EXTENSION MONDIALE DE SON OEUVRE
C'est à la suite de Louise-Marie de Gonzague, qui abandonnait la France pour aJler régner à Varsovie, que les premiers missionnaires gagnèrent la Pologne. Leur établissement y fut d'abord contrecarré par les jésuites, parce que la reine et son confesseur l'abbé Fleury étaient suspects de jansénisme ; mais ils s'imposèrent peu à peu par leur dévouement héroïque pendant la peste et pendant la guerre. Leur apostolat dans les campagnes et auprès du clergé, constamment interrompu par ce double fléau, porta néanmoins ses fruits. La Pologne catholique fut organisée, ou du moins furent jetées les bases d'une organisation solide qui a duré jusqu'à nos jours.
Si aux missions d'Italie et de Pologne nous ajoutons celles d'Hibernie, d'Allemagne, d'Espagne et de Portugal, nous aurons l'impression que, vers la fin du dix-septième siècle, les idées directrices de la réforme cathohque française avaient pénétré dans toute l'Europe. C'est un point de vue qu'il ne faudrait pas oublier, lorsqu'on parle de l'influence européenne de la France d'autrefois.
Le même esprit de prudence et de décision guide Vincent de Paul dans l'entreprise des missions au pays infidèle. C'est lui qui eut l'idée d'évangéhser Madagascar. Ici, les difficultés furent grandes et il n'arriva pas à les vaincre pleinement. Deux Compagnies rivales se disputaient le commerce de l'île, et comme il était nécessaire d'avoir recours à eUes pour le passage et pour le ravitaillement des missionnaires, chacune en profitait pour imposer de dures conditions. Guidé par son sens de la justice, Vincent de Paul aurait voulu donner des missionnaires aux deux Compagnies ; il dut renoncer à ce système qui le brouillait avec toutes les deux et il dut choisir. Il avait épuisé plusieurs années en vains efforts de diplomatie.
La mission fut retardée aussi par les difficultés de la
réformer les séminaires du sud de l'Italie, a fait appel à des prêtres français, aux disciples de saint Vincent de Paul. On voit par là combien l'œuvre du grand réformateur a gardé toute sa « vertu ».
17i SAINT VINCENT DE PAUL. — CIIAP. VI
traversée et la rigueur du climat ; ^ à deux reprises, le vaisseau qui portait les missionnaires fit naufrage aussitôt après avoir quitté le port. Arrivés à Madagascar, les envoyés de Vincent de Paul furent très éprouvés par les fièvres ; ils durent tâtonner longtemps pour apprendre la langue du pays ; et quand, par des efforts héroïques, ils eurent gagné quelques âmes, ils durent compter avec l'hostilité des princes indigènes. Feignant de vouloir se convertir au catholicisme, un chef barbare les invita à un. repas solennel et les empoisonna.
Malgré ces difficultés, la mission de Madagascar fut toujours chère à Vincent de Paul : il était convaincu que les sacrifices faits pour elle ne seraient pas perdus. H était dans le vrai. Ses disciples ont marqué l'île de l'activité de ]eur rehgion et de leur race, et ils l'ont préparée à devenir lentement chrétienne et française (1).
La mission la plus originale de Vincent de Paul fut celle de Barbarie. Pendant sa captivité en Alger, il avait observé l'organisation du gouvernement barbaresque et il s'était apitoyé sur le sort des captifs abandonnés à ses rigueurs. Aussi, un de ses premiers soins, quand la mission fut constituée, fut d'envoyer des missionnaires à Alger et à Tunis. Il les fit accepter d'abord comme attachés au service rehgieux des chrétiens captifs, des consuls et des marchands français. Mais peu à peu, l'autorité morale des missionnaires ayant grandi, tandis que celle des consuls diminuait, ils apparurent comme les seuls protecteurs des intérêts de la France. Ils devinrent ainsi, sans l'avoir cherché et bien malgré eux, de véritables consuls. Pendant un demi-siècle, ils gardèrent le consulat, et quelques-uns, comme les frères Le Vacher et le frère Barreau, l'exercèrent avec éclat. La correspondance que Vincent de Paul entretient avec eux a toute l'importance de documents diplomatiques. C'est lui qui les guide dans leurs démarches, qui leur transmet les conseils ou les ordres secrets du pouvoir
(1) Sur l'œuvre de Vincent de Paul à Madagascar, cf. Froideveau, les Lazaristes à Madagascar. Paris, Poussielgue, 1902.