‹ Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 1672-1900Chapitre 8 sur 15 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LE CUBÉ niHCHIUD (SUITE)

f4liM.— Oo«ito« des CUsi. Dionne H Catenlii.~H.

raincuua tcnvun ci ciuntre.— Ualadic de M, fiinchaud.

—Sa mon.— Deuil e^né'il.— Son corps transpiilf 1 ]'[le-

■iii-Gr>i«.-Tru:B&.li«ii de eei reiMs i SUnta-Anne.-

Cbapelle PaiDchwd.

La bénédiction du collège ee fit le 23 septembre 1839. H. Painchaud, qui savait faire grand, vit à ce qu'on déployftt toute la pompe possible. D^ le matin, le canon pl&cé sur la montagne avait Annoncé i. la pariiisse en tieaee et aux étrangers des lieux circon voisin s, que ce n'était pfti un jour ordinaire qui commençait. Le chemin qui conduit de l'église au collège était tout balisé et pavoisé de drapeaux aui couleurs vives et variées. Mgr de Fussala célébra 'une gntnd'mesae â laçiuelle assistait tout lo clergé du district. A l'issue de l'office pontifical, le Prélat, revêtu de ses hnbits les pins ricbes, se rendit au collège, à la suite du cortège qui défila proces- Bionnellement, an chant du psaume " Nisi Dominus sedificaverit domum, " etc. M. Pi ' «liaud, seul sur le perron du collège, reçut Grandeur en La saluant par ces mots de l'E'

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géliste : " Benedictus qui venit in Domine Domini ". Puis la procession, eontinu$ii>t sa marche triomphale, ne s'arrêta que sur le pai- Jier du second étage, où Mgr Sigaay fit la bénédiction de réditice. Le " Te Deuni " entonné ^, la procession se reforma pour retourner à Tégli^ se. Pendant toute cette cérémonie, le canon de la montagne grondait à intervalles réguliers.

Le premier jour d'octobre 1829 le collège ouvrait ses portes aux élèves, et il ne les a pas refermées depuis soixante-dix ans. Pendant cette période il a fourni au clergé trois cents prêtres et aux carrières libérales un grand nombre de médecir », d'avocats, de notaires, d'arpenteurs, de fonctionnaires publics. La paroisse de Sainte- Anne s'enorgueillit de ses quarante-deux, prêtres, dont six dans la famille Richard, quatre dans la famille Dionne et trois dans la famille Potvin. Les Guy, les Gagnon, les Dubé, les Grondin, les Bossé, les Deschènes ont aussi plusieurs représentant dans la famille sacerdotale. Citons de mémoire ceux qui ont jeté du lustre sur leur paroisse natale par leurs talents et leur» position sociale : l'honorable Elizée Dionne, le juge Lavergne, l'abbé Lagacé, Mgr Bossé, l'arpenteur Roy, G. Amyot, l'honorable Thomas Pelletier, etc. Combien de ces personnages tant ecclésiastiques que laïques, auraient pu s'instruire, s'ils n'avaient pas eu ce collège à leur proximité ?

Au cours de son administration comme curé de Sainte- Anne, M. Painchaud fut entraîné, et par la nature de son tempérament et par la position éminente qu'il occupait dans les rang» du clergé, à se mêler aux questions religieuses les plus délicates. La politique même ne le

laissa pas indifférent. C'était, eii 1830. M. Char-^ les E. Casgrain et M. Amable Dioniie se présentaient conjointement comme candidats pour le comté de Kamouraska. Les " patriotes " du comté offrirent la candidature à M. Marquis, de- Saint- André, et à M. Elzéar Bédard, avocat de- Québec. La lutte fut très chaude. Les patriotes^ avaient à combattre l'influence du gouvernement, outre celle d'un soigneur généralement esti mé, allié à toutes les hautes familles du comté, et celle d'un des plus riches marchands^ de la côte sud. M. Pain chaud était pour Bédard^ son ami intime. Toute la paroisse de Sainte- Anne vota pour Bédard. Cependant MM. Dionne et Gasgrain sortirent victorieux de la bataille électorale.' On fit un grand triomphe, le pre* Jiiier de la sorte, depuis Kamouraska jusqu'à. Sainte-Anne. Rendus à la Rivière-OuoUe, les partisan» victorieux, dételèrent les chevaux desûenx élus, et traînèrent eux-même& la voiture jjusqu'à un bosquet où se prit un diner cham^^être. Puis la procession continua par le chemin de la rivière Saint- Jean, passa par le chemin de l'église, et puis s'en retourna en traversant le^ viliâge. M. Painchaud ne dut guère goûter cette démonstration dans sa paroisse où le triomphe des autres ne pouvait altérer le chagrin de la^ défaite chez les siens. Il n'en fît rien paraître, et il continua à vivre en dehors de» passionspolitiques, prenant sa meilleure plume pour traiter des sujets plus en rapports avec son car ractère et aussi avec ses ressource» intellectuelles. M. Painchaud était un lettré pour son temps : tou» les genres lui étaient inaifférents^ mais il s'essaya surtout da^as la polémique sur des sujets religieux. Il fournit aux journaux

