LES CURES DE SAINTE-ANNE
SOMMAIRE : Les successeurs de M. Porlier à )a cure de Sinit-Annc — MM I-« f bvre et Foucher.— Construction d' I iM u\c t éijlise au centre delà paroisse. — La fête de Ja bonne saintt. Aune —Pourquoi elle fut interdite. — Le vieux cimetié'e du haut de la paroisse restauré en iSgS.— ^ Nombre d'inhum itions faites dans le cimetière jusqu'en 1804 — M. le curé Griault,
De 1778 à 1780 la paroisse de Sain te- Anne fut tour à tour desservie par M. Pierre Hu et de la Valinière,8ulpicien,et M.Jean-Baptiste Deguire, qui n'y séjournèrent qu'une année seulement.
Aupsi leur administration n'offre aucune particularité saillante. M. de la Valinière eut quelques mécomptes, et il se plaignait de l'ingratitude des gens. Il était natif de Varades, dans le diocèse de Nantes, et était arrivé sous diacre en 1754. En 1779, il dut quitter le Canada, d'après l'ordre du gouverneur : il se réfugia à Baltimore, chez les Sulpiciens. M. de la Valinière revint au Canada en 1792, et il finit ses jours à Paris en 1806, à l'âge de 74 ans.
M. Jean-Baptiste Deguire avait été ordonné en 1779, et Sa in te- Anne fut sa première cure. Quand il mourut, en 1815, il était curé de Vaudreuil. Avant d'être prêtre, M. Deguire s'était marié, et il avait eu un fils, Joseph, qui, devenu
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prêtre à son tour, lui tint lieu de vicaire à Vaudreuil.
M. Jean-François Xavier Lefebvre succéda à M. Deguire en 1780, Son administration assez heureuse, dura quatorze ans. C'était un prêtre soigneux, et tout à sa besogne. Sa correspondance démontre qu'il suivait avec attention la conduite de ses paroissiens, et pour la rendre meilleure, il ne se gênait pas de consulter les autorités ecclésiastiques de qni il relevait. C'est ainsi. qu'en 1781, il écrivait à l'évêque au sujet d'nn nommé William Ross, surintendant des pilotes à l'île du Bic, qui se plaignait que son banc à l'église avait été vendu sans sa permission. Jl reçut l'abjuration d'un allemand du nom de Jean-Christophe Schmidt. Ce Schmidt épousa le 20 juin 1785 Marguerite Arcouet. H était natif de Crafenrode, en Allemagne. Il y avait à cette époque plusieurs familles allemandes dans le pays. Ce fut par son entremise que la fabrique fit en 1781 l'acquisition d'un calice, d'un ciboire, d'un soleil et de burettes d'argent, au coût total de 1068 livres, dont il avait fourni de sa bourse 264 livres. En 1782 il acheta un ostensoir, une paix d'argent, une boîte d'argent pour conserver les saintes huiles, un bénitier d'argent et un ornement rouge et blanc, qui coûtèrent 1982 livres. En 1784, il acheta un antiphonaire, un psautier et un graduel pour la somme de 2,700 livres.
M. Lefebvre mourut à Sainte Anne et fut inhumé dans l'église, le 27 mai 1794. Ce fut M. Bernard-Claude Panet, alors curé de la Rivière- Ouelle, qui présida à ses obsèques. M. Joseph Verreau, curé de Saint-Roch lui avait, administré les derniers sacrements. M. Lefebvre naquit
à Québee, le 80 janvier 1745 r il n'était donc âgé que de quarante-neuf ans lorsqu^l mourut.
La paroisse de Sainte-Anne n^eut pas de curé avant ^automne de 1794. Elle fut desservie dans l'intervalle par M. Charles Genêts. Arriva, en octobre, M. Charles Chau veaux, prêtre detrente-huit ans, et de constitution délicate. Il mourut deux mois après son installation, et il fut inhumé au commencement de décembre, dans Péglise, à côté de son prédécesseur M. Lefebvre. M. Chauveaux était un prêtre d'.une grande distinction. Malheureusement il ne vécut pas assez vieux pour donner la mesure de ses talents, mais le clergé avait déjà appris à apprécier ses vertus sacerdotales
Les ossements de MM. Lefebvre et Chauveaux furent exhumés en 1802, et placés dans la nou-^ velle église, sous la chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue.
A la mort de M. Chauveaux, M. Panet curé de la Rivière-Ouelle, fut chargé de la paroisse de Sainte-Anne jusqu'à l'arrivée de M. Antoine Foucher en mai 1795. Dans l'intervalle les habitants, tout alarmés de se voir sans prêtre au milieu d'eux avait adressé à l'évêque une requête demandant la nomination immédiate d'un curé. Cette requête, assez curieuse était signée par les citoyens dont les noms suivent :
Augustin Dionne J.-B. Cazes
Joseph Roy L.-F. Du pu y
Pierre Dionne Joseph Sasseville
François Aubut Zacharie Ouellet
Basile Ouisse François Ouollet
Moïse Hudon Pierre Sirois
Pierre Fournier Joseph Dionne
Jërôme Carron Sébastien Ouellet
Jean Bouchard Jos. Lussier
M. Antoine Foueher avait été curé de Saint- Henri de Maacouche avant de venir à Sainte- Anne. C'était un prêtre gui comptait vingt années de sacerdoce ; il avait donc toute Texpérience nécessaire pour prendre charge de cetteparoisse as&ez florissante. Aussi ce fut durant sa gestion que fut*con s truite une église dans u» endroit plus central. Malgré tout Tattrait et les commodités que le voisinage de l'ancienne pouvait apporter aux nouveaux colons, ceux-ci s'étaient établis peu à peu vers le bas, et en 1744 le plus fort noyau de la population était de ce côté. Consulté alors sur là propos de construire l'église x)ù elle est aujourd'hui, Mgr de Pontbriand avait recommandé aux habitants d'accepter le don du terrain et puis d'attendre de» circonstances plus favorables pour bâtir. Mai& en 1750 il révoqua cette permission, pour de& motifs qu'il serait oiseux de faire connaître. En 1795, les circonstances ne se trouvant plus lea mêmes, l'évêque approuva le changement, et M. le curé Foueher se mit résolument à l'oeuvre. On acheta le terrain de Jean-Baptiste Pelletier au prix de 750 livres de vingt sous. Le seigneur Smith renonça à tous ses droits sur le lot,^ qui comprenait environ six arpents en superficie. Il fallut cinq ans pour construire l'église, car l'on constate qu'en 1800, le curé disait la messe dans l'église neuve.
(Je fut sous M. Faucher que l'autorité ecclésiastique, justement alarmée à la vue des désordres causés par l'ivrognerie, dont la recrudescence se faisait surtout sentir lors de la fête de
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sainte Anne, patronne de la oaroîsse, en ordonna la euppressiijn en date (lu 10 juillet 1806. Los Sauvages du N ou veau-Bru nswick contribuaient pour une large pirt à ce malheureux état de choses. Nous en avons ta preuve par une lettre que M. Iiouis-Joseph Deejardins écrivait â M, Paînchaud, alors qu'il était missionnaire dans la Baie des Chaleurs : " Arrêtcz-doho les Sauvages voyageurs qui passent che? vous en pèlerinage pour la grande Sainte-Anne du Nord. Ils se coupent la gorge à i* Poiote-Lévy ; on dit qu'ils vous ont donné ausâi du chagrin à Ristigouche ".
La fête de sainte Anne reprit vigueur soue M. Painchaud, qui avait une dévotion particulière à la grande thaumaturge du Canada.
M. l'abbé Paradis écrivait en 1869 : "Quelque» paroissiens de Sainte-Anne se rappellent encore bien de M. Foucher ic'étaitunaimablehomme, jovial et bon causeur. Eicellent chantre et prédicateur renommé, il faisait l'orgneil do ses paroissiens dont il était très aimé et qui le virent avec peine demander son rappel. On dit que M. Foucher regretta lui-même amèrement d'avoir donné sa démission; mais le coup était porté, l'évéque ne rendit pas sa parole au bon curé qui partit les larmes aux yeux ".
M. Foucher fut aussitôt nommé curé de Lachenaie, et il y resta jusqu'à sa mort qui arriva lelorjuin 1813.
Ce fut sous l'administration de M. Foucher,
pendant qu'il veillait à la construction de la
Sglise que fut ouvert en octobre 1799
ère dans le centre de la paroisse, à.
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deux pas de cette église. (1) Jusque là l'on avait déposé les restf s mortels des paroissiens dans un cimttière situé à proximité de Péglise du haut de la paroisse. Quatorze cent cinquante six personnes, y compris les enfants, reposaient encore dans ce champ mortuaire en 1896, (2) lorsque M. Tabbé Fraser, curé de Sainte Anne, se mit en frais de. relever les murs ruinés de cette nécropole abandonnée à elle-même depuis un siècle. Cette heureuse idée fit vite son chemin et le 17 septembre de la même année, il y eut à cette occasion une grande cérémonie religieuse qui attira non seulement les habitants de Sainte-Anne, mais aussi ceux de la Eivière- Ouelle, de Saint-Koch, de Saint-Jean, de l'Islet, de Sainte-Louise, de Saint-Onésime, de Saint- Pacôme, de Saint-Denis, de Saint-Pascal, de Kamouraska, de la Kivière-du-Loup et même de Québec. Plus de deux mille personnes assistèrent à cette fête paroissiale consacrée à la mémoire de cette petite armée dedéfunt8,ancêtre8 d'un grand nombre de personnes présentes.
Une grande croix en fer découpé repose sur une base en marbre où se lit Tinscription suivante :
" C'est ici le premier cimetière de Sainte- Anne de la Pocatière où reposent les corps de quatorze cent cinquante-six défunts inhumés durant la période de quatre- vingt quatre ans et neuf mois.
(i) La première sépulture qui y fut laite, fnt celle de François-Maurice Pelletier, arrière {2^rând-père de l'honorable Louis* Fhiiippe Pelletier. La dernière eut lieu en novembre iSpi, 5*95 personnes y furent enterrées.
(a) Comme il existe une lacune dans les registres, du la juillet X755 au zo novembre 1759, il est assez probable qu*il y eut un plus grand nombre d'inhumations dans ce cimetière.
"Leurs desconilante reconnaissants ont érigé •ce monument à leur mémoire le 17 septembre 1896."
Cet hommage de reconnaissance fait honneur aux paroissiens de Sainte-Anne, mais M. Tabbé Fraser, en y attachant son nom, s'est assuré la gratitude de sa paroisse, peut-être s'est-il fait là-haut un groupe d'anus et d'intercesseurs qui l'aideront à trouver moins lourd le fardeau eurial.
Au nombre des personnes inhumées dans le premier cimetière nous trouvons le plus fréquemment les noms de famille qui suivent :
Ouellet, Grondin, Pelletier, Dionne, Martin, Miville, Pinel dit Lafrance, Lagacé, Boucher, etc.
Parmi les personnes les plus marquantes, l'on remarque Joseth Dionne, le premier notaire décédé à l'âge de 76 ans ; Augustin Eoy-Lauzier, capitaine de milice, décédé le 12 avril 1790, à l'âge de 88 ans et 7 mois ; son fils Augustin, marchand ; J. Pelletier,capitaine de milice,mort le 15 décembre 1797, à l'âge de 49 ans ; le docteur Jean Dalen, décédé le 7 janvier 1747 ; le docteur Pierre le Breton dit la Lancette, décédé le 9 août 1796 ; plusieurs marchands, entre autres Joseph Meneux-Châteauneuf, décédé le 28 juin 1751, Joseph-Lefebvre Duchonquet, décédé le 29 juillet 1768, Jean-François Caron décédé le 13 avril 1790 ; Jacques Bois, lieutenant de milice ; Bernard Lizotte, capitaine de milice, décédé le 9 octobre 178i\
li s'y trouve plusieurs octogénaires et une centenaire : celle-ci s'appelait Marie-Anne Héron, veuve de Jean Laveau, morte en 1793, à Page de cent cinq ans. Parmi les octogénaires citons ; Sébastien Bonin (1741), Alexandre Dubé (1782)
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Jean Laveau {1760) 'et Louis-ïgnaoe BouohcT ^1786) morts à quatre-vingts ans ^ François- Marie heSehvre <1786) et Antoine Gagoon ^1798) morts à quatre-vingtHin ans ; Joseph Lusotte (1789) mort à miatJ?e-vingt-deux ans ; Jean DioniieO^^S) et Pierre Jovin (1766) morts à Vtge de -quatre-vingt-quatre ^ns ; Amable Jérôme Dupuis (1780) et Josei>h Lagacé (1796) mcjrts A quatre-vinjgt-cinq Ans ; Bené Ouellet p722) et André Lagacé {1727) nK)rtB à quatre-vingt-sept ans ; Etienne Orondin (1796^ mort à quatrevingt-huit ans ; et Pierre Miville <1787) mort à quatre-vingt-neu f ans.
Il existe depuis 1891 un nouveau cimetière, «itué à -une vm^ine d'<arpent« à Test de réalise, près des puis 4 on l'appelle " le cimetière des pins *'. Il fut béni le 6 novembre par M, l'abbé Emile Dionne, professeur au collège. On y a déjà inhumé plus de quatre cents personnes.
M. Jean-Baptiste Oriault vint À Sainte- Anne dars l'uutomne de 1806. Il -avait dû quitter la ■cure du Oap Saint-Ignace pour plaire à son supérieur, car ilavait contracté dans cette paroisse «des attaches qui lui semblaient impossibles à r( mpre. Cependant il accepta le changement,et 45ainte-Anne lui fit sans doute oublier les beaux jours de «on existence au Cap ; il y vécut heureux, ma^résa faible 4santé et ses habitudes sédentaires. M. Oriault avait la spécialité de ebanter très mal : on dit même qu'il ne chantait pas du tout, et que c'était le mattre chantre qui le suppléait dans les intonations et même dai»s le chant de la '^ Préface " et du " Pater ". Il confessait toujours dans 8a chambre au presbytère, de peur de contracter quelque maladie à Péglise. Sa naïveté était charmante, et les
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vieux racontent de lui des anecdoteo fort déaopilatitea.
M. Griaiilt eut d'abord pour vicaire en 1813, M. ChÈvrefild, et en 1814 M. Antoine Manaeau qui assista à ea mort, le 8 mai 1814. MBrB.-C. Pan et, curé delà Etvière Quelle, présida aux funérailles du défunt, qui fut inhumé dans l'église, à côLé de MM. Lefebvre et Cbauvoaux. Ce fut en 1808 que M. Fournel, notaire, demanda que le vieux presbytère et son emplacement . fussent vendus pour construire une maison d'école,
M. Manaeau resta à la tête dé la paroisse jusqu'au mois d'aofit, puis M. F.-X. Marcoux vint le remplacer en attendant l'arrivée d'un nouveau curé. Ce fut M. Charles-François Painchaud qui prit chaîne de la paroisse à l'époque de la retraite ecclésiastique.
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