SAINTE-BEUVE ET LE SAINT-SIMONISME
I. Causes sourdes de rupture entre Sainte-Beuve et le Cénacle : désaccords littéraires, blessures d'amour-propre, crises intimes. — La Révolution de Juillet et l'anarchie littéraire qui en résulte : Sainte-Beuve isolé cherche une doctrine où se prendre et s'appuyer. Son instinct démocratique et sa défiance du régime de Juillet : causes diverses de son hostilité, sa campagne agressive contre le parti de la résistance. Son esprit républicain devenu social et humanitaire et, en môme temps, sentimental et mystique : la doctrine démocratique, mais sociale et sentimentale, qui lui est nécessaire.
II. Le Saint-Simonisme et la démocratie; le Saint-Simonisme et les tendances humanitaires ; le Saint-Simonisme et la religion. — Les étapes de la conversion de Sainte-Beuve au Saint-Simonisme : la philosophie de Diderot insuffisante; l'éclectisme. Taux et impuissant; Sainte-Beuve, apôtre du Saint-Simonisme : il «s'approche du lard » et se prend plus qu'il ne l'avoue * à \a ratière *. — De la critique romantique à la critique humanitaire : rupture lente et ménagée avec l'individualisme littéraire: l'art, la littérature et leur rôle social : la pure critique littéraire restreinte et comme étouffée.
» J'ai traverse ensuite, ou plutôt côtoyé le Saint-Simonisme. »
(Portraits Littéraires. III. 545.»
« Mes relations, que je nai jamais désavouées, avec les Saint- Simonicns. restèrent toujours libres et sans engagement aucun. «
i.Vrt biographie. 43-44.»
C'est en 1K27 que Sainte-Beuve s était lié d'une amitié de plus en plus tendre avec Victor Hugo; et, en i83o, cette amitié durait toujours. On peut se demander, quand on connaît notre homme, combien de temps elle aurait encore duré, même si les événements n'étaient pas venus brutalement dissoudre le Cénacle. « L'admiration » chez lui. comme devait le lui écrire un jour George Sand, « était une dispo-
sition généreuse de l'âme, mais la raison reprenait ses droits un peu? plus tard l ». Jusqu'ici, à part le ton quelque peu étrange que nousavons noté dans certaines phrases de la préface des Consolations, à part ces aveux que nous avons recueillis de « nuages » passés sur « leur amitié pure », nous n'avons rien rencontré qui présageât une rupture. Et pourtant, cette rupture était imminente et la Révolution de Juillet qui en a été le signal n'en saurait être, à elle seule, la cause. Il nous en faut donc chercher les raisons profondes ; les récits, les plaintes, les allusions ultérieures de Sainte-Beuve nous permettent d'ailleurs de les découvrir.
Il y en eut d'abord de toutes littéraires. Sainte-Beuve, disionsnous, malgré la sincérité passionnée de son premier zèle romantique n'était pas un romantique sans réserves. Il avait l'intelligence trop nette et le sens critique trop pénétrant, l'imagination trop peu puissante et la sensibilité trop peu violente, la raison trop éclairée et le goût trop sobre, pour que toute illusion sur le système et sur les œuvres tardât beaucoup à s'évanouir en lui. D'autre part, sa nature d'esprit, amie du « médiocre », l'éloignait de Hugo lui-même, « le génie à pic », le « cyclope » énorme et disproportionné. « Il n'avait jamais réussi ou consenti à prendre son talent pour ce qu'il était..., il le désirait un peu autre qu'il n'était ou qu'il ne pouvait être..., il le tirait plus ou moins à lui » ; il se faisait « un idéal adouci ou embelli » de cette « réalité puissante - ». Or il commençait maintenant à le connaître depuis trop longtemps pour pouvoir encore s'abuser là-dessus : les contrastes ou même les oppositions foncières de leurs deux esprits apparaissaient de plus en plus clairement; le Hugo réel se révélait sous le Hugo rêvé; et, de lui aussi, Sainte-Beuve se « déliait ». Tout cela ne se manifestait guère alors; mais la suite en a bien donné la preuve. Du jour où Sainte-Beuve s'était dépris de la séduction du premier moment, il devait revenir à son goût véritable, à son tempérament véritable, qui n'étaient ni le goût, ni le tempérament d'un vrai romantique.
Il y eut aussi de ce désenchantement des raisons plus personnelles. Dès iK3i, Sainte-Beuve les a insinuées, et il les a insinuées dans un article qui se présentait presque comme une apologie, tout au moins une défense du Cénacle : Les soirées littéraires ;î. Il se sentait.
• l\ Cont., I, 5i 3.
