‹ Sainte-Antoine et Montmajour au concile de Bale (1434-1438) [microform]Chapitre 2 sur 4 · I. — HISTOIRE DE LA PENSION · texte numérisé non relu

I. — HISTOIRE DE LA PENSION

I. Avant le Concile de Bâle. L'église Saint-Antoine de la Motte au bois, Mola nemorosa, au diocèse de Vienne, fut donnée en io83, avec six églises annexes, par Gontard, évêque de Valence et vicaire de la métropole alors vacante, au monastère provençal de Montmajour. Cette donation fut conlfirmée par le nouvel archevêque de Vienne, Guy de Bourgogncr environ l'an 1088 (i). — Montmajour envoie une colonie de moines dans ce nouveau prieuré, qui devient célèbre à cause des reliques, de saint Antoine le Grand qu'il possède. Peu d'années après cette fondation et auprès du prieuré surgit un hôpital, dont les commencements restent obscurs sinon impénétrables. Dans cet hôpital dit « maison de l'aumône, », les passants sont reçus et les malades soignés, surtouf les malheureux atteints du feu sacré que l'on appellera bientôt « le feu Saint-Antoine ». Les hospitaliers de la Motte se multiplient rapidement : dès le xn* siècle ils fondent un grand nombre de maisons, qui reçoivent le nom générique de commanderies ; elles sont répandues principalement dans a les quatre nations », la France, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne.

A Saint-Antoine, le prieuré et l'hôpital vivent côte à côte, ayant un genre de vie différent et obéissent à des supérieurs propres. Les hospitaliers — disons les Antonins, — d'abord laïques et n'ayant pas d'église particulière, doivent suivre en l'église des moines le service paroissial et y recevoir les sacrements. De plus leur maison est construite sur un terrain appartenant au prieuré, qui maintient jalousement ses droits primitifs. Pour toutes ces causes, et à mesure que l'hôpital composé désormais de nombreux prêtres prend au dehors une plus

(i) Cf. nos Origines de Saint- Antoine xi'-xm' siècle, 1908, p. It et suiv. (Ext. du BuU. Soc. Archéologie Drôme).

grande importance, la servitude intérieure se fait, davantage sentir. Après plusieurs échecs le Maître de l'hôpital obtient de pouvoir construire une modeste chapelle sous le titre de Notre-Dame (29 janvier 1209). Mais la situation réciproque^ des deux maisons n'est en rien changée. Le désaccord, sans cesse ravivé par le partage des aumônes et des offrandes en l'honneur de saint Antoine, s'envenime à tel point que les moines sont nuitamment expulsés par leurs voisins.

Appel est interjeté à l'autorité suprême. Boniface VIIÏ ordonne une enquête qui dure plus d'une année et aboutit à la sentence du 10 juin 1297. Constatant « que la paix entre les (Jeux maisons est d'une. réalisa.Lion à peu près impossible à cause de leur voisinage immédiat et de leurs droits réciproques, pour ne pas parler de jalousie et de haine », le Pape, « pour le bien de la paix et de la concorde », maintient l'éloignementdes Bénédictins et érige en abbaye le prieuré de Saint-Antoine en le transférant aux Hospitaliers. Il souhaite la iprospérité toujours croissante de ce monastère qui a reçu par faveur divine un tel patron et ses très précieuses reliques (i). Mais pour compenser Montmajour de la perte subie de ce chef, l'abbé de Saint- Antoine lui cédera (s'il en a et s'il le veut) ou bien achètera à sori profit et sans frais, dans les provinces d'Embrun, Aix, Arles et Narbonne, des biens-fonds d'un revenu annuel communément estimé à la valeur de treize cents livres petits tournois. En attendant cette cession ou acquisition, le monastère de Montmajour recevra une pension annuelle égale de treize cents livres petits tournois, qui lui sera payée à l'octave de la Pentecôte, c'est-à-dire le jour de la Trinité, dans la maison des frères Mineurs ou celle des frères Prêcheurs de la ville de Nîmes. Cette pension n'est pas due à l'abbé ou au couvent de Montmajour, mais au monastère en commun. Au contraire elle est due personnellement par l'abbé de Saint-Antoine sous une sanction très rigoureuse portée dans la même bulle : si l'Abbé manque de payer même une seule fois, il est privé eo ipso absqae alla senteniia de sa dignité, et ses religieux doivent lui donner un successeur soumis à la même peine après un nouveau retard de trois mois.

La bulle pontificale fut acceptée des deux parties sans récrimination : le dernier Maître de l'hôpital, Aimon de Montagne, devint le premier Abbé, et la pension commença à être payée exactement.

(1) « Gupientos insuper ut ipsum monasterium tanlo patrono tamque pretlosis reliquiis a gratiarum omnium largitore donatum, potioris semper honoris prerogativa Ictetur et... prosperelur ». Déjà là, c'est-à-diré quampriinum, le Pape reconnaît offlciellcmcnt que les reliques sont encore dans l'église du prieuré, et.il fixe le montant di la pension selon l'importance de la perle subie de ce chef par Montmajour. Jusqu'au concile de Bâle inclusivement (i/i38), aucun texte ne viendra infirmer cette constatation.

L'acte de Boniface VIII était-il parfaitement équitable pour les Bénédictins et pour les hospitaliers ? Montmajour, en cinquiante articles exposés (fol. i/i6-i53) au concile de Baie le mardi i5 février i435, établira la fondation du prieuré par Guigues Didier ; il démontrera toute la valeur de cette maison par les nombreuses ôffratides faites en l'église qui possédait les reliques de saint Antoine, et conclura que la pension fixée par Boniface VIII n'était qu'une faible compensation pour une telle perte (i). — Les Anlonins niei'ont fortement chacun de ces points, insistant sur le peu de valeur du prieuré au xni° siècle, poor relever d'autant l'hôpital. L'Abbaye à peine érigée, dirontrils,' trouva que la pension était une charge dépassant ses forces. Elle chercha un secours dans les .commanderies du Languedoc, qui toutes furent imposées à cet effet puis unies à la mense abbatiale. A cette époque, l'Abbé en , recevait annuellement plus de dix-huit cent livres petits tournois ; mais depuis vingt ans, à cause des calamités publiques, elles ne valent plus cinq cents florins d'or de la Chambre.

La pension fut acquittée régulièrement jusqu'en i3i5. Alors surgit une première difficulté : à qui devait se faire le paiement, à l'Abbé de Montmajour ou à son couvent? Guillaume de Mandagot, évêque dePalestrina, choisi pour arbitre, ordonna que de la pension il fût fait deux parts égales : une moitié irait à l'Abbé, sur laquelle les cinquante-huit moines et convers, i les Vingt serviteurs nécessaires et les hôtes survenants seraient pourvus de pain et de vin ; l'Abbé devrait pratiquer l'hospitalité, faire les réparations, défendre les droits et les biens du monastère, soutenir les procès et tenir son rang et son état ; — l'autre moitié irait au couvent, à partager entre certains officiers, à savoir le camérier, le courrier, l'infirmier, le sacristain, l'aumônier, le chambrier, le préchantre ou maître des enfants, l'ouvrier et dix autres moines étudiants, dont six en ' grammaire et en logique et quatre en droit ou en théologie.

En 1827 les Antonins exposent au Pape qu'ils ne peuvent malgré les plus grands efforts acquérir dans les provinces du Midi la quantité nécessaire de biens stables ; la pension est donc excessive et sujette à revision, et jusque-là la peine de privation qui menace leur Abbé doit être suspendue. Depuis quelques années le roi de France a profondément et à plusieurs reprises modifié les monnaies du royaume qui ont perdu de leur valeur : on ne sait donc plus comment acquitter les mille trois cents livres, à la valeur ancienne ou à la valeur

(0 Dans un compte de décimes, dressé vers 1276 (Arch. du Nalican, Introitus et exilas 13, fol. i-3) en l'archiprêtré de Romans le prior Sancti Anlhonii est taxé à 60 Ib. Dans le diocèse de Vienne, trois bénéfices seulement l'emportent sur le sien : l'archevêque, 120 Ib. ; le chapitre de Romans, 66 ; Saint-Chef, 63. (Note due à l'obligeance de M. J. de Font-Réaulx).

présente. En confiant l'examen de la cause à Bertrand de Montfavet, cardinal de Sainte-Marie in Aqiiiro, le pape Jean XXII lui recommanda de vive voix de procéder sammarie et de piano et sine slrepilii jmiicil el figura. Les 24 et 29 avril i33o, le cardinal adresse une « citation peremptoire » aux procureurs des abbés de Montmajour et de Saint-Antoine; ils comparurent à Avignon les lundi et samedi 7 et 12 mai.

Les premières consultations des changeurs demandèrent un an. Le 16 mai i33i, le cardinal-commissaire déclare que, vu la clause de la bulle et après audition des experts, l'abbé de Saint-Antoine doit payer la pension selon la valeur de la livre au temps de Boniface VIII : la clause du rachat restant toujours entière. Le 20 mai, il ordonne à l'Abbé de déposer en lieu sûr, en attendant que les marchands (mer'caiores) aient exprimé leur avis, l'argent nécessaire au premier terme prochain ; cela fait il n'encourra pas la privation de son abbaye. Le mardi \k janvier suivant, chacune des parties fait choix d'un marchand florentin habitant en Avignon, pour taxer la monnaie ancienne au cours actuel. En même temps Montmajour donne son avis en cette manière : en 1297, le petit tournois valait légalement trois deniers et quatorze grains d'argent fin de bon poids, et dix-sept sous huit deniers, marc (ad marcham) de Montpellier : ils étaient fabriqués comme tels et couramment reçus en France pour celte valeur : douze de ces tournois valaient un bon gros tournois d'argent pur avec rO rond. — Mais le mercredi 10 juin, le cardinal Bertrand, les parties entendues, déclare et prononce qu' « un bon tournois d'argent portant un rond et au coin du roi de France valait sous Boniface VIII quatorze petits tournois moins une pite (i) », et que la pension des mille trois cents livres doit être acquittée sur ce pied. Ces pourparlers avec le premier règlement qui s'ensuivit, eurent lieu en la ville d'Avignon, où siégeait la Cour Romaine (fol. 32-52, 61-62).

Cette déclaration officielle était malheureuse, car elle posait un principe d'une application toujours variable et, en fait, impossible; cependant c'est ce principe qui sera désormais invoqué par Montmajour comme lui étant plus favorable. Manifestement, en i33i on n'était pas d'accord, même parmi les banquiers, pour évaluer la monnaie qui avait cours quarante ans auparavant; comment aurait on pu s'entendre sur le même sujet cent ans plus tard, l'abolition dés anciennes et la création de nouvelles monnaies ayant produit une fluctuation perpétuelle et une dévalorisation croissante pendant tout le xiv" siècle ? '

Les quittances de la pension étaient soigneusement conser-

(1) Pogcsia on picla, pite ; 1res petite monnaie valant i//i de denier ou i/a obole,

vées ; elles sont toujours rédigées pour le compte personnel de l'abbé de Saint-Antoine.

Au concile de Bâie, on en cite plusieurs : en mai iSaS, Guillaume Mille, commandeur d'Aumonières, remet les i.3oo livres à Nîmes à l'abbe CadoUe, de Monlmajour. — Le i5 mai i352, quittance remise par l'abbé Pierre de Monlmajour à GeofTroi de Parnans. — i353, a5 avril, l'abbé Pierre Lobet reljoit en personne, en l'église des frères Mineurs de iSîmes, quittance de la moitié de la pension, soit 600 livres p. t., le gros d'argent étant compté pour i4 deniets moins une pile. — '379, ^ jui"» quittance délivrée à Avignon par l'abbé Ponce de Monlmajour, pour l'abbé Bertrand de Saint-Antoine, de 3,386 florins de la chambre, 26 sols et 4 deniers de monnaie courante. — i393, i" juin, à Avignon, paiement par Hugues de Châleauneuf, commandeur de Flandre et de Paris, de 3. 000 florins 19 sols courants, et quittance donnée au nom du cardinal Galeôtlo Tarlati,du titre de Saint-Georges, administrateur de Monlmajour. — En 1398, Benoit XIII possédait (ienebat) l'abba^fe de Monlmajour, et à ce titre il reçut i.5o4 florins la sol8(i); — làoS, iio juin, quittance délivrée nux Anlonins Hugues Ardench, sacristain de Notre-Dame, Robert de Saint-Aignan, commandeur d'Auvergne, Bernard de Lupé, commandeur de la ïour-du-Pin, et à noble Falconet de Lavieu (3), châtelain de la ville de Saint-Antoine, procureurs de l'abbé Géren ton de Châleauneuf. — Le même châtelain paye la pension le jour de la Trinité des années 1^06, 6 juin (3); i4o8, 10 juin; 1^109, i" juin et i/iii, 7 juin, à Nîmes ; 1A17. 6 juin, et le 1" mai i4r8 à Avignon. — Le 8 mai i433, l'abbé Arlaud recevait lui-même, à Avignon, la quittance de la pension. — Le i5 juin .1427, les procureurs de cet Abbé, Béraud de Saint-Abonde, commandeur de Montferrand et Jean de Lupé, commandeur de Marseille, recevaient la quittance des i.3oo livres p. t. de la pension, évaluée pour celle fois à 3. 608 florins, chacun pour 34 sous et 10 grOs i/a de monnaie courante en Avignon. Ce fut la dernière quittance, comme nous le verrons bientôt (fol, 77^à 93).

Presque chaque année, il fallait procéder à une nouvelle évaluation : ainsi la querelle était chaque fois renouvelée et l'animosité réciproque devenait toujours plus aiguë. Le I" juin 1409, veille de la Trinité, les procureurs de l'abbé Gérenton de Saint-Antoine, au lieu de remettre l'argent à leurs collègues de Monlmajour le déposent à la cour présidiale de Nîmes : ils trouvaient excessive l'estimation portée cette

(i) Le 10 juin de cette année, Benoit XIII adressait une bulle à l'abbé Gérenton au sujet de la pension de Montmajoui^ ; il y fait mention a Falconeti do Laviaco domicelli tui » (fol. 83°).

(2) Falconet de Lamacp (sic maie : Im. fondations Abbaye, art. Sil), de Laviaco (ici T" 88-89), châtelain de Saint-Antoine i386-i/|i8, était assurément parent (fils ?) de Gidchardus de Laviaco domicellus, mort le 11 avril 1875, dont l'cpitaphe se voit encore sur un pilier de l'église de Saint-Antoine (Dom Dijon, Eglise abbat., p. a8i-3). Il s'agit bien d'un civil, et non d'un jeniie clianoine de l'abbaye. — Dans le ms. on pourrait lire ; de Lauiaco ou Laniaco. De Lavieu, famille du Forez, a donné trois chanoines à l'église de Lyon, nn archevêque et un chanoine do Vienne.

(3) En 1/406, les i.Soo livres sont estimées et payées à S.aiG florins d'or 3o sols 10 d. de monnaie courante en Avignon (f° 74").

année-là à 3. 216 florins d'or 3o sous 10 deniers de monnaie courante en Avignon. — Le 2^juiUeti 4 10, en l'église Saint-Didier d'Avignon, grâce à l'arbitrage de François de Gonzié, archevêque de Narbonne, un compromis en neuf articles est signé par Robert de Sàint-Aignan, commandesùr d'Auvergne, au nom de l'abbé Hugues de Saint-Antoine, d'une part, et Jacques Hugolin,prieur deSaint-Genis de Martigues et Laurent Janvier, préchanlre de l'abbaye de Montmajour, au nom de l'abbé Jean, d'autre part : l'engagement est pris sous peine de cent marcs d'argent applicables par moitié à l'autre partie et à la Chambre apostolique. L'archevêque de Narbonne étant subitement tombé malade, se substitue, le 3 août, Louis/Alleman, licencié en décrets, custode de l'église de Lyon et archidiacre de Valence, lequel se décharge de la commission sur l'official de Garpentras. Mais déjà il a entendu les parties : Saint-Aignan reconnaissant que l'abbé dé Saint-Antoine doit payer i .3oô livres de monnaie courante et prjjtestant de réclamer tout ce qu'il aura payé de trop; ceux de Montmajour restant attachés à l'ancienne estimation et protestant de leur volonté de revendiquer tous les arrérages non payés. Ils estiment les i.3oolivreS' de Boniface VIII à 22.690. bons tournois au. prix légal, de / Il deniers et 12 grains d'argent fin; 69 gros tournois et i/6 valent un marc d'argent fin de Paris ; ainsi lés i.3oo livresp. t. valent 383 marcs d'argent et demi de Paris et au-delà, au prix légal que l'on vient d'indiquer.

Saint Aignan, choisi par son Abbé comme connaissant mieux à la fois la question monétaire et l'histoire de la pension, ■ réplique par vingt-un articles, où nous trouvons l'exposé le . plus clair fait par les Anlonins au cours du procès. Citation et interprétation de la^bulle de Boniface Vlli : la pension doit être payée à Nîmes, ct^ non à Paris ni ailleurs ; le Pape n'a pas estimé les i.Soo livres à une mesure fixe, à un poids ou à une valeur d'or ou d'argent de Paris : il a simplement fixé la somme, le lieu et l'époque dû paiement; ainsi l'argent doit y être compté, et non pesé comme le marc ou autre monnaie , analogue. Les princes ont changé la fabrication des petits , tournois et celte monnaie n'a plus istucun cours. Si l'unité de monnaie vient à varier et que l'on doive s'acquitter en une monnaie spécifiée, il faut bien payer avec un autre argent, mais non en marcs... De droit, de j are, lai dette étant comme ici en livres et en sous qui n'ont plus cours, la nouvelle monnaie, par la volonté tacite ou expresse du prince, remplace l'ancienne '. le débiteur, surtout celui qui n'est pas en retard, comme c'est le cas, en payant en monnaie nouvelle, même si elle est dévalorisée, se trouve libéré, car celte dépréciation ne lui est pas imputable. A Nîmes et dans toute la sénéchaussée de Beaucaire, dans les paiements publics faits au fisc et ailleurs, pour une livre tournois on donne et on reçoit couramment

« un franc de monnaie du roi valant seize gros de monnaie courante au royaume de France; un sou tournois équivaut de même à seize pelils deniers courants et valant un gros et réciproquement ». Il faut s'en tenir à l'usage le plus vulgaire, qui est celui-là : le paiement doit se faire en argent et non en marcs (in peciinia non in marchis). En comptant comme le roi et comme tout le monde, l'abbé de Saint-Antoine qui donne treize cents francs d'or au coin du roi de France, ne doit rien de plus et n'encourt aucune peine (fol. 63 v.r66).

L'année i4i3 marque dans l'histoire de la pension. Par procuration de l'abbé de Saint-Antoine du 29 novembre i4i2, confirmée le 8 juin suivant, Jean Macellard, bachelier es lois et grand sacristain de l'abbaye, d'une part; et N. procureur de Monlmajour, nommé par l'abbé Jean des le 6 janvier, d'autre part, se rencontrent à Avignon en vue d'un compromis. Ils' choisissent pour arbitres, tanquam arbitras arbilraiores et arnicabiles composiloreSj Antoine Verron, docteur es lois, pour l'abbé de Saint-Antoine, et. André Boutaric, jlicencié en décrets, pour le couvent dç Montmajour, chargés d'évaluer la' pension en marcs d'or ou d'argent ou en., monnaie courante non sujette aux hasards des variations, «o/i çasu mulabilein. Les deux procureurs s'obligent à accepter la sentence des arbitres sous peine de deux mille écus d'or au coin du roi de France.

La sentence arbitrale fut rendue le 18 juin dans l'église Saint-Antoine d'Avignon, et ratifiée le surlendemain parles procureurs : elle déclarait que « pour le bien de la paix » les i.3oo livres de ipetits tournois doivent être réduites, au dire ^ d'experts, « à 4io marcs d'argent fin au taux de onze deniers et dix grains du poids de la cour romaine ». Et l'on ajoute ce propos peu flatteur : si Tabbé de Saint-Antoine vient à quereller encoVe sur l'évaluation de l'argent, il devra payer selon l'estimation précédente jusqu'à la— fin de la querelle. L'abbé et le couvent de Saint-Antoine ratifièrent la sentence jusqu'à deux fois, le 26 juin i4»3:et le i5 juin de l'année suivante. A ce dernier chapitre assistïiient Jean de Polley, alors cellérier et commandeur de Ranvers, et Arnaud Le Vassault, capiscol de l'abbaye: lesquels approuvèrent aussi la sentence et jurèrent pour eux-mêmes et leurs successeurs de l'accomplir; et cependant devenus l'un abbé de Saint-Antoine et l'autre commandeur de Troyes, ils s'efforceront au concile de Bâle d'attaquer .cette même sentence. C'est le reproche personnel que leur adresseront alors ceux de Montmajour, sans admettre les raisons de ce changement de condufte (fol. 62-77).

Dei4i3 à 1427, les 4io marcs d'argent fin furent payés annuellement, mais avec des difficultés toujours plus grandes, car les guerres, les pestes, les disettes/les dévastations et autres calamités de cette époque avaient ruiné les commanderies du Languedoc, dont le revenu total n'arrivait plus à 5oo florins d'or, soit au

tiers de la pension. Les Antonins appuieront fortement sur ce motif grave, sans réussir à se faire entendre.

Pendant cette période, Montmajour cherche un appui auprès du pouvoir séculier; il obtient en sa faveur deux arrêts du parlement de Toulouse, 3o juillet 1422 et 3i mars i434. et deux autres du parlement de Poitiers, 17 décembre 1429 et 4 septembre i43o, malgré la bulleZ)e/broye/i7o,du i'""février 1428, par laquelle Martin V interdisait aux gens d'Eglise le recours aux tribunaux séculiers (i).

Saint-Antoine, pour se défendre avec plus de force, recourt à Rome. Le 7 septembre 1420, Martin V charge l'évêque de Valence, Jean de Poitiers, de fixer, pour le présent et l'avenir, la valeur de la livre à vingt sous selon l'usage actuel de France, en sorte que les Antonins ne puissent plus être inquiétés : l'ordonnance de l'évêque est publiée le 26 avril 1 421 : les i.3oo livres de Boniface VIII se trouvent ramenées à i.3oo livres de monnaie courante. Informés de cette nouvelle réduction, ceux de Montmajour vont demander justice à Martin V. Le Pape, entendant leur plainte, coûfic la cause à deux cardinaux, qui ne peuvent la mener à bonne fin. Alors il s'en charge lui-même, s'informe plus à fond, et cette fois proprio motu et avec l'approbation des cardinaux, il casse et annule solennellement sa bulle précédente, ordonnant de l'eflacer absolument des registres des suppliques et des bulles ; enfin il confirme la sentence arbitrale de Verronet de Boularic qui fixait les i,3oo livres à la valeur de 4io marcs (1 3 février 1422)., ,

« Néanmoins, — nous ne faisons que citer Louis Alleman,

— le Pape se laisse une fois de plus circonvenir par les fausses suggestions et les importunités de l'abbé de Saint-Antoine, et sans appeler ni entendre la défense de Montmajour, il ramène à i.3oo florins de la Chambre, la réduisant ainsi presque de moitié, la pension sur laquelle repose toute la vie {totus stalas et saslentalio) de Montmajour : c'est pour ce monastère un préjudice énorme qui fait craindre sa ruine totale » (foï. 3oi).

— Ecoutons maintenant le Pape lui-même dans cette grande bulle Ineffabilis du 6 mars 1428, qui révolta si fortement les moines de Montmajour. Martin V y résume l'histoire de la pension avec ses péripéties dont il se dit pleinement informé, et croit devoir faire « pour la tranquillité de tous », à la demande des Antonins et pour leur épargner de graves dommages, une plus juste et équitable estimation : il déclare donc par l'autorité apostolique que la livre ancienne doit être

(i) Au concile, Montmajour répondra à ce reproche : en cette matière de possession, le recours au parlement est licite et permis par la coutume très ancienne, les induits apostoliques et la déclaration même de Martin V du ji août 1426 (la kl. sept, an 9"), (fol. iBa v.). Les arrêts du parlement de Poitiers n'ont pas été trouvés aux Archives Nationales,

ramenée à un florin d'or de la Chambre : ainsi les i,3oo livres de Boniface VIII sont réduites à la même quantité de ces florins, que l'abbé Jean et ses successeurs auront à payer désormais et rien de plus : avec latitude de trois mois supplémentaires pour payer et déposer au jour de la Trinité ladite somme chez une personne probe et sûre d'Avignon ou de Genève. Le Pape ordonne que ces lettres soient observées strictement (irrefragabiliter observentar) , et annule toute sentence rendue en sens contraire (fol. i6/(). L'exécution de la bulle fut confiée à l'évêque d'Avignon, à l'abbé de Saint-Michel de la Cluse et à l'official de Grenoble, l^e dernier remplit sa commission le i5 mai (f"' 176-9) (i).

La notification de l'acte pontifical, faite à l'abbé Jean de Montmajour, au prieur claustral Jean de Porno et au couvent, est accueillie ou plutôt repoussée avec colère, et cette colère se manifeste avec éclat peu de jours après; Le 29 mai, Aimeric Sigaud (2), commandeur de Limoges, vicaire et procureur de l'abbé de Saint-Antoine, se trouvait à Nîmes, ayant amené dans deux sacs les i.3oo florins d'or destinés au paiement. Les représentants de Montmajour en refusent la livraison, malgré la lecture qui leur est donnée de la bulle de Martin V ; Sigaud ne peut que protester contre la désobéissance et le mépris des lettres apostoliques. Le lendemain, fête de la Trinité et jour d'échéance, il. dépose ses florins au couvent des frères Mineurs, en la salle capitulaire, près de l'autel destiné à recevoir les promesses et les dépôts mis en gage. Là, à cet autel, le prieur de Montmajour fait saisir cet argent par le sergent du roi Thomas Maugro ; il fait également saisir et vendre sans délai les quatre beaux chevaux que Sigaud avait à Nîmes, à l'hôtel de la Couronne, et qui valaient plus de 100 florins (f"^ 119, 258, 263).

Une telle opération ne pouvait être régularisée par une quittance en bonne et due forme. Dès lors et jusqu'au concile de Baie, c'est-à-dire pendant sept ans, la pension cessa d'être payée. Dès la première heure, Montmajour tint pour invalide la réduction opérée par le Pape sans que l'une des parties intéressées eût été convoquée ou entendue. Cette nullité radicale sera soutenue pendant quatre ans devant le concile par le cardinal Louis Alleman, et servira de base à la cassation de la bulle pontificale.

(i) Le concile rappelle plusieurs fois les deux lettres de Martin V ; en réalité, il n'y en eut qu'une, dont le texte fut adressé d'une part à l'abbé de Saint-Antoine, et d'autre part aux trois exécuteurs nommés dans le texte ci-dessus : « unam YÏdelicet graciosam in cordulis sériels rubei crocelque colorum, aliam vero executoriam in cordula canapis ». Fol. 172 v..

(2) Aimeric Sigaud, grand prieur de Saint-Antoine (1432-87) ; nommé évêque de Belley, 18 déc. 1/137 ; fut transféré à Mondovi.agnov. i/i38,où il mourut, 12 mars 1470; enseveli en l'église abbatiale de Saint-Antoine.

Montmajour ne s'en tient pas là ; il en appelle à Rome le 34 juillet 1428. L'abbé Jean s'y rend en personne; il réussit à faire confier la cause aux cardinaux de Saint-Marc et de Saint- Eustache, puis, après la mort du premier, au cardinal d'Arles, Louis Alleman, que nous trouvons désormais à chaque pas : c'était la reprise du procès. — L'abbé Jean étant mort au mois de septembre i43o, le prieur et le couvent s'empressent de demander ce cardinal pour Abbé ; mais il ne prit jamais que le titre d'administrateur de Montmajour.

L'abbé de Saint-Antoine, craignant d'encourir la privation de son abbaye, fit une dernière tentative pour acquitter sa dette annuelle : en i43o, le jour de la Trinité, à Nîmes, on prend à son mandataire, Pierre Laborel, son cheval et ses bagages, et ce n'est qu'après avoir longtemps imploré ses spoliateurs qu'il peut recouvrer, rehabuit, son manteau et son bréviaire. Même extorsion faite aux commandeurs de Béziers et de Monteux (de Monliliis) le 3 juillet suivant. Le 16 août, on défend au commandeur de Nîmes, puis à celui de Lautrec, de payer leur pension à l'abbé de Saint-Antoine. Le prieur et les moines de Montmajour font mettre arrêt, en 1429 et i43i, sur

îles pensions dues semblablement par les commanderies de

I Nîmes, Tournon, Montbrison, Narbonne, Bagnols et Albi

A Martin V (j 20 février i/i3i) succède Eugène IV, qui bientôt, en consistoire tenu devant tous les cardinaux, de sa propre initiative et non sur les instances de l'abbé de Saint- Antoine ou de toute autre personne, demande d'informer afin de mettre un terme a,u procès (f*" 212). Ce Pape donna deux bulles sur la question, datées du 20juin i43i, première année de son pontificat : l'une, Romanus pontifex, est dite redactionis et relaxationis ; la seconde Hodie in favorem, exécutoire de la précédente, est adressée à l'archevêque de

,. Lyon, à l'évêque de Genève et à Jacques de Godabla, licencié es lois et bachelier en décrets, prévôt de Saint-André de Grenoble, qui la notifia à l'abbé et au couvent de Montmajour le I" septembre et à Saint-Antoine le 10 du même mois: — Cette bulle confirme la bulle Ineffabilis de Martin V du 6 mars 1428 : nous en connaissons toute la portée. Le cardinal d'Arles répétera qu'elle fut accordée, à l'instance et aux importunités de l'abbé de Saint-Antoine 'présent à Rome, surtout parce que Montmajour avait recouru au roi et au

(i) Rappelant au concile de Bâle les abus de cette période récente, les Ântonins diront à l'art. 54 de leur défense que « les moines de M., avec l'appui du bras séculier envahissaient les maisons, commanderies et hôpitaux de Saint-Antoine, prenant et vendant les calices, les croix, les livres, les parements et les joyaux des églises et les lits des hôpitaux, dépouillaient aussi les religieux de leurs chevaux et de leurs bagages. Le cardinal de Pise, légat apostolique, pour arrêter leurs méfaits, les menaça d'excommunication ». — Fol. 197, 54" des i36 art.

parlement, sans tenir compte que ce monastère de fondation royale avait toujours été et demeurait sous la protection du roi de France. Eugène IV ajoutait l'excommunication et la .■?■ cessation de la pension, si l'on recourait encore au bras sécu- ^-^"l;'*^ Iier(f 3oi v.). ,v ^^

C'est la cassation de ces deui bulles du 6 mars 1428 et du 3o juin i43i qui sera demandée et finalement prononcée à Baie, avec la réintégration ^de Montmajour en l'état antérieur à ces dates. Le concile va s'ouvrir le 28 juillet de cette année i43i. ,

2. Au Concile de Bâle. Le pape Martin V avait indiqué le XVIII" Concile général à Pavie ; il le transféra d'abord à Sienne, puis à Bâle. « Les deux principaux motifs de ce concile furent la réunion de l'Eglise grecque avec l'Eglise romaine, et la réformation générale de l'Eglise dans son chef et dans ses membres, suivant lés projets (du concile) de Constance. Dans la 34" session, tenue le 26 juin ï439, le concile déposa le pape Eugène IV, et dans la 39°, tenue le 17 novembre, il confirma l'élection d'Amédée, duc de Savoie, élu pape le 5 du même mois, et qui fut nommé Félix V. Les Pères de Bâle se séparèrent à la 44' session, tenue au mois de mai i443, après avoir déclaré que le concile ne serait point regardé comme dissous, et qu'on en réunirait un autre à Lyon ou à Lausanne, pour le continuer » (i).

Le concile, déclaré ouvert le 7 mars, tint sa première séance le 7 juillet i43i ; cependant, le nombre des Pères, « longtemps dérisoire », ne prit de l'importance qu'à la fin de i433 et au commencement de l'année suivante. Outre l'appel aux membres de droit, évêques et prélats, des convocations collectives avaient été adressées aux chapitres et aux monastères. B., évêque de Novarre (2), chargé d'une mission auprès du roi de France, traversa la Savoie et le Dauphiné, multipliant sur sa route les invitations au concile. Il laissa en chemin son compagnon, le prieur de Pierré-Châtel (PelrecastriJ, retenu par les affaires de son couvent, avec l'espoir de le retrouver à Lyon dans six jours. Mais il crut de son devoir de visiter auparavant « les vénérables et très dévots personnages, le prieur et les frères de Saint-Antoine, pour les prier d'envoyer une députation au concile, la faveur et l'appui de ce monastère célèbre dans le monde entier étant d'un grand poids pour l'assemblée dans

(i) Mas Latrie, Trésor de chronol., col. i3i/i.

(a) Barlhélemi Visconti, évêque de Novarre (1/129-57), qui l'ut cardinal de l'antipape Félix V. La « Relalio facta per B. ep. Novariensem in congregatione generaii SS. Synodi Basiliensis » est datée d'octobre i/i3a. Haller, Conc. Basil, I, p. a66. 11 était donc passé à Saint-Antoine peu de semaines auparavant.

— noies diffîciLes conjonctures présentes. Sa démarche réussit à souhait. Il y trouva deux hoin.mes remarquables, desquels dépendait le succès de sa visite, le commandeur de Ranvers et le prieur du monastère, docteur très savant en droit canon (i).

L'évêque de Novarre, comme aussi généralement les'Actes du concile de Baie dans Haller, affectent, par respect, semble-t-il, de désigner les personnes par leurs titres en taisant leurs noms. Nous savons, par ailleurs, qu'il s'agit ici de Jean de Montchenu P^ commandeur de Ranvers (de Reinverso), et d'Aimeric Segaud ou Sigaud, prieur claustral de l'abbaye de Saint-Antoine ;' mais les mots « preceptorem elemosinum ordinis ipsius » sont inintelligibles : le mot « preceptorem » appelle après lui le nom d'une commanderie... qu'il est impossible de deviner (2).

Les deux Antonins ayant connu le motif de la venue du prélat, assemblèrent le chapitre, qui, à l'unanimité, décida d'envoyer ses procureurs au saint concile ; mais ils se vpyaient obligés de demander un délai assez long pour accomplir leur promesse. Ils pressèrent ensuite l'évêque d'aller trouver, à Romans, le gouverneur du Dauphiné, Raoul de Gaucourt, et le bailli du Lyonnais (3j, pour leur remettre les lettres du concile et obtenir d'eux des lettres de recommandation pour la sécurité de son voyage et le succès de son ambassade. L'un des deux religieux (4) accompagna l'évêque jusqu'à Romans.

Le i""^ octobre, le prieur de Saint-Antoine assurait le concile de l'envoi des députés du monastère ; lorsque l'Abbé, son oncle, retenu momentanément à Florence, aurait reçu ses lettres pressantes et celles du roi de France, il ne manquerait pas.de se rendre en personne et de se tenir aux ordres du concile (5). Le 17 octobre, l'évêque de Novarre lisait au concile, dans la congrégation générale, les lettres d'excuse du prieur et de

(i) L'éloge singulier de l'abbaye et des Antonins mérite d'être rapporté : «...erat ofTicii noslri ut ven. et devolissimos viros dominos priorem et fratres S. Anthonii ad favendum atque ut mitterent ad synodum induceremus, exislimantes satis vestro huic ordini condecere, si monasterii illius in omni terrarum orbe nominatissimi in lanta varietate suffragia impetraremus. Ut autem optaveramus, ex sentencia perfecimus omnia. Invenimus enim eo in loco viros duos insignes, in quorum manibus bec omnis deliberacio fere posita erat, dominos scilicet preceptorem de Reniverso et preceptorem elemosinum ordinis ipsius priorem et juris pontificii doctorem coioiosissimum, a quibusT.'. Nos vero considérantes quod hii, a quibus hec audiebamus, viri sunt in consulendo liberi et quorum ora commenta non sapiunt, adjuncto nobis preceptore elemosino, altero superiorum duorum, viro quidem iiuraanissirao, ...ad oppidum id [Romanis] profccti sumus... » Ibid., p. 2C9-70.

(2) Serait-ce Guillaume de Brion, commandeur d'Aumonières de i/|o8 à i/i36 ? Mais alors pourquoi dire « viros duos » ?

(3) « baylivus Lugdunensis ».

(/i) Le texte latin, cité plus haut, ne permet pas de le reconnaître. (5) Haller, 1, 2G9, note.

l'abbé de Saint-Antoine oii ils expriment Tinlention de leur Ordre d'envoyer bientôt trois hommes distingués (i). Le

10 décembre, à la (Réputation des Affaires mixtes, on décida d'appeler les abbés de Saint-Antoine et de Prémontré. Enfin, arriva Jisan de Polley, cet abbé de Saint-Antoine si longtemps désiré et attendu ; « présent pour lui-même et pour son monastère... il fut, moyennant son serment, incorporé au concile par le cardinal légat et assigné à la dépulatlon de la Réforme, le 4 janvier i434 » (2).

Le monastère de Montmajour avait aussi ses représentants.

(iVHaller, II, 247, 289.

(3) « abbas S. Anthonii Vicnn. pro se ipso, monasterio et preceptore (sidj.,, more solito fuit incorporalus .. » Haller, III, 2.

De nombreux Antonins paraissent au concile de Bàle, venus pour des affaires personnelles. Outre ceux qui prendront une part active au procès de la pension, nommons les suivants :

1. Hugues de Beaumont, commandeur de Saint-Antoine de Bâie. qui prêta serment et fut incorporé le vendredi 16 mai i/|3a, au/nom de l'abbé de Saint-Antoine.

11 est encore présent le 5 mai i/i35.

2. Le 1 1 septembre i/i32, le commandeur de Ranvers (Jean de Mortlchenu) est excusé par égard pour l'évèque de Bellcy, pourvu qu'il ait un ordre (mandalum) sutlisant et que l'abbé de Saint-Antoine soit cité. Ce « preceplor Reversii » fut élu (a janv. iZ|/ia) président delà députalion des Affaires mixtes; élu collalor (1" l'év.), et, le 5 mars i4/io, membre de la commission des Douze.

3. .Ican dp Lorich (al. Lorch). commandeur de Saint-Antoine de Uostorf [Restorf, Ristorf in Hanau, Rossdorf, Rostorff, Rossestorff, Rostorg et Rustorf : passiin, dans H.vller], au diocèse de Mayence ; incorporé le 18 septembre i/i33, on le trouve encore le 16 février i/|3C. il eut avec son Abbé une affaire de spoliis, et reçut au concile des lettres de recommandation des arche\êques de Cologne, de Mayence et de Trêves, et aussi de plusieurs «omtes, ducs et princes d'Allemagne. 11 semble, par analogie avec d'autres cas semblables, que le » droit de dépouille » sur les commandeurs généraux d'Allemagne, était revendiqué également par le commandeur de Rostorf d'après la coutume, et par l'Abbé en vertu d'un ancien Statut de l'Ordre La conclusion ne paraît pas indiquée.

4. Uumbert de Brion (de Birone !j, commandeur de Flandre, incorporé le 12 novembre il\Sti.

5. Jean de Romagnano, de la famille des marquis de ce nom, chanoine régulier 'du monastère de Saint-Antoine, étudiant et lecteur au collège de Turin, qui fut

ensuite commandeur de Turin (1/159-70) entre les deux Jean de Montclienu. il présenta (23 janv. i/i4o) une requête que le concile admit favorablement.

6. Barthélemi de Provana,' commandeur de Ciiivasso en Piémont Cde ClavacioJ, fut président de la commission générale, pais collalor, l'un des Douze, et grand pénitencier.

n7. Frère Mathieu [de Braxatis], de l'Ordre de Saint-Antoine, présent avec le seigneur de Saint-Pierre, le 5 décembre iA36.

8. Enfin l'évèque de Mondovi, Aimcric Sigaud (déjà mentionné comme prieur claustral de Saint-Antoine). Au 3o mars i/|36, le concile mentionne des lettres du roi de France au pape, à des cardinaux, archevêques et évêques, « au prieur de Saint- Antoine », au procureur du roi (Haller, [, /112). — L'évèque de Mondovi incorporé, le 1" juillet i/|/io, devint président de la commission générale, puis président de la chancellerie (lA^i)- (Voir Haller, table du t. VII, p. /199, les très nombreuses mentions d' (( A.imericus, episc. Monlis Regalis » ; — item, nos Grands prieurs de Sainl- Anloine, 2° éd., n. i3, en supprimant les mots : « originaire de Beauvais en Dauphiné '), provenant d'une fausse lecture).

La supplique d'André Julien, citoyen? de Venise, qui avait porté l'habit de Saint- Antoine, fut confiée (18 mars i/i35) à l'abbé Jean de Saint-Antoine lui-même et à l'abbé de Cîteaux, pour en décider, selon le droit et selon leur conscience, et obliger le sujet à restituer les biens qu'il avait reçus de l'Eglise (Haller, III, 112, 34i). Le texte ne brille ni par la clarté, ni par la précision ; « ...Andrée Juliano nobis Venetiarum... »

Pour tous ces personnages, voir la table des vol. de Haller.

Le prieur Jean de Pomo est nommé plusieurs fois dans le Gartulaire ; mais il se tient plutôt, avec ses confrères, dans la pénombre du concile. Prévenus de l'arrivée prochaine des Antonins, ils ont reçu de leur couvent une procuration (i), datée du 7 novembre i/i33 pour introduire devant le concile l'affaire de la. pension ; mais, pendant six mois, faute de direction et de chef, rien ne fut tenté. — Le cardinal Louis AUeman, nommé à l'archevêché d'Arles le 3 décembre i^aS, avait été élu Abbé par les moines de Montmajour le 16 septembre 1 430 ; mais Martin V refusa de confirmer cette élection. « Quelques mois après le pape mourut, et avec Eugène IV, son successeur, Alleman se trouva bientôt en conflit à propos du concile de Baie. Cependant... le nouveau pape se décida à trancher en sa faveur la question toujours pendante de Montmajour ; par ', bulle du 25 juillet i43i, après avoir infirmé l'élection faite I par les moines,, comme contraire à la réserve apostolique, il i donna l'abbaye en commende au cardinal » (2).

On peut voir dans Pérouse (3.), en quelles circonstances et par quels moyens le cardinal Alleman s'enfuit de Rome du 12 au i5 juillet i433, le séjour momentané qu'il fit à l'archevêché d'Arles, sa visite à l'abbaye de Montmajour, enfin son arrivée à Baie entre le 28 mai et le 4 juin i434. Mais l'historien de Louis Alleman n'a pas connu le passage du cardinal à Genève, marqué par un incident très suggestif que nous révèle le Gartulaire.

Les Antonins n'oubliaient pas que le paiement de la pension restait en souffrance depuis plusieurs années. La venue prochaine du cardinal-abbé était annoncée ; on connaissait sa haute, réputation, et l'on ne doutait pas de sa puissante intervention au concile ; il fallait donc le prévenir par une démarche gracieuse, avantqu'il prît contact avec lés représentants de Montmajour.

Le 26 avril i434, en la ville de Baie, en la maison de Saint- Antoine où il habile, l'abbé Jean de Polley donne procuration à frère Arnold Le Vassault, docteur en décrets, commandeur de Troyes, pour payer à la Trinité prochaine, soit à Genève, à Nîmes ou en Avignon, la pension de i.3oo livres réduite par Martin V et Eugène IV à i.3oo florins d'or de la Chambre. Et au cas où il ne trouverait pas un procureur accrédité de Montmajour, il déposera cette somme chez un banquier de Genève à la disposition du cardinal d'Arles. Dong, le samedi 22 mai, veille de la Trinité, à Genève, en l'hôtel de Saint-

(i) Cette procuration désigne le prieur claustral Jean de Pomo et le sous-prieur Jourdain Ganaret, bacheliers en décrets, quatre autres moines et trois étrangers. Cariai, de Montmajour, f° i6.

(a) PÉROUSE, op. cit., p. i52, etQ. Louis ÂUoman ne prit jamais que le titre d'administrateur de Montmajour.

(3) p. 126, iA8-i5a, 166.

Julien, Arnold Le Vassault offrait au cardinal la sômnme de i.3oo florins pour paiement -de la présente année, et en demandait quittance. Le cardinal se déclara prêt à recevoir ce qui lui était dû pour l'année courante et pour les sept dernières années et à en donner quittance ; il acceptait cependant un paiement partieL.. Ce jour-là on ne parvint pas à s'entendre. Deux jours après, lundi 24 mai, Le Vassault informe le cardinal qu'il a déposé samedi les i.3oo florins chez Mathieu d'Espagne, marchand (mercator) et bourgeois de Genève. Le cardinal, au nom de Montmajour, demande à nouveau qu'on paie tous les arrérages échus depuis sept ou huit ans ; il promet d'en donner quittance, et en attendant-il proteste de tous les dommages qu'il subit et des peines encourues par l'abbé de Saint-Antoine. Arnold répond qu'il n'a procuration que pour régler l'année présente. Finalement on convient de transférer le dépôt des i.3oo florins entre les mains du ban- ^quier florentin Roger Louis, habitant à Genève, procureur de nobles Gosme et Laurent de Medicis|) marchands de Florence, jusqu'à la décision que prendront les procureurs de Montmajour;. Arnold en recevant la décharge du banquier exprime sa volonté que le dépôt soit tenu à la disposition du cardinal. Mais celui-ci renouvelle toutes ses protestations pour le surplusqui lui est dû. Arnold n'admet pas ces réserves, et le cardinal proteste à nouveau contre cette protestation d'Arnold en tant •qu'elle préjudicie aux droits de Montmajour. A cet acte sont présents Jean de Pérouse, capiscol de l'église de Vienne (i), Jean de Grolée, custode de Lyon et Guibert de Matafelon, prieur de Mouthe au diocèse de Besançon (fol. 95-96).

Les florins resteront déposés à Genève durant une année.

Depuis le 4 jtiin, les Bénédictins ont, dans le cardinal Alleman, un chef puissant et actif, dont l'influence va s'imposer au concile. L'affaire dite « de Montmajour et de Saint- Antoine «est introduite. Montmajour, demandeur au procès, compte obtenir gain de cause à peu de frais. Deux bulles doivent suffire : 1° celle du 9 avril 1124, où Calixte II, à l'exemple d'Urbain II, Pascal II et Gélase II, confirme à l'abbé Pierre de Montmajour de nombreuses églises en Dauphiné, notamment « celle de Saint-Antoine de la Motte au diocèse de Vienne » (f° 4"°) ; 2° la bulle du 10 juin 1297 — base de toute l'affaire'— par laquelle Boniface VIII, érigeant en abbaye le prieuré de ^aint-Antoine le transfère en même temps aux Hospitaliers, qu'il oblige de payer aux Bénédictins, en compensation de cette perte, une pension annuelle de i.3oo livres petits tournois, au jour octave de la Pentecôte, sous peine de sanctions rigoureuses pour l'abbé de Saint-Antoine. Tel est le

(i) Sur Jean de Pérouse, cf. Pérouse, op. cit., p. i4a.

droit incontestable des Bénédictins. Leur plainte au concile est motivée par le non-paiement de la pension dans les sept dernières années (f" 5). De leur côté, les Antonins ne peuvent défendre leur droit prétendu qu'à l'aide, de deux bulles de Martin V et d'Eugène IV. La question ramenée à ces simples éléments ne saurait retenir longtemps l'attention du concile. Telles étaient les prévisions.

Toutefois, pour observer les formes, on institue une commission spéciale, composée de huit membres, dont deux appartiennent à chacune des quatre députations du concile. Le 4 septembre i434. la députa tion de la Réforme désigne le patriarche d'Anlioche et l'archevêque de Tours ; la députation de la Paix nomme les évêques d'Uzès et de Genève ; celle des Affaires mixtes (pro communibus), à la requête de l'archevêque d'Arles députe Geoffroi, abbé de .Saint-Honorat et le doyen Pierre Coissier. Le 6 septembre, la députation de la Foi leur adjoint l'évêque d'Orléans et l'archevêque d'Upsal. L'accord sur ces nominations est confirmé le lendemain par le comité des Douze, et, le lo septembre, en assemblée générale, par le premier cardinal légat. Mais ces huit commissaires furent presque tous successivement remplacés pour caused'absence(i).

En dehors de la commission conciliaire appelée à juger la cause, chacune des parties en présence devait avoir son avocat et son procureur assermentés et ainsi accrédités par le concile. L'avocat de Montmajour était Thomas Rhode (al Rode),chanoine de l'église de Lubeck ; son procureur, Jean Spassier, citoyen d'Avignon, procureur fiscal du concile. Les procureurs de Saint- Antoine furent Jean Rodenhein (al. Rodenhem), Simon de Tharamo (2), Robert de Fardella et Nicolas Poiitain, chanoine du Puy. Ils furent choisis le 1 1 septembre.

Dans la première séance fixée au samedi suivant 18 septembre, comparut seul l'avocat de Montmajour ; il demanda de prononcer la contumace contre la partie adverse qui n'obéissait pas aux ordres de la commission et n'était pas venu faire la preuve de ses droits. A cette alerte, l'avocat de Saint-Antoine accourt disant que l'on n'a jamais vu un jugement aussi précipité; il est vrai que le cardinal est très puissant et bien soutenu ; mais il s'agit là d'une grosse question d'argent et ^e nombreux milliers de livres ; cette affaire toute profane ne devrait pas se décider en une seule séance ; c'est là un juge-

(1) Dès le 23 sept. i^S/i, l'archevêque Philippe d'Aucli prend la place de l'évêque de Genève ; le 5 oct. Bernard de Gastillac, archevêque élu d'Albi, remplacé l'archevêque d'Upsal ; le 26 nov., Tabbé de Saint-Honorat el; Pierre Coissier absents sont remplacés par l'archevêque Amédée de Lyon et l'évêque .lean de Lubeck. Le 3 déc. i/i35, le patriarche d'Antioche donna sa démission pour causé de fatigue. Le 16 déc, aux archevêques d'Auch et de Tours et à l'évêque d'Uzès succèdent l'évêque de Mersbourget l'abbé de Conques. Le a8 juil. i/i36, la subrogation do l'évêque de Parme à l'évêque de Mersbourg est annulée.

(2) Haller dit aussi Theramo et Teramo.

ment sommaire, trop précipité, sans observer les règles du droit et sans donner à la défense le temps de réfléchir et de mettre par écrit tous ses moyens juridiques : tout cela paraît justement bien suspect. — Le cardinal répond lui-même que dans un procès de ce genre il n'y a pas lieu d'observer l'ordre judiciaire, mais plutôt la forme de la commission et son maindat. Les allégations présentées tout à l'heure ne sont que des échappatoires, etc. — Tharamo insiste et demande un terme sufiRsant pour présenter ses raisons déclinatoires, dilatoires et péremptoires. Les juges accordent à l'abbé Jean huit jours pour dire, proposer, opposer et alléguer tout ce qu'il voudra. Ce délai paraissant trop court à l'Abbé, on lui accorde deux jours de plus, soit dix jours, sans admettre sa protestation (f°^ 18-20).

Le mardi 28 septembre, en séance publique, l'Abbé présente ses exceptions ou oppositions contre le mandat donné à la commission par le concile, contre 1 ses pouvoirs et contre le terme assigné pour l'information. — Le 19 octobre, les commissaires ayant vu le contenu de cet appel, le déclarent frivole et vain, appuyé sur des motifs imaginaires; ils ne l'admettent pas et sont prêts à passer outre. Après quelques altercations sur la poursuite de l'affaire, le patriarche d'An lioche somme l'abbé de Saint-Antoine de dire sous serment s'il a demandé un délai par vraie nécessité ou bien pour s'échapper. L'Abbé répond que c'est par nécessité et non pour s'esquiver. Alors on lui accorde quinze jours pour se pourvoir d'avocat. En réponse à une autre question, il avoue que c'est à ses instances que Martin V et Eugène IV ont donné les dernières bulles en réduction de. la pension à i.3oo florins. L'archevêque de Tours, l'un des commissaires, lui demande de payer au moins ces i.3oo florins qui sont certainement dus. L'Abbé répond que le défaut de paiement ne lui est pas imputable, mais plutôt à ceux qui refusent de lui en donner quittance. Aussitôt le cardinal d'Arles se déclare prêt à recevoir cette somme sans préjudice du procès en cours, et à lui en délivrer une quittance suffisante au jugement de deux mem- ; bres de la commission. L'Abbé ne répond pas.

Le jeudi 4 novembre, devant la commission, les procureurs de Montmajour demandent qu'une date soit fixée pour la présentation de leurs droits et.de leurs preuves. Robert de Fardella, qui assiste l'abbé de Saint-Antoine, dit que son. maître n'a ni procureurs ni avocat, qu'il lui faut du temps pour les trouver et aussi pour obtenir le consentement de son couvent. — Etienne de Novarre, avocat de Montmajour, réplique que l'Abbé a eu déjà quinze jours pour se pourvoir : il ne faut plus attendre. Il n'y a pas lieu à de longues réflexions, car tous les droits de l'Abbé reposent sur les deux bulles de Martin V et d'Eugène IV. S'il n'a pas encore remplacé son

avocat absent, c'est sa faute. — Fardclla répète ses prétextes. Le cardinal demande avec instance la fixation d'une date décisive pour terminer le procès devant le saint concile et que la paix à jamais soit définitive entre les deux monastères. L'archevêque de Tours exprime le souhait de voir bientôt l'abbé de Saint-, Antoine s'expliquer clairement sur lé point discuté : à quoi les juges offrent leurs bons offices. L'Abbé répond qu'il n'a pas d'avocat, et que n'ayant pas ses titres en mains il ne sait que dire ; cependant il espère montrer clairement qu'il ne doit rien, car à la suite de divers procès les moines de Montmajour^qnt été privés de la pension. — Les parties s'étant retirées, les juges délibèrent, et rappelant l'Abbé lui demandent de dire avec serment oii se trouvent les titres qui lui sont nécessairespour soutenir ses droits. Il répond que les uns sont à Rome, d'autres à Florence, à Poitiers, à Bourges, à Toulouse ou dans son abbaye, et ils lui sont indispensables, qaibus sicut pane indigehat. — Le patriarche d'Antioche fait alors. devant les parties les déclarations suivantes : i° le délai péremptoire de quinze jours avait été consenti par l'Abbé lui-même ; 2° en venant au concile il prévoyait que ce procès serait soulevé contre lui, il aurait donc pu apporter avec lui ses titres ; 3*» cette affaire est commencée depuis longtemps devant les juges et les commissions du concile ; il faut que dans deux mois l'Abbé ait réuni tous ses titres en quelles villes qu'ils soient maintenant dispersés. Il devra donc les présenter « au premier jour de droit » après les fêtes de Noël prochaines. — L'Abbé trouve ce terme trop court à cause des distances et de l'insécurité des routes. Lui et son procureur Jean Rodenhein n'acceptent pas l'assignation; au contraire ils protestent contre le dommage qu'ils subissent et en appellent pubh'quement, solennellement et expressément. Les commissaires n'admettent pas cette protestation (fol. 27).

Le vendredi 26 novembre, Lambert Morel, coureur ou huissier (cursor) du concile, selon la commission qu'il en a reçue, se présente à la maison où habite l'abbé de Saint- Antoine, pour lui remettre une citation à comparaître « au premier jour de droit » prochain. Ne l'ayant pas rencontré, il remet la citation à un certain Guillaume de la Chambre ou Delcambre ; celui-ci la transmettra à l'Abbé qui, dit-il, certainement ne fera pas défaut.

Le 27, les parties comparaissent devant les commissaires ; chacun se maintient sur ses positions, sur le terme compétent à fixer, etc. — Le 3o, à cause de la fête de saint André, il n'y a pas d'audience. — Le jeudi 2 décembre, l'Abbé ne comparaît pas; il n'a présenté aucune observation orale ou écrite. Son procureur ne fait que répéter ce qu'il a déjà dit plusieurs fois. Alors Thomas Rhode, au nom de Mpntmajour, demande contre l'abbé Jean un monitoire et une déclaration de contumace. En dix-sept articles il refait toute l'histoire de la pension jusqu'aux

bulles- de Martin V et d'Eugène IV qui, dit-il, doivent être frappées de nullité parce qu'elles ont été extorquées pour ruiner l'abbaye de Montmajour. Depuis i/iay aucun paiement n'a été fait, à aucun tarif même réduit, et l'abbé de Saint- Antoine a refusé et refuse encore de payer, au grand danger de son âme et sans souci des peines portées par la bulle de Boniface VIII. A cause de cela, Montmajour a souffert et souffre encore chaque jour des dommages intolérables ; il est grevé de dettes ; les livres et les bijoux (clenodia) ont été mis en gage ; le culte divin et le personnel sont de, plus en plus réduits... Tout cela est vrai et de notoriété publique. — Après cet exposé les commissaires concluent qu'il faut décréter le monitoire et déclarer qu'en cas de contumace l'Abbé encourra les peines contenues au monitoire et dans la bulle de Honiface VIII, surtout la privation de son abbaye, auxquelles on pourra ajouter d'autres sanctions comme des amendes pécuniaires... (fol. 82). j;

Le samedi 4 décembre, l'abbé de Saint-Antoine, sans révoquer son procureur conciliaire, donne procuration, pour soutenir sa cause au concile, à deux de ses religieux, Arnold Le Vassaiilt et Thomas Pelhut, commandeurs de Troyes et de Montbrison.

1435. — Le i5 janvier i435, devant la commission spéciale composée du patriarche d'Antioche, des archevêques de Lyon, de Tours et d'Auch, des évêques de Cubeck, d'Orléans et d'Uzès, et de Bernard, archevêque élu d'Albi, le procureur Jean Rodenheim présente une appellation au concile lui-même. Toute procédure est, de ce fait, momentanément suspendue. Mais, dans l'intervalle, le cardinal d'Arles prépare, en cinquante articles, un nouvel exposé qu'il remettra à la commission le i5 février: après avoir réfuté les prétentions des Antonins dans leur histoire des xn" et xni* siècles, et avoir refait l'historique de la pension, le cardinal montre la précarité de la situation temporelle de Montmajour, dont la pension constitue l'unique ressource : si elle n'est plus payée, c'est la ruine totale de ce monastère. Si depuis le temps de Boniface VIII les Antonins avaient acheté des biens immobiliers d'un revenu de i.Soo livres, toute matière à discussion eût été supprimée; ils querellent toujours sur la valeur de l'argent à celte époque lointaine et sur la difficulté de se procurer de la monnaie ancienne ; pourquoi oublier que trois sentences arbitrales ont déclaré qu'il leur suffisait de s'acquitter en monnaie usuelle et que Montmajour s'en contenterait et s'en contentait? Les Antonins disent encore que leurs propres revenus en France ont été diminués par la dévalorisation de la monnaie et que leur dette doit être également réduite; ils oublient que cette pension n'est pas un revenu pour Montmajour, mais une simple

compensation pour des biens immeubles qu'il a perdus au temps de Boniface VIII. Ce n'est pas eux, mais bien Montmajour qui a été grevé par la réduction de la dette à /410 marcs d'argent. Les dernières bulles doivent être cassées et annulées par le concile, car Martin V et Eugène IV ont été mal informés, les moines de Montmajour pas entendus et la dernière réduction a été obtenue pendant la vacance de leur abbaye ; ceux de Saint-Antoine refusent de payer pour la perte de leurs âmes et pour la ruine du monastère de Montmajour. Tout cela est vrai et de notoriété publique (fol. i46 et i53).

A toutes ces bonnes raisons les Antonins n'ont garde de répondre. Le même jour, 1 5 lévrier, ils' se plaignent du monitoire, de la rigueur de la procédure employée contre leur Abbé, etc. Pour toute consolation, Etienne de INovarre, avocat du cardinal, répond que c'est aujourd'hui le terme péremptoire fixé et que l'Abbé ne produisant rien pour sa défense doit être tenu pour contumace; il obtient en effet contre lui assignation au premier jour. Alors Jean Rodenheim produit une cédule d'appellation au concile, et il exhibe deux formules d'accord que retient l'archevêque de Lyon.

Le jeudi 17 février, le commandeur de Montbrison se présente de la part de l'Abbé, mais non pas, dit-il, comme son procureur : afin sans doute de ne pas engager son supérieur. Celui-ci n'est pas venu « dans la crainte que l'on ne se saisît de sa personne ». Le cardinal mécontent demande et obtient que devant le silence de l'Abbé l'on prononce contre lui la contumace. Les commissaires examinent la formule d'accord entre les parties, rédigée et signée par quatre notaires : elle comprend huit articles : r l'abbé de Saint-Antoine paiera pour chacune des sept dernières années i.3oo florins d'or de la chambre, selon la réduction expliquée par lui-même et en déduisant ce qu'il aura payé dans l'iritervalle ; ... 3° les sommes déposées à Avignon (2.400 florins) et à Genève (2.600 florins d'or) seront remises à ceux de Montmajour à Pâques prochain, et les autres, c'est-à-dire jusqu'au total de 9.100 florins à l'octave de la Pentecôte ; 4° le cardinal approuve que soit levée la main du roi mise sur les commanderies et pensions de Saint-Antoine à raison du retard du paiement réclamé par Montmajour ; 5° il accepte, pour le bien de la paix entre les deux monastères, que le procès actuel soit suspendu et arrêté au point où il en est ; 6° le tout sans préjudice de droit pour les deux parties, et 7° ceux de Montmajour n'entendent pas renoncer au moniloire décerné contre l'Abbé en tant qu'il serait défaillant ; 8" chaque partie maintient ses précédentes protestations. — Montmajour s'efforce d'engager à fond l'abbé de Saint-Antoine : les deux parties doivent nommer des procureurs irrévocables ; il promet d'observer tous les points de l'accord et requiert l'Abbé de faire la même promesse sous peine d'encourir les

sanctions qui y sont portées. Après avoir entendu la formule d'accord et les engagements qu'on voulait lui imposer, l'abbé Jean demande pour s'en acquitter une période de vingt ans, iermumm viginli annoram, le cardinal consent à lui accorder vingt jours, terminam viginti (Herum !... On était loin de s'eri tendre. La procédure suspendue d'abord jusqu'au 25 février, fut prorogée jusqu'après Pâques.

Le mardi 26 avril, le cardinal prie la commission de continuer les poursuites. L'Abbé et son procureur Simon deTharamo épiloguent, contestent et protestent contre les articles de l'accord. Le procureur de Montmajour rapjtelle le monitoire et accuse l'Abbé de parjure. Après plusieurs altercations on reporte le paiement des arrérages qui échoit à la fête de la Trinité jusqu'au i" juillet exclusivement. Le patriarche d'Antioche qui proroge ce terme jusqu'à la Toussaint, oblige le cardinal à protester une fois encore contre le préjudice subi par Montmajour. .

L'Abbé comprenait enfin l'impossibilité de tergiverser et la nécessité de donner sans retard une première satisfaction. Le Il mai, dans le réfectoire des Frères Mineurs où se tenait habituellement la députation de la Foi, il versait les 2.600 florins d'or déposés à Genève (i), le cardinal administrateur dé Montmajour et Etienne Plouvier, archidiacre d'Embrun et procureur de ce monastère, lui en délivraient quittance avec serment et avec toutes les réserves ci-dessus exprimées. La comniission avait elle-même rédigé les termes de cette quittance (f" 154-169).

Cela fait, tous les Antonins, semble-t-il, quittèrent la ville i de Baie. Il fallait utiliser les cinq mois de répit octroyés par | le concile, et réunir tous les documents capables de confon- ! dre à jamais et sans réplique les Bénédictins de Montmajour. '' Il est facile d'imaginer ce que furent ces vacances de l'été i/i35 à Saint-Antoine : l'Abbé convoqua tous les experis en vieilles écritures, les religieux les plus versés dans l'histoire de l'Ordre, et l'on se mit à fouiller les archives de l'abbaye et des plus anciennes maisons. Il s'agissait d'établir que l'hôpilal avait précédé le prieuré, et l'avait même possédé et dominé jusqu'à l'érection de l'abbaye ; il fallait donc avancer autant que possible la fondation de l'hôpital et en relever l'importance, en retardant l'établissement du prieuré qui se trouverait du même coup soumis à l'hôpital. — C'était bien calculé; mais il fallait compter avec l'imprévu. Que faire devant la donation des égli- 1 ses du Viennois faite à Montmajour par Gontard, évêque de \ Valence? Celte pièce et quelques autres laissées par les Béné- ]

(i) Le aa mai i/i34, i.3oo florins étaient déposés à Genève ; ici c'est a. 600 florins, soit le dû de deux ans ; nous suivons le texte du Gartulairc.

dictins lors de leur départ précipité en 1290, prouvaient en leur faveur : on se garda bien de les exhiber (i). Gomment les remplacer par des documents antérieurs favorables aux hospitaliers? Où trouver de pareils documents ? Serait-il donc téméraire d'affirmer que les premiers Antonins étaient contemporains de Jocelin, et même qu'ils lui étaient antérieurs?

On se croyait maintenant invincible, et l'on reprit la route deBâle.

Le premier jour après la Toussaint (3 nov. i435), Thomas Rhode et le cardinal demandent avec une nouvelle instance la contumace contre la partie adverse non comparente, qui ne fait aucun effort pour produire ses titres justificatifs. Les jugés ordonnent de citer l'Abbé; s'il fait défaut au jour qui lui sera fixé, il devra répondre en audience publique et contradictoire devant le concile.

Le 5 novembre, le procureur de l'Abbé annonce qu'il a reçu hier les titres dont il a besoin, et demande une prorogation pour les vérifier et rédiger des articles qui seront assez nombreux et développés. Le cardinal impatienté observe que l'Abbé a depuis longtemps reconnu avoir en sa possession les bulles de Martin V et d'Eugène IV, les seules sur lesquelles il puisse s'appuyer ; qu'il n'a pas d'autres titres à produire pour sa cause ; que, sous prétexte de chercher quantité de pièces et de bulles, il a multiplié les délais comme on le sait, et tout cela par malice et fausseté et pour échapper à la justice du concile ; il est donc nécessaire qu'on présente une relation exacte de ces faits devant la congrégation générale. Huit jours sont accordés à l'Abbé pour produire toutes les écritures et documents qu'il voudra. — Le 12 novembre, Rodenhein présente ses articles et obtient encore quatre jours pour les mettre au point, enlr'autres deux lettres de Marlin V et trois d'Eugène IV (foi. 173-189).

Le mercredi 16 novembre, on remettait enfin au cardinal une copie des bulles pontificales et de divers procès, avec cent-trente-six articles (f°^ 189-201), dont les 16 premiers constituent un nouvel exposé historique jusqu'à l'érection de l'Abbaye, les 120 autres traitent delà pension. Voici les plus intéressants:

Les Antonins insistent pour faire admettre l'équivalence entre les livres petits tournois du temps de Boniface VIII et les livres actuellement en cours : « i.3oo livres de 1257, disent-ils, valent

(i) La question historique et documentaire sera traitée dans 'la dernière partie de cette étude. L'accusation formulée ici contre les Antonins ne doit pas surprendre le lecteur : nous ne pouvons admettre, en cfTet, que les rcchercVies approfondies du XV' siècle n'aient pas révélé l'existence de ces documents qui seront cités par Falco dans son Antoniane (cf. nos Origines de Saint- Antoine, p. 60 etc., et que Guillaume Autin, en 1681, placera en tête de son Inventaire des titres de l'abbaye, art. i et a. Pourquoi donc n'ont-ils pas été produits au concile de Bàle? D'autre part, on pourrait s'étonner que le^ Antonins, pour se justifier de n'avoir pas plus de documents, n'invoquent pas le récent incendie de i/iaa qui détruisit une partie de leurs archives.

i.3oo livres de i435, et pas davantage ». La prétendue sentence du cardinal Bertrand de Sainte-Marie in Aquiro fut donc nulle de plein droit et manifestement injuste; néanmoins les Bénédictins se réfèrent toujours à la lettre de la bulle de Boniface VIII et à l'interprétation officielle donnée par ce cardinal en i332. — Les Antonins continuent : les revenus du prieuré et ses offran-,^ des avant Térection de l'Abbaye n'atteignaient pas le tiers de la i lourde pension qui pèse maintenant sur eux. Le petit tournois n'a plus cours en France et en Dauphiné depuis plus de cent ans ; maintenant on compte par sous et par livres. Ils ont tou-' jours été et sont encore dans l'impossibilité de remplacer la pension par l'achat de biens stajDles dans les provinces d'Embrun, Aix, Arles et Narbonne. Ils sont même incapables y, de tenir des étudiants aux écoles, et ils ne peuvent malheureu- ' sèment, pro/i c/o/or .' achever ni le cloître, ni le dortoir, ni le réfectoire depuis longtemps commencés en leur monastère de Saint-Antoine. — Ensuite, ils passent à l'offensive : les moines de Montmajour, disent-ils, ont souvent, avec l'appui du bras séculier, envahi les biens et les meubles, des religieux de Saint- Antoine, leurs maisons, leurs commanderieset leurs hôpitaux, prenant et vendant les calices, les croix, les livres, les parements et les joyaux des églises, et les lits des hôpitaux, ravissant même les chevaux et les équipages des religieux ; et une fois le cardinal de Pise, légat apostolique, pour arrêter leurs méfaits, dut menacer ces moines d'excommunication (art. 54).

La semaine fut employée à l'examen sévère et minutieux de ces articles. Lea/i novembre, le procureur de Montmajour prie la commission de demander à la partie adverse si elle voulait faire usagede ses titres comme vraisetauthentiques, car, observet-il, ils portent une rature et contiennent une erreur; les articles proposés sont donc aussi suspects. Rhode relève la fausseté de Rodenhein prétendant qu'avant l'année 1297 je prieuré de ■ Saint-Antoine dépendait de l'hôpital, et insiste sur le mot hospi- ', taie effacé et remplacé par monasierium dans la bulle de Martin V : « ce qui ne pouvait se faire sous peine d'excommunication et d'annulation de la bulle. » Rhode, en neuf articles, repousse et rejette tous les articles de Saint-Antoine comme faux, suspects, etc., tous exprimés en termes vagues et très généraux.

Le vendredi 3 décembre, le patriarche d'Antioche, fatigué, donne sa démission. Le 16 décembre, la congrégation générale est présidée par l'archevêque de Tarente, cardinal légat du pape. Rodenhein complète ses cent trente-six articles par dixhuit déclarations ou additions, suivies, le 10 janvier, de ving corrections faites à divers articles sur les fluctuations monétaires.

1436. — Le 7 janvier i/i36, le coureur du concile, cédant à ses instances, cite douze témoins, originaires de toutes les provinces de France. Leurs dépositions naanquent d'intérêt, et souvent de précision ; la réponse la plus ordinaire est celle-ci : le témoin n'en sait rien, ignorât ou dicitse nescire. "Voici leurs noms, avec une seule réponse, qui se rapporte à Vienne. Jean' de Bdrro, âgé de 35 ans, bachelier en décrets, chanoine de . Sens, secrétaire de l'archevêque de Vienne Jean de Nourry, interrogé sur l'article 27, répond qu'à Vienne les ecclésiastiques acceptent six liards pour un sol tournois, et cependant la livre de vingt sous courants à Vienne ne vaut que vingt sous tournois, comptée à seize*gros et cinq liards pour un gros. — Les autres témoins sont : fr. Jean Boysson, ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ^o ans;— Robert Magnan, maître ès-arls, chanoine d'Embrun, 4o ans ; — Barthélemi de Garel, prévôt Vatasion., dioc. de Glermont; — fr. Gérard Fatet, antonin, commandeur de Sainte-Croix ; — Raymond Bailhot, chanoine de Saint-Sernin de Toulouse, prieur-Ca/..., 0. S. A., dioc. de Mirepoix ; — Raoul Godart, prieur de Saint-Samson d'Orléans ; — Jean Adhémar, prêtre du diocèse de Toulouse ; — Jean Filheul, bachelier in uiroque, prévôt de Grasse ; — Pierre Confonlent, chanoine de la grande église Saint-Hilaire de Poitiers ; — Pierre Charnier, chanoine de Besançon ; — fr. Thomas Pellut, commandeur de Montbrison, où il réside, et grand sacristain de l'abbaye de Saint-Antoiïie : il est venu à Baie pour des affaires personnelles ; il est à son compte, stat sumptibus suis, et non pas au compte de l'Abbé ou de sa maison ; — Michel Gauthier, clerc de Goutances, province de Rouen.

De son côté, le 10 janvier, l'avocat de Montmajour cite quatre témoins : Jean d'Eschalon, officiai de Romans; Pierre de la Pierre, clerc d'Avignon; l'antonin Mathieu de Braxatis, et le clavaire de Marseille. ,

Le cardinal se plaint que ceux de Saint-Antoine multiplient inutilement leurs appellations ; il demande que les commissaires examinent avec diligence leurs articles et en réfèrent à la congrégation générale : si le renvoi semble devoir être accordé de droit, que le concile prononce officiellement ce renvoi, et l'abbé de Saint-Antoine n'aura plus lieu de se plaindre, comme il l'a fait à tort jusqu'ici ; si au contraire le renvoi doit être refusé ,^ que l'on procède alors à l'expédition de la cause pour en finir. Cette requête du cardinal fut approuvée par les diverses Députations du concile, les 17 et 21 janvier i436 ; le 26 janvier par la congrégation des Douze, et le lendemain en congrégation générale, et le légat prononça la conclusion au nom du concile.

Le ik janvier, Rodenhein demande avec force que le car- . dinal et le camérxer de Montmajour soient contraints, sous

peine d'excommunication, de répondre en détail à chacun de ses articles (i).

Sans s'émouvoir du nombre des articles qu'on lui oppose et de l'audacieuse sommation dont il est l'objet, le cardinal apporte, le mardi 24 janvier, ses réponses devant la commission. Réduites pour la plupart à une seule ligne de texte, elles remplissent cependant quatre pages et demie du Gartulaire (fo* 223-5). Elles ne sont pas exemptes de vivacité ou d'ironie, comme on peut en juger par les suivantes. Le cardinal proteste d'une façon générale contre l'impertinence des assertions des opposants ; il ne répondra pas aux articles auxquels juridiquement il n'est pas tenu de répondre. Au i*', « il croit à l'existence de la ville et du lieu de Saint-Antoine ; pour le reste, il s'en rapporte aux écrits et aux documents » ; au 2* et au 5', il ne croit pas ce que l'on avance; aux 6* et 9*, il croit à la translation du corps de saint Antoine et à la fondation du prieuré en la manière expliquée par sa partie et non autrement ; au i6% il s'en rapporte aux bulles de Boniface VIII et à leur contenu, encore qu'elles aient grevé le couvent de Montmajour ; aux i8« et 19", il croit aux mutations successives de la valeur des monnaies; à l'époque de l'érection de l'Abbaye, il y avait des sous et des livres, et maintenant il y a des livres et des sous, qui servaient alors et servent encore selon leur valeur à faire les achats et les ventes ; pour le reste, il n'admet pas les explications données. Il s'en rapporté, au 3i", aux monnayeurs, aux changeurs et autres -experts ; au 39', les préteu: '"^^y. dues dépopulations (mortalitates) , qu'importent-elles avi sujet? aux 43" et 45*, il s'en rapporte « à la bourse de ceux de Saint- Antoine », et il la croit maintenant mieux garnie qu'ils ne le disent; au 49% les conclusions sont mal tirées de l'exposé qui les précède : ceux de Saint^Antoine ont toujours retardé malicieusement le paiement de la pension. Au 55*, il croit bien à la vacance de l'Abbaye par privation ou par le décès do l'abbé Artaud de Grandval ; au 67', il croit que Martin V fut circonvenu et que ses prétendues lettres sont sans valeur: mieux informé, il les à, du conseil et du consentement des cardinaux, révoquées, comme le prouve clairement la supplique produite aux actes du concile ; au 62», il s'en rapporte à ces prétendues .lettres et à leur contenu, en se souvenant toujours de leurs >-,ji subreptions, de leurs nullités et des faussetés notoires qui s'yVX trouvent. Lé cardinal répond ainsi jusqu'au n' i36, mais le plus souvent par ces simples mots : « non crédit ut ponitur, il ne croit pas ce qu'on avance ».

Montmajour répond aussi brièvement (f°' 226-6) et dans le même sens aux dix-huit « déclarations ou additions » et aux

I. « Petit dominos card. Arel. et camer. Moritism. monori sub pena cxcorarriunicationis de respondendo singulariler singiilis.articulis, et ad hoc cogi et compelli » (fol. aao).

vingt a corrections » apportées par les Antonins, Le répondant s'en rapporte aux revenus des commanderies et à la coutume de leur Ordre, qu'il déclare ignorer. Il croit à la mort de Martin V, mais non point à ce que l'on avance ensuite. Oui, il admet que la monnaie a tantôt gagné et tantôt perdu de sa valeur. Il n'admet pas que la Chambre apostolique accepte en pareil cas, pour acquitter une obligation, une livre de la monnaie actuelle ou un florin de la Chambre comme l'équivalent d'une livre ancienne. Quant au cardinal, il a observé le droit selon son devoir et selon son pouvoir.

Non content de celte réfutation sommaire et immédiate, Montmajour a cherché des témoins et a découvert des documents anciens, des pièces même qui ne se trouvent pas dans ses archives. Le, 4 février, Jean Spassier demande que l'on oblige, sous peine d'excommunication, Yves Anchubot, curé du diocèse de Toulouse, à produire divers actes intéressant la cause, à savoir la donation à Montmajour de la ville de Saint- Antoine et de ses dépendances par Didier Malien, seigneur de Châteauneuf; un carnet contenant la vie de saint Antoine et la translation de ses reliques ; une bulle d'Alexandre IV, et le vidimus d'une bulle de Martin V deforo vetito. — Le 6 février, Rodenhein est cité pour répondre à ces documents. Le lendemain, il veut lui-même citer un certain Mathias, qui possède des pièces importantes, mais plusieurs disent qu'elles sont sans intérêt, non faciant ad causant : c'est la vente du château et de la ville de Saint-Ânloine au maître Aimon de Montagne, et les actes qui suivirent cette vente (1292 et 1298). Tous ces actes sont reproduits en entier (f"' 229-86).

Le 9 février, devant les membres de la commission, les deux parties s'accusent réciproquement de. contumace, se reprochent de ne pas répondre aux articles proposés, et invoquent "séparément divers prétextes pour continuer à ne pas répondre. Rhode ne ménage pas ses critiques ; il profère contre les titres des Anlonins toute la série des termes de réprobation qu'il peut imaginer (i). Rodenhein, à son tour, réplique contre les documents de Montmajour et les qualifie en des termes semblables ou équivalents (f° 236).

Le i3 février, Rodenhein fait citer trois maîtres et experts, Guillaume N., et deux antonins, Thomas Pelhut, commandeur

I. 11 les taxe « vehementer de falsitate suspecta, rasa, abrasa, caduca, cancellata, viciata, una, varia, obscura, incerta, indeterminata, dubiosa, calumpniosa, defectuosa atque nulla, conficta, meodosa, iniqiia, ad voluntatem producentis et contra omnem veritatem et rem gestam concepla, manu privata conscripta et per non habentem potestatem neque auctorilatem, taliter qualiter subscripta, de pluribus pretensis et confectis materiis, de quibus non constat mencionem facieiitia, et alias talia quod ipsis pretensis instrumenlis et munimentis non est standiun, neque ulla fides adhibenda, prout ex eorumdem prelensorum jurium et munimentorum inspectione clare patet ipsa intuenti et latius dicetur verbe et scripte suis loco et tempore, si opus sit ; de quo protestatur. » f° a38.

du Forez, et Guillaume Cassin, à reffet de reconnaître les sceaux, les signatures et les marques des notaires, que portent les pièces originales produites au procès. Avant d'être agréés, ces experts subissent l'examen de la commission et prêtent le serment accoutumé (f° 289).

Les semaines suivantes, chacun amènera des témoins en confirniation de ses dires ; mais leurs dépositions n'augmenteront pas la lumière émergeant des documents eux-mêmes. Les réponses et les répliques se développèrent avec assez peu de 1^ vigueur pendant cinq longs mois; le zèle des avocats et des procureurs manquait de stimulant : on les oubliait depuis trop longtemps ; ils portèrent leurs doléances au concile lui-même, réclamant leurs salaires... sous peine d'excommunication ! Ils furent satisfaits.

Pendant ce temps, l'abbé de Saint-Antoine cherchait, loin de Bâle, un autre moyen de défense. Il tenait à démontrer au concile l'impossibilité où il se trouvait de payer lapension par l'état lamentable des çonimanderies du Languedoc qui, pendant un siècle, avaient permis d'acquitter cette lourde charge ; il voulait encore justifier tout ce qu'il avait dit sur la variation des monnaies et les calamités publiques de cette région de la France. Dans le chapitre annuel qu'il convoqua à Montpellier, le 27 avril de cette année i/i36, il procéda lui-même à une enquête, dont les résultats sont consignés au Cartulaire. L'on y voit que les pensions anciennement étaient fixées en petits tournois, qu'elles sont actuellement payées en monnaie cou- ; ' rante et considérablement réduites. Interrogé pourquoi il n'a i pas payé la pension annuelle de 200 liv. p. t. qu'il doit à l'Abbé, frère Antoine de Serrasse, commandeur de Narbonne, répond qu'il ne peut payer que cent moutons d'or, centum inutones aurl, et cela à cause des pestes et des mortalités publiques, des tailles imposées, des sécheresses et des guerres qui ont sévi et sévissent encore en Languedoc, et aussi à cause des changements et de l'abaissement des monnaies qui se produisent fréquemment dans le royaume de.France, et la destruction des villes et villages et des habitations : il redoit encore à l'Abbé trois cent seize moutons d'arrérages. — Antoine Gay, commandeur de Castelnàudary au diocèse de SaintPaul, qui doit annuellement 4o liv. p. t. de pension, ne peut payer que vingtquatre moutons d'or, ...pour les mêmes raisons. — Ponce de Boysset, commandeur de Limoux, diocèse de Narbonne, doit 4o liv. p. t., il ne peut donner que dix moutons d'or. — Jean de Rassiis, commandeur de Bagnols au diocèse d'TJzès, ne peut donner que vingt moulons d'or sur sa pension de 100 liv. p. t. — Jean Gonehasse, procureur de Saint-Antoine de Garcassonne, au lieu de 80 liv. p. t.. ne peut. payer que soixante moutons d'or, et il redoit deux cent quarante moutons ,

d'arrérages de quatre pu cinq années. Le domaine de Montréal au diocèse de Garcassonne, précédemment arrenté quatrevingt-dix moutons d'or, ne rend plus rien. — Ponce [a^ Pierrej Laborel, commandeur d'Albi, sur sa pension dé 80 liv. p. t.^ ne peut payer que soixante moutons d'or. Il a été commandeur de Lautrec au diocèse de Castres : il répond que sur la pension de 20 liv. p. t., il n'a pu payer, ainsi que le commandeur actuel, que quinze moutons d'or, — Antoine Postane,, commandeur de Villefranche de Montpellier, doit 120 liv. p. t. ; il ne peut donner que cinquante moutons d'or. — Jean Balmier, procureur de Saint-Antoine de Béziers, sur 200 liv. p. t., peut payer seulement cent moutons d'or. — Ledit Pierre Laborel, qui fut visiteur de Toulouse, dit que le commandeur ou administrateur de cette maison né peut donner que vingt-quatre moutons d'or au lieu de 100 liv. p. t. François Torrette, qui a été longtemps procureur de Toulon sej.répond comme Laborel. — Celui-ci, qui visita autrefois Saint-Antoine de Pergamosque, diocèse de Toulouse, répond que le commandeur ou administrateur moderne ne peut payer que six moutons d'or au lieu de 100 1. p. t., et depuis cinq ans il n'a peut-être pas donné un denier. — Laborel a voulu visiter la commanderie de Monlauban, mais il n'a pu y arriver à cause des guerres, etc. : le commandeur est dans l'impossibilité de payer les i5o liv. p. t. de sa pension ; depuis vingt ans, il n'a pas payé un denier, et, dit-il, il ne trouve pas un frère pour y faire résidence. — De même, le commandeur de Ficalba, au diocèse d'Agen, qui s'en est allé, recessil, sans avoir rien payé pendant vingt-cinq ans de sa pension de 90 liv. p. t. — Le commandeur de Montlauzun, diocèse d'Auch, depuis trente ans n'a pas payé sa pension de i3o liv. p. t. — Celui de Pont de Ratz, diocèse de Lectoure, doit i5o livres ; dépuis quatorze ou quinze ans, il n'a payé que quarante-cinq moutons d'or. Laborel n'a pas pu visiter ces trois dernières commanderies.

— Le commandeur d'Amuliane, diocèse de Rodez, ne peut donner que cent moutons d'or sur sa pension de i5o livres.

— Le commandeur de Nîmes et celui d'Alais au même diocèse, qui doivent chacun 80 liv., ne paient le premier que quarante, et le second seulement vingt-cinq moutons d'or. — Enfin celui d'Avignon, dont la pension est de 100 livres, depuis cent ans pQiie un denier {fol. 281-8^).

Départ et d'autre on examinait le dossier adverse. Le jeudi 3o août i436, les parties s'affrontent avec des armes nouvelles : Montmajour produit quatre pièces : la visite de ce monastère par le légat apostolique Raoul en i2o5; une procuration du prieur et des moines de Saint-Antoine en 1289 ; un compromis de i3i5 fixant le partage de la pension antonienne par moitié entre l'abbé et le couvent de Montmajour ; enfin le dépôt des

sommes d'argent fait en la cour présidiale de Nîmes le i"juin i4o9 par les procureurs de l'abbé Gère n ton de Saint^ Antoine pour le compte de l'abbé de Montmajour. — Les Antonins produisent, pour le xin» siècle, trois bulles de Nicolas III, trois d'Honorius IV, une de Grégoire IX contre les faux quêteurs, une de Grégoire X, une d'Innocent ÏV et trois de Clément IV, une de Martin IV et trois d'Alexandre IV : en tout, seize bulles pontificales; ensuite une promesse d'obédience au Dom de Saint-Antoine émanée des commandeurs d'Espagne et deux tailles levées sur les commandeurs de l'Ordre par le Dôm de l'aumône, l'acte d'élection d'Aimbn de Montagne (1273//1), et plusieurs actes consécutifs à la vente du château de Saint-Antoine (1292-93).

A première vue, il n'y a aucune équivalence entre les quatre pièces secondaires apportées par Montmajour et les vingt documents des Antonins. N'oublions pas qu'il s'agit toujours de la pension : les Bénédictins s'appuient solidement sur la bulle du 10 juin 1297, et elle leur suffit. Au contraire les Antonins ont besoin de déprécier cette bulle. Pour y parvenir, ils dressent à leur manière l'histoire de l'hôpital fondé, disentils, longtemps avant le prieuré, et sur lequel il garda la prééminence durant tout le xni* siècle; l'afjfluence des malades attirait à l'hôpital d'abondants subsides et de larges aumônes ; enfin l'acquisition par l'hôpital du château et de la ville de Saint-Antoine en l'année 1292 prouve que les moines en quittant le prieuré pour retourner à Montmajour ont perdu peu de chose. Ils concluent : la pension imposée en leur faveur pour les dédommager de la perte du prieuré a été excessive dès le premier jour ; maintenant elle doit être totalement supprimée.

Le 4 septembre, Thomas Rhode donne son appréciation sur les documents antoniens du xm° siècle, et les juge, dans leur ensemble, sans aucun rapport à la question dont il s'agit, la pension ; -spécialement, dit-il, la vente du château de Saint- Antoine ne prouve rien contre Montmajour, mais plutôt en sa faveur, car, comme il est dit danis le préambule, le frère Graton avait été dépouillé du prieuré que lui avait conféré l'abbé de Montmajour à qui il appartenait ; or tous les actes qui suivirent dépendent de cette spoliation : le Maître de l'hôpital n'avait donc aucun titre ou du moins aucun pouvoir légitime sur le prieuré, sur le château et sur le territoire ; l'article 5 de la vente oblige le Maître à démolir le campanile élevé depuis la spoliation, comme aussi les fortifications construites dans la ville pendant la durée de la guerre; les art. 7 et 8 disent clairement qu'avant l'expulsion des moines le prieuré n'était pas entre les mains du Maître de l'hôpital (f" a55-6).

Déconcerté par cette réplique qui réduit à néant»ses meil-

leures preuves en leur refusant toute valeur, et qui même en tire avantage contre lui, Rodenhein attaque maintenant les prétendus documents de Montmajour, et il élève à leur sujet une singulière théorie : ces documents, il les accepte, au moins tacitement, en ce qu'ils contiennent de favorable à Saint- Antoine ; pour le reste, il les rejette comme absolument irrecevables (i). Le cardinal de Palestrina, ajoute-t-il, disait que l'abbaye de Montmajour n'avait subi, du fait du renvoi des moines de Saint-'Antoine, que la charge de dix moines de plus. Depuis vingt et trente ans, les religieux de Montmajour n'ont jamais dépassé ni même atteint le nombre de vingt-cinq. Les i.3oo livres ont donc été, dès le principe, une charge excessive et exhorbitante, totalement injuste et déraisonnable ; et si elle n'avait jamais été modifiée, elle devrait l'être aujourd'hui. Cependant, malgré tout, Saint-Antoine est prêt à acquitter les 1 .3oo livres selon l'évaluation que le Saint-Siège en a faite.

Le 26 novembre i436, Simon de Tharamo, avocat de Saint- Antoine, voudrait bien produire de nouveaux documents en faveur de sa partie ; mais il se plaint que les juges lui ont toujours refusé les lettres de citation ou de renvoi qu'il demandait... Au nom dès juges, l'archevêque de Lyon répond vivement que de semblables, lettres n'ont jamais été refusées à ceux de Saint-Antoine, mais qu'après deux ans il serait bien temps d'en finir. Pour plaire à son collègue Rodenhein, on cite donc l'ântonin Mathieu de Brastatis, présent au concile, qui exhibe trois pièces, de 1421 à 1428, de peu d'intérêt. Rodenhein croit alors de son devoir de prendre la parole : il répète une fois encore ses quinze articles : il veut, dit-il, montrer par là la fausseté de ceux qui ^prétendent que le monastère de Saint- Antoine a été fondé et doté avec les biens du monastère de Montmajour, car, dit-il encore, l'hôpital était alors plus opulent que l'est aujourd'hui l'abbaye de Saint-Antoine ; Bonifa(îe VIII a été puissamment circonvenu et il a grevé l'hôpital en lui incorporant le prieuré ; les revenus et toutes les offrandes du prieuré ne montaient pas alors au tiers delà pension qui a été imposée : ainsi donc en stricte justice la biille de Boniface VIII doit être réformée et modérée. Dès l'origine, elle était excessive : toutes les mutations de monnaies et toutes les guerres et les calamités publiques qui ont sévi depuis plus d'un siècle, comme il a été plus d'une fois démontré, exigent que l'on supprime totalement cette pension.

(i) « ... hujusmodi pretensa instrumenta sunt, citra cujuscumque injuriam loquendo, falsa et de l'alsilate vehementer suspecta, in datis anticipata, in locis suspectis, rasa, viciata, cancellata, ad producentis voluntatem et contra rei veritatem concepla, ac per non liabentem poteslatem, nuUiter et de facto facta et concessa, impertinentia, debitis siibstantialibus et sôlemnitatibus juris necnon sigillis autenticis carentia, manu privata conscripta, vana, vaga, obscura, mendosa, iniqua, calumpniosa, de falsa et iniqua materia fabrlcala, ac alias talia quod eis nuUa fides est adhibenda prout ex ipsorum inspectione clare patet et latins dicetur..., de quo protestatur » (fol. a56).

Enfin le cardinal d'Arles et le couvent de Montmajour, comme excommuniés, doivent être privés du droit de poursuivre ce procès; ou s'ils ne sont pas excommuniés, du moins doivent être déboutés de tout droit à la pension ; l'abbé et le couvent de Saint-Antoine ne doivent plus être inquiétés à ce sujet, et ceux de Montmajour doivent être condamnés à tous les frais... (£'"'270-73).

Certes, à défaut de preuves historiques, ces déclarations étaient exprimées sur un ton péremptoire excluant toute contradiction. — Onze mois s'écoulèrent en nouvelles appellations, en renvois successifs, en productions de nouveaux articles, et en auditions de témoins (f" 285-93). L'absence continuelle de plusieurs commissaires et le départ de l'abbé de Saint-Antoine rendaient la cause languissante.

1437. — Le jeudi 5 décembre 1^37, le comité des Douze constate l'accord des quatre Députaliojns exprimé dans leurs réunions des 21 et 26 novembre, des 2 et 3 décembre, sur « la cause dite de Saint-Antoine pendante au concile depuis quatre ans ». Il rappelle toutes les facilités données à l'Abbé peur s'expliquer et établir ses prétentions, et tous les délais qu'il a multipliés pendant des jours et des mois lorsqu'il était présent et depuis son départ j pour éterniser cette affaire. Il est vrai que, pour une part, ces lenteurs doivent être attribuées au départ ou à l'absence prolongée de plusieurs membres de la commission. Il n'y a pas lieu de nommer, selon le désir du cardinal et du couvent de Montmajour, de nouveaux commissaires pour réfuter les calomnies des Antonins ; — ni, comme le demandait l'abbé de Saint-Antoine, de remplacer l'évêque de Lubeck par six autres commissaires revêtus du même pouvoir. L'instruction est épuisée. Le terme péremptoire, fixé à l'Abbé par l'archevêque de' Lyon, est passé : il s'est esquivé, nanc elapsus abbas ; si on ne le voit plus, ni lui ni les siens, c'est qu'ils n'ont plus rien de nouveau à présenter pour leur défense. Le comité, à la demande du même cardinal et des religieux de Montmajour, décrète donc que, pour né rien innover, et pour clore une affaire simple comme celle-là et qui dure depuis tant d'années, l'archevêque de Lyon et l'évêque de Lubeck, seuls membres restants de l'ancienne commission, auxquels on accorde toute l'autorité nécessaire fassent, en s'aidant des conseils de quelques Pères du concile, le rapport définitif sur la cause ; et cela malgré les suspicions fréquemment soulevées dans les Députations contre l'évêque de Lubeck.

Le même jour, en congrégation générale, Louis, patriarche d'Aquilée, président des présidents du concile au nom du Souverain Pontife, approuve cette nomination, qui est remise le lendemain aux deux prélats, en la grande église de Bâle, à

la sortie de la messe solennelle de la fêle de S. Nicolas, en présence des évêques de Saint-Pons et de Dax (Aquensis) (f° 294).

Le 17 décembre, les représentants de l'Abbé, Nicolas Pontan et Jean Rodenhein sont cités péremptoirement à comparaître ce même jour à 3 heures après midi, dans le réfectoire des Augustins, pour exposer de vive voix ou par écrit tout ce qu'ils pensent avoir à proposer. Gomme ils ne paraissent pas à l'heure dite et ne présentent aucune excuse, les commissaires demandent que la contumace soit prononcée contre eux et que toutes les pièces de la cause soient remises entré les mains de Jean Bernard, notaire du concile.

1438. — La décision était irrévocable. Il fallait rédiger le rapport général et définitif, base de la prochaine sentence. A l'archevêque de Lyon et à l'évêque de Lubeck, chargés de ce travail, on adjoignit Simon, évêque de Barcelone, G. évêque de Vich (-Vicensis) (i), et l'archidiacre de Metz. La rédaction exigea de longs jours ; elle fut ensuite proposée et discutée «en diverses congrégations générales de consulteurs du concile appelés par les commissaires ». Ce rapport qui résume tous les actes du concile sur la'question, remplit les folios 3oo à 3o6 du cartulaire : histoire de la pension, mais surtout exposé de la méthode insidieuse et injuste pour Montmajour, par laquelle l'abbé de Saint-Antoine obtint diverses bulles des papes Martin V et Eugène IV, bulles dont finalement on sollicite l'annulation par le concile général.

Le 2 avril i438, en l'assemblée générale tenue solennellement à l'accoutumée dans l'église cathédrale de Baie parles révérendissimes et révérends pères les seigneurs cardinaux, patriarches, archevêques, évêques, abbés, docteurs et maîtres composant le saint synode général, le coureur {carsor) du concile Jean Kémprer rapporte avoir cité Jean Rodenhein à venir entendre en la congrégation générale le rapport public de la cause. En son absence, les commissaires le déclarent contumace lui et les siens, et décident de passer outre à la procédure, avec renvoi au lendemain vu l'heure avancée.

Le 5 avril, les commissaires, à commencer par l'archevêque de Lyon et l'évêque de Lubeck, donnent leurs suffrages à l'unanimité. — Le samedi 26 du même mois, on procède à la rédaction de la sentence. — Le mardi 29, le patriarche d'Aquilée, sur l'ordre du concile et à l'instance de ses promoteurs, conclut en prononçant la fin des débats ; et les quatre Députalions, en ayant demandé et entendu la lecture, conviennent que le mercredi 3o avril la sentence du saint concile soit pro-

(i) G., episcopus Vicensis, fol. 297 et 3o6. Le prénom G*orgias est donné en tontes lettres au fol. 298.. Cf. Gams, p. 90.

— kl —

mulguée « en la cause des monastères de Montmajour et de Saint- Antoine ».

Le mercredi 3o avril, les commissaires examinent une dernière fois la sentence, donnent leur placet et apposent la signature de leur main. Le notaire du concile, Louis Staet, fait la lecture des accords ou concordats ; on appelle le procureur de la partie adverse, qui ne paraît pas ; alors le concile adresse une citation directe « à un certain {quendam) frère Jean abbé du monastère de Saint-Antoine, 0. S. A., au diocèse de Vienne, et à tous et chacun des autres intéressés à là question », sur la cassation de prétendues bulles de Martin V et d'Eugène IV portant réduction de la dette de i.3oo livres p. t. à kio marcs d'argent estimés valoir i.3oo florins d'or de la Chambre, pour entendre la sentence définitive du concile. A Baie, dans l'enceinte du couvent des frères Mineurs (i).

De la sentence solennelle du concile, proclamée le même jour 3o avril, dans la grande église de Baie, nous donnerons seulement le résumé.

« Le très saint concile général de Baie, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit et représentant l'Eglise universelle., le nom du Christ invoqué, et ayant- Dieu seul devant les yeux », déclare par cette sentence que les prétendues lettres apostoli-' ques données par le pape défunt Martin V et par le pape actuel Eugène IV pour réduire à i.3oo florins d'or de la Chambre la dette annuelle de i.3oo livres p. t. dues chaque année par l'abbé de Saint-Antoine à l'administrateur ou abbé et aux prieur et- monastère de Montmajour selon l'ordonnance du pape Boniface VIII en compensation des pertes subies par ce monastère, spécialement celle" du prieuré de Saint-Antoine où reposait le corps du très glorieux saint Antoine ; — tout le contenu de ces lettres et tout ce qui a été ensuite demandé et \ obtenu contre Montmajour, le saint concile le déclare nul, i invalide et sans force, le révoque, le casse et l'annule. 11 rétablit l'administrateur et les religieux de Montmajour dans l'état où ils se trouvaient avant la concession de ces lettres, et en possession de recevoir annuellement les i.3oo livres estimées à 4'io marcs d'argent fin par la dernière sentence arbitrale que les. deux parties ont approuvée. Cette somme, l'abbé Jean de Saint-Antoine et ses successeurs devront l'acquitter à compter du jour où elle n'a plus été payée, et cela sous la peine de privation portée par Boniface VIII. Le concile impose audit abbé Jean et à son monastère le silence perpétuel sur toutes les oppositions, vexations et accusations par eux portées contre le défunt abbé et les moines de Montmajour. — Encore que le saint concile eût pu déclarer que l'abbé de Saint-

(i) Cf. Haller, IV, p. i54-5, i6i.

Antoine avait encouru la privation de son abbaye, cependant par miséricorde il s'abstient de faire cette déclaration ; mais il confirme à son égard toutes les dispositions de Bonifàce VIII sur la quantité, le terme et le lieu du paiement, et la sanction encourue eo ipso absque alla sententia en cas de défaut. Enfiii l'Abbé est condamné aux dépens légitimes du procès, dont le concile se réserve l'estimation.

La sentence porte la signature de quatre évêques et de deux notaires :

« Sic ferenda videtur michi A[medeo] archiepiscopo Lngdunensi.

« Sic ut prefèrtur sententia ferenda videtur mihi .lohanni Dei gralia episcopo Lubicehsi. — ... videtur mihi Géorgie episcopo Viccnsi. — ... videtur et mihi Symoni episcopo Barchinonensi.

« Ego Johannes Dieulefîst, clericus Abrincen. dioc, bacalarius in decrelis, publicus apost. auctor. notarius ac in causa hujusmo^i coram prefaiis rêver, mis ac reverendis palribus ac dominis judicibus et commissariis, necnon sacri Basilien. concilii scriba, registrum Fcilicet scriptum de otiginali libro papireo in pargameno trahsumi seu transcribere fçci, ipsumque deinde cum codem originali de verbo ad verbum coUationavi, et ipsum Iransumptum cum eodcm originali concordare inveni : ideo hujusmodi preseriti Iransumptoalienismanibus scripto me subscripsi, signumque meum solitum et consuelum apposui requisitus et rogalus in fidem et in testimonium premissorura. — Au bas du signum : Jo. Dieulefîst, n. » (i).

« Et quia ego Thomas Chesneloli, clericus Remensis dioc.i bacall. in decretis, publicus apost. et imper, àuclor. notarius, ... originali registre presens scriptum eidem concordare inveni, idcirco hic signum meum solitum ... apposui ...» Au bas de son signum : « n. n. Ghesnelot not. » (fol. 298-299 v°).

Même texte, au fol. 307-808, avec la signature d'un troisième notaire :

« Ego Raphaël Galerii, clericus Gonslanliensis provincie Rothomagen , publicus apost. et imper, auct. diclique sacri concilii generalis Basilien. notarius et scriba, in prolatione dicte senler^ tient premittitur... presens interfui, causamque sic proferri audiyi. Ideo hic manu mea me subscripsi et signum meum ... consuelum apposui... » Cum signo. .

Ici (fol. 3o8), avant la signature des trois notaires, est la date (omise f° ^^99) de la sentence du concile :

« In quorum omnium et singulornra fidera et testimonium premissorum présentes lilteras sive presens publicum inslrumentum hujusmodi ipsius sancle synodi senlenliam in se continentes sive conlinens, ...ipsa exinde fieri et per nolarios et scribas suos infrascriplos subscribi et publicari mandavit suéque bulle munimine roborari,

(i) Jean Dieulefist est donc le notaire qui fit transcrire sur parchemin, de l'original en papier, le registrum, appelé jusqu'ici « cartulaire de Montmajour », que nous étudions en ces pages.

...lata et in scriplis promulgata fuit hec presens sentenlia per sanctam synodum in generali ad hoc indicta congregatione in ipsa majori ecclesia Basilien. pro generali congregacione ejusdem celebranda specialiter deputala mane hora consiieta ad supradicla.pro fribunali sedente : sub anno a Nalivitate Domini millesimo quadringentesimo tricesimo octavo, indictione prima, die vero nnercuril ultima mensis aprilis, pont, domini Eugenii pape quarti anno octavo, Presentibus ibidem ven. dom.. Jacobo Olant et Wulielmo Kirmer de Conslanlia, d. sancte synodi causarum judicibus, et pliiribus aliis fidedignis lestibus ad premissa vocatis specialiter atquè rogatÎEi. »

L'abbé de Saint-Antoine, invité au concile de Bâle en i432, avait été incorporé le /i janvier 1434 et assigné à la Députation de la réforme. Quel rôlejoua-t-il dans cette Députation ou dans les trois autres ? Aucun texte de Halier ne pesrmet de le pré- ; ciser.

Dans le procès financier o\x il se voit person réellement engagé et qui dure quatre ans entiers, il remuesi toute l'histoire de son Ordre y cherchant des moyens de défense, auîçquels la commission conciliaire refuse toute valeur probative. Sans jamais varier, Montmajour, soutenu et dirigé par le c^ifdinal Louis Mleman, énmet la prétention de faire casser par Iç concile les bulles de Martin V et d'Eugène IV données en favei^r de Saint- Antoine ; à aucun moment, notre Abbé ne s'élève çpntre cette atteinte à l'autorité suprême du pontife de Rome. Vraisemblablement, il pensait sur ce point comme la majorité dçs Pères. Se voyant condamné, du moins accepte-t-il comme juste la sentence du concile ? On ne saurait répondre par l'afïî^'ijaative. Le premier tenme de la Trinité passe, sans qu'aucun ver^jpment soit effectué, et l'on voit reparaître la méthode usitée ay^nt le concile. Le i3 septembre i438, le cardinal et le couve^ifit de Montmajour font mettre arrêt et saisie sur la pension de 19Q florins que la commanderie de Lyon, unie à la mènse abbatiale, doit annu'ellement à l'abbé de Saint-Antoine (1). L'a%é Jean de Polley avait quitté ce monde le 5 [non le loj juillet (d(e cette année (2).

Après le concile, l'histoire de la pension se trouve liée inséparablement à l'histoire des reliques de saint Antoine. Dassy a

(i) Rhône, c. 354, parch. orig.

(a) « A la mémoire de Jean de Polley, onzième abbé de Saint-Antoine, s'attache un fait bien digne de mémoire. Appelé par Eugène IV au concile de Bâle, le successeur d'Arthaud de Grandval captiva par son savoir l'attention universelle des Pères; mais lorsque les troubles qui divisèrent l'assemblée vinrent à éclater, Jean de Polley, indigné de l'opposition dirigée contre Eugène, se retira en protestant au nom de son ordre. L'abbaye lui rendit pour sa noble conduite des actions de grâces solennelles : flère de l'illustration de son chef, elle montrait encore, peu avant sa suppression, le bref mémorable que le Pontile de Rome lui adressa pour le féliciter de sa fermeté et de la pureté de sa doctrine ». L'Abbaye de Saint-Antoine, p. 169-170.

Le lecteur jugera si un tel éloge ressort des actes du concile de Bâle. Cependant Dassy cite plusieurs fois le Cartulaire de Montmajour qu'il eut en mains...

tracé Tune et l'autre (r) à l'aide de Falco (2) et de V Inventaire des titres de l'abbaye {3). Nous les résumerons aussi brièvement que possible.

Le 2^ juillet i44i, au parlement de Toulouse, les Bénédictins proposent aux Antonins de rendre à Montmajour les reliques de saint Antoine, et il leur sera payé en retour une pension plus considérable que celle qui leur est réclamée^ Les Antonins, on le comprend, repoussent énergiquement ce honteux marché. — De nouveau, la pension fut payée irrégulièrement, et par des combinaisons diverses. Le i8 novembre i455, le dauphin" Louis XI donne pour cela 1.200 écus d'or. Le 1°'' janvier i458, le pape Pie H assigne dans le même but, à l'abbé Humbert de Brion pour sa vie durant, la somme annuelle de i.5oo florins d'or à prendre sur la cpmmanderie de Bailleul en Flandre. Cet Abbé mourut quatre mois après. — Louis XI,. toujours dévot à saint Antoine, avait fait le vœu de libérer pour toujours son cher monastère de cette lourde charge. Il ordonna (1471) de payer sur son trésor tout l'arriéré de la pension, malgré l'opposition faite précédemment par Benoit deMontferrand, abbé de Saint-Antoine (4)- A la mort du roi (ii483), l'abbé Antoine de Brion n'eut garde de reprendre le paiement; et en sa faveur, le pape Innocent VIII répondit aux réclamations et aux appels des moines de Montmajour en leur imposant silence et en réduisant la pension de moitié (6 mai 1/186). Le 3o juin 1/I87, 11 rejette un nouvel appel, et permet aux moines, pour compenser la réduction précédente, d'unir plusieurs bénéfices de l'Ordre de Saint-Benoît ou de Gluny, jusqu'à concurrence de 800 livres de revenu, pour atténuer les charges de leur monastère... L'archevêque d'Arles, Nicolas Gibo, pour échapper à tant de tracas, donne sa démission d'abbé commandataire de Montmajour. Le Pape croit devoir profiter de cette vacance pour supprimer l'abbaye et l'ériger encommanderie générale de Saint-Antoine avec cette clause finale : au cas où l'union serait rompue, le Pape décharge à perpétuité l'abbaye de Saint-Antoine de toute prestation de pension à Montmajour, nonobstant toutes les concessions faites par lui-même et par ses prédécesseurs (2 juin i^go). Une autre bulle, du 28 juillet 1491, modérait légèrement la précédente : Montmajour gardait le titre de monastère et non plus de commanderie ; les Bénédictins pouvaient conserver leur habit, mais ils ne devaient ni élire ni demander un Abbé, ni recevoir aucun nouveau moine.

Cette fois, la mesure débordait...

(1) Dans Le trésor de l'église abbat. de Saint-Aiiloine..., i855, p.65 et suiv. (a) Fol. 96, 97, 98 et io3.

(3) Art. 55 à 69.

(4) PiLOT, Actes da dauphin.. Louis XI, H, p. 208 n.

Le récit des graves événements qui .suivirent cette union et en furent lïLConséquence, notamment la quereliedes Keliques, nous entraînerait trop loin... L'abbé Théodore- de Saint-Ghamond ne put prendre possession de Montmajour... Des personnages distingués et bien avisés, comprenant que toute pacification était impossible en l'état présent des choses provoquèrent des conférences qui se tinrent en la ville de Valence et aboutirent à cet accord suprême, sanctionné par le pape Alexandre VI le 3r décembre i495 (i) : Saint-Antoine renonçait à posséder Montmajour malgré lui; Montmajour renonçait enfin à réclamer sa pension deux fois séculaire.

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