OKIGI.NE ET PREMIERES ANNEES
lions à rentrée desesclaves dans lecléricature, mais jamais elle n'hésita à tirer de la servitude ceux dont elle voulut faire ses ministres.
Au septième siècle elle en use ainsi.
D'ailleurs l'organisme social sest assoupli. Pendant les six siècles précédents, il s'est lentement transformé. Les esclaves de la glèbe notamment en sont à ce point où l'esclavage devient le servage. La position du serf de la terre n'est pas méprisable, bien plus elle n'est pas dédaignée : l'homme y gagne en sécurité ce qu'il perd en indépendance. Le paupérisme est à peine connu : il est le lot de la classe libre.
L'indépendance, en ces temps troublés, est précaire, peu estimée ; les riches eux-mêmes recourent à la protection des personnages puissants; ils sollicitent le patronage, la « mainbour » du roi ou des grands. Pour échapper aux hasards de l'adversité, pour s'assurer un foyer qu'ils transmettront à leurs descendants, les plus pauvres vont à la servitude. Les recueils des formules employées par les notaires et les officiers royaux de la première dynastie témoignent que de tels actes étaient fréquents. Quelquefois un motif pieux inspire ou colore l'abandon, la vente de sa liberté; souvent le besoin, Tintérct en sont les mobiles avoués (1).
(1) « Domino semper meo, ego ille — Placuit mihi ut statum ingenuitatis meœ in vestrum deberem obnoxiare servitium. Quod ita et feci. TTnde accepi a te pretium, in quod mihi bone complacuit, solides tantos, ita ut ab hodierna die çtuicciuid de me scrvo tuo, sicut et de relicjua mancipia tua, facere volueris, a die praesente liberam et firraisaimam in omnibus liabeas potestatem. Et quod fieri non credo, si fuerit ulla quislibet persona qui contra hanc vendit ionem quam ego mea spontanea voluntate fieri et adflrmari rogavi, qui contra eam aliquid agere vel calumniam generarn conaverit, illud quod repetit non vindicet, et insuper contra cui litem intulerit auri libram unam, argenti pondo quinque coactus exsolvat, et haec venditio flrma permaueat. " (Fonnulic Sirmondi(:<\ 10; Migne, P. L., t. LXXXVII, col. 783. — Cf. Formulas Andegavenses, 17, 19, 25; Vbid., col. 845 et seq. — Rozière, Recueil général des form\ilcs, t. I, 44 et seq.)
8 CUAI'ITRE PREMIER
A rencontre da droit romain les lois barbares ne s"opsaient pas au passage spontané de la liberté à l'esclavage (l).
Mais quelque tempérée que fût la servitude, elle était dure à qui avait été arraché à sa patrie, à son foyer, et avait connu dans son enfance ou sa jeunesse la richesse ou Taisance. Était-ce le cas de Bathilde? Son historien, muet sur sa condition antérieure, ne dit pas davantage quel était son âge quand elle fut achetée.
En tout cas, son nouveau maître était, semble-t-il, un homme sage et bon. Tous les témoignages à part celui de l'auteur de la Me de saint Eloi qui le traite de bête farouche, d'avare et d'entêté, lui sont favorables (2). (( Herchinoalz mestre du palais, disent les Chioniques de Sainl-Denis, cousins avoit esté au roi Dagoubert de par sa mère : moult avoit en li de bonnes grâces; car il estoit plainz de bonté et de pascience, sages et de bon engin, aus prestres et aus menistres notre Seignour portoit honnour en grant humilité, des richesses de ce siècle avoit assez par raison. Tant estoit prisiez et amez de touz les princes, que chacuns li portoit honnour par grant affection (3). »
Les richesses d'Erchinoald étaient considérables. La haute situation oi^i il avait été élevé lui permit de les accroître encore. Les puissants personnages de ce temps,
(1) '< Quamvis pauper sit, tamen libertatem suam nou perdat, nec hereditatem suam. Niai ex spontanea voluntate alicui tradere volnerit, hoc potestatem liabeat faciendi. » (Lex Baiavorum, VI, 3; apud Baluze, Capitularia Begum. Francorum, t. I, p. 113.)
(2) Cf. Vita Eligii, II. c. 26; Migne, t. LXXXVII, col. 557, 558.
(3) Cf. Chroniques de Saint-Denis, 1. V. c. 2D; D. Bouquet, t. III, p. 301.
Les chroniques sont ici l'écho de l'auteur des Gesta Ahhatum, Fontanellensium (Pertz, M. G. H., Scriptorum, t. II, p. 272) de Frédegaire; D. Bouquet, t. II, p. 445, du moine Aimoin, de Hugues de Flavigny, de l'auteur de la Vie de saint Batolin; D. Bouquet, t. III,
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grands propriétaires terriens, possédaient des villas peuplées d'esclaves, d'afTranchis, de colons, d'hommes libres. Leur fortune mobilière, moindre assurément, était variée. Dans leurs coffres s'entassaient l'or et l'argent, en lourds lingots, en monnaies à l'eingie des empereurs de Constantinople, les pièces d'orfèvrerie, les -pierres précieuses, les vêtements de luxe, les étoffes de l'Orient apportées à grands frais et achetées aux marchands juifs ou syriens qui avaient leurs comptoirs à Marseille, à Bordeaux, à Lyon, à Orléans, à Paris.
