‹ Sainte Bathilde, reine des FrancsChapitre 15 sur 30 · I.li: GOUVERNEMENT DE LA HKCIiME · texte numérisé non relu

I.li: GOUVERNEMENT DE LA HKCIiME

distinction de race prennent les armes; seuls, les esclaves sont dispensés du service. Chaque homme s'équipe à ses frais: la guerre l'indemnisera, le butin l'enrichira; aussi voit-on des gens, qui ne sont pas appelés, se joindre aux belligérants, attirés par l'espoir du pillage (1).

De telles armées manquent de cohésion et d'instruction; à la vérité, le maniement de la lance, de la hache et de l'épée s'apprend aisément. Bien plus difficile est le service de l'artillerie héritée des Romains, qui demande une préparation plus longue : la baliste, l'arbalète à tour, la catapulte, d'autres engins encore, sont des machines puissantes qui lancent des projectiles redoutables et exigent des servants habiles et exercés (2). Aussi les troupes du comte mérovingien seront-elles plus propres au pillage qu'à la guerre, aussi nuisibles dans leur propre pays que sur les terres ennemies.

Ainsi pendant la guerre comme en temps de paix le comte est à la tête du « pays ». Sa juridiction s'étend à toute l'administration de la cité; elle pénètre partout; les propriétés du fisc royal, surveillées par des agents spéciaux, les « domeslici >>, les domaines laïques ou ecclésiastiques couverts par le privilège de l'immunité, échappent seuls à ses prises. Là, il n'a pas d'action; il ne peut pas réclamer le droit de gîte que dans ses déplacements il exige pour lui et sa suite, et qui est un des protils de sa fonction à laquelle, semble-t-il, aucun traitement n'est alloué (3), Pour l'indemniser de ses peines,

(1) « Secutl sunt cum (cxercitum) de Turonicis multi, lucri causa... » (Greg. ïuroii., llht. Franc, lib. VII, 28, p. 308.)

(2) « ... novas ad diatruendam urbem machinas praeparabat. Plau8tra enim cum arietibus, cletellis et axebus tecta, sub qu* esercitus properaret ad distruendos muros. » (Greg. Turou., Uist. Franc, 1. VII, 37, p. 317.)

(3) « ViUas noBtras, quae in vestra, vel in cuncto regno nostro aliorum domosiit.-orum sunt actionibus... » (Marculfi formitlx, lib.

l.JS CHAPITRE I.\

le roi lui concède le tiers des amendes, des « freda », dont il frappe les délinquants (1). Peut-être aussi lui accorde-t-il les revenus de quelques villas du fisc pendant la durée de sa charge (2).

Quand ces fonctionnaires si puissants furent pris exclusivement parmi les grands et riches propriétaires de la cité, leur omnipotence s'accrut hors de toute mesure; ils furent en état de résister aux volontés royales ou de créer des ligues formidables. La lutte entreprise contre eux par Ebroïn ne fat pas d'abord très rude, car d'autres personnages que lui entraient au conseil de la régente, modéraient son ardeur et contrebalançaient son influence. 11 y avait alors auprès de Clotaire III et de la reine, dit le biographe de celle-ci^ « Clirodebert, évêque de Paris, saint Ouen, évêque de Rouen, et le maire du Palais, Ëbroïn, avec d'autres grands. Et dans le royaume des Francs la paix régnait (3). »

L'évéque de Paris, Chrodebert, avait succédé à saint

I, 39; Migne, P. L., t. LXXXVII. col. 724; cf. ihid., lib. II, 52; ihid. col. 756.) Pour l'immunité, voir plus haut, chap. VI. Le droit de gîte comprenait le logement et la nourriture; il était très onéreux.

(1) « — Ut Eon... heribannum comes exactare praesumat, nisi missus noster prius heribannum ad partcm nostram recipiat et ei 8uam tertiam esinde per jussipnem nostram donet... » {CaiJitul. 812, 2; Baluze, Capitularia, t. I, col. 493; Pertz, Letjura, t. III, p. 173.) Un capitulaire de Dagobert nous incline à penser que plusieurs espèces d'amendes n'étaient pas aussi fructueuses pour le comte à l'époque de sainte Bathilde plus proche de Dagobert que de Charlemagne: <• Judex vero partem suam accipiat de causa quam judicavit. De tribus solidis tremissem accipiat, de sex solidis duos tremisses accipiat, de novem eoUdis unum solidum accipiat. De omni compositione semper nonam partem accipiat, dum rectum judicat. » 'Les Baiuvariorum, XVI; Baluze, Capitularia, t. I, col. 106,) Au lieu du tiers c'est ici le neuvième.

(2) On sait que certains fonctionnaires possédaient en bénéfice des villas du fisc pendant le temps de leur fonction. (Pardessus, Diplomata, n" 410; t. II, p. 205.)

(3) " Tune enim precellentibus Chrodoberto episcopo Parisiaco et domno Audoeno seu et Ebroino majore domus cum reliquis senioribus vel ceteris quam pluribus. et reguo quidem Francorum in pace consistenti. » (Tita ganctse Balthildis, c. 5; p. 487.)

Landry en 656; il mourut vers l'an 6()3, sans laisser dans l'histoire des traces bien profondes de son action. On trouve sa signature au bas des chartes de privilèges concédés par Emmon, évoque de SenS;, en faveur des monastères de Sainte-Colombe et de Saint-Pierre-le- Vif(l).

Saint Ouen est plus connu que l'évéque de Paris. Un épiscopat long de plus de quarante ans, actif, fécond, lui fait une place éminente parmi les grands évéques mérovingiens. Issu d'une famille riche, saint Ouen avait été « nourri » au Palais sous Clotaire II; il y demeura pendant le règne de Dagobert, chargé de Tolfice de référendaire, l'un des plus élevés de la hiérarchie palatine. Ce fut alors qu'il fonda le monastère de Rebais dans ses terres patrimoniales et le peupla d'une colonie de moines de Luxeuil. Deux ans après la mort de Dagobert, saint Ouen était métropolitain de la deuxième Lj onnaise. Il fut élu par le clergé et le peuple de Rouen en 640 et sacré après une année de retraite, de prière et d'étude. Sa piété bien connue, son titre de référendaire lui avaient valu cet honneur et cette charge, car les peuples recherchaient volontiers des évoques qui joignaient à la vertu une intluence assez grande pour les défendre contre les exactions des fonctionnaires royaux.

Saint Ouen avait quarante ans au plus quand il prit possession du siège de Rouen. L'administration d'un vaste diocèse, la création d'églises nouvelles, la fondation de monastères d'hommes à Fontenelle etàJumièges, de communautés de femmes à Logium, sur la Seine,

(1) Pardessus, Diplomata, u" 332, 335; t. II, p. 111, 114. On remarque le nom do Chrortebert au bas de la eharte de Bertefroid en faveur de l'abbaye de Corbie. (Ibid., p. 128.) Mais cette signature est supposée, car Cbrodebert mourut en 663, d'aprèa Iv (lallia Ctirii^tiann (t. VIT, col. 25, édit. 1744), alors que le diplôme est de la vil" année de Clotaire III, 6 septembre 664.

près de l'embouchure de la petite rivière de Fonlenelle, à Fécamp, à Pavilly, à Montivilliers, eussent suffi à absorber son activité il). Cependant, malgré tant de sollicitudes, il n'oublia pas le Palais; il s'y rendait souvent appelé par les affaires de l'État dont il ne se désintéressa jamais. Évêque neustrien, il fut fidèle à Ébroïn, maire du Palais de ^eustrie; partisan dune royauté forte et respectée, palatin de Clotaire II, référendaire de Dagobert qui, tous les deux, avaient travaillé à la grandeur et à l'unité de la monarchie franque, il resta l'ami du terrible ministre, héritier de leur politique. 11 fut son conseiller, souvent écouté : « Qu'il te souvienne de Frédégonde», lui manda-t-il, le jour où sorti de Luxeuil il se vit devancé en Neustrie par saint Léger. Ebroïn trouva dans l'histoire de Frédégonde des leçons et des exemples que son saint ami n'avait pas en vue et dont il fit son profit. Ainsi dans le parti d'Ebroin comme dans le parti aristocratique et bourguignon on pouvait se réclamer des plus vénérables personnages : saint Ouen et saint Léger (2).

Ce dernier était le neveu de Tévéque de Poitiers, Didon, connu par l'enlèvement du fils de saint Sigeberl, lors du coup d'État de Grimoald. Comme saint Ouen, Léger appartenait à une famille franque; avec lui il avait été formé au Palais, sous Clotaire II; mais bien avant lui, il avait renoncé à la vie de cour, aux charges réservées aux palatins. Préoccupé de son salut, il rompit violemment avec le monde, avec le palais de Clotaire II, où cependant, parmi les orages des sens et les tourci) Logium disparut pendant les invasions normandes; il était bâti au lieu appelé aujourd'hui Caudebecquet, à deux kilomètres en aval de Caudebec-en-Caux, Montivilliers et Pavilly sont devenus des villes, l'une de 5.000 habitants, l'autre de 3.000.

(2) Vita sancti Andoeni, passim; Boll., t. IV Augusti, p. 805 et seq. Voir aussi: Vie de saint Ouen, par É. Vacandard.

LE GOUVERNEMENT DE LA RÉGENTE IGl

mentes de lambition et de l'envie, passait un souffle de vertu et de perfection chrétienne puissant et vivifiant. Les cours mérovingiennes, décriées à plaisir, comptèrent des saints, souvent canonisés par la voix des peuples édifiés avant que l'Église se fût prononcée à leur sujet.

Léger avait rejoint son oncle, l'évêque de Poitiers; il était entré dans le clergé et devenu archidiacre, puis abbé de Saint-Maixent, monastère peu connu alors, perdu au fond des landes poitevines, qu'il gouverna pendant plus de cinq ans, c'est-à-dire jusque vers l'an 657 ou 658, après la mort de Clovis II. A ce moment, la reine Bathilde l'appela auprès d'elle, mais pour s'en séparer un jour et le faire évêque d'Autun (1).

Une autre séparation, à laquelle elle sedéciderapourle bien général, lui coûtera peut-être davantage : Après le meurtre de saint Ennemond, elle désignera pour lui succéder sur le siège de Lyon l'abbé Genès, recteur de la Chapelle du Palais et dispensateur de ses aumônes. L'éloignement de leurs résidences n'empêchait pas ces prélats de faire à la cour de longs et fréquents séjours sur l'ordre de la Régente.

Un autre évéque, depuis de longues années le confident de sainte Bathilde, Éloi de Noyon, parrain du roi Clotaire III, venait au Palais en ami et en vétéran expérimenté de l'administration et de la diplomatie.

D'autres personnages clercs et laïques apportaient un concours plus ou moins immédiat à la gestion des affaires publiques. On aimerait à surprendre la reine au milieu de ses conseillers, évêques et palatins, à scruter le secret et les détails de son gouvernement :

(1) Tita sancti Leodegarii, passim; Boll. t. I, Octobris, p. 463 et •eq. ,Alia Vita, ab Unijio, ibid., p. 485 et aeq. — AA. SS. 0. S. B., aaec. 11°, p. 650 et seq. — Cf. Histoire de saint Léocr, par Dom Pitra, 0. S. B.

la chronique avare n'a laissé aucune trace, aucun vestige, rien qui permette de percer le mystère du conseil de régence. Le même silence pèse sur la vie privée, intime, de sainte Bathilde, vie de Palais et de famille. La reine et la mère nous échappent également. Contempler la sainte formant le cœur de ses enfants, façonnant en eux le roi et le chrétien, les préparant à leurs destinées temporelles et éternelles, surveillant leurs études et leurs délassements, les entourant de tendresse et d'amour est aussi facile à faire qu'impertinent à décrire, en l'absence de tout souvenir historique.

Seuls, quelques actes de la Régence de Bathilde ont jeté assez d'éclat pour forcer les regards des contemporains et éclairer un peu les ténèbres de ce temps.

LE GOL'VERNEMENT DE LA RÉGENTE {suHe)

Les Auslrasiens supportent avec peine l'union avec les Neuslriens et les Bourguignons. — Balliilde prévient leur révolte en leur offrant son deuxième ûls, Cliikléric, pour roi, sous la régence de la reine Himnecliilde, veuve de Sigebert ll[. — La reine Batliilde coinltat la simonie. — Les élections épiscopnles : saint Genès, saint Léger, suint Errmbert. — Les impôts, la « capitatio terrena » et la « capitatio liumana ». — La reire Batliilde abolit l'impôt qui frappait le plus ses sujets pauvres. — Le commerce des esclaves interdit par des ordonnances royales. — Sainte Batliilde rachète un grand nombre de captifs. — L'affranchissement des esclaves. — Situation des captifs rachetés et des affranchis. — Mort de l'évéque de Noyon, saint Eloi.

« Tout récemment, dit le biographe de sainte Batliilde, les Austrasiens, sur le conseil des grands et par la volonté de la reine, ont accepté son fils Childéric pour roi, tandis que les Burgondes et les Francs demeuraient unis (1). » Les Francs orientaux, les .Vustrasiens

(1) L'auteur de la vio de sainte Bathilde est contemporaiu des événemeute. Ou ne doit donc pas négliger la plirase très significative où il marque le moment de la séparation de l'Austrasie: « Tune cnim nupcr et Austrasii pacifloo ordine, ordinante domna Balthilde, per consilium quidem scniorum receperunt Childericum, âiium ejus, in regcm Austri ; Burgundionea vero et Franci facti

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s'étaienlinclinéssans murmure sousle sceptre de la douce régente; mais, plus frustes, moins imprégnés de civilisation romaine que les Neustriens ou les Bourguignons, toujours ombrageux, avides d'indépendance et de domination, ils redoutaient la majorité de Clolaire llï qui affermirait la suprématie neustro -bourguignonne. Bientôt leur impatience du joug se manifesta assez haut pour attirer l'attention du pouvoir royal. L'expérience du l)assé, le souvenir des discordes et des guerres civiles du siècle précédent déterminèrent Bathilde et ses conseillers ù rompre l'unité de la monarchie franque avant que la révolte de l'Austrasie n'éclatât. En 663, la reine offrit aux Austrasiens Childéric, le second de ses fils, qui entrait dans sa onzième année. L'offre fut acceptée et le royaume d'Austrasie reconstitué sans que la paix fût rompue ou qu'une goutte de sang fût répandue (1).

Pendant ce temps le fils de saint Sigebert, Dagobert, privé de son royaume, restait oublié en Irlande. Mais Childéric était Mérovingien; c'en était assez pour lui conférer la légitimité requise. L'attitude de la reine Himnechilde, veuve de Sigebert, à l'égard du jeune prince favorisa, s'il en fut besoin, l'entreprise de sainte Balhilde. Depuis le coup d'État de Grimoald jusqu'à l'avènement de son neveu Childéric on perd ses traces : elle résida probablement à la cour de Neustrie avec sa fille, la princesse Blichilde. Le choix de Childéric pour le trône d'Austrasie la rappela aux affaires; elle accepta la régence du royaume reformé et prit pour maire du Palais Wulfoald qui apparaît alors pour la première

sunt uniti ». Il note bien un événement récent et qui apporte Un changement à l'ordre de clioses établi auparavant. Il confirme ainsi la thèse des savants français. Voir plus haut, chapitre VIII {Vita sanctx Balthildis, c. 5; p. 487.)

(1) « Childericus... in Austria una cum Wulfoaldo duce regnum suscipere perrexit. » {Gesta Eeg. Franc, 46; Bouauet, t. II, p. 569.)

LE GOUVERNEMENT DE LA RÉGEiNTE 1G5

fois dans l'histoire et sera désormais mêlé aux luttes politiques et aux catastrophes qui attristeront les dernières années de sainte Bathilde. Enfin le mariage de Childéric avec sa cousine Blichilde, conclu quelques années plus tard, scellera l'union du prince neustrien avec la nation austrasienne (1).

Le partage de la monarchie dura jusqu'en 673 oîi Childéric II fut appelé par les grands de Neustrie et de Bourgogne à la place de son frère Thierry III qui avait succédé en cette même année à Clotaire III grâce aux manœuvres d'Ebroïn. Le rétablissement de Funité se rompit de nouveau à la mort de Childéric II, l'an 675.

La reine Bathilde survécut ainsi à sa grande œuvre politique, à l'unité de la monarchie franque. Toutefois l'harmonie et la paix subsistèrent entre l'Austrasie et les royaumes unis de Neustrie et de Bourgogne ; aucune guerre ne déchiral'empire franc: «Et nous croyons, ajoute le panégyriste de la sainte reine, qu'il en fut ainsi par la volonté de Dieu et la haute influence de Bathilde (2). »

D'autres entreprises comme la réforme de quelques points de discipline ecclésiastique, l'amélioration du sort des esclaves et du peuple, le développement des institutions monastiques eurent un succès diflërent.

Le concile de Chalon-sur-Saône, qui inaugura son règne ou le précéda de peu, inspira sa conduite; elle en fit sien le décret contre la simonie. On y avait réglé que tout clerc qui aurait obtenu les ordres à prix d'argent n'en pourrait exercer les fonctions (3). Sainte Bathilde, sou-

(1) Pluaieurs diplômes où se lisent les noms d'Himnechilde et Childéric II ont été conservés (cf. Pardessus. Diplomata, t. II, n- 340, p. 118; n" 342, p. 121; n" 350, p. 133; n" 354, p. 145.)

(2) « Et crcdimus. Deo guhernante, juxta domnae Balthildis magrnam fldem ipsa tria régna tune inter se tenebant pacis concordiam. » (Vita sanctse Balthildis, c. 5; p. 488.)

(3) Voir plus haut, chap. V; cf. Conc. Cabil., c. 16; Maassen. p. 211.

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tenue parles évêque.s lesplus zélés, combattitvigoureusement 1' « hérésie simoniaque », comme on appelait alors le trafic des ordres et des dignités ecclésiastiques. Cet abus, renouvelé de Simon le Magicien à qui il emprunta son nom, avait une sorte d'excuse dans les usages du temps (1;. Maintes occasions s'offraient aux princes mérovingiens d'accepter des présents : qui sollicitait un domaine du fisc, un emploi, une faveur, faisait un cadeau. Bien plus, les rois recevaient des dons de leurs sujets dans des circonstances déterminées, au moment d'un mariage dans la famille royale ou de la réunion d'une assemblée {^..

Ces dons n'étaient volontaires qu'en principe : en fait, ils étaient comme obligatoires et tels dès le temps de l'empire romain -3). Une coutume si invétérée, aux origines si lointaines, ressemble singulièrement à une loi, et le cadeau à un impôt. Ce que les rois recevaient de leurs ducs, de leurs comtes, de tous les solliciteurs; ce qu'au-dessous d'eux, les fonctionnaires réclamaient, à leur exemple, de leurs subordonnés, pourquoi ne l'exigerait-on pas des évêques, des abbés, des prêtres, des diacres, de tous les clercs promus à des charges, à des emplois dont ils tiraient des revenus?

La tentation était dangereuse. Toutefois, sans se soucier des questions pécuniaires ni des coutumes civiles,

(1) Act. Apostolorum, cap. VIII, 18 et seq.

(2) « Eegiua... conversa ad Francos, ita ait:... Sed et vos plerum. que me muneribus vestris ditastis; uam liic de thesauris publicis nihil habetur. » Greg. Tur., Hist. Franc, lib. VI, 45, p. 284. — " Multis muneribus Francis et proceribus suis ditatus est. » Chron. Fredeg. contin., 131; Bouq. t. V, p. 7.

(3) Ces dons avaient peut-être un objet assez différent, mais le principe en était le même, tel: « l'aurum coronarium » qui à l'origine était une contribution volontaire à la couronne d'or des triomphateurs et dont la perception passa eu coutume : « Ad collationem auri coronarii placuit neminem absque consuetudinc esse cogendum ». Cod. Just. X, 76 (74); Krueger, p. 427.

l'Kglise frappait les délinquants, car aucune considération temporelle ne pouvait l'emporter sur les périls auxquels de telles pratiques exposaient sa mission,

La lutte contre ce grave désordre dura des siècles, marquée tour à tour de victoires et de défaites. La légence de sainte Bathilde fut une période glorieuse de cette longue guerre, car aucune élection épiscopale ne fut alors entachée de ce crime : « Par le secours de Dieu et les conseils des bons évèques, dit le vieil historien, la reine combattit V « hérésie simoniaque » qui souillait l'Église de Dieu; car on obtenait l'épiscopat par des présents; elle défendit d'offrir quoi que ce soit pour la réception des ordres sacrés (1) ».

Un écrivain postérieur, et qui a remanié l'œuvre du premier historien de sainte Bathilde, est plus explicite et laisse assez entendre que ceux qui achetaient l'épiscopat vendaient volontiers les ordres à leurs clercs : « En dépit des canons, dit-il, on ne donnait, ni ne recevait sans quelques présents l'épiscopat, la prêtrise et les autres ordres... il fut désormais interdit de donner ou de recevoir quelque chose pour la promotion aux saints ordres (2). »

Certains candidats à l'épiscopat ou aux ordres en vinrent à devancer les exigences du roi ou des évèques

(1) « Factumque est tune per eam nutu Dei, et exortantibus bonis sacerdotibus, ut heresis symoniaca, quae pravo usu maculabat tune Dei ecclesiam, ita ut dando prasmia contra ordinem episcopatus aecipiebant, ut praîfata domna Baltliildis hoe impium nefas prohiberet; ut nullus premium pro percipiendis sacris gradibus omnino iiitercurreret. » Vita sanctaa Baltliildis, c. 5, p. 488.

(2) •' Factum est prreterea per eam nutu Dei, exortantibus sanctis sacerdotibus, ut heresis symoniaca, quae pravo usu maculabat tune ecclesiam Dei, dando scilicct contra instituta canonum pro adipiscendis et confcrenrtis episcopatus vel presbyteratus, ssu reliquorum gradibus premiorum munera. a catholicis viris penitua pt'Ik'retur, et hoc impium nefas prohiljcretur, no ullus presul pro percipiendis vel dandis sacris gradibus daret aliquid aut acciperet. » Vita altéra (li) ?«ncf;r lialthildig, c. 6; Script. Rer. Merov., t. II. p. 488.

et, l'argent à la main, sollicitèrent les charges et les dignités de l'Église. Les exemples de ces prévarications scandaleuses ne manquent pas plus que les condamnations qu'en firent les conciles (1). La vigilance des prélats avait déjà amélioré sur ce point la situation de l'Église franque, car l'historien de saint Eloi signale son zèle et celui de saint Ouen à extirper les pratiques simoniaques; il remarque aussi que le mal avait été plus étendu à l'époque de la reine Brunehaut et sous le règne de Dagobert 2\ Les quarante-cinq prélats qui prirent part au concile de Chalon et condamnèrent la simonie prouvent par là que ces abus, encore que trop fréquents, étaient le fait du petit nombre. Aussi bien, faut-il se méfier des panégyristes : trop souvent ils grandissent leurs héros en exagérant les dilficultés surmontées ou les victoires remportées.

Ainsi sainte Bathilde trouva dans l'épiscopat des collaborateurs déterminés dont le nombre s'accrut par les élections faites sous son gouvernement. Mais qu'étaient ces élections au point de vue du droit canonique et spécialement du décret du concile de Chalon annulant toute élection faite autrement que par le concours des évêques de la province, du clergé et du peuple de la cité (3)?

Après le meurtre de l'évêque de Lyon, saint Ennemond, la reine Bathilde nomma à sa place l'abbé du Palais,

(1) Greg. Turon.. Hist. Franc, lib. III, 2, p. 110; lib. VI, 7, p. 253; 39, p. 278; lib. VIII, 22. p. 339; etc. Conc. Aurel.. an. 533, c. 4; Maasaeu p. 62; Arvern., an. 535, c. 2; ihid., p. 66; Aurel., an. 549, c. 10; ihid., p. 103.

(2) « ... crudeliter in diebus illis simoniaca hœresis pullulabat in urbibus, et in cunctis finibus regni Francorum; maxime que de temporibus Brunichildae infelicissimae reginae, usque ad tempora Dagoberti régis violabat hoc contaffium catholicam fidem. » Tita sancti EUoii. lib. II, c. 2; Migne, P. L., t. LXXXVII. col. 511.

(3) Voir plus haut, chap. V. — Cf. Conc. Cabil., c. X; Maassen, p. 210.

LE GOUVERiNEMF.NT DE LA RÉGENTE 169

saint Genès. Il ne paraît pas qu'il y ait eu là autre chose qu'une pure et simple nomination royale. Sans aucun doute, les évêques, le clergé et le peuple applaudirent au choix de la Régente, mais son historien, qui n'en dit rien,a(rirme seulement que saint Genès fut fait évêque sur l'ordre du Christ, jubente Chrislo (l).

En réalité, quand le gouvernement du roi nommait un évêque, il l'accréditait auprès du métropolitain par une ordonnance, un « précepte » : « Nous avons appris, disait le souverain, la mort de X..., de sainte mémoire, évêque de X... Aussi avons-nous décidé avec les prélats et nos grands de lui donner un successeur et nous voulons conférer à Z... la dignité épiscopale, car nous connaissons sa conduite, sa noble origine, la pureté de ses mœurs et sa prudence. Nous vous ordonnons par les présentes de réunir les évêques pour le consacrer, de publier notre volonté et d'en assurer l'exécution (2). »

Aux évêques de la province qu'il appartenait au métropolitain de convoquer, le Palais mérovingien expédiait un « indiculus », une invitation à consacrer leur nouveau collègue. Sous une forme polie, l'invitation était tjout aussi impérieuse que le « précepte » adressé au métropolitain : « Nous demandons que Votre Sainteté, dès qu'il en sera temps, se joigne aux évêques de la province pour consacrer dans sa ville épiscopale le candidat désigné. Que Votre Béatitude se hâte d'accomplir notre volonté et qu'Elle prie pour le salut de notre royaume (3). »

Le gouvernement royal tenait aux droits qu'il s'était arrogés, et, parce que, en fait, l'Église en passait ordi-

(1) " Domnua Genesius postea, Christo jubente, Lugduno Galliae ordinatus est episcopus. " Vita sanctx Balthildis, c. 5. p. 486.

(2) Marculfi, Formuhr, lib. I, 5; Migno, t. LXXXVII, coL 704. — Rozière. Formules, n° DXVII, t. II, p. 620.

(3) Marculfi. Forirnihc, lib. I, 6; ihid., col. 705. — Rozière, ihid., DXVIII. p. 621.

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nairement par où il voulait, il considérait les décrets conciliaires sur les élections épiscopales comme des protestations de pure forme.

La nomination de saint Léger, plus encore que celle de saint Genès, se justifiait par le trouble où se trouvait l'Église d'Autun : la succession de saint Ennemond s'était ouverte par sa mort tragique: celle de Ferréol, le dernier évéque d'AïUun, demeurait en suspens depuis deux ans. Des factions rivales désolaient ce diocèse; l'assassinat d'un des compétiteurs, l'exil de l'autre, laissèrent les mains libres à sainte Bathilde qui mit un terme à l'anarchie par la nomination de Léger qu'elle avait tiré de l'abbaye de Saint-Maixent et établi au Palais, probablement à la place de saint Genès (1).

Dans de semblables nominations le rôle des évèques comprovinciaux, du clergé et du peuple se bornait à accepter le prélat envoyé par le Palais, à le considérer comme élu canoniquement.

D'ordinaire, etpeut-être même à l'époque de ClotaireP', de Chilpéric et de Brunehaut où l'Église eut le plus à souffrir de la mainmise royale sur les élections épiscopales, les choses se passaient régulièrement. Les réclamations des conciles mérovingiens nous en fournissent une preuve indirecte, mais, au moins pour leur temps, très sûre. Si la majorité des assemblées se fût composée de prélats élus en dépit des canons, ils n'eussent pas protesté contre ces irrégularités, ni frappé de nullité les nominations illégales, ni, parfois, déposé les préci) " Siquidem niiper inter dnos contentio de eodem episcopatu esorta fuerat, et usque ad sanguinis effusionem certatum. Cumque unus ibidem oecubuisset in morte, et alter pro perpetrato scelerc datus fuisset in exsilii extrusionem : tnnc Balthildia Regina, quae cum Chlotario filio Francorum regebat paiatium, Divino (ut credimus) inspirato consilio, ad memoratam urbem hune atrenuam diresit virum (Leodegarium) ibidem esse episcopum. » Vita sancti Lcodeg.. .4.4. .S.S. 0. S. B.. steculo IP, p. 651.

varicateurs : c'eût été leur propre condamnation (i).

Une troisième élection qui date, comme celles de saint Genès et de saint Léger, des premiers temps de la régence de Balhilde paraît, à rencontre de celles-ci, parfaitementcanonique.Erembert, originaire dePoissyetmoine de Fontenelle, « fut fait évêque, dit un hagiographe, par Tordre des rois et l'élection du peuple de la cité de Toulouse (2) ». Quelles circonslancesavaientrais en relations le moineneustrien elles toulousains qui le choisirent pour évoque? L'historien néglige de le dire, tandis qu'il note avec soin la part prise par la cité à son élection.

Le vote du clergé et du peuple n'empêchait pas le roi dintervenir dans la nomination, selon l'édit de 614. Dès que les élecleursavaien! fixé leur choix, ilsrédigeaient un acte, le « consensus », qu'ils adressaient au roi : « Comme l'évéque de notre cité, de sainte mémoire, est mort et afin que les brebis ne restent pas sans pasteur, nous vous demandons humblement d'établir à sa place le vénérable N*" (ou l'illustre N***, si c'était un laïque), en qui brillent une haute distinction, une naissance libre, une noble élégance, une chasteté exacte, une grande charité et une volonté énergique (3) ».

A cette demande signée des principaux de la cité, le

(1) Conc Arvern., an. 535, c. 11; Maassen, p. 66; Aurel., an. 549, c. 10. 11; ihid., p. 103, 104; Couc. Paris, an. 556-573, c. 8; ihid., p. 144 l'aria, an. 614, c. 2: ihid., p. 186; Conc. Clipp., an. 626-627, c. 28 ibid., p. 200; Conc, sut) Sonnât., an. 627-630, c. 25; ihid., p. 206 Conc. Cabil., an. 639-654, c. 10; ihid., p. 210.

(2) " Ercmbcrtus... jusau Kegum (Chlotarii et Balthildis) populique clectione Tolosanae urbi ordinatur antistes. » Vita sancti Ercmherti, c. 1; Mab., .4.4. .S'.S". 0. S. B., eœc. II", p. 578.

(3) Marculfi, Formulx, lib. I, 7; Migne, t. LXXXVII, col. 705; Rozière, Formules, n° DXV, t. II, p. 616. Le mode d'élection des évé(|ue8 à cette époque est impossible à préciser; les membres les plus élevés et les plus influents du clergé et les plus hauts personnages de la cité Axaient probablement leur choix que le peuple acclamait ou rejetait quand il avait un candidat à opposer. De là naissaient des contestations et des compétitiona, terminées souvent par un recours au roi ou aux évoques.

Palais répondait par un « précepte « royal pareil à celui où le souverain nommait son propre candidat, mais oij il faisait mention de Télection, comme le marque une formule du temps : « Selon la volonté et le consentement du clergé et du peuple de la cité, nous vous confions au nom de Dieu la dignité pontiûcale dans cette même cité (1). »

Telles étaient les élections épiscopales sous la régence de sainte Bathilde : faites selon les canons ou décrétées au Palais et par la reine, ellesdonnèrent à l'Église, dans la plupart des cas, des pasteurs sans reproche.

Mais, autant que l'honneur de l'épiscopat et son hon recrutement, les besoins du peuple attirèrent l'attention de l'active régente. Certes à toutes les époques et sous tous les gouvernements, les hommes se sont plaints, à tort ou à raison, du poids des impôts et des servitudes publiques; c'est l'éternelle lamentation des peuples contre les maîtres qui les dirigent, les brident, les défendent tout en les pressurant. Quoi d'étonnant d'en retrouver l'écho dans le concert de louanges adressées à la pieuse reine? « Bathilde, dit le vieil historien, ordonna d'abolir une coutume détestable et impie qui excitait les pauvres gens à désirer la mort de leurs enfants plutôt qu'à les nourrir et à les élever parce qu'ils ne pouvaient échapper aux exactions du fisc. Elle interdit donc à ses fonctionnaires de causer de si grands dommages et mérita par là une précieuse récompense (2). »

(1) FormuJx Lindenlrogii, 4; Migne, t. LXXXVII, col. 807; Rozière, Formules, DXVI; t. II. p. 618.

(2) " Ordinavit etenim, iramo per eam Dominus, ut et alla pessima et impia cessaret consuetudo, pro ciua plures hominea eobolem suam interire potius quam nutrire studebant, dura diffidebant actioues publicas, quse eis ex consuetudiue ingerebantur, accipere, ut illis ex hoc graviBsimum rerum suarum inferrent dampnum Prohibuit hoc ipsa domua pro mercede sua, ut hoc nuUus facere presumeret. Ex quo facto copiosa eam valde merces exspectat. » Yita sanctx Balthildis, c. 6, p. 488.

Il n'est pas facile d'identiûer Todieux iaipôt dont sainte Balhilde exonéra les plus petits, les plus intéressants de ses sujets. Il était antérieur à la fondation de la monarchie : nulle part, l'histoire de ce temps ne signalela création d'un pareil impôt. C'était une parcelle de l'héritage impérial, un débris du puissant organisme financier abandonné par les Romains aux mains des Mérovingiens. Pour entretenir la cour, larmée, l'administration, pour exécuter les travaux publics, l'Empire prélevait une somme assez considérable d'impôts directs et indirects : l'impôt foncier, « capitatio terrena», payé par les possesseurs du sol (1) et la « capitatio humana, plebeia », cote personnelle, fournie par la multitude de ceux qui n'étaient ni propriétaires, ni commerçants (2); le « chrysargire », qui atteignait les commerçants et les ouvriers industriels (3j ; un droit spécial sur les ventes faites dans les marchés publics (ij; enfin les douanes, les monopoles, comme celui du sel, les prestations en nature, les fournitures de vivres aux troupes en marche, le droit de gîte accordé aux fonctionnaires, les péages, etc. (oj.

Au temps de sainte Bathilde il reste peu de chose du système financier des Romains ; à la vérité, le redoutable filet sert toujours, mais ses prises sont de plus en plus faibles, et à travers ses mailles rompues s'échappe la

(1) Cod. Theod., lib. XI, tit. I, passim; Godefroy, t. lY, p. 6 et Beq.

(2) Cod. Theod., lib. XI. tit. XX. 6; ihid., p. 163; tit. XXIII, 2; p. 177; lib. XII. tit. I, 36; p. 396; lib. XIII, tit. X, 4; iiid., t. V, p. 133 et seq. — Nous avons multiplié à dessein les références aux testes législatifs qui signalent la " capitatio humana, plebeia » parce que la persistance de cet impôt a été niée par plusieurs

aaV3.Ilt8

(3) Cod. Theod., lib. XIII, t. I, passim; Godefroy, t. V, p. 3 et suiv.

(4) Cod. Theod., lib. VII. t. XX, 2; Godefroy, t. II, p. 430.

(5) Cod. Theod., lib. VII. t. VIII. passim; Godefroy, t. II, p. 342; t. IX, ihid., p. 359 et seq.; ihid., lib. VIII, t. V, passim; Godefroy, t. II, p. 587 et seq. Cod. Just., lib. IV, t. LXI, 11.

fortune des citoyens. D'ailleurs le budget de TÉtat franc est singulièrement allégé : les armées permanentes n'existent plus, les dernières légions gallo-romaines associées aux entreprises et à la gloire de Çlovis ont disparu et n'ont pas été remplacées; les fonctionnaires ne sont pas payés et les travaux publics sont généralement à la charge des cités. Les dépenses du roi et du Palais, couvertes en partie parles revenus des domaines du fisc, les confiscations et les amendes, justifient seules la levée des impôts dont, le désordre aidant, les peuples s'affranchissent autant qu'ils le peuvent.

L'impôt foncier n'est pas aboli; il semble bien aussi que la « capitalio humana » est encore perçue par les exacteurs chargés de cet office sous le contrôle des fonctionnaires royaux et qu'elle est l'impôt que la reine Balhilde supprima ou diminua : elle pesait, en effet, sur les plus pauvres sujets, les colons spécialement. Cependant il n'est pas sûr qu'il en soit ainsi : d'après quelques savants, la « capitatio humana » aurait disparu plus tôt et l'impôt personnel de cette époque serait l'impôt foncier transformé et frappant non plus le sol mais le cultivateur, le colon, directement et par tête,, de sorte que plus sa famille étail nombreuse, plus sa taxe était forte (1). Quoi qu'il en soit de ce point obscur du droit mérovingien, il reste acquis que de malheureux colons écrasés sous le fardeau de leurs charges voyaient sans douleur mourir leurs enfants (2j.

Ainsilimpôt foncier survit à l'empire et se perpétuera, tandis que le « chrysargire », disparu depuis longtemps,

(1) Cf. Fustcl de Coulanges, La monarchie franque, chap. IX, p. 269 et 8uiv; Eruest Lavisse, Histoire de France, t. I, la Gaule indépcudante et romaine, p. 281, note.

(2) " Plures homines filios suos magis mori ijuam nutrire obtabant », dit le rédacteur de la Vita B. de sainte Bathilde (c. 6, p. 488).

LE liOUVERNEMENÏ DE LA lŒiiE.NTE ] 75

ne pèse plus sur le commerce, et que, par cont,c, les péages, les lonlieux multipliés à l'excès par le fisc mal avisé en cntravcntle mouvement et l'expansion (1).

Toutefois, ce ralentissement des atl'aires n'était pas tel que le hideux négoce des esclaves ne continuât ses ravages. Des pays d'outre-mer, et particulièrement de la Grande-Bretagne, arrivaient dans les ports du royaume des jeunes gens et des jeunes filles enlevés par lespirates, des prisonniers de guerre, des enfants vendus par leurs parents: trafic bien organisé, florissant, et qui jetait sur le continent des cargaisons entières d'esclaves ('â). Ces malheureux étaient exposés par leurs maîtres dans les marchés publics offerts aux clients comme les denrées ou les animaux domestiques.

Ainsi Bathilde avait commencé jadis son étonnante fortune, mais au fond de son cœur vivait toujours le souvenir amer des années d'esclavage, de l'heure maudite, si lointaine pourtant, où elle avait été arrachée au foyer familial. Une pitié profonde la poussait à secourir de toute sa puissance ces victimes de la barbarie. Il n'était pas en son pouvoir de supprimer la servitude; elle tenta d'en diminuer Iç recrutement en abolissant dans le royaume le commerce des esclaves chrétiens comme le concile de Chalon l'avait déjà décrété (3) :« Il faut publier à sa gloire, dit son historien,

(1) PardessuB, Diplomata, n" 247, 496; t. Il, p. 5 et 305.

(2) « Sane ubicumqne venundandum intellexisset (Eligius) maii' cipium, magna cum misericordia et festinatione occurreiis, mox dato pretio liberabat captiviim; interdum ctiam usçtue ad viginti, et triginta seu et quiiiquaginta numéro simul a captivitate redimebat ; nonnumquam vero agraen intcgrum et usquc ad centum animas, cum iiavem ingrcdi-rcntur, utriusciuc sexus, ex divorsia gentibus veiiiontes, paritcr !H)crabat, Romanorum scilicet, Gallorum atque Brittanorum necnon et Maurorum, sed praeeipue ex génère Saxonarum, qui abunde eo temporc veluti grèges a sedibue propriis evulei in diversa distrahebantur ». Vita sancti EHoH, lib. I, C. 10; Af. a. H., Rcriptores, t. IV, p. 677.

(3) Conc. OablL c. 9; Maassen, p. 210. — Voir plus haut, ehap. VI.

17(3 CUAl'ITRE X

ce qui met le comble à ses mérites. Par des ordonnances expédiéesdans toutes les cités, elle interdit le négoce des esclaves chrétiens de sorte qu'aucun ne pût désormais être vendu. Elle racheta aussi un grand nombre de captifs, rendit la liberté aux uns, plaça les autres dans des monastères et s'attacha à délivrer ceux de sa nation et surtout les jeunes filles qu'elle nourrissait volontiers et que plus volontiers encore elle dirigeait vers le cloître (1). «

D'autres que la reine Bathilde parmi les saints contemporains consacraient leur fortune au rachat des esclaves. Avant d'être évêque de Noyon, saint Eloi s'adonna à cette œuvre avec une rare générosité : dès qu'il apprenait l'arrivée d'un bateau chargé de «marchandise humaine », il prenait à son compte la cargaison entière. C'était parfois une centaine de malheureux qui tombaient ainsi dans ses charitables mains (2). Saint Philibert, abbé de Jumicges, poussé par le même zèle, frétait des navires et envoyait des moines en Angleterre pour en recueillir le plus possible (3).

Il faut accepter avec discrétion les affirmations des hagiographes enthousiastes et se bien rendre compte que l'affranchissement de tant d'esclaves à la fois était

(1) « Et illud commemorandum est, quia ad mercedis ejus cumulum pertinet, quod captivoa tiomines christianos ire proliibuit, datasque praeceptionea per singulas regiones ut nuUus in regno Francorum captivum liominem christianum penitua tranamitteret. Sed magia et ipaa, dato pretio, captivoa plurimos redimere precepit et liberoa relaxavit et alios ex ipsis in monaateria intromiait et precipue de gcnte sua viroa et puellas quam plures denutritas. Quantaa enim adtrahere potuit, eaa per sancta cœnobia commendavit et, ut pro ea exorarent, eis precepit. » (Tita sanctœ Balthildis. c. 9; p. 494.)

(2) Voir plua haut la note de la Vita sancti Eligii, lib. I. c. 10; M. G. H., Scriptorum, t. IV; p. 677.

(3) « ... ut monachos suos propter hoc cum onustia navibus, partibua transmarinia tranamitteret (Philibertus), et grèges captivorum per ipsum redempti... » (Vita sancti PhiWberti, c. 21; AA. SS. 0. S. B.. sœc. II. p. 788.)

LE r.OUVERNEMENT DE LA RÉCENTE 177

une affaire très grave, 1res onéreuse, et qui exigeait beaucoup de prudence. Affranchir un serf établi dans un « manse » de villa, possesseur d'un pécule amassé par lui ou par ses ancêtres, maître ainsi d'une petite fortune, était aisé, car le serf affranchi montait simplement d'un degré dans la hiérarchie sociale, acquérait de nouveaux droits, et contractait aussi de nouvelles obligations, telles que le service militaire.

Autre était le sort des esclaves achetés au moment de leur débarquement : il ne pouvait être question de les libérer sans leur assurer le lendemain, sans les armer pour les luttes de l'existence. Aussi sainte Bathilde s'inspire de leurs aptitudes et de leurs attraits : aux âmes pieuses, éprises de perfection chrétienne, meurtries par les souffrances ou les injustices humaines, elle offre les calmes labeurs du cloître, sa paix profonde, l'amour de la croix et des expiations volontaires. Un tel idéal n'est pas celui du grand nombre auquel Bathilde propose d'autres travaux et prépare un autre avenir; car affranchir des captifs et les livrer à eux-mêmes serait une lourde faute. En un temps où le travail libre existe à peine dans les villes ou les bourgs, où la petite propriété rurale va se perdant de jour en jour, où presque toutes les avenues de l'activité humaine sont occupées par les serfs, les aflranchis et les colons fixés au sol, faire d'un esclave un homme libre mais pauvre serait le vouer à la misère, le pousser vers la plèbe paresseuse des « immatriculés » nourrie par les Églises et faire de ce déraciné une épave.

Sans aucun doute Bathilde leur donnait des terres à cultiver dans les domaines du fisc royal, leur confiait quelque poste dans l'administration, quelque fonction au Palaisou les plaçait sous le patronage de l'Église et des

monastères (1). Peut-être aussi renvoyait-elle libres dans leur patrie ceux qui le désiraient. Telle avait été la pratique de son saint ami, l'évéque de Xoyon, Éloi, quand il était palatin et fonctionnaire. Parmi les esclaves qu'il rachetait, les uns recevaient des secours pour regagner leur patrie, d"autres acceptaient de vivre auprès de lui, non comme ses serfs, mais comme ses frères, ou bien sur ses conseils entraient dans quelque monastère (2).

Le rachat des esclaves était un remède inefficace, il n'en arrêtait pas le négoce; peut-être même par la facilité de la vente excitait-il la cupidité^ des vendeurs et le zèle des pirates et des racoleurs. Les ordonnances de la Régente contre ce commerce, si elles avaientété plus générales, plus absolues, fidèlement observées dans toutes les provinces, auraient produit un tout autre résultat, mais elles concernaient seulement les sujets chrétiens du royaume, n'atteignaient pas directement l'importation des captifs et des esclaves étrangers nL la vente des serfs non baptisés et ainsi elles ne fermaient qu'à demi les issues au trafic de la «marchandise humaine ».

Il n'en reste pas moins que sous leur forme atténuée le rachat des captifs et laffranchissement des esclaves ne fussent des œuvres de miséricorde dignes de tous les éloges, pratiquées par les meilleurs' chrétiens et par les plus grands saints.

L'évoque de Noyon, Éloi, qui avait été comme Bathilde et tant d'autres un rédempteur d'esclaves, achevait en ce

(1) L'Egliae acceptait et recherchait les affranchis. Elle les établissait sur ses terres : ainsi par cet afflux de cultivateurs les domaines des monastères et des églises séculières furent singulièrement améliorés.

(2) « ... si qui velint jam liberi ad propriam remeare patriam, ipse... praeberet subsidium ; si qui autem cum ipso velint permanore... non jam ut servi sed potius ut fratres cum eodem degerent;... si Quos suadere poterat, ut... claustra ccenobii expeterent,... » (Vita sancti ElioU. lih- I. c. 10. M. G. H. Scriptores. t. IV, p. 678.)

LE GOUVERNEMENT DE LA RKGE.NTlî 179

temps sa glorieuse carrière. Il mourut vers Tan 660, pendant l'hiver. La nouvelle de sa fin prochaine parvint trop tard au Palais pour que la Régente pût le revoir vivant. Elle arriva à No^on le lendemain de sa mort avec les rois, ses fils, et un grand nombre de personnages de la cour, mais déjà une foule nombreuse se pressait autour du saint corps. La reine pleura son ami; sa douleur éclata au milieu des cris et des sanglots; sur le visage du vieil évéque glacé par la mort et le froid elle posa ses lèvres. Un miracle, aflirme l'historien de saint Éloi, récompensa la piété de Bathilde et du peuple : un flot de sang s'échappa des narines inanimées du défunt. On en imbiba des linges qui furent conservés comme de très précieuses reliques. Puis le saint fut enfermé dans un sarcophage de pierre autour duquel commencèrent les longues altercations que les hagiographes signalent volontiers : la reine voulut le transporter à l'abbaye de Chelles qu'elle avait restaurée et agrandie, les Parisiens le réclamaient et le peuple de Noyon entendait bien le garder. Dieu fit connaître sa volonté, dit le vieil hagiographe, car le cercueil parut si lourd qu'on ne put le soulever jusqu'à ce que sainte Bathilde eût décidé de le laisser dans la ville (1).

(1) Vita Elioii, lib. II, c. 37; M. G. H., Krusch Scriptores, t. IV, p. 721.

rnOPAGATinN de la RKGLE ni:.NEDICTINE PAR SATNTE BATIllLDE

L'œuvre monastique de sainte Daliiilde. — ttat des monaslères des Gaules au début du septième siècle. — Les règles diverses qu'on y observait. — Variétés d'observances et unité de but. — L'intervention de sainte BathilJe. — Saint Benoît et saint Colomban. — La rèsle de saint Benoit à Luxeuil et dans quelques autres monastères. — Union des règles de saint Benoît et de saint Coiomban. — Règle de Luxeuil écrite et orale. — Règle de saint Benoit plus complète. — Sainte Batbilde favorise les monastères qui adoptent la pratique de Luxeuil. — Elle secourt l'abbaye de Foiiteneile.

« Qui pourra dire le bien que Bathilde fit aux monastères, s'écrie son panégyriste; combien elle leur donna de domaines entiers et de vastes forêts? Elle les regardo.it comme les propres demeures de Dieu : tel le monastère de Chelles, dans le territoire de Paris, qu'elle édifia pour une communauté de vierges réunies sous l'autorité de la servante de Dieu, Bertille. C'est là qu'un jour elle viendra chercher le repos, la paix véritable, dans l'observance intégrale de la règle et des pratiques religieuses.

l'ROPAGATlON DE LA RÈGLE BÉMÏDICÏINE 181

« On doit publier à la gloire de Dieu ce qu'il opère dans ses saints et ses élus en qui il est admirable au témoignage de la sainte Écriture (1). Par son Esprit il les inspire intérieurement selon ce qui est écrit : « Dieu est le coopéra teur de quiconque veut le bien », comme on le constate dans cette auguste femme. Aussi, avonsnous déclaré, aucune langue ne peut redire ses bonnes œuvres, ni quels secours elle distribua pour l'amour du Cbrist, aux monastères, aux pauvres du Seigneur. Ainsi fit-elle pour l'abbaye de Corbie dans le diocèse d'Amiens, qu'elle construisit de ses propres ressources. Elle plaça à la tète de la communauté qu'elle y établit le vénérable Théodefroid cboisi dans le monastère de Luxeuil que gouvernait alors le révérendissime abbé Waldebert.

« Au seigneur Philibert, abbé de Jumièges, elle offrit pour l'établissement de son monastère une grande forêt et des pâturages qui appartenaient au fisc royal, puis d'autres présents. N'a-t-elle pas donné à l'abbé Laumer pour la construction du monastère de Corbion une riche villa et de grandes sommes d'argent et d'or? Elle alla jusqu'à se dépouiller de sa ceinture royale pour secourir des religieux dans l'embarras. Elle faisait toutes ses bonnes œuvres d'un cœur joyeux parce que « Dieu aime celui qui fait le bien avec plaisir (2) ». De même elle concéda plusieurs domaines à Fontenelle et à Logium.

« Que de villas entières et quelles sommes n'oflritelle pas à l'abbaye de Luxeuil et aux autres monastères de Bourgogne; et combien aussi à l'abbaye de Jouarre d'où elle avait tiré l'abbesse Bertille et plusieurs reli-

(1) « Mirabilis Deus in aaiictis suis. <> Ps. LXVII, v. 36.

(2) « Hilarem enim datorem diligit Deus. » II Corinth., c. IX;

gieuses! Ainsi lit-elle au monastère de Faremoutier. De même elle enrichit les basiliques des saints et les monastères de Paris en leur donnant avec des présents de grandes et nombreuses villas. Mais quoi! Comme nous l'avons dit, il est impossible d'énumérer même la moitié de ses bonnes œuvres.

« Cependant nous ne devons pas taire ce qu elle fit pour les abbayes de Saint-Denis, de Saint-Germain, de Saint-Médard, de Saint-Pierre, de Saint-Âignan, de Saint- Martin et toutes celles où elle put intervenir. Elle écrivit aux évêques et aux abbés afin qu'ils établissent parmi l5s moines un ordre régulier, commun, le sanctiis regularis ordo. Au poids de sa royale parole elle ajouta les privilèges et les immunités accordés libéralement aux communautés qui lui obéirent et auxquelles elle recommanda de prier le Christ pour le roi et pour la paix du royaume ;!;. »

(1) « Quis enim valeat dicere, quanta et quam magna commoda per religiosorum coenobia largiendo intégra praedia et silvas magnas ad cellulas seu monasteria construenda concessit ; quod etiam et ipsa velud proprias seu et peculiares Dei casas, id est £ala in l'arisiaco, a Deo sacratas pueUas, cœnobium magnum virginum adificavit, ubi Dei famulam religiosam valde pueUam Berthilanem in locum matris esse primam constituit ? In quo et ipsa venerabilis domna Baltliildis deinceps conversari sub intégra régula religionis et in pace requiescere decreverat, et in veritate devota id voluntate complevit.

Pretereuudum non est, quia ad laudem Dei pertinet, quicquid in sanctis et electis suis mirabiliter Deus operatur, quia, ut dicit Scriptura, mirabilis Deus in sanctis suis, cujus spiritus paraclytus cooperatur interius per bonam voluntatem, ut scriptum est: omni enim volenti bonum Deus cooperator est illi ; eicut et isti magnae feminae constat veraciter fuisse. Ut enim prœfati sumus, neque nostra neque cujusiibet, ut arbitrer, lingua quamvis erudita enarrare ejus omnia bona valet. Quantas consolationes vel adjutoria ad casas Dei vel ejus pauperibua pro Christi amore quantas que oportunitates et commoda ipsa largita fuit, quale monasteriûm quod vocatur Corbeia in Ambianense parrocliia suo opère cons- Iruxit? Ubi venerabilis vir domnus Theudofredus, nunc enim episcopus, tune vero abbas, magno gregi fratrum praefuit, quem de Lusovio monasterio pra>fata domna Balthildis a reverentissimo viro domno TValdeberto quondam abbate expetivit et mirabiliter ad ipsum cœnobium fratrum condirexit, quod nunc usque et laudabiliter constat.

Quid enim ? A Gemetico domno Filiberto viro r?ligio80 et ellvam

PROPAGATION DE LA RKGLIi BÉNÉDICTINE 183

Telle fut, au témoignage de son historien, l'œuvre monastique de la sainte reine Bathilde. Elle est considérable, mais moins par le nombre des donations que par l'introduction dans les monastères de cet ordre régulier, pratiqué à Luxeuil et formé des règles de saint Colomban et de saint Benoît. Grâce à l'impulsion donnée par la Régente, la loi bénédictine déjà connue et observée pénétra dans la plupart des cloîtres (1). Les chartes de fondations faites à cette époque, les diplômes royaux qui les confirment, déclarent que les moines vivront selon la règle de saintBenoît et de saint Colomban (2). «Aussi, remarque un historien contemporain, les communautés

maguam ex fisco, ubi ipsum cœnobium fratrum situm est, et multa munera et pastus de fisco dominico ad ipsum mouasterium construcndum concessit. Quanta vero domno Laigobei'to ad Curbionem monasterium et villam magnam et talenta multa argenti vel auri ? Etiam suum ipsum regale, quo ipsa ciugebatur, cingulum, de supra sacros lumbos suos dévote abstulit et fratribus in elcmosiuam ipsum direxit. Et hoc totum hilari ac benigno dispensabat anime; ut enim Scriptura dicit: Hilarem datorem diligit Deus. Similiter et a Fontanella et Logio plura concessit conpendia. Quanta enim ad Luxovium vel ad reliqua mouasteria in Burgundia et villas multas intégras concessit et pecuniam innumerabilem direxit? Quid ad lotro monasterio, unde, illas sacras virgines cum prœfata domua Berthilane abbatissa ad Kala suo monasterio accersivit ? Quanta ibi munera et de agris et pecunia multa contulit? Similiter et ad monasterium sanctas Faras sci)g larga munera direxit. Ad urbcm vero Parisiacam ad sanctorum basilicas seu monasteria et villas magnas et multas contiilit et muneribus plurimis ditavit. Quid plura ? Ut diximus, hoc narrare non valemus per singula, sed nequc vix média; totaque dici ejus bona omnino a nobis non possunt.

Preterire non enim debemus, ouod ijer seniores basilicas sanctorum domni Dionisii et domni Germani vel domni Medardi et sancti Pétri vel domni Auiani seu et sancti Martini, vel ubicumque ejus pcrstinxit notitia, ad pontificos seu abbates suadendo pro zelo Dei praecepit et cpistolas pro hoc eis direxit, ut sub sancto regulari ordine fratres infra ipsa loca consistcntes vivere deber?nt. Et ut hoc libenter adquiesccrent, privilegium eis firmare jussit, vel ctiam fmuiiitatcs concessit, ut molius eis delectaret pro rege et paco summi Régis Christi clementiam exorare. » (Vita i^anc.tœ. JBaf/n/ffi.--. c. 7 et 8oq.; p. 489 et seq.)

(1) Dès le règne do Dagolicrt les documents, sans parler des traditions particulières de quelques monastères, signalent la règle de saint Benoît. Voir la charte de saint Eloi (Pardessus, Biphtmata, n' 254, t. II. p. 11) et celle de saint Paron (ihid., n" 275; t. II, p. 39.)

(2) « ... sub régula beati Benedicti, et modo Luxovicnsis monasterii... » (Pardessus, Diplnmata, t. II, n' 335, p. 112); « ...sub régula sancti Benedicti vel sancti Columbani... » Whid., t. II. n" 345, p. 126, cf. ihid.. n' 346, 350, 351, 355, 358, 360.)

184 CllAI'lTHE M

de moines et de vierges consacrées se multiplièrent sous la règle des bienheureux Pères Benoît etColomban, dans les campagnes, les villas, les bourgs, les villes forles et jusque dans la profondeur des déserts (1). »

Un grand nombre d'abbés, mus par un bon zèle ou déterminés par Tappàt des privilèges et de l'immunité, accueillirent les propositions de la Régente et imposèrent à leurs religieux la pratique de Luxeuil. Vraisemblablement le mouvement commença par les grandes abbayes que signale le [)anégyrisle. Saint-Denis, Saint- Germain de Paris, Saint-Médard de Soissons, Saint Martin de Tours, Saint-Âignan d'Orléans et Saint-Pierre, qui est probablement Fleury-sur-Loire ('2), puis s'étendit peu à peu dans tout le monde monastique.

Jusqu'à cette époque les monastères des Gaules suivaient des règles vénérables formulées ou acceplées par de saints personnages, Honorât de Lérins, Cassien, Césaire d'Arles, Ferréol d'Uzès, Aurélien, les fondateurs de Condat, Romain et Lupicin, et puisées, en partie, aux sources orientales : les institutions et les préceptes de saint Macaire, de saint Pacômc, de saint Basile, avaient, en effet, pénétré dans les Églises d'occident; ils s'étaient adaptés au génie des populations latines et barbares et plies aux exigences de milieu et de climat (3 . D'ail-

(1) « Hujus (Waldeberti) temiDore per GaUiarum provincias agmina monachorum ac sacrarum puellarum examina non.solum per agros, villas vicosque atque castella, verum etiam per eremi vastitatem ex régula dumtaxat beatorum Patrum Benedicti et Columbani pullulare cœperunt,... » (Vita sanctse Salahcrgse, c. 7; Mabil-, .1.1. S. 0. S. B., ssec. 11°. p. 407.)

(2) Voir plus haut, chap. VII.

(3) Parmi ces monuments de l'antiquité monastique il faut signaler la •> Régula S. P. X. Antonii >•, la ■ Régula ad monacbos saucti Macarii », la « Régula saneti Pachomii » et surtout la «' Régula saneti Basilii », en Orient; la « Régula saneti Csesarii », la '< Régula saneti Aureliani », la « Régula saneti Ferreoli », dans les Gaules. Cf. Holstenius, Codex Eegularum, passim.

Plus que ces règles vénérables,, les Institutions et les Conférences de Cassien eurent dans les monastères d'Occident une influence

i-hoi'A(;ation de la hkcle ui:MiDicTi.NL; 185

leuis les abbés qui acceptaient les pratiques des moines orientaux les modifiaient à leur gré.

De là, dans la société monastique une grande variété d'observances, mais pas telle cependant que le feraient croire et le nombre des législateurs et la liberté avec laquelle les abbés interprétaient et appliquaient les lois. Les plus notables difiérences ne portaient que sur des points secondaires, accidentels, et n'atteignaient pas l'essence de la vie des moines. Dissemblables sous plus d'un aspect, les moines obéissaient à une vocation identique, se reconnaissaient à des caractères communs : même but, la pratique de la perfection évangélique et le salut éternel; mêmes moyens, l'éloignement du monde, la prière liturgique, le travail, le jeûne, l'abstinence et la pénitence. Aussi bien, les différences se remarquaient surtout dans les proportions relatives de ces divers éléments, les coutumes locales, les ordonnances et les lois particulières portées par les abbés.

Ici, les religieux élisentleur supérieur(l); ailleurs, il est nommé par l'évoque diocésain: tel saint Léger fait abbé de Saint-Maixent par son oncle Didon, évêque de Poitiers(2). D'ordinaire cbaque monastère a son chef, quelquefois cependant un même abbé en gouverne plusieurs (3).

oonsidérable et qui s'est perpétuée. Elles relièrent en quelque sorte lo monachisme occidental au monachisme oriental. Cassien, fondateur des monastères de Saint-Victor et de Saint-Sauveur, à Marseille, avait passé dix ans parmi les solitaires et les cénobites de Palestine, d'Egypte, de Syrie, de Constautiiiople. L'enseignement qu'il y reçut et ses propres observations firent la matière des Institutions et des Conférences. (Cf. De Cœnobiorum Institutis, lib. XII; Migne P. L., t. XLIX. col. 53 et seq.; Collationcs XXIV. ihid., col. 477.)

(1) " ... Ipse (V<!nautiu8) in loco abbatis, ekgeutibus fratribus, substitueretur. .. (Greg. Tur.. Vitœ Patrum, XVI; M. G. H., Scriptorcs., t. I, p. 725.)

(2) Voir plus haut, chapitre IX.

(3) « ... Brachio abbas... venit Turonus, stabilitiaquc abbatibus i'i monasteriis eupradictis, Arvernum regrcssus est. » (Greg. Tur., Vitx Patrum. c. XII; 3f. G. 11., Script^, t. I, p. 714.)

186 CUAPITRE XI

Dans Tenceinte du monastère, les moines logent tantôt réunis et tantôt seuls ou avec un compagnon dans des cellules, des maisonnettes séparées mais groupées autour de loratoire 1 . D'un monastère à l'autre, la liturgie, sans changer dans ses formes essentielles, offre plus d'une diflérence; ainsi le nombre des psaumes chantés aux vigiles ou aux heures de la journée n'est pas le même partout, et, bien plus, quelques communautés très nombreuses ont adopté le Inus perenni.s, c'est-à-dire la psalmodie perpétuelle : divisés en plusieurs chœurs, les moines n'interrompent pas l'œuvre de la louange divine '2j. La somme de pénitence que supportent ces hommes voués par vocation à la souffrance volontaire est si mal répartie qu'un concile réformateur entreprend de régler les jeûnes monastiques selon les traditions primitives (3). Le travail, tour à tour, manuel et intellectuel, qu'ils s'imposent ou que la nécessité commande, varie de monastère à monastère, déterminé par les circonstances, les besoins, les goùls et les aptitudes. L'agriculture, l'industrie rurale et domestique, la copie des manuscrits, les arts religieux, l'enseignement parfois, en font la matière ordinaire.

D'autres traits encore donnent à chaque communauté sa physionomie propre, mais, ici et là, le religieux est moine : c'est vraiment sa note caractéristique. La règle, qui importe tant aux religieux des siècles postérieurs, n'est à ses yeux que l'ordonnatrice de sa vie, de ses actes journaliers. S'il quitte le monastère oii il a faitprofes-

(1) « ... ne liceat monachis ceUaa habere communia, ubi aut bini maueant aut pcculiarea reponi possint, sed scola laborem commuui construatur ubi omnee jaceant... » (Conc. luron., au. 567; c. 15; Maassen, Conc. Mcror., p. 125.)

(2) Cf. Mabillon, Ann. O. S. B., t. I. p. 174.

(3) " De jejuniis vero antiqua a monachis instituta conserventur, ut de Pascha usque Quinquagesima.... » (Conc. Turon., an. 567, c 18: Maassen, Conc. Merov. p. 126.)

sion pour entrer dans un autre soumis aune autre règle, à des observances différentes, il ne change pas d'institut. Il accepte, dans la maison où il prend place, des coutumes étrangères, des usages nouveaux, une règle à laquelle il ne s>st pas voué sans cesser d'être le membre de la grande famille monastique aux liens très flexibles, et dont les foyers épars n'ont d'autres attaches que celles de la charité et que nulle loi de subordination ne range sous l'autorité d'un chef suprême.

Certes, les monastères étaient en plus d'un point sous la dépendance des évêques, mais, pris dans leur ensemble, ils ne formaient ni une monarchie, ni une république fédérale : la société monastique sans code uniforme, sans assemblées délibérantes, sans tête, était, oserait-on dire, simplement anarchique. A peine distinguet-on, entre quelques monastères issus les uns des autres ou fondés par le môme saint, quelques liens particuliers. La liberté laissée à qui le voulait d'établir un monastère avec la permission de l'évêque et d'y imposer la règle de son choix multipliait, comme par génération spontanée, les essaims monastiques. Et cela convenait à une société jeune, vigoureuse, pleine de foi, comme était l'ordre des moines en ces temps reculés.

L'intervention de Bathilde ne provoqua pas la centralisation de l'institut monastique, comme la réalisèrent, quatre siècles plus tard, les abbés de Cluny : de tant de monastères disséminés dans son royaume^ la sainte reine ne lit pas un organisme perfectionné où la vie portée du centre aux extrémités par des canaux savamment distribués circule, identique et mesurée, ni même une confédération de petites puissances reliées [lar de communs intérêts et fortes par leur union; mais elle les soumit à la même règle, insuffla dans leur sein un même

188 ciiAi'iTiib; XI

esprit et y jela les germes d'une mêaie foriualion sous la direction spirituelle des deux maîtres Benoît et Colomban,

Ces patriarches de la vie religieuse en Occident s'étaient succédé. Le premier avait vingt ans quand s'ouvrit le sixième siècle et mourut en 543, au Mont- Cassin; le second naquit à une date incertaine, antérieure toutefois à la mort de saint Benoît, et acheva sa longue carrière en 615, quelque quinze ans avant la naissance de sainte Bathilde (1).

Rien de plus disparate que les destinées de ces deux saints qu'une vocation semblable avait, dès leur première jeunesse, arrachés au monde, poussés vers la solitude et le cloître, voués au silence et à l'oubli. Point d'éclat ni de bruit dans la vie de saint Benoît, alors que celle de saint Colomban se passe dans les luttes et parmi les aventures. Le premier (2) recherche la paix; il fuit la compagnie de moines déréglés, écarte toute espèce de contestations et tend droit à son but, la perfection religieuse et l'établissement de ses monastères; le second (3) ne se confine pas dans ses pieuses retraites, il résiste aux rois et soutient contre les évèques et le Pape les prétentions

(1) Mabillon (Ànn. 0. S. B., t. I, p. 308) et B. Kruech (.V. G. H., Script., t. IV, p. 13) pensent que saint Colomban vécut, environ, 90 ans ; ils basent leur calcul sur ce vers tiré d'une épître du saint à un ami, Fidolius:

" Xunc ad olympiadis ter senos venimus annos » (Carmina sancti CaJumhani; Migne, t. LXXX, col. 294). Mabillon et B. Krusch. après les poètes latins, font l'olympiade de 5 ans comme le lustre, <■ ut quidem sumi solet » remarque Mabillon que B. Kruscli appuie d'un passage d'Ausone (il. G. H., Auct. Antiq., t. V, p. 120). Les 18 olympiades font 90 ans et donnent ainsi à Colomban de 86 à 90 ans au moment où il écrit, il. E. Martin (Vie de ?aint Colomhan, p. 12) n'accept€ pas ce calcul; il ramène l'olympiade à son nombre primitif de 4 ans et abrège de 18 ans la vie du saint.

(2) Gregor. Magn. Vita santi Bcncdicti, c. III et seq., Mignc, P. L., t. LXVI, col. 134 et seq.

(3) Tita sancti Columhani, c. 18 et seq.; Krusch, M. G. H., Script., t. IV, p. 86 et seq.

Epistolse sancti Columhani, passim; Migne, P. L., t. LXXX, col. 259 et seq.

l'HOl'AGATION DE LA HÈGLE BÉNÉDICTLM': 189

et les doctrines chères aux moines bretons. Enfin la haute réputation de Benoît naît sur son tombeau, sa puissance posthume croît dès lors avec les siècles, tandis que la renommée de Colomban se perd peu à peu, que ses œuvres, ses monastères échappent à son influence et que son souvenir s'efface dans le rayonnement de la gloire de celui qui sera, aux yeux de la postérité, l'unique patriarche des moines d'Occident.

L'existence de saint Benoît s'écoula tout entière en Italie. Né à .Nursie (Norcia), dans l'Ombrie actuelle, il fait ses études ii Rome, mais les abandonne avant d'en avoir achevé le cycle pour fuir les séductions des sens et du monde. Puis il se cache dans les montagnes des Abruzzes, non loin de la ville de Subiaco et près de quelques monastères. Le renom de sa sainteté lui attire des disciples et dans la région même il fonde jusqu'à douze maisons dont il garde le haut gouvernement. Molesté par un prêtre du voisinage, il laisse ses petites communautés sous l'autorité des abbés qu'il a mis à leur lêle, quitte son austère retraite, longe les montagnes et s'arrête au Mont-Cassin où il bâtit un monasière dont la gloire sera incomparable, où il rédige la règle que suivront d'innombrables moines, où il meurt sans avoir jamais abandonné les pittoresques horizons et les cieux étincelants de sa patrie (I).

Tout autre est la vie de saint Colomban. Celte d'Irlande, il est issu comme Benoît d'une famille aristocratique; comme lui encore, il échappe aux dangers du monde en embrassant l'état mona-;lique. Son premier pas dans celle voie nouvelle est d'un héros : sa mère affligée, à bout d'arguments pour le retenir, s'élend sur le seuil de

(1) Grée. Magn., Vita sancti Bened., passim; Migne, t. LXVI, col. 125 et Beq.

19Q CllAl'ITRK \I

la maison; Colomban passe sur son corps et s'enfuit. Du monastère de Cluain-înis, trop rapproché de sa terre natale, il va à l'abbaye de Bangor récemment bâtie sur le rivage de la mer d'Irlande. C'est là qu'il vit ses plus paisibles années, achève ses études et reçoit les ordres sacrés. Mais alors l'attrait de l'apostolat semble s'ajouter à l'amour de la vie monastique; à coup sûr il subit l'influence de sa race et cet impérieux besoin d'abandonner les horizons connus, de réaliser les rêves des heures mélancoliques, qui repose au fond de l'âme celtique et jette les fils de l'Irlande et de la Grande-Bretagne, pèlerins ou voyageurs, sur toutes les routes du monde : « Il se prit à rêver de voyages », dit l'historien Jonas (1).

Après quelque résistance, l'abbé de Bangor, Comgall, le laisse partir avec douze compagnons. Il fait voile pour l'Angleterre oîi des peuples envahisseurs courbent sous le joug ses frères bretons; il n'y séjourne pas et aborde les rivages de la Gaule. Bien accueilli en Bourgogne par le roi Gontran, il s'établit à Luxeuil, ancienne forteresse romaine à demi ruinée, où des eaux thermales jaillissent, connues et utilisées depuis des siècles.

Pendant quelques années, Colomban y retrouve le calme de Bangor; cependant l'inflexibilité de son rude caractère le met aux prises avec les évêques sur des points de discipline, avec les rois dont il blâme la conduite scandaleuse. Aussi Thierry II et son aïeule, la reine Brunehaut, l'arrachent à sa com^munauté et tentent de l'embarquer pour l'Irlande, mais des circonstances imprévues donnent un autre cours aux événements. Colomban, cassé de vieillesse, erre à travers les royau-

(1) « ... cœpit peregrinationem desiderare » {Vita sancti Co-

lumha-ni, auct. loua, cap. 4; Kruscli, M. G. H., Script., t. IV, p. 70.)

l'ROPAr.ATION DE LA RÈGLE BÉNÉDICTINE 191

mes francs et l'Allemagne, franchit les Alpes, fonde en Lombardie le monastère de Bobbio et y meurt en 615, cinq ans après avoir été chassé de Luxeuil (1).

Telles apparaissent dans le recul des temps les silhouettes des deux saints dont le concours posthume servit les entreprises réformatrices de sainte Bathilde. Les écrits qu'ils ont laissés ajoutent quelques traits à leur physionomie déjà révélée par la trame de leur vie. Ainsi Benoît, héritier des traditions des vieilles familles romaines, de leur esprit pratique, mesuré, sagement dominateur, est, par excellence, le chef de famille, le « paterfamilias », l'abbé. Il ne brille pas par l'éclat de sa science toute d'Ëglise, monastique et ascétique : aucune réminiscence des lettres classiques qu'il connaît pourtant ne se rencontre dans le seul livre qu'il ait fait, la Règle, où abondent, au contraire, les maximes des saintes Écritures qu'on trouve très nombreuses aussi dans les œuvres de Colomban. Celui-ci a reçu dans les monastères d'Irlande une culture soignée; s'il se nourrit de la doctrine révélée et de l'enseignement des Pères, il s'abreuve volontiers aux sources de la poésie antique. Ce moine austère, dur parfois, intraitable, inégal, âpre et mordant dans les discussions, ardent et fort dans les luttes et les adversités, recherche à la fois les consolations de la prière et celles plus humaines de la littérature : jusqu'à son dernier jour il subit le charme des meilleurs poètes latins et entretient avec ses amis un commerce épistolaire oii passe de temps en temps comme un souffle de Virgile et d'Horace (2).

(1) Vita Bancti Co'luml)a7ii, passim, Krusch, M. G. H., Script., t. IV, p. 65 et seq.

(2) L"œuvre littéraire de eaiiit Colomban comprend la Règle cénobitique, le Pénitentiel, dea Instructions, des Lettres et quelques poèmes. (Cf. Migne, P. L., t. LXXX, col. 209 et seq.)

192 ciiAi'imE XI

L'empire exclusif de sa règle et des usages celtiques dans les monastères issus de Luxeuil y fut incontesté jusque vers Tannée 630. A cette date et depuis quelques mois les religieux de Luxeuil avaient pour chef saint Waldebert qui les gouverna pendant quarante ans (629-670). 11 y avait à peine quinze ans que Colomban était mort et déjà la règle de saint Benoît prenait place à côté de la sienne dans le monastère qu'il avait le plus aimé. Elle y était certainement connue auparavant, étudiée et estimée, cardes le début du gouvernement de Waldebert on la pratiquait; or, il n'est pas admissible qu'un monastère accepte sans mûre reflexion, sans quelques essais, une loi nouvelle et d'une telle importance.

Dès l'annéa 632, l'union des règles de saint Colomban et de saint Benoît à Luxeuil paraît comme un fait accompli et notoire si on en juge par une charte de saint Eloi où elle est signalée expressément (1). Un diplôme d'immunité donné par Dagobert à l'abbaye de Rebais, le 1" octobre 636, et une charte de privilège accordée par saint Faron, évèque de Meaux, à ce même monastère, le i" mars de l'année suivante, témoignent qu'à cette époque l'innovation des moines de Luxeuil faisait école, se répandait peu à peu et préparait les voies à la diffusion rapide provoquée plus tard par la reine Bathilde (2).

(1) « ... ut vos vel successores vestri tramitem religionis eanctissimorum virorum Luxoviensis monasterii conseciuamini et regulam beatissiinorum loatrum Benedicti et Columbani firmiter teneatis... » (Vita sancti Eligii, Appendix; Af. G. H., Kruscti Script., t. IV, p. 743 et seq.) L'authenticité de cette charte par laquelle saint Eloi fonde l'alîbaye de Solignac a été niée par A. Malnory (Quid Liixovienses tnonachi, etc.; p. 28 et 86), mais soutenue par M. B. Krusch loc. cit.) à la suite de Mabillon (Vita sancti liemacU; AA. S.S. 0. S. B., saec. II, p. 468.)

(2) Pardessus, Diplomata, n° 270; t. II, p. 34, n° 275, p. 39. Le diplôme de Dagobert ne mentionne pas la règle de saint Benoît; la charte de saint Faron porte, au contraire: « ... ubi monachos vel peregrinos sub régula B. Benedicti, et ad modum Luxoviensis monasterii... »

Des monastères colombaniens, les deux règles passèrent dans les abbayes plus anciennes; souvent ajoutées bout ù bout dans Iss mêmes livres (1), elles devinrent l'oracle le plus ordinaire des moines jusqu'à ce que le code bénédictin eût partout remplacé la règle de saint Colomban et toutes les autres. Ce moment est. impossible à fixer, toutetois un concile tenu à Autun pendant l'épiscopat de saint Léger, entre 663 et 680, et qui a porté plusieurs canons sur la discipline monastique permet de serrer la vérité d'un peu près. 11 recommande aux moines la règle de saint Benoit sans faire mention d'aucune autre : « Les abbés et les moines doivent observer ce qu'ordonnent les canons et la règle de saint Benoît. Si ces prescriptions sont fidèlement exécutées par les abbés et leurs communautés, le nombre des moines croîtra et le monde par le secours de leurs prières sera délivré de beaucoup de maux (2)... »

A riieure où les évèques assemblés à Autun exaltaient la règle bénédictine, sainte Bathilde était probablement descendue du trône, mais de sa solitude de Cbelles elle suivait le cours des événements publics; sa joie dut être grande de voir la règle qu'elle avait propagée, présentée par un concile comme le programme de la perfection monastique. Ce décret ne prouve pas que les autres règles ne fussent encore en vigueur, mais il montre quelle place celle de saint Benoît s'était faite.

Pourquoi, s'est-on demandé, l'union des règles de saint

(1) « Codicem in quo continetur régula sancti Benedicti et eancti Columbani... » (Gesta Abbat. Fontanel., 13; Loevenfeld, p. 38.)

(2) " De abbatibua vero vel monachis ita obaervare convenit, ut quicquid canonum ordo vol régula saucti Benedicti edocet et implere et custodirc in omnibus debeant. Si enim hsec omiiia fucrint légitimât; apud alibates vel monasteria couscrvata, et numtTus monachorum Dco propitio augebitur et mundus omnis per eorum orationîs assiduas omnibus malis carebit contagiis... » (Concil. Leudegarii; an. 663-680, c. 15; Maassen, p. 221.)

Benoit et de saint Colomban s'acheva-t-elle non par un compromis ou une fusion mais par le triomphe complet de la plus ancienne? Volontiers on a allégué la préférence du Saint-Siège pour l'œuvre de saint Benoît, la recommandation qu'en fit notamment saint Grégoire dans le IP livre des Dialogues; on a dit qu'elle était plus tempérée, plus discrète que celle de saint Colomban et que cette dernière était étrangère, à trop de titres, pour s'accommoder aux exigences d'un peuple façonné par le génie romain et encore pénétré de son esprit en dépit des invasions barbares (1).

Aces motifs, ilfaut ajouter, semble-t-il, que la règle de saint Colomban n'est pas, à proprement parler, une règle religieuse; elle est une admirable exhortation à la sainteté formulée en dix chapitres dont les neuf premiers, à l'exception du troisième qui fixe les limites de l'abstinence et du jeûne, et du septième qui établit l'ordonnance de l'ofTice divin, sont des invitations à la pratique des vertus monastiques, l'obéissance, la pauvreté, la chasteté, la mortification. Le dixième est une curieuse nomenclature précise et tarifée des fautes dans lesquelles le moine peut tomber : celui-ci reçoit six coups de fouet qui parle sans motif pendant le repas, tousse au commencpment d'un psaume, sourit pendant l'otfice, manque aux signes de croix prescrits, ou célèbre la messe avec des ongles malpropres; celui-là est condamné à quarante jours d'abstinence au pain et à l'eau qui résiste au prévôt de son monastère et en appelle à l'abbé, tandis que cet autre pour un murmure ou une légère désobéissance subit la même peine pendant deux jours (2).

(1) Montalembert, Les Moines d'Occident, liv. IX, chap. VII; t. II, p. 638 et seq.; 5' édit. 1873.

(2) Holstcuiua, Codex Eegularum, Eomae 1661; pars II, Eeg. saucti Columbani, c. X, p. 164 et suiv. II faut noter que Colomban

PROPAGATION DE LA RÈGLE BÉNÉDICTINE 19o

« Que dans le monastère, dit saint Colomban, le moine vive sous l'autorité de l'abbé et dans la compagnie de ses frères afin qu'il apprenne de l'un l'bumilité, d'un autre la patience ; que celui-ci lui enseigne le silence et cet autre la douceur; qu'il ne fasse pas ce qu'il veut; qu'il mange ce qu'on lui donne et s'en contente; qu'il accomplisse la besogne commandée; qu'il obéisse à qui ne lui plaît pas; qu'il aille lassé et somnolent prendre son repos et qu'il se lève, contraint par la règle, avant d'avoir achevé son sommeil. Qu'il se taise sous l'injure. Enfin, qu'il craigne son supérieur comme un maître et qu'il l'aime comme un père (1). »

Pour réaliser un idéal aussi héroïque, Colomban exige de son moine une soumission sans limites : « Jusqu'où ira l'obéissance ? — Jusqu'à la mort, décrète l'inflexible législateur, puisque le Christ, pour nous, a obéi à son Père jusqu'à la mort (2). »

Comme les autres religieux, le colombanien garde un silence exact et ne le rompt qu'avec précaution et par nécessité; il observe une stricte pauvreté et réfrène ses désirs; il veille sur ses sens, sur ses regards, « car à quoi lui servirait d'être vierge de corps, s'il ne

impose deux sortes de jeûnes au pain et à l'eau: cum pane et aqua; cum paximatio et aqua. Le « paximatium » était un pain cuit deux fois, un biscuit analogue à celui qui est en usage dans les armées.

(1) u Monaclius in monasterio vivat sub unius disciplina patris, consortioque multorum, ut ab alio discat bumilitatem, ab alio patientiam : uuus eum silentium, alter doceat mansuetudinem : non faciat quod vult, comedat quod jubetur, habeat quantum acceperit, operis sui pensum persolvat, subjiciatur oui non vult, lassus ad stratum vcniat, ambulansque dormitet, nec dum expleto somno surgere compellatur; passus injuriam, taceat; Praepositum monasterii timeat ut dominum, diligat ut parentem... » (Holstenius, ihid.; Reg. sancti Colombani, c. IX, p. 163.)

(2) ' Obedicntia autem usque ad quem modum deflnitur? Usque ad mortem certe prsecepta est: quia Christus usqnc ad mortcm oliodivit Patri pro nobis... » (Ucatila su7icti Coluvih., c. I; Holstenius, pars lia, p. 154.)

190 GUAPITRE XI

Tétait pas de cœur(l)? » Aussi Colomban traite sa communauté avec une austérité impitoyable : « Chaque jour on doit jeûner, déclare-t-il, comme chaque jour on doit prier, lire et travailler (2). » La nuit même n'interrompt pas ce rude régime, elle débute par une longue psalmodie, l'oflice du soir : au milieu de leur sommeil les moines se lèvent pour la célébration des vigiles, et, le matin, le cri du coq les invite à chanter laudes (3).

A cette rigueur tout extérieure Colomban donne pour fondement et soutien une pureté intérieure que chaque jour renouvelle par l'aveu des moindres fautes : avant de se mettre à table, avant de se coucher, le moine se confesse, et quand il célèbre la sainte messe c'est encore après un autre aveu de ses moindres faiblesses (4).

Après avoir donné de telles lois, saint Colomban avait quelque droit de dire à ses fils que « la mortification constitue la plus grande partie de la règle des moines (5) », mais, en retour, leur promettait-il « des récompenses sans fin et un bonheur infini (6) ».

Dans ce schéma de la sainteté religieuse l'organisation

(1) « Et auid prodest virgo oorpore, si non sit virgo mente? » (Ibid., c. VI; ihid., p. 156.)

(2) « Ergo quotidie jejunandum est, sicut quotidie orandum est, Quotidie laborandum, quotidie est legendum. » (Ihid., c. III; ihid., p. 155.)

(3) « Ad iuitium vero noctis duodecim psalmi, ad mediumque noctis duodecim psalluntur: ad matutinum vero bis déni, bisque bini... » {Ihid., c. VII; ihid., p. 158.) Dans les longues nuits d'hiver on cliantait 36 psaumes; ihid.

(4) « Ut detur confessio ante mensam, ante introitum lectulorum, vel cuicunque fuerit facile dare. » {Ihid., c. X; ihid., p. 164.) « Confessiones dari... antequam ad missam eatur ne forte quis accédât indignus ad altare... » (Sancti Columbani, de Pœnitentiaruvi mensura, c. XLII; Migne, t. LXXX, col 230.) Il est à croire que, seule, cette dernière confession était sacramentelle. Ne peut-on voir dans les deux autres une forme du Confiteor ou une simple pratique de dévotion?

(5) " Maxinia pars regulse monachorum mortificatio est. » {Beg. Columh., c. IX; Holstenius, pars lia, p. 161.)

(6) « ... immortalia sunt prœmia accepturi, cum gaudio summo nunquam decidente in sevum. » {Ihid., c. X; ihid., p. 176.)

du monastère et de la communauté qui en est l'âme ne se dessine pas. On voit quel jeûne rigoureux, quelle abstinence observaient les disciples du grand moine irlandais, quelles étaient leurs veilles, leurs longues psalmodies et surtout quel esprit, quelle ferveur les animaient; cependant, de nulle part, ni de l'ensemble, Resurgit la physionomie de l'abbaye colombanienne. On ne sait si les religieux logeaient dans des bâtiments communs, ou, comme aux premiers jours, dans des cellules séparées,, deux à dgux ou par petits groupes; la forme de l'habit, les coutumes, les institutions, sont à peu près inconnues (1). Quelques allusions, quelques mots échappés aux écrivains contemporains révèlent l'existence des prieurs ou prévôts, des cellériers, l'usage des vêtements de nuit, certaines pratiques de bienséance religieuse, la forme de la tonsure qui allait en manière de croissant d'une oreille à l'autre, la célébration de la fête de Pâques à un jour différent de l'Église romaine (2). La tradition orale suppléait au silence de la Règle écrite ; en elle-même, l'œuvre de Colomban, toute celtique, était empruntée au monastère de Bangor; les coutumes, les usages des premiers Pères de Luxeuil appartenaient aux communautés irlandaises.

Introduite dans un monastère soumis à des lois non écrites, la règle de saint Benoît était pour celles-ci une rivale redoutable. Outre l'enseignement ascétique adressé

(1) « Si cum ulli qui cellae su» cohabiter non est confabulari... » (Rea. sancti Columb., c. X; ihid., p. 174.) Ce passage ferait croire que les communautés colombaniennes étaient ainsi distribuées dans dea maisonnettes, mais une indication aussi vague ne peut être une preuve décisive.

(2) Cf. licgula sancti Columhani, passim, Holstenius, pars lia, p. 155 et seq. — Pour la tonsure des moines bretons, cf. Mabillon, An. O. S. B., 1. XV, 32, t. I, p. 471; lib. XVI, 56, ihid., p. 529- — Pour la célébration de la Pâque, cf. Epistol. Colombani prima ad 8. Gregorium papam; Migne, t. LXXX, col. 259 et seq.

198 CUAPITRE XI

à quiconque renonce à sa volonté propre pour servir le Christ Roi avec les « fortes et glorieuses armes de l'obéissance », la règle bénédictine contient la description du monastère et de son organisation, indique l'ordre de la psalmodie, les conditions du travail manuel, les heures des lectures, marque le mode de l'abstinence et détermine la durée du jeûne. Un code pénitentiel éparpillé parmi les chapitres, moins minutieux que celui de saint Colomban, prescrit, sans le limiter, le châtiment des verges et pousse la rigueur jusqu'à l'excommunication des récalcitrants et l'exclusion des incorrigibles (1).

La règle traite de la réception des hôtes, des moines étrangers, des novices; elle note avec quelles précautions on recevra ceux-ci et comment on éprouvera leur vocation. Elle prévoit lélection ou le choix de labbé, du prieur, des doyens ; elle énumère les obligations et les devoirs des officiers du monastère, des moines artistes ou ouvriers, prêtres ou clercs. Elle veille sur l'éducation des enfants, l'entretien des vieillards, des malades, des infirmes et suit dans les champs les moines agriculteurs ou, le long des routes, ceux qui sont en voyage (2).

A quatorze siècles de distance, on peut contempler avec les seules lumières de la règle l'antique monastère bâti sur le plan de la maison romaine oumérovingienne, visiter les cloîtres, l'église, le dortoir, le réfectoire, les cuisines, l'hùtelleric, l'infirmerie, le moulin, les ateliers, le cellier et revivre un instant les temps primitif;* de l'ordre de saint Benoît (3).

(1) Cf. Reg. sancti Bened., Prolog., c. IV. V, VI, VII, VIII, IX. X, XI, XII. XIII, etc.; XL VIII. XXXIX. XL, XLIX; XXIII. XXIV. XXV. XXVI. XXVII. XXVIII. XXIX. XXX. etc.

(2) Cf. Beo. sancti Bened., c. LUI. LXI. LVIII. LIX. LX; II. LXIV; XXXI. LXV, XXI. LVII, LXII ; XXX, XXXVI. XXXVII. L.

(3) Cf. Beo- sancti Bened., c. LU et passim.

rROPAGATION DE LA RÈGLE BENEDICTINE 199

Quand les premiers compagnons de Colomban- eurent disparu, quand Luxeuil ne compta plus que des Gallo- Romains, des Bourguignons ou des Francs, les traditions orales se lurent peu à peu; pour fixer ou modifier quelque observance, quelque usage, on recourut aux documents écrits, au texte bénédictin; lentement les souvenirs irlandais s'éteignirent dans les esprits, le droit traditionnel s'abolit au profit du droit écrit, immuable, vivant et précis.

Au moment où sainte Bathilde expédia ses lettres de réforme aux évéques et aux abbés la conquête bénédictine n'était pas avancée à ce point, mais déjà la règle du saint patriarche avait franchi les murs de Luxeuil. Les privilèges accordés par la régente aux monastères dociles à son action, les donations de villas et de forêts qu'elle y joignit accélérèrent le mouvement. Les monastères de Jouarre, Corbion, Faremoutier, Saint-Germain-des- Prés, Saint-Médard-de-Soissons, Jumièges, Fontenelle, Logium, Saint-Denis, Fleury-sur-Loire, Saint-Aignan, Saint-Martin-de-Tours, Corbie et Chelles furent les plus favorisés : domaines et trésors passèrent du patrimoine des rois dans celui des moines (1).

La reine était attentive à leurs moindres besoins : Un jour, raconte le second historien de saint Wandrilie,

(1) Le monastère de Jouarre, près de ileaux, fondé, vers l'an 634, par Adon, frère de saint Ouen, évêque de Rouen, était un monastère double: à l'abbaye des femmes était annexée, à proximité, une communauté d'hommes pour y célébrer le service divin. (Mabillon, Ann. O. S. B., lib XII, 44; t. I, p. 364.)

Corbion, au diocèse de Chartres, fut fondé par saint Laumor (sixième siècle). Pendant les invasions normandes, les moines l'abandonnèrent et se réfugièrent dans le diocèse de Blois (Mabill., Annal. O. S. li., lib. VI, 12; t. I, p. 148.)

Faremoutier, monastère double, comme Jouarre et dans le même diocèse, fut construit en 615 par sainte Fare, sœur de saint Faron, évêque de Meaux. (Mab., .1 n7i. 0. S. B., 1. XI, 10; t. I, p. 304.)

Saint-Germain-des-Préa eut pour fondateur le roi Childebert (555) et pour premier patron saint Vincent. Le polyptyque d'Irminon rapporte à Clovis II, et partant à sainte Bathilde, la donation du

les celliers du monastère de Fontenelle se trouvèrent vides. Le cellérier en avertit le saint qui lui répondit : « Le Créateur du monde qui a nourri cinq mille hom- « mes avec cinq pains peut bien dresser la table de ses « serviteurs dans ce désert. » Le cellérier retourna à ses affaires, peu rassuré, peut-être. Pendant la nuit, Bathilde, alors en résidence dans une villa du voisinage, vit en songe la détresse du fondateur de Fontenelle et lui envoya des chariots chargés de provisions (1). Ainsi la sainte Régente qui menait de front les affaires de l'État et de lÉglise franque ne pensait pas s'abaisser en descendant à de tels détails; et, sans doute, trouvât-elle dans ces œuvres de miséricorde et de charité les consolations qu'elle n'eut pas dans de plus retentissantes entreprises; elle y conquit du moins la reconnaissance des moines par qui ces humbles événements sont arrivés jusqu'à nous.

domaine de Valenton faite à ce monastère. (Mab., Ann. 0. S. B., lib. V, 42; t. I, p. 134. — Polyptyque d'Irminon, édit. Longnon. t. I. p. 220.)

Le monastère de Saint-Médard de Soissons fut bâti dans la seconde moitié'du sixième siècle sur le tombeau de ce saint. (Mabil., Annal. O. S. B., lib. V, 28; t. I, p. 126.)

L'origine de l'abbaye de Saint-Aignan, à Orléans, est obscure; on sait seulement qu'elle fut fondée après celle de Micy (sixième siècle) et avant Fleury -sur-Loire. (Gallia Christiana; t. VIII, 1518.)

Saint Martin construisit le monastère qui porta depuis son nom pendant les premières années de son épiscopat.

Pour Jumièges, Fontenelle, Fleury-sur-Loire, voir plus haut, chapitre VII; pour Saint-Denis, chap. IV, pour Logium, chap. IX.

(1) « ... cum nulla alimentorum solamina essent, Baltfridus cellcrarius eidem (Wandregisilo) patefeoit. Cui ille: Potest, inquit, Conditor rerum suis in deserto famulis parare mensam, qui multiplicatione quinque panum satiavit hominum quinque millia. Itaque juxta condictum viri Dei evenisse contigit. ilonuit namque per visum Balthildem reginam pietas divina, ut famulo Christi intra eremi vastitatem consistenti necessaria ministiaret. Quse erpergefacta, onerata véhicula servo Dei dirigit. » (Tita sancti Wayian-ij. altéra, c. 19; A A. SS. 0. S. B., saec. 11°, p. 519.) Mabillon et les Bollandistea tiennent cette Vie de saint Waudrille pour interpolée çà et là.

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