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des écrits sur l'éducation, des études physiologiques, des dissertations sur la phrénologie et le magnétisme, la médecine, la météorologie, le spiritisme. Il cultivait aussi les muses latine et française. Quand il voyagait, il tenait ur^ journal et y notait ses observations.

M. Painchaud possédait une voix admirable, et si l'on croit, à ce propos, la tradition encore vivace, il n'eût paa de supérieur dans le clerjçé de son temps ; bien différent, sous ce rapport de son prédécesseur M. Griault. Lorsqu'il montait à Québec, et s'il y passait le dimanche, c'était lui qui célébrait l'office à la cathédrale. Pendant la " Préface " et le " Pater " on eût entendu voler une mouche, tant le peuple go Uait ie charme de cette voix mélodieuse. " C'était un chansonnier vivant, écrit M. J.-G. Barthe, et il avait une voix unique, surtout pour certains morceaux de chant sacré, au moyen desquels il faisait vibrer les âmes et enchantait les oreilles les moins exercées de ses auditeurs. On accourait, par exemple, de plusieurs lieues pour lui entendre chanter une préface, et, dans la semaine sainte, on se l'arrachait pour les " Lamentations " auxq[uelles il donnait un accent qui attendrissait jusqu'aux âmes les moLt)8 familières avec la langue dans laquelle il exécutait ces sublimes et prophétiques appelsd'un Isaïe ou d'un Jérémie".

M. Barthe ajoute que M. Painchaud " était.un homme du monde à son heure, comme s'il avait été élevé pour la cour ; avec cela, nature super^ be. joviale et sympathique ". Personne ne soutiendra que la soutane doit être le drap mortuaire de l'amabilité ; aussi ce fut une des qualités particulières à M. Painohaul d'avoir su, au

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milieu des tracas qui rassaillirent vers le déclin de sa carrière, se montrer, dans la société, toujours gai et spirituel. Qui lui reprochera ces transports d'une âme s'épanouissant aux doux rayons de la joie d'une bonne conscience ? Peu de curés ont su, comme lui, quel parti nous pouvons tirer de nos rapports avec le monde extérieur qui, s'il est la source de bien des maux, est aussi quelquefois le réservoir de beaucoup de bien. Voilà pourquoi M. Painchaud s'était imposé l'obligation de remplir exactement tous les devoirs de bienséance qui pouvaient le raçprocher davantage de ses amis. Il avait compris qu'il ne feuflBt pas d'aimer les hommes en général, mais qu'on doit encore avoir soin d'avertir, de temps en temps, les individus de son exis^ tence, et cela par des procédés agréables ou obligeants.

Ce fut vers la fin de l'année 1837 que M. Painchaud se sentit frappé de la maladie qui devait le conduire si vite au tombeau. Il avait alors demandé un vicaire ; mais, au commeneement de décembre, éprouvant un mieux sensible, il écrivit à l'évêque qu'il n'en avait plus besoin. Il était écrit qu'il supporterait seul jusqu'à la fin le fardeau de sa cure. La paroisse comptait environ dix-huit cents communiants. Il est vrai que M. Mailloux, directeur du collège, entendait quelques confessions, mais il s'en tenait aux personnes, qui plus avancées dans la pratique de la perfection chrétienne, avaient recours à la communi< n fréquente.

Quoi qu'il en soit, M. Painchaud déclinait visiblement vei*s la tombe. Les occupations nombreuses et incessantes du ministère curial, les soucis que lui apportait l'administration

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■financière de son collège, et toute la peine qu'il s'était donnée depuis quelquesmois pour régler «es affaires temporellesjcontribuèrentjsanfl aucun <loute, à abréger la vi e de cet homme bien constitué. Chez lui le«noral était aussi affecté que le physique, et durant 1 -année qui précéda sa mort, il disait «ouvent : " Je suis malade, et mon mal est ioi '*, en portant la main au <îœur.