:i Réponse à la Camaraderie littéraire de Latouchc (Revue de Paris, oct. 18291..
au milieu de ses amis, prisonnier en quelque sorte de leurs doctrines, ■de leurs conseils, de leurs éloges mêmes. 11 se connaissait bien et savait •quelle influence le milieu exerçait sur lui ; il se voyait entraîné hors ■de sa voie naturelle. Cette intimité, qui jadis l'avait « consolé », « soutenu », qui avait « permis à quelques parties de son talent, craintives et tendres, de s'épanouir », risquait maintenant de l'égarer ; et, plus ou moins confusément, il aspirait à son indépendance. Il comprenait la nécessité « de ne se livrer que discrètement à la faveur, d'avoir toujours en lui, dans le silence et la solitude, une portion réservée, où il entendit son propre conseil et de se redresser aussi par le commerce d'amis éclairés qui ne fussent pas poètes J ». Ce besoin d'indépendance, la susceptibilité ombrageuse de son caractère l'augmentait encore. Comme jadis, il avait eu le sentiment d'être exploité par ses protecteurs du Globe9 il avait maintenant le sentiment d'être humilié par ses amis. L'estimait-on à sa juste valeur ? Lui faisait-on la place qui lui convenait ? Ne l'écrasait-on pas en le comparant à des génies plus puissants? Il le soupçonnait; et les « liaisons » qu'il avait nouées avec tant de joie, lui semblaient devenues des « chaînes » : « Lors même que, fasciné par les plus gracieuses lueurs, on se flatte d'avoir rencontré autour de soi une portion de son rêve et qu'on s'abandonne à en jouir, les mécomptes ne tardent pas ; le côté des amours -propres se fait bientôt jour, et corrompt les douceurs les mieux apprêtées ; de toutes ces affections subtiles qui s'entrelacent les unes aux autres, il sort inévitablement quelque chose d'amer 2. »
Enfin, il est une autre cause, tout à fait intime celle-là, et telle que nous hésiterions à en parler, si Sainte-Beuve lui-même ne nous «n avait donné l'exemple et le droit. C'est la crise sentimentale à laquelle il a fait tant d'allusions en bien des endroits 8, et qu'il a racontée sous un voile transparent dans le trop fameux Livre d'amour, « ce grand événement de cœur qu'on n'a qu'une fois et qui, dans la sphère de la sensibilité et de la passion, domine toute une vie 4 ». Une amitié très tendre s'était peu à peu changée en une passion plus vive. C'était une affection qui devait rester innocente, mais qui, dès lors même, faisait regarder avec des yeux de rival celui que naguère on
1 P. LitL, I, 433-435. — Cf. sur Pétroitesse du Cénacle, Lundis, I. 2q3.
3 lb., III, 545, pensée xv; P. Femmes, 32 1, note; Préface des Pensées d'août: N"' Corr., 19: Cahier, 42: peut-être aussi P. Litt., I, 225, etc.
4 Lundis, I, 63.
regardait avec des yeux d'ami. Ses qualités parurent moindres, ses défauts plus nombreux et plus choquants ; il ne fut plus que Y « homme grossier » dont le portrait peu flatté ouvre les Cahiers de Sainte-Beuve : « ... S'il veut obtenir de vous un service qui flatte son amour-propre, l'homme grossier est homme à faire intervenir près de vous, dans la conversation, le nom de sa femme, pour peu qu'il se doute que vous en êtes un peu amoureux; il ne voit aucune indélicatesse, mais seulement une ruse très permise à cela 1 ». Les choses en étaient-elles encore là en juillet i83o? Étaient-elles déjà poussées plus avant? En tout cas, la situation d'esprit de Sainte-Beuve était moins calme que jamais, et il écrivait à Pavie :
Allez, mon ami; priez pour moi et aimez-moi un peu; car je souffre d'horribles douleurs à l'âme: toute ma poésie refoulée, tout mon amour sans issue s?y aigrissent et me dévorent. Je suis redevenu méchant. Oh ! quand on est haï que vite on devient méchant! Je ne suis pas haï, ou du moins je m'inquiète peu de ceux qui me haïssent. Mais mon mal et mon crime, c'est de n'être pas aimé, de n'être pas aimé comme je voudrais l'être, comme j'aimerais l'être, aimant. C'est là le secret de toute ma folle existence, sans suite, sans tenue, sans but, sans travail d'avenir. Tout enfant, je ne rêvais dans la vie ■qu'un bonheur, l'amour; et je ne l'ai pas obtenu ni même pleinement ressenti... Poésie, adieu ! au revoir, à travers cela ! Mais que je t'aimerai quand je pourrai te ressaisir! Seulement, alors, viendras-tu au devant de moi, vieux et chauve, aux doigts rouilles pour la lyre, à la voix cassée pour le chant, à l'œil qui n'aura plus l'éclair de l'amour 2 ?
On ne saurait guère s'étonner que des sentiments pareils et de telles émotions aient, petit à petit, creusé entre Hugo et lui un fossé qui ne devait plus cesser de s'élargir.
Mais, s'il est vrai que la rupture était inévitable, s'il est vrai que Sainte-Beuve était déjà de ceux qui « méditaient leur évasion de cette nef trop étroite, leur éruption de ce cheval de Troie », cette rupture aurait pourtant mis un certain temps à s'accomplir; elle ne se serait
1 Cahiers, i-3.
2 « Au lendemain de la Révolution de Juillet. » J. Chasle Pