‹ Sainte Bathilde, reine des FrancsChapitre 9 sur 30 · SAINTE BATUILDE A LA COUR · texte numérisé non relu

SAINTE BATUILDE A LA COUR

chroniqueurs, a flétri les mœurs de Clovis II : « De cestui Roy Loys puet-l'en plus dire de mal que de bien : si comme Testoire raconte, fust-il assez devoz aus Eglises des sainz et des saintes : nequedent ot-il en li tant de vices que il éleindrent les vertus, se elles i furent : habandonnez fu à toute ordure de pechié, à fornication, à gloutonnie, à yvresse (1). »

L'histoire ne dit pas comment Bathilde, qui repoussa les offres dErchinoald, accepta la main du jeune roi de Neustrie. La volonté du roi admettait rarement la contradiction, surtout en matière de mariage où les Mérovingiens se sont donné toutes les libertés.

On cite ceux qui, fidèles à une seule femme comme Clovis devenu chrétien ou Sigebert, le mari deBrunehaut, n'ont pas eu tantôt des concubines, tantôt plusieurs épouses à la fois. De telles habitudes doivent être jugées avec les idées du temps. Les Mérovingiens, même chrétiens, gardèrent longtemps sur ce point les coutumes communes à leurs ancêtres et aux riches Germains (2). La polygamie leur était ordinaire. Aussi voit-on les peuples accepter sans difficulté pour rois des princes nés de concubines royales.

Bathilde demandée par Clovis se rendit à ses désirs, pleurant, sans doute, son rêve de virginité perpétuelle. Le jeune roi fit-il à sa belle fiancée l'honneur des noces solennelles? Bathilde, parée magnifiquement, drapée dans la longue tunique des femmes germaines, les cheveux dénoués, parut-elle en grand appareil aux yeux de son royal prétendant et des palatins et reçut-elle au milieu

(1) Chroniques de Saint-Denis, lib. V, c. 23; Bouquet, Historiens des Gaules, t. IIIi p. 304.

(2) « Propo soli barbarorum eingulia uxoribus contenti sunt, exceptis admodum paucis, qui non libidine, sed ob nobilitatem, plurimis nuptiie ambiuntur. » (Tacite, De Morihus Germanorum, c. 18.)

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des pompes de l'Église la bénédiction de l'abbé du Palais? Ou bien passa-t-elle, comme à la dérobée, de la maison d"Erchinoald dans la demeure royale, épouse et reine aussitôt (1)'' Les Mérovingiens, quand ils se mariaient à des filles de rois comme Brunebaut et Galsuintbe, déployaient un faste sans mesure où les souvenirs des noces barbares s'alliaient à l'éclat des rites chrétiens (2). Tout était bien plus sommaire quand l'élue, comme Bathilde, ne devait qu'à sa beauté et à l'amour du prince l'honneur du rang suprême, la couronne royale.

Le lendemain des noces l'époux constituait à sa femme un douaire, une dot, en cas de veuvage (3). Cette coutume immémoriale à laquelle les rois ne manquaient pas s'appelait dun nom gracieux : le « don du matin », le « Morgengabe ». Les reines recevaient non seulement des villas, mais des cités entières (4). Cependant, quand le roi avait fait choix d'une esclave, la dot était moindre. L'histoire, muette encore, n'a pas dit quel don du matin Clovis II fit à sa jeune épouse.

Ces événements et ces joies profanes ont été passés sous silence par le pieux panégyriste qui s'adressait à des moines et à des religieuses et se souciait peu de leur rappeler les mondanités auxquelles ils avaient renoncé :

(1) Grégoire de Tours signale d'un mot seulement les mariages des princes Mérovingiens avec des femmes de basse condition. Il semble même indiquer ici ou là qu'ils contractaient ces unions sans formalités. (Hint. Franc, lib. IV, c. 3; Arndt et Krusch., p. 142, c. 25. 26. p. 160, c. 28, p. 163.)

(2) Greg. Tur.. Hist. Franc, lib. IV, c. 27, p. 163; lib. VI, c. 45, p. 284; Fortunat., Carminum lib. VI, 2; M. 0. II., Auct. Antiq., t. IV. p. 125.

(3) « Dotem non usor marito, sed uxori maritus offert. >• (Taeit., De Moribus Oermanorum. c. 18; Rozière, Recueil des Formules, n' 219 et seq.,; t: I, p. 264.)

(4) II faut entendre ici par cité non seulement la ville mais le territoire, souvent très vaste, qui en dépend. La reine Galswinthe avait reçu en dot du roi Chilpéric les cités de Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre. (Greg. Tur., Bist. Franc, lib. IX, c. 20. p. 376.)

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