‹ Sainte Bathilde, reine des FrancsChapitre 4 sur 30 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

avec la prudente icscivc dont l'Eglise nous donne l'exemple.

Puissent ces pages renouveler le souvenir d'une femme qui fut à la fois une grande servante de l'Eglise et de l'État, qui s'intéressa au sort des pauvres et des esclaves, la dernière des grandes reines de la première dynastie et l'une de ses gloires les plus pures.

J^eine des Ff'ai^ss

ORIGINE ET PREMIÈRES ANNÉES DE SAINTE BATllILDE

Origine de sainte Bathilde. — Elle est vendue à Ercliinoald, maire du Palais de Neustrie. — Le recrulement des esclaves au septième siècle. — L'esclavage chez les Romains. — Son rôle et son accroissement. — Situation de l'esclave dans la société romaine.

— Elle s'amélioi-e sous l'influence de la philosophie et du christianisme. — Législation plus équitable envers les esclaves sous les empereurs païens et chrétiens. — L'Eglise et l'esclavage. — Au septième siècle l'esclavage paraît assez doux. — Des hommes libres se font esclaves par intérêt ou piété. — Les richesses d'Erchinoald.

— La villa mérovingienne. — Situation des esclaves dans la villa.

— Erchinoald vend une terre pour la fondation du monastère de Fontenelle. — Sainte Bathilde parmi les esclaves d'Erchinoald.

— Sa prudence. — Sa beauté. — Erchinoald fait de Bathilde son échanson.

Sainte Bathilde naquit en Angleterre pendant la première moitié du septième siècle. Elle appartenait à la race des conquérants de la Grande-Bretagne, mais quand elle apparaît dans l'histoire cette lîlle des vainqueurs n'est plus qu'une obscure esclave à peine connue par

- ClJAriTRE PREMIER

son nom et celui de son peuple, jetée par rinconstante fortune sur la terre des Francs (1).

Le plus complet silence règne sur ses origines auxquelles son premier historien fait cependant une allusion discrète : « Béni soit le Seigneur, dit-il, qui veut sauver tous les hommes, les conduire à la connaissance de la vérité et qui opère tout en tous... C'est pourquoi il faut le louer à cause des mérites et de la puissance des saints qu'il a fait grands de petits quils étaient; bien plus, parce qu'il tire le pauvre de sa misère pour le placer parmi les princes de son peuple, ainsi qu'il est arrivé à la grande et vénérable femme, la reine Bathilde (2). »

(1) « Quam de partibus transmarinis divina Providemia advocaiis... Cum esset ex génère Saxonum... » (Fito sanctse Balthildis, c. 2; Krusch, Scriijtores Reriim Merovingicarum, t. II, p. 483.) A cette époque les Bretons, les Angles, les Saxons se livraient à des guerres continuelles sous des rois païens ou chrétiens, mais également âpres à la lutte. Un des résultats ordinaires de ces discordes était la vente des prisonniers et des vaincus, (cf. Beda venerabilis, Historia EccJci'iastica, lib. III, passim.)

(2) " Beuedictus Dominus, qui vult omnes homines ealvos neri et ad agnitiouem veritatis venire, qui et operatur omnia in omnibus, velle et periîcere. Et ideo merito ipsiue laus canenda est prius in sauctorum meritis sive virtutibus, qui de parvis efficit magnos, imnio qui de stercore élevât pauperem et eum consedere facit cum principibus populi sui, sicut et presentem venerabilem magnam que feminam, domnam Balthildaem reginam. » (Vita sanctx BalthildL', c. 2; Krusch, loco citato. p. 482, 483.)

Une opinion s'est formée qui a traversé les siècles et qui fait de sainte Bathilde la petite-fille d'Ethelbert, premier roi chrétien des Saxons d'Outre-ilanche. L'historien que nous suivons ne dit rien d'une si haute origine; les quelques mots de la Sainte Ecriture accommodés à son texte " de stercore élevât pauperem » dont il se sert, marquent plutôt une naissance beaucoup plus humble. Les manuscrits pu'jliés par les Bollandistes (Acta Sanctoruvi, Januarii t. III, p. 354), par Mabillon {Acta Sanctorum 0. S. B., eœculo 11°, p. -745) et par M. B. Krusch {Script. Rer. Merov., t. II, p 483) en font foi.

L'écrivain qui a retouché le texte primitif au temps de Charlemagne ou de Louis le Débonnaire reproduit le passage cité plus haut, mais" il ajoute dans le même chapitre qu'elle est d'un sang illustre <■ claro namque sanguine, licet alterius gentis serviret obsequiis ". (Krusch, Tita B. sanct!P BaJthildif, c. 2: ihid., p. 483; Bolland., ihid., p. 358.) Au chapitre suivant, où il parle de son mariage avec Clovis II, il est plus précis encore et la fait expressément de souche royale. « Quas erat ex regali progenie ». 'Krusch, nta B., c. 3: ihid., p. 485: Boll.. ihid., p. 358.) Ces additions ne sont confirmées par aucun témoignage antérieur ou contemporain.

De là est partie la légende : Bathilde née en Angleterre, Saxonne

OHIC.IM:: ET rUEMlEliliS ANNliliS 3

« Et cette perle précieuse, ajoute le pieux auteur, fut vendue à vil prix (1). )^ Au septième siècle, comme dans toute l'antiquité, la guerre, le vol, le trafic contribuaient au développement, à tout le moins, à la conservation de la classe des esclaves. Tous les marchés du monde ancien étaient alimentés par la vente des vaincus réduits en servitude, des malheureux arrachés à leurs foyers par de hardis pirates et des jeunes enfants livrés par des parents dénaturés ou pauvres à l'excès. Ce commerce odieux se faisait librement sur les places publiques des grandes villes. 11 suppléait au nombre insufllsant des naissances parmi les es-claves, et par là il était accepté comme un mal nécessaire puisque Tédifice économique et social était fondé sur le travail servile.

Achetée à ses parents par des marchands d'esclaves ou enlevée mais « appelée par la divine Providence », Bathilde fut vendue à Erchinoald, maire du Palais de Neustrie, allié, par sa mère, aux rois mérovingiens (2).

et d'origine royale, devait api:)ai-teuir à l'une des familles régnantes de l'Heptarchie. Plus tard on désignera la famille et on décrira l'enlèvement de la jeune princesse.

Un texte du vénérable Bède qu'on apporte ici : « Wcden de cujus stirpe multarum provinciarum regium genus origiiiem duxit. » (Historia Ecclcsiastica, lib. I, c. 15; Migne, P. L., t. XCV, col. 45) relate une tradition saxonne et ne touche en rien à la question.

Un autre texte d'un auteur du onzième siècle qui a écrit une histoire de sainte Berthe, abhesse de Blangy en Artois, donne pour mère à cette sainte une nièce de la reine Bathilde: « cul (Rigobcrto) rex Ursanam Balthildis illustrissime Reginae de ultra marinis partibus Anglisaxonias neptem in matrimonium junxit. » (Vita fcinctx Bcrtic, c. 2; Mabillon, .-1.4. .S',S'. O. ,S'. B., sœc. III' pars la, p. 427; BoU., Julii t. II, p. 49, 50.) Cette Vie a été rejetée, en grande partie, par Mabillon, à cause des erreurs qu'elle contient. D'ailleurs la texte ne prouve rien. Ces divers passages font toute la base sur laquelle se sont établis les hagiographes pour affirmer l'origine royale de sainte Bathilde.

(1) « ...et vili pretio venumdata, hue advenit ipsa pretiosa et optima Dei margarita. » (F/fa ^anctx Balthildis, c. 2; p. 483.)

(2) " Rccepta est a principe Francorum viroque inlustri Erchinoaldo quondara, in cujus ministerio ipsa adolescens honestissimo conversata est... » (Vita sanctip Balthildis, c. 2; p. 483.) — « Erchinoaldus, Dagoberti régis ex génitrice consanguineus. » (De Gestis Francorum. lib. IV, c. 57; D. Bouquet, Historiens des Gaules, t. III, p. 136.)

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C'est dans les domaines du riche Franc ou à sa suite dans les villas royales parmi la troupe d'esclaves qui accompagnaient les grands, que la jeune saxonne passa les années de servitude qui la préparaient à son étonnante fortune.

Les récits des historiens et deshagiographes, les décisions des conciles, montrent comhien l'esclavage s'était profondémeot modifié depuis les derniers temps de la République romaine. L'esclavage n'avait pas partout et toujours revêtu les mêmes caractères. Très modéré chez les Hébreux, il resta familial chez les Grecs et fut tel chez les Romains jusqu'à l'époque où le développement excessif de la richesse des hautes classes, la ruine des agriculteurs, l'appauvrissement des plébéiens, multiplièrent les grands domaines, les latifundia, au détriment des petites propriétés et les troupes d'esclaves dont le travail réduisit à rien les ressources du menu peuple.

L'industrie, l'agriculture, le commerce, la banque, une partie des professions libérales passèrent aux mains des esclaves pour le profit de leurs maîtres (1). Seules les

(1) Le Digeste signale un très grand nombre de professions et de métiers exercés par les esclaves. J^ous en notons quelques-uns ici. Nous nous servons de l'édition de ilommsen: Justiniani Digestorum scu Pandectarum Uhri. Berlin.

Personnel d'auberge, de boutique, de boulangerie {Dig., XXV, I, 6; t. I, p. 732; XXXIII, VII, 13. 18; t. II, p. 128, 129), — tisserands (Dig., XXX. I, 36; t. II. p. 8), — pêcheurs {Dig., XXXIII, VII, 17; t. II, p. 129), — potiers (Dig., XXXIII, TU, 25; t. II, p. 132), — ouvriers esclaves loués â la journée ou autrement (Dig., XIX, II, 42, 43; t. I, p. 569), — comédiens (Dig., XXXII, III, 73; t. II, p. 93), — mimes (Dig., XXXVIII, I, 27; t. II, p. 324), — médecins (Dig., XXXVIII, I, 25; t. Il, p. 324). — marchands (Dig., VII, VIII, 20; t. I, p. 245; XXXVIII, I, 45; t. II, p. 325), — trésoriers, changeurs, banquiers (Dig., II, XIII, 4; t. I, p. 59; XIV, III, 5; t. I, p. 422; XXXII, III, 65; t. II, p. 91), — muletiers, colporteurs, prêteurs, embaumeurs, tailleurs, agents de funérailles, foulons (Dig., XIV, III, 5; t. I, p. 422), — capitaines de vaisseaux marchands (Dig., IV, IX, 7; t. I, p. 162; IX, IV, 19; t. I, p. 300), — voyageurs et représentants de commerce (Dig., XXVIII, V, 35; t. I, p. 840), — éducateurs, instituteurs (Dig., XL, II, 13; t. II, p. 426), — métayers iDig., XV, ni. 16; t. I. p. 456; XXXIII, VII, 12; t. II, p. 125), — ouvriers agricoles, surveillants, régisseurs (Dig., XXI, I, 33; t. I, p. 613; XXXIII, VII, 18, 20, 22, 27; t. II, p. 129 et seq.)

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