Vers le quinze janvier, il prit le lit pour y Tester jusqu'à Ihture fatale. L' avant-veille de sa mort, il reçut le saint Viatique, avec une piété vraiment Angélique, après avoir, le jour xré cèdent, reçu l'Extréme-Onction. Enfin M.

Fainchaud remit sa grande ethelle âme à son Créateur, le vendredi i) février, à trois heures de relevée, entre les bras de MM. Maillon x, Pilote et Moïse Fortier, de ses neveux J.-E. Landry et François Painchaud, do pa sœur Justine, et de sa îiièce Elizabeth Painchaud. Son agonie n'avait <iuré que cinq minutes.

La nouvelle se répandit dans la paroisse avec la rapidité de l'éclair, et elle jeta la consternation au sein de toutes les familles ; car le défunt avait su conquérir Pestime et la vénération de «es paroissiens durant les vingt-trois ans et demi ^e son séjour au milieu d'eux. Que dis-je ? Ce n'était pas seulement leur estime qu'il commandait ; il en était adoré comme le meilleur des pères. Aussi, que de larmes versées en ce jour là sous le toit du pauvre, qui avait été le témoin de son éminente charité ?

Et au ccillège, dans ce cher collège, quel •deuil immense, quel vide irréparable ? On ne verrait plus ce bon prêtre se mêler aux jeux des élèves, Apporter la note gaie à leurs conversa-

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lions, charmer tout le monde par ses fines reparties, ses saillies heureuses et le tout enjoué âe ses manières I On n'entendrait plus cette voix sympathique dont les accents harmonieux élevaient l'âme jusqu'à Dieu ! On ne verrait plus le Fondateur !

Ce fut aussi un deuil général dans toute la province. Qui ne connaissiait pas, à Montréal comme à Québec, dans les campagnes comme dans les villes, le nom de ce prêtre au cœur généreux, qui avait doté son pays d'un établissement déjà prospère et plein des plus belles promesses ? Mgr Signay, Mgr Turgeon, M. C.-F.

Cazeau adressèrent à M. Mai Houx des lettres de condoléances exprimant tous leurs regi*ets de cette mort imprévue. La presse consacra à sa mémoire des articles élogieux.

M. Painchaud avait ordonné dans son testament que son corps fût transporté et inhumé à rile-aux-Grues, «a paroisse natale. Comme ce n'était pas simplement son désir, mais une expression formelle de sa volonté, l'on dut s'y conformer à la lettre. En conséquence, après un service solennel célébré à Sainte- Anne, le corps fut placé dans un charriot traîné par deux chevaux. Le convoi se mit en route après le diner, et vers deux heures, le lundi 12 février. MM. Mailloux, BeAulieu, Pilote, Pelletier et Langlois iormaient tète au cortège, suivis par les citoyens de la paroisse.

Le cercueil fut déposé, le soir, dans le presbytère de rislet. Le lendemain, après un libéra «olennel, on se rendit jusqu'au Cap Saint-Ignace, d'où l'on traversa le fleuve pour arriver à l'Ileaux-Grues, dans l'après-midi.

Le 14 février, il y eut un service solennel cians la petite église de Tîle. M. Mailloux, char-

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gé de prononcer l'oraiBon funèbre, fit couler Eien des larmes dans cet auditoire, composé de parents et d'amis du vénéré fondateur.

Fendant cinquante-trois ans le corps de M, Paiochaiid a reposa sur eon tle chérie, a l'ombre du modeste sanctuaire où les siens avaient prié depuis trois quarts de eiëcle. Ils l'ont conservé comme une relique précieuse, jusqu'à l'heure où lea anciens élèves du collège vouiarent s'en constituer les gardiens et les protecteurs. Ses restes furent ttansportês â. Sainte-Anne le 15 juin 1891 et déposés, le 23^ dans une chapelle spéciale érigée par les anciens élèves reconnaissanta sur le flanc de la montagne, Â l'endroit même où se dressait jadis le " berceau " au toit de chaume, dans sa corbeille de houblon verdoyant, à l'extrémité ouest du jardin des petits écoliers. La chapelle Painchaud est devenue un lieu de pèlerinage. On ne va pas au collège sans rendre vÎBile à celui qui y repose.

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