle, si elle ne veille sur ses serviteurs? Et comme elle vous est extrêmement bonne et qu'elle a donné à la reine attrait pour votre étabhssement, il faut espérer qu'il se fera en son temps, nonobstant les rotardements arrivés jusqu'ici ; et alors cette même Providence ne vous laissera pas manquer de sujets pour faire son œuvi'e.

Je loue Dieu de ce que les filles de la Charité sont à Varsovie et dans l'occasion du travail ; Dieu veuille les y bénir et conserver. Je m'en allais chez Mlle Le Gras faire une petite conférence à ses filles, lorsque Mme la duchesse d'Aiguillon et la présidente de Herse m'ont envoyé quérir chez une d'elles, oii je suis, pour aviser aux moyens de secourir la pauvre Champagne, où les armées sont qui la réduisent en un pitoyable état. Je crains fort que nous ne puissions pas faire de grands efforts à cause que déjà il se fait une gTande dépense pour l'assistance de ce diocèse, pour lequel il faut que chaque semaine on envoie six ou sept

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mille livres. Tout Paris contribue à cela, et fournit de toutes choses nécessaires à l'homme pour la nourriture et le vêtement, pour la maladie et pour le travail. Il y a divers magasins étabhs en cette ville, où chacun porte ce qu'il a dévotion de donner. Il y a un tonneau dans le magasin oii l'on met le sel, qui ne se vide jamais, encore qu'on en tire tous les jours pour envoyer aux champs, comme on fait de tout le reste. Si j'étais à Saint- Lazare, je vous enverrais l'ordre qui se tient en cette sainte économie, qui a été imprimé. Messieurs du Saint-Sacrement font merveille en cette ville pour cela, et les rehgieux aux champs pour la distribution et l'assistance des pauvres gens. Nous n'y avçns que trois personnes, outre ceUes que nous avons encore à Étampes, parce que les prêtres qui nous sont morts nous ont empêchés d'en donner davantage ; et pour cela on a eu recours aux rehgions... (1).

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