‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 71 sur 113 · A Monsieur Get, supérieur, à Marseille · texte numérisé non relu

A Monsieur Get, supérieur, à Marseille

II le remercie de sa visite au chevalier Paul. — Il le prévient que le roi ne fournira pas d'argent pour une expédition en Barbarie. — Il examine qui il pourrait plus utilement envoyer à Alger. — Il annonce un envoi de trente mille hvres.

Paris, 7 jum 1658.

Monsieur,

J'ai été fort consolé de votre lettre qui m'apprend voire voyage de Toulon et ce que vous avez négocié avec M. le commandeur Paul ; en quoi il me semble que vous ne pouviez agir avec plus de discrétion et de succès que vous avez fait. Je rends grâces à Dieu, monsieur, de celle qu'il vous a fait trouver dans

le cœur de ce vaillant lioiniiie et de la disposition qn'il a d'aller en Bar))arie faire les choses ([ne vons nie mandez. J'ai mis en délibération si je devais me donner Phonnenr de lui écrire pour Ten remercier ; mais je m'en suis trouvé indigne, pour n'avoir des paroles répondantes à l'honneur de son affection et à la grandeur de son courage. Je me propose seulement de célébrer la sainte messe en actions de grâces à Dieu des témoignages qu'il vous a donnés de l'une et de l'autre, et pour prier sa divine bonté qu'elle le conserve pour le bien de l'État et bénisse ses armes de plus en plus.

J'attends que vous me mandiez la résolution que MM, de Marseille ont prise à la suite de la remontrance que vous leur deviez faire de sa part ; et pour vous dire ma pensée à vous, s'ils refusent l'entretien de l'armée pendant les deux mois, je n'estime pas qu'il le faille attendre du roi, à cause du siège important de la ville de Dunkerque (1), par mer et par terre, et d'une autre place considérable qu'il va assiéger en même temps, à ce que l'on dit ; à quoi il ne donne pas seulement ses soins et sa présence, mais je pense qu'il y emploie tout ce qu'il peut de sa finance, et qu'ainsi la proposition qu'on lui pourrait faire à présent d'en divertir une partie pour un autre dessein, qu'il n"a pas tant à cœur, serait mal reçue.

Cela étant, monsieur, il me semble qu'en attendant ce qu'il plaira à Dieu ordonner de cette entreprise projetée, il faut envoyer quelqu'un en Alger pour négocier avec le pacha et la douane la décharge du consul des dettes de Rappiot et du vaisseau dont on veut le rendre responsable, et pour connaître ses dettes légitimes et ses véritables créanciers. Afin de n'employer l'argent mal à propos, nous avons défibéré ici si nous y enverrions M. Huguier ou le frère Duchesne, ou un frère que nous avions ici, qui est assez intelligent et homme de cœur. Pour le frère Duchesne, nous pensons bien qu'il ferait bien cela, mais nous craignons qu'on n'en fasse état et qu'on le méprise, à cause de ce qu'il a été esclave en ce Heu-là. Pour le frère de céans, il n'en entend pas la langue, qui est un grand empêche-

(1) Dunkerque était défendu par les Espagnols, sous les ordres de Don Juan d'Autriche et de Condé. Turenne les attaqua avec l'armée anglo-française, qu'il commandait, et, le 14 juin, les mit dans une déroute complète à la bataiUe des Dunes. Dunkerque se rendit le 25 juin. Suivant les traités, elle revint aux Anglais ; mais en 1662 Louis XIV la racheta.

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ment, et ainsi nous sommes revenus à M. Huguier, en qui ces défauts ne se trouvent pas, mais bien plusieurs bonnes qualités pour réussir mieux que les autres en cette négociation. M. Le Vacher nous a dit pourtant que, parce qu'il est prêtre, les Turcs lui pourront faire quelque avanie ; mais j'ai peine à le croire, parce qu'il leur déclarera d'abord ce qu'il est et ce qu'il va faire, qui est de racheter quelques esclaves, comme en effet nous lui donnerons quelque argent pour cela. Je lui propose donc ce voyage par la lettre que je lui écris aujourd'hui pour savoir sa disposition.

M. Le Vacher partira pour Marseille dans dix ou douze jours. Dieu aidant, n'étant pas expédient qu'on le voie à Paris après les quêtes qu'on y a faites auxquelles il a beaucoup travaillé.

Nous savons envoyé trente mille livres à M. Simonnet, j'attends leur lettre de change pour les recevoir à Marseille de M. Napollon. Nous sommes convenus que le payement vous sera fait en monnaie de France; en cas que vous ne puissiez pas vous accorder du prix des piastres, et afin qu'ils puissent trouver d'autre argent, la lettre ne sera payable qu'à quinze jours de vue. Voici cette lettre que je vous envoie. Je suis en peine du heu où vous garderez cet argent ; je crains qu'il ne soit point en sûreté chez vous qui êtes logé hors de la ville, et la pensée m'est venue si vous ne feriez pas bien de le mettre aux carméhtes, oii il n'y aurait rien à craindre en y faisant porter votre coffre-fort à deux serrures ; car je pense que vous en avez un. Si néanmoins vous croyez que la somme soit en assurance en votre maison et dans ce coffre, vous en userez selon votre sagesse ordinaire. Priez M. Napollon de ne point dire que vous Pavez, de crainte que la nouvelle en aille jusqu'à Alger.

Je ne suis pas d'avis que vous acceptiez pour le présent l'offre que vous a faite une personne de vous faire déhvrer en Alger trois cents piastres en les lui délivrant à Marseille. Il ne faut plus rien envoyer au consul qu'on ne hii envoie, tout et qu'on ne sache à quoi il emploie l'argent.

Nous avons reçu deux écus pour deux forçats : Pun pour Nicolas Bonnet et l'autre pour Antoine Auroy. Je prie M. Huguier de les leur donner, car je pense qu'ils sont tous deux à Toulon. Je suis, en Notre-Seigneur, votre, etc.

P. -S. — M. de Brienne a dit à M. de Lamoignon, qui me l'a rapporté, qu'il a mis dans les ordres secrets qu'il envoie à M. le commandant Paul celui d'aller à Alger. Voici une lettre que le

roi lui écrit et une autre de M. le cardinal : vous les apporterez, s'il vous plaît, ou les ferez rendre par M. Huguier; le premier me semble le meilleur, sauf votre meilleur avis ; vous en userez selon votre prudence.

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