‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 87 sur 113 · Â Monsieur Rivet, prêtre de la mission, à Saintes · texte numérisé non relu

 Monsieur Rivet, prêtre de la mission, à Saintes

II lui trace la conduite à tenir à l'occasion de certains bruits souterrains qui l'épouvantent. — II l'engage à payer les frais de maladie d'un serviteur, et de plus à lui donner ses gages intégralement.

17 septembre 1656.

Monsieur,

Je suis beaucoup en peine de celle que votre famille souffre par ces bruits réitérés et souterrains qu'elle entend chaque nuit. La première pensée qui m'est venue sur cela, est que quelqu'un fait ce bruit pour s'égayer et rire de votre étonnement, ou bien à dessein de vous ôter la quiétude et le repos, et à la fm vous obliger à quitter la maison : c'est aussi la pensée qu'a eue M. le pénitencier, à qui j'ai communiqué votre lettre ; et je m'y confirme d'autant plus, qu'il est ci-devant arrivé dans Saint-Lazare quelque trait semblable : quelques personnes pour se divertir firent résonner une voix étrangère et lugubre pour en effrayer d'autres. Or, si ce bruit est comme d'un soliveau qui tombe à terre du haut d'une maison, comme vous le dites, il a aussi quelque rapport au bruit d'une crécelle dont on se sert le vendredi saint pour appeler le monde aux offices de l'EgUse, lorsqu'on l'entend de loin : ce bruit retentit dans toute la maison ; et s'il se faisait dans une cave, il la ferait résonner. Il se peut donc faire, monsieur, que ce soit quelque chose de pareil que vous entendez : que ce sont des grands coups que l'on donne sur du bois dans quelque bas Heu, ou chez vous-même. Si cela se fait pour rire, on ne discontinuera pas, sachant la frayeur que vous en avez ; mais si c'est pour une mauvaise fin, ou que l'on travaille à quelque fabrique défendue, comme à battre de la monnaie, ainsi que quelqu'un se l'est imaginé, ils pourront cesser quand ils entendront parler communément du bruit sourd qu'on entend de nuit, craignant de se découvrir tout à fait et s'en iront dans un autre quartier. Prenez donc garde, s'il vous plaît, que ce ne soit quelque artifice humain. Que si vous n'en pouvez avoir aucune conjecture, mais que vous ayez quelque })robabinté que ce soit quelque esprit follet ou malin qui fasse ce bruit pour vous troubler, en ce cas, dit M. le péni-

tencier, il faudrait recourir aux bénédictions que l'Eglise permet en telles vexations, faisant quelque aspersion d'eau bénite et récitant quelques psaumes propres qui sont dans le rituel ; et, sans se contenter d'une fois, le faire par trois diverses fois : ce qui aurait plus d'effet, s'il plaisait à Mgr l'évêque de faire lui-même ces actions. Vous verrez, monsieur, s'il sera en lieu et en état d'en prendre la peine; et en ce cas, suppliez-l'en instamment, puisqu'elles auront une toute autre vertu en lui qu'elles n'auraient en un simple prêtre; mais assurez-vous auparavant, ainsi que je vous ai dit, que ce bruit extraordinaire ne vient point des hommes. Au reste, monsieur, d'oii qu'il puisse venir, et quoi qu'il puisse arriver, il ne s'en faut point mettre en peine, mais en méprisant tout cela, demeurer en paix t vous n'en recevrez aucun mal, si Dieu ne le veut ; et s'il le veut, ce sera pour un bien, puisqu'à ceux qui le servent tout tourne de ce côté-là.

Si vous pouvez payer à votre domestique les gages pour les quatre mois de sa maladie,' et tout ensemble l'acquitter des frais des remèdes et du médecin, je pense que vous ferez bien, puisque c'est un pauvre homme et bon serviteur, etc.

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