‹ Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 1672-1900Chapitre 4 sur 15 · LE CURE PORLIER · texte numérisé non relu

LE CURE PORLIER

SOMMAIRE : M. Porlier jotie un rôle dans la iruerre des Hostonais contre le Canada en 1775 et 1776 — Ses parot&siens lebellesà la couronne brit<inniquu. — M. de Beaujeu et les royalistes. — Incendie de l'égalise en 1766.— Sa recua:*tructiun*. — Administration de M. Porlier.

M. P.-A. Porlier était né à Montréal, le 19 mai 1725. A vingt-trois ans il recevait l'onction sacerdotnle ; c'était en juin 1748. L'année suivante, il arrivait à Sainte- Anne.

Ce jeune prêtre était bipn doué sous tous les rapports. Sa correspondance avec l'évêque dénote un grand zèle pour le bien des âmes ; le laisser- aller qui y règne prouve qu'il était sur un bon pied d'amitié avec les autorités ecclésiastiques de son tem{<8. Mgr. Briand, entre autres, semblait jouir de son entière confiance, car il le consultait souvent, s'en rapportant surtout à lui, qu'il fût grand-vicaire ou évêque, soit I our élucider des points de morale théologique, soit pour la gouverne de sa paroisse dans des circonstances diflBciles. Il en rencontra même de pénibles lors de la guerre des Etats-Unis contre le Canada, en 1775 et 1776, guerre dont le contre-coup se fit sentir jusqiie dans nos campagnes du bas du fleuve. M. Porlier joua un certain rôle au milieu d(s siens. Il a laissé le récit

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de cfs événements dans un mémoire que l'on retrouve dans les archives de Parchevêché de Québec. Ce document inédit est intitulé comme suit : " Mémoires d'observations sur la conduite des habitant» des deux pareâbses de Sainte- Anne et de Saint-Koch au sujet de l'invasion dos Bostonais rebels de l'exécution des ordres de Son Excellence Monsr. de Carleton Pour les repousser de la pointe Lévi sous les ordres de Mr 4e Beaujeu."

Pour Tint* Iligence plus complète de la question, qu'il suffise de rappeler qu^aprèsla déroute de Montgomery et d'ArnoUI, les Yankees ne se tinrent pas pour battus, et dans leur plan de revanche, il se fortifièrent à Saint-Roch, sur les buttes à Nepveu et à Lévis. Wooster, leur général, s'efforça d'enrégimenter des Canadiensfrançais et il réussit dans une certaine mesure à convaincre plusieurs habitants des campagnes de la rive sud qu'il y allait de leur intérêt d'épouser la cause américaine. M. de Beaujeu, seigneur de l'Ile-aux-Grues et capitaine de milice, se mit en frais do vouloir déloger l'ennemi, et dans ce dessoin il fit une levée de troupes royalistes dans ces mêmes campagnes de Saint- Thomas jusqu'à la Rivière-du-Loup. Il recruta ainsi 350 soldats. Mais, les Américains, avertis de ce qui se tramait contre, eux, n'attendirent pas qu'on vint les attaquer à Lévis ; ils coururent au devant de l'avant-garde de M. de Beaujeu, composée de soixante hommes. La rencontre eut lieu à Saint-Thomas ; cette poignée de Canadiens fut mise en pleine déroute par les Bosionais, beaucoup plus nombreux et mieux

ariiK'fi. Cinq soldats canadiens furent tués et dix blefs^s, et parmi ces dernière se trouvait raumôuier, M. BaiJIy. On dit que dans cette rencontre des enfants combattirent contre leur père, des frères contre Uurs frères. M Porlier, ne ]:ut réussir à empêcher quelques-uns de ses paroissiens de prendre fait tt cause pour les IJankees.

Son " Mémoire " est quelque peu diffus. Il en ressort que les Bostonais avaient envoyé des émi8^aires à Sainte-Anne et dans 1^ voisinage pour y faire des enrôlements d'hommes et des achats de provisions. Il arriva un jnur à Sainte- Anne un nommé Pierre Aiot ou Hayot, porteur de proclamations à l'effet de séduire les gens. Un habitant des plus aisés, du nom de Germain Dionne, et son cendre Clément Gosselin, se mirent à la disposition du traître Hayot et ils réussirent à enrôler, malgré le curé, un certain nombre de " meurt-de-faim ". Il y eut à ce propos plusieurs réunions de rebelles à la couronne britannique. Ce mouvement déloyal fut bientôt réprimé, et M. de Beau jeu r<cruia à Sainte- Anne même plusieurs soldats qui devaient l'aider à chasser les Américains.

M. Porlier se montra dans cette circonstance à la hauteur de sa* position, et l'on constate qu'il jouissait de la confiance du lieutenantgouverneur Carleton et de M, H. Cramahé, ancien administrateur de la Province.

Une forte épreuve pour le cœur de ce prêtre distingué, fut la destruction de son église, le 13 octobre 1766. C'était à trois heures de l'aprèsmidi. Un couvreur avait été chargé par M Porlier de renouveler la toiture en bardeaux. L'ouvrier imprudent s'était imaginé de mettre le

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^eu à des tas de ** ripes " et de copeaux qui,

^'après lui, gênaient «es mouvements. Le vont

■^^élewsk tout-à coup, qui transporta, en les faisant

tourbillonner, ces brasiers jusque «ur le toit de

r<5glise. Tout ftat consumé dans l'espace d'une

-tieure. Le curé, qui était à iion presbytère,

-appela au secours les femmes et les enfants et

put sauver ainsi tous les orneeientA et le Saint

Sacrement qu'il déposa dans ui>e chambre de

son presbytère.

Comme les murs étaient restés intacts, Ton mit poft de temps à réparer le désastre. Dix -charpentiers »e m^irent à IVBUvre, et la couver- -ture fut renouvelée Avant les gros froids de l'hiver. Le curé, entre temps, avait OTganisé ^es quêtes pour l'aider à défrayer la dépense de ■2455 liv^^es que ces travaux coûtèrent. Ces quêtes produisirent la faible somme de 342 livres. La Rivière-Ouelle donna 86 livres, Kamouraaka, 115, le Cap Saint-Ignace et l'Islet^S, les Sauva- ^ges 18, et le tronc du jubilé 65. La paroisse dut fournir le reste ; elle l'emprunta pour en faire la remise au curé qui en avait fait l'avance.

Cette épreuve futcause que M. Porlier voulut abandonner sa paroisse. Il se «entait attristé et dtcouragé. S'étant ouvert à Pévêque de son dé- •cir de changer de cure, celui-ci lui offrit d'aller <!omme missionnaire diez les Tamârois. Mais il »ne voulut accepter qu'à des conditions aux- 'Ouelles l'autorité ne put se rendre. En 1769 M. roriier efH pu être nommé curé de Québec, «'il 4'avait voulu. Cette fois encore il posa ses con- Klitionsqui ne furent pas agréées : Ce fut M, Dosque qui reçut la nomination.

Quelques années plus tard, en 1674, M. Porlier manifesta à l'évéque ses intentions au sujet "de laeure tle Québec, devenue vacante encore

une fois. Il ne demandait pas la cure, mais il dit qu'il ^accepterait, si on la lui offrait.

M. Porlier quitta Sainte-Anne en 17/8. Il aurait d^^siré un canonicat, et il en fit même la demande à Mgr Briand, qui le traitait bien d'habitude; mais celui-ci mû sans doute par de bons motifs, croyant aussi que ce prêtre était encore apte à rendre des services dans le ministère des âmes, reiusa le canonicat et la cure de Varennes qui souriait à M. Porlier. Il obtint celle de Saint- Ours où il mourut en 1790. M. Porlier avait été curé le Sainte- Anne pendant vingt-neufans. M, l'abbé Paradis, auteur de "Notes historiques" sur Sainte- Anne, en parle ainsi : " M. P.-A. Porlier eut une administration bien remplie, si j'en jugr- par le grand nombre de lettres qu'on a de lui sur toute espèce de sujets... Monseigneur Briand parait avoir eu en amitié et en grande estime ce bon curé, car une grande intimité et un grand laisser-aller régnent dans leurs nombreuses correspondances. Dans les registres de baptêmes se trouvent deux approbations épiscopales : l'une en date du 7 juillet 1750, donnée par Monseigneur de Pontbriand, et l'autre, le 5 juillet 1775> donnée par Monseigneur Briand, dans le cours des visites épiscopales. M. Porlier observait, paraît-il, très strictement la résidence, ear j'ai cherché en vain une autre signature que la sienne aux actes de baptêmes, sépultures et mariages pendant les vingt-neuf années qu'il a été curé de Sainte- Anne. On doit en conclure aussi qu'il avait une excellente santé,"

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