‹ Sainte Bathilde, reine des FrancsChapitre 20 sur 30 · ENTRÉE DE SAINTE BATIIILDE A QUELLES · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE SAINTE BATIIILDE A QUELLES

l'abbaye (1). Elle appartenait à une famille riche du « pays » de Soissons et s'était donnée à Dieu dans le monastère de Jouarre fondé quelques années auparavant par Adon, frère de l'évêque saint Ouen (2). Saint Genès, l'ancien abbé palatin, récemment promu à l'évêché de Lyon, alors auprès de la reine, alla prendre à Jouarre Bertille et les religieuses, ses compagnes, destinées à grossir les rangs de la communauté de Saint-Georges (3). Elles formèrent avec elle un monastère si fervent que la renommée en passa les mers et qu'on vint de la Grande-Bretagne chercher la perfection monastique dans les cloîtres de Chelles. Telle, cette princesse lléreswide, mère d'Adulphe, roi d'Est-Anglie, qui prit le voile à Chelles et y mourut saintement (4).

Les portes de Chelles, comme celles des jeunes et déjà célèbres abbayes de Faremoutier et de Jouarre, s'ouvrirent devant beaucoup d'autres Anglo-Saxonnes, dont le nombre devint si grand que les chefs des royaumes anglais s'en émurent et qu'ils demandèrent à sainte Bertille de leur envoyer des moines et des religieuses pour créer dans leur pays des monastères semblables (5).

(1) Vita sanctse Bertillis; Mabillou, A A. SS. 0. S. B., esec. Iir, p. 17 et suiv.

(2) Vita sancti Aaili, c. 14; Mabillon, AA. SS. O. S. B., saec. Il", p. 307. — L'abbaye de Jouarre, telle que l'avait vue sainte Bertille, u'a pas disparu tout entière; la crypte de l'église abbatiale existe encore; elle est, en France, un des rares monuments du septième siècle bien conservés.

(3) « ... per magnum sacerdotem domnum Genesium ad Kalse... cœnobium perducere praecepit. » (Vita satictx Bertille, 1. c, p. 20.)

(4) « ... in eodem monasterio (Cala ) soror ipsius (Hildae) Hereswid, mater Aduulfl régis orientalium Anglorum regularibus subdita disciplinis... « (Beda, Hist. Ecoles., lib. IV, c. 23, Migne, t. XCV, col. 208.) L'auteur de la Vie de sainte Ethildrite met également Hilda au nombre des Anglo-Saxonnes de Chelles, mais Bède ne le dit pas, et ce témoignage du douzième siècle n'est guère recevable. {Vita sanctx Ethildritx, c. VII; Mabil., AA. SS. O. S.B., sseculo ir, p. 712.)

(5) « ... ex transmarinis partibus, sanctae hujus femin» (Bertillse) felici fama percurrente, ad eam... plurimi viri ac t'emina

La demande de moines faite à l'abbesse Bertille par les rois de IHeptarchie n'était pas insolite, car Chelles était un monastère double: à côté de Tabbaye principale s'élevaient les bâtiments plus modestes de la communauté des chapelains voués au service liturgique de l'église abbatiale, à la direction spirituelle des religieuses et à la défense de leurs intérêts temporels.

Le monastère de Chelles ainsi constitué ne créait pas dans l'ordre monastique une forme nouvelle, car, bien qu'elle lût peu répandue, l'institution des monastères doubles remontait à une haute antiquité, à l'origine même du monachisme. Déjà saint Basile avait donné de prudents conseils aux communautés de vierges et de moines unies de la sorte [l). En Occident, dans les Gaules et la Grande-Bretagne, les monastères doubles existaient bien avant la fondation de Chelles, de Faremoutier ou de Jouarre, mais quelques abus avaient éveillé l'attention de Tépiscopat et provoqué des mesures prohibitives comme le révèle un canon du concile d'Agde tenu en oOô qui interdit l'établissement de ces monastères « tant à cause des embûches du diable que des propos malveillants (2). »

Malgré cette défense, la coutume se perpétua et s'étendit, car le service liturgique et religieux des monastères de vierges, bâtis souvent loin des villes, exigea impé-

festinabant... r. {Vita sanctx Bertillse, c. 5; Mab. AA. SS. 0. S. B, saec. 111°, pars la, p. 20.)

« ... ut etiam a transmariniB partibus Saxoniae regee illi fidèles ab ea permissos postularent... qui virorum et eanctimonialium cœnobia in illa regione construerent. » {Ihid., c. 6; ihid., p. 21.)

(1) « Quod si necessarium est... cum selectis eororibus setate provectioribus res ipsorum tractent selecti eeniores... » (Sancti Basilii Régula fusius tractata, c. 33 et passim; Migne P. G., t. XXXI, col. 998, 999.)

(2) " Monasteria puellarum longius a monasteriis monachorum, aut propter insidias diaboli aut propter oblocutiones homiuuni coUocentur. » (Oonc. Agath., c. 28; Mansi, t. VIII, col. 329.)

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rieusement le voisinage d'une communauté de prêtres.

Des précautions, ici plus sévères, là moins étroites, interdisent aux habitants des deux maisons les rapports équivoques ou trop faciles; tantôt les monastères bien distincts, clos de hautes murailles, séparent absolument les moines des religieuses même, quand l'église est commune (1); tantôt, semble-t-il, la clôture n'enferme pas à tout jamais les moniales dans leur cloîtres solitaires; ainsi voit-on celles du monastère de Remiremont se joindre aux religieux près du lit où meurt saint Amé pour y recevoir ses derniers avis et sa suprême bénédiction (2). Souvent, à cette époque, les moines chapelains relèvent de l'autorité de l'abbesse, puisque, comme à Jouarre et à Chelles, ils sont au service des religieuses; ailleurs il en va tout difieremment : les communautés jumelles sont autonomes ou sous le gouvernement de l'abbé comme les deux familles monastiques de Remiremont au temps de saint Amé et de saint Romaric (3).

Par une fortune très rare, l'ubbaye de Chelles conserva toujours ses deux communautés; celle des chapelains n'était en iol3 que de six moines; encore avait-elle été pendant plusieurs siècles formée de prêtres séculiers ou de chanoines. Quand la Révolution détruisit le monastère, elle trouva à la porte, fidèles à leur poste, les béné-

(1) " Duo monaateria (iu Britania insula)... mûris altis et firmia circumdata..., unum scilicet clericorum et alterum feminarum: quorum ab initio fundatiouis suae utrumque ea lege discipliuse ordinatum est ut neutrum eorum dispar sexus ingrederetur... ». (Vita sanctx Liobse, c I; Mabil., AA. SS. 0. S. B., saec. III, p. lia. p. 222.)

(2) 'I Congregati ergo fratres atque sorores, universusque sexus lugentes prœstolabantur exitum sancti viri (Amati). " (Vita sancti Amati, c. 26; Mabil., A A. SS. 0. S. H., saec. 11° p. 126.)

(3) Cf. Vita sancti Amati, passim; Mabil., A A. SS. 0. S. B., BiEC. Il', p. 120.)

" Post oliitum namque beati socii sui Amati, et ipse gubernandam sauctam congregatioaem suscepit. » (Vita sancti Eomarici, c. 6; Mabil., A A. SS. 0. S. B., sœc. 11% p. 400.)

diclins de Saint-Maur, successeurs des moines placés là par sainte Bathilde pour le service et la garde de ses filles (1).

Jusqu'à l'arrivée de sainte Bertille et l'introduction de la pratique de Luxeuil. lacommunautéde Saint-Georges avait probablement suivi la règle de saint Césaire d'Arles. Aucun argument décisif, aucun document n'appuient cette opinion, mais ce saint était honoré à Chelles d'un culte tout spécial comme en témoignait l'église qui lui était dédiée et qui, selon Mabillon, remontait au moins au dixième siècle (2 . D'ailleurs, la règle du saint évéque d'Arles, très répandue dans les Gaules, était la seule qui existât alors pour les monastères de femmes. De bonne heure, elle se combina avec celles de saint Benoit et de saint Colomban : telle la compilation de règlements cénobitiques faite par l'évêque de Besançon, saint Donat (3).

Le grand évêque d'Arles fit pour les religieuses ce que son contemporain saint Benoit fit pour les moines : celui-ci affermit Tinstitut monastique par le vœu de stabilité, celui-là sauva les monastères de vierges par la clôture perpétuelle. Il imposa à son monastère d'Arles

(1) Au moment de la Révolution le petit monastère des bénédictins de Chelles comptait au moins trois religieux, les pères Chabran, Lartois et Lamache iTorchet, Histoire de l'ahhciye royale de Chelles, t. II, p. 235.) Le monastère était construit hors de l'enceinte de l'abbaye, près de la porte extérieure et de l'église avec laquelle il communiquait. Il se composait de la petite église Sainte-Croix, d'un grand corps de logis où se trouvait le dortoir, de quelques bâtiments de moindre importance et des jardins.

(2> " Gui (palatio Calensi) adjuncta erant duo alia oratoria, nempe sancti Caesarii et sancti Leodegarii... » (Mabil., Ann. O. S. B., lib. LUI, t. IV, p. 199.) — Au dix-septième siècle, l'oratoire de Saint-Césaire existait encore (Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, édit. 1883, t. II, p. 498.) — Faut-il rappeler que les religieuses de Chelles portaient encore l'habit blanc en 1583, que la couleur blanche était prescrite par saint Césaire. Mais c'est là un bien faible indice. Ce fut l'abbesse Marie de Lorraine qui fit prendre l'habit noir. (Blémur, Eloges de plusieure personnes de l'ordre de Saint-Benoit, t. II, p. 489.)

(3) Holsténius. Codicis Reguh, t. III, p. 78.

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