Comme ses riches contemporains Francs ou Gallo- Romains, Erchinoald fuyait volontiers l'enceinte trop étroite des villes et habitait d'ordinaire quelqu'une de ses villas quand le service de l'État ne le retenait pas au Palais mérovingien.
C'est là que l'historien rencontre Bathilde — parmi l'essaim de femmes et de jeunes filles appliquées aux soins domestiques, au travail de la toile, aux diverses besognes de leur sexe.
Grand comme un hameau, comme une commune rurale de nos jours, la villa mérovingienne est un domaine qui a sa vie propre, vie tenace, séculaire. Depuis l'époque lointaine de la « paix romaine », elle a passé d'un maître à un autre, se modifiant lentement, se relevant de ses ruines après le passage des Barbares et gardant toujours quelque chose de son aspect antique (1).
A l'endroit le plus favorable, au centre, à mi-coteau ou sur une éminence, s'élève la demeure du maître, bâtie sur le plan de la maison romaine, en pierre, en
(1) Chaque villa porte un nom, celui d'un propriétaire, le premier peut-être: Maulianu8, Cornclianus. Plusieurs villas sont devenues de petites villes: Clipiacus, Clicliy; Juliacus, Juilly ; Floriacus, Fleury; Sparnacus, Eperuay; Clamiciacus, Olamecy, etc. On peut penser que les neuf dixièmes des communes rurales .d'aujourd'hui ont pour origine une villa.
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brique ou même en bois peint et orné dans les régions du nord. En Neustrie, au pays d'Ercliinoald, sous les rafales du vent de mer et les rudes caresses d'un ciel plus âpre, la figure de l'antique babitation patricienne s'est ridée et durcie. L'atrium a souvent disparu; il est remplacé par une vaste salle commune, la « sala » germanique. Le luxe intérieur s'est assez bien conservé et même à l'extérieur la maison est ornée de portiques. Les appartements privés sont moins multipliés, la séparation des services domestiques moins élancbe. Ainsi les usages germaniques se combinent avec les habitudes gallo-romaines et inspirent aux architectes mérovingiens un nouveau genre d'habitation (1).
C'est une demeure pacifique, hospitalière. Elle n"a pas l'aspect guerrier du château féodal, encore qu'une enceinte de remparts et de tours en défende les abords. Dans la même ceinture protectrice sont les dépendances. Les thermes, les cuisines, le cellier, la boulangerie, le pressoir ou la brasserie, les écuries et étables, les granges, les ateliers, les chambres des esclaves, réunis d'ordinaire dans de vastes bâtiments, forment les côtés d'une cour carrée ou rectangulaire. Dans les petites villas, la maison du maître occupe parfois un des côtés, semblable ainsi à quelque importante maison fermière de notre temps.
Tout autour s'étendent les jardins, les prairies, les terres, les vignes, le parc, exploités directement par le maître ou son intendant.
La maison, ses dépendances, les terres diverses qui
(1) Les écrivaius de l'époque mérovingienne donnent peu de détails précis sur les habitations du temps, ou bien, comme Fortunat, ils les décrivent en poètes. Cf. Sidoine Apollinaire, Epistolarum, lib. II, 2; Mignè. P. L., t. LVIII, col 473-476, lib. VIII, 6; ibid., col. 592. Fortunat. Miscellanea, lib. I, 19 ; Migne. P. L., t. LXXVIII, col. 84; lib III, 12; ihid., col. 136.)
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l'entourent ne sont qu'une partie de la villa mérovingienne : « le dominicum, la terni dominicafa », la portion du maître. Jusqu'aux limites du domaine s'étalent, éparpillés ou groupés, les manses, maisons de colons, d'affranchis, de serfs. Avec ses dépendances, ses champs, ses prairies, son jardin, sa vigne disséminés dans la villa, chaque lot, chaque « manse » reproduit imparfaitement et sur d'humbles dimensions la part seigneuriale. La famille, libre ou esclave, qui en a l'exploitation y demeurp et s'y perpétue, immuable comme la terre. La fortune du grand propriétaire s'effondrera peut-être, son domaine passera à d'autres, sans que sa ruine entraîne celle de ses tenanciers ou cliange le cours de leur destinée.
Les « manses » étaient de valeur et d'étendue très inégales, 4 à 30 hectares, et grevés de redevances plus ou moins lourdes suivant la volonté du possesseur primitif. Toute amélioration de sa « tenure » accrut la fortune du tenancier, car la redevance fixée une première fois ne varia plus et la loi même interdit au maître d'en augmenter le taux (1).
Rarement elle était payée en argent; le plus souvent le tenancier la soldait en nature ou en journées de travail sur le « dominicum ». Autant que l'éloignement du temps permet de l'établir, il semble que la redevance de l'époque mérovingienne fut toujours plus faible que le fermage moderne (2).
(1) ... Vetercm consuetudinem in reditibus praestandis eis obscrvare... (cod., XI, XLVIII [XLVII], 23, § 2, p. 442.)
Quisquis colonus plus a domino exigitur, quam ante consuevcrat et Quam in anterioribus temporibus exactus est, adeat judicem... et facinus comprobet... {Cod., XI, XLIX [L], 1, p. 443.)
(2) « Benjamin Guérard, un des grands érudita de notre sièck', dit Fustel de Coulauges, a fait le calcul de ce que payaient tous les manses de l'abbaye de Saint-Germain. Il est arrivé à cette conclusion que le manse colonaire avait une étendue moyenne cîe