Au frère Barreau, consul, à Âl(}er
Il compatit à toutes ses tribulations et lui indique la conduite à tenir désormais.
De Paris, ce 24 novembre 1656.
Mon cher Frèee,
J'ai reçu vos lettres des 13 juillet et 20 septembre, la première par voie de Tuiiis, qui ne contiennent que les peines où vous êtes pour vos engagements, et pour les dangers où vous êtes d'y entrer plus avant que jamais, soit à cause du change pour les sommes empruntées, soit par de nouvelles avanies dont vous êtes menacé. Vous ne doutez pas que ces choses-là ne me soient très sensibles, et si vous en doutiez je pourrais vous assurer que jamais affaires ne m'ont plus pesé que les vôtres me pèsent. Vous am'ez reçu quelque soulagement depuis ce temps-là par les trois mille cent hvres que nous vous avons envoyées dès le mois d'août. Mais pour moi je ne vois rien qui me soulage dans ma peine ; au contraire, vos lettres me donnent tous les jours de nouvelles craintes qu'au heu de voir la fin des accidents qui vous affligent, ils ne viennent à vous accabler. Que ferons-nous à cela, mon cher frère? Voilà un effort que nous avons fait pour vous donner ce secours : de vous en donner un plus grand, il nous est impossible pour le présent, car nous sommes grandement incommodés ; je n'exagère point. Reste de votre côté à retrancher quelque chose de votre dépense et de vos charités, ponr vous acquitter de vos épargnes, et.sm^tout de vous résoudre pour une bonne fois de ne rien avancer ou répondre pour qui que ce soit, comme aussi d'user de toutes les précautions imaginables pour ne donner sujet aux Turcs de vous tyranniser ; et s'ils le veulent faire sans cause, de ne vous étonner point par les menaces ni le mauvais traitement, car alors vous serez bien heureux, déclaré tel par Notre-Seigneur même, parce que
(1) L'original de cette lettre se trouve à Turin chez les Prêtres de la Mission. La signature et tout ce qui suit les mots : Oh sus, monsieur , ne vous découragez pas, est de la main du saint.
J8i = SAINT VINCENT DE PAUL. — CHAP. YI =
vous souffrirez pour la justice, à cause de lui ; au lieu que, si vous pensez vous tirer de leurs mains par de l'argent, ce sera rendre misérable, parce que, vous voyant facile à donner, ils vous feront souvent des querelles d'Allemand pour vous intimider. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne la fermeté qu'il faut, et la confiance parfaite que vous devez avoir en sa protection, pour ne vous laisser jamais aller qu'aux choses raisonnables. C'est tout ce que je vous puis dire. J'écris nos petites nouvelles à M. Le Vacher, qui vous en fera part.
Oh sus, monsieur, ne vous découragez pas : M. Blatiron travaille incessaimnent à. vos affaires ; je vous prie me mander si, en ce que vous me dites que vous devez, sont comprises les sommes que vous donnent ceiix de Gênes ; au reste, je suis toujours dans l'espérance que Notre-Seigneur nous assistera pour remédier à vos besoins. Je salue M. Le Vacher, prosterné en esprit à ses pieds et aux vôtres.
Votre très humble serviteur, etc.