LE CURE PAINCHAUD
SOMMAIRE : Arrivée de M. Painchaud.— Réformes à opérer. — Charité du nouveaa curé. — ^Soins qu'il donne aux malades. — M. Painchaud apprécié coitime curé et comme écrivain. — Son hospitalité — son dévouement à. l'éducation de la jeunesse.— Sa résolution de bâ'ir un collège. — Préliminaires de cette fondation.— Travaux des paroissiens. — Bénédictioa de la première pienre d« collèjfe.
Sainte- Anne, en 1814, comptait plus d'un fiiècle d'existence, et cependant c'était encore une paroisse mal organisée en dépit de son antiquité relative. L'église n'était pas terminée à rintérieur, et le clocher faisait défaut. Quant au système d'éducation paroissiale, il y avait beaucoup à réformer, bien qu'il y eût une «école tenue par un professeur respectable nom- «fîé par le gouvernement. Robert Dupont était peu Instruit, partageant en cela le sort d« plusieurs de ses collègues dans Tens^gnement.
Son école relevait de l'Institut royal, fondé en 1802, sur des bases vicieuses, et dont le fonctionnement devait être néctissairement vicieux. Dupont étant canadien-français et catholique, pouvait toujours faire du bien dans sa paroisse.
M. Painchaud se trouva quelque peu embarrassé au début^ Seul, dans une paroisse de onze -cents communiant*, avec cette école imparfaitement organisée, il se trouvait en face de dif-
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fîcultés aue )« tempi et la patience devaientraincre. Hnit vl importait qu'il prit l'Hiittativc et ptiussAt à la reue. Ses premïei» cfToEta, çucl' que bien âïrig^s- qu'il» fussent, oe lut réuHirent paSrCtil éprouv* un peu de lïé courage lœnt,- ■oit qu'il craignit de ne ponvoir donoet libre carrière à ton sële eu s'imagiti&t qu''ui) sutreïiusairait niieuxà développerle» œuvres déjà fondée. " Je ne puis me fatre ici^écrivMt-il à Mgr* Plessis, et je préférerait me rapprocher de»- Troin-Eifière» o« de Montréal." L'évêqiic ne parut tenir aucun compte de cette lettre, oùdoininait la note décourageante. M. Patncbaud resta  BOB poste, et il reprit arec ardeur le* cours de see travaux, se livrant au ministère' des âiHes avec tout le Kèle que Dieu sait faire germerdanBlecœuiâeBe8Ap6trea. Bientôt lepresbj^tëFe de Sainte^Anne devint trop étroit pour contenir la fouledes pauvret, des ntaladcs,des infirmée, des désbérîtés de toutes les parois- BFs environnanteB. La boutes du cuïê était ouverte à tout les mendiante, d'où qu'ils vinssent, et Hft charité devint Iwentôt proverbiale. Le» médecint étant alors peu nontoreus, et souvent JpB malades trop pauvres pour se payer le luxe d'une guérieon conforme à toutes les règles de^ l'art, M. Painchftud comnïit l'imprudence, bien pardonnable, d'administrer des m^îcamenta & quelques pauvres familles, et il obtint des suc-cèa qui ne tardèrent pas à le mettre en vogue. De proche en prucbe sa réputation d'habile guérisseur s'étendit tout le long de la côte, et Il lui fallut bon gré malgré donner des Boinaaux gens qui avaient recours à sa science. Il en venait ainsi de toutes les naroissos du sud, et l'affluonce devint si grande, que le curé, n'en
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pouvftnt plus, avertit se» confrère» que désorinaîs il ne aoi^nemit que Je» pauvres, à condition qu'i's fussent porteurs d'un certificat signé de leur curé attestant leur incapacité à piyer le médecin. Ce procédé lui procura un peu de répit, mais il n'en continua pas moins à gaérir ceux qui »e présentaient. Nous disons " guérir *^ et ce mot n'est pa^ impropice, car M. Painciiaud connaissait une foule de recettes utiles qu'un homme de Tart n'eût pas désavouée». Lors de l'épidémie de choléra, en 1832, ce lut grâce à son intervention heureuse que des cholérique* recouvrèrent la santé. Son " raodus operandi " se trouve en toutes lettre» dans le " Canadien ", et à soixante ans de distance, avec tous les perfectionnements do l'art moderne, il serait imprudent de déclarer que son mode ét-iit irrationnel.
M. Painchaud n'oublia jamais que le prétra est le médecin dos âmes, qui sont souvent plus inalades que les corps. Il trouvait assex de loisirs pour conserver quelques heures de ses journées à la visite des malade» que la mirt devait bientôt frapper, ou de ceux qu'une coupable indifférence faisait remettre à plus tard la grande affaire do leur salut.
A travers les occupations multiples de son ministère M. Painchaud trouvait le temps de travailler pour son propre compte. A l'exemple de plusieurs de ses confrères, peu nombreux cependant, qui faisaient marcher de front la culture des sciences et toutes les exigences de la vie sacerdotale, il consacrait une fraction de son temps â l'étude des auteurs sacrés et des auteurs profanes, et si on examine do près les écrits qu'il a laissas, même en excluant se»
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correspondances multipliées, on est encore plus bétonné de son ardeur au travail que de la variété de ses connaissances. Il ne rivaîisait avec personne ; et sans émulatitm, sans songer aux éloges, il travaillait de toutes ses forces, parce qu^il n*était jamais plus heureux qu'en travaillant. Cependant les talents de 11. Painchaud dans la poésie, les sciences, la théologie, la philosophie, le firent moins rechercher que le charme de sts entretiens. Ceux qui Tont fréquenté dans ses belles années, conviennent qu'ils les enchantait par ses récits toujours variés ou par des réflexions tour à tour sérieuses et badines que l'a propos et l'expression rendaient originales, lors même qu'elles n'avaient pas le mérite de la nouveauté. Son hospitalité, aussi proverbiale que sa charité, lui valut une clientèle d'hôtes qui entretinrent avec lui des rapports d'amitié constants. Sans compter toas les prêtres de son voisinage, attirés à Sainte- Anne par l'attrait de ses réceptions on comptait des laïques distingués. Parmi ceux là nous pourrions citer M. de Gaspé, l'auteur des " Anciens Canadiens ", sir E-P. Taché, Thonorabie M. C.-E.
Oasgrain, sir John Caldwell, Frédéric Weyss, arpenteur, un érudit et un fin causeur, l'avocat Elzéar Bédard, de Québec, et combien d'autres ? M. Painchaud prêchait très-bien. Ausài instruisait-il son peuple avec le plus grand soin. Son éloquence renfermait les qualités les plus propres à capturer l'attention de l'auditoire. S» parole chaleureuse et convaincue inspirait la «ympathie, et l'on ne sortait jamais de ses instructions sans éprouver le désir de devenir meilleur. Lorsqu'il était lui-même sous le coup d'une vive impression, son cœur si impressionnable s'aband jnnait tout entier à l'expression
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de SCS joies ou de ses douîenrs. On entrevoyait alors la beauté de cette âme vraiment sacerdotaIe,Bi aimante pour ceux quilui étaient confies* M. Painchaiid avait une dévotion particulière à la sainte Trinité. Aussi qu'il était beau de le voir, au jour où l'Eglise célèbre cette fête sublime ! Il devenait alors comme un tout autre homme, tant il était pénétré de la grandeur incomparable de ce mystère sacré. Sa figure s'illuminait, sa parole trouvait des accents qui embrasait le cœur de ses paroissiens. Cette sorte de transfiguration lui fit comme une auréole dont les rayons pénétrèrent jusque dans la plus humble chaumière de Sainte-Anne. Aussi qu'y a-t-il d'étonnant qu'il ait laissé après lui une réputation de vertus qui n'est pas encore disparue ?
Nous avons vu qu'il existait à Sainte-Anne, en 1814, une école royale et c'était la seule pour une paroisse -de quinze à seize cents âmes. M. Painchaud, qui aimait tant l'éducation à tous ses degrés, comprit bientôt qu'il y avait une réforme à faire. Ouvrir de nouvelles écoles? Il lui eut fallu des ressources spéciales;quant à comp tersurlèbon vouloir des habitants et surtout sur leur persévérance dans une œuvre de cette nature, c'eût été imprudent. Il existait trop d'àpathie ou trop d'indiflTérence chez les uns ; pour d'autres l'école était un obstacle à l'agriculture, un acheminement vers la ruine. Comment dissiper ces préjugés populaires ? Qui aurait le cou- ' rage de se mettre à la tête d'un mouvement favorable à l'éducation, non seulement pour la p.'iroi^se de Sainte-Anne, mais aussi pour les paroisses voisines, dont plusieurs, comme Kamouraska et la Eivière-Ouelle,étaient beaucoup plus populeuses ?
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C'est alors que M. Painchaud, mis en face d'une réalité de plus en plus désespérante, réisolut de bâtir un collège dans sa paroisse. Après quelques négociations avec l'évéque, et avoir obtenu son approbation, il réunit sa paroisse, le S nihrs i827. On organisa un comité de treize cito> ens avec M. Painchaud et mme président. Ce comité était composé de John Smith, viceprésident ; Isaac Hudon, trésorier ; Julien Saillant, secrétaire ; Rémi Piuze, Vincent Dubé, François Mi ville, Joseph Anctil, J.-B. Ouellet^ François Antil, Pierre Sirois et Clément Bois.
Le lendemain, 9 mars, le comité donnait,'par contrat passé devant maître Piuze, notaire, l'entr< prise de la construction du collège à François Richard et à Antoine Gagnon, moyennant la somme de 500 louis. Les deux entrepreneur» s'engageaient à commencer les travaux le 20 juin suivant, et à les terminer au mois d'octobre lb28. L'édifice devait être en pierre, à trois étages, de quatre-vingt treize pieds de long, sur quarante-trois de large et trente-sept d'élévation, mesure française.
Le mois de juin 1828 fut témoin des premiers travaux au collège. Les matériaux arrivaient de tous côtés, pendant que des ouvriers creusaient les fondations. Les habitants de Sainte- Anne firent preuve d'un grand zèle, et M. Painchaud lui-même était partout à leur tête, au champ comme à la forêt, se multipliant pour stimuler ce zèle. La maçonnerie commença bientôt, et le 2 juillet eut lieu la bénédiction de la pierre angulaire. La paroisse de Sainte- Anne avait alors K)urni pour la construction du collège de six à seçt cents louis. Il y avait eu une crise de générosité que M. Painchaud seul avait
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«u provoquer. La reconnaissance a consigné aux archives du collège les noms de ceux qui vinrent en aide au curé tie Sainte-Anne. Argent, matériaux, journées de travail gratuit, voyages pour transporter le bois, la chaux, la pierire, Tien n'a été oublié. Le bien que les autres faisaient à Téducation en contribuant à Pérection de son collège,. il le regardait comme fait à luimême, et il voulait que sa gratitude fût connue des générations futures.
Do sa propre main M. Painchaud abat^t les arbres qui couvraient remplacement du collège ; il allait lui-même en traîneaux à bâtons couper le bois de charpente. Même labeur pour arracher la pierre dans les champs et la charroyer. Ses paroissiens se portaient en masse aux cor- •vées. Comment auraient-ils pu refuser leur concours à ce curé qui ne disait pas : " Allez ! " mais " Allons ! " M. Painchaud se montrait toujours à la tête des travailleurs, et s'il remarquait parmi eux quelques symptômes de découragement : " 2^e voul(z-vous pas, leur disait-il, faire instruire vos enfants 1 Ne voulez-vous pas svoir des prêtres dans vos familles ! Ne voulez- Tous pas que ceux de votre chair et de votre «ang montent un jour à l'autel î Allons-y donc de tout cœur et bâtissons, nous pauvres, bâtissons un beau coUèjge ! Nous réussirons I Et les •paroissiens, remplis d'un nouvel enthousiasme, se répandaient à sa suite dans les champs et dans la forêt ; le bois et la pierre s'amoncelaient : maçons, charpentiers et manceuvres poussaient activement les travaux, si bien que, vers la fin d'octobre 1827, la maçonnerie ^tait tirminéo. On put pi ser Je toit ava-nt Us neiges et les froids
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de lliivet ; le comble fut levé le jour de»
■ Morts.
A peu de distance de» ruines do l'église du haut de la paroisse, on voit encore les rcHtca d'un ancien fourneau à chaux ; c'est une vieille relique contemporaine de la coustruction du collège. Voici à quelle occasion il fut construit. Lonque M. Painchaud se fut décidé à b&tir son collège, il eut d'abord l'intention de n'employer que du bois, parce qu'une des nombreuses difficultés qu'il avait à surmonter était de ne pouvoir se procurer que difficilement de la chaui. Mais il y avait dans le haut de Sainte-Anne un de ces cnltivateurs intelligents, comme il s'en trouve toujours dans chaque paroisse, qui comprennent l'importance de l'éducation. Ce brave cultivateur était un des amis intimes de M.
Fainohaud, et il fut un de ses meilleurs supports dans l'œuvre qu'il voulait entreprendre.
Si on bâtit en bois, dit-il, ce ne sera qu'une école qui pourra brûler et ce sera fini, ce ne sera pas nn collège pour y faire des prêtres." M. Painchaud lui proposa de construire un four A chaux, et d'y faire transporter la pierre de la Malbaie. Le cultivateur agréa la proprosition : le fouffut fait et béni solennellement par M. Painchaud. Cet homme s'appelait François Roy, qui lit instruire tous ses enfants: trois furent médecins et un autre arpenteur et député ^ "Af semblée législative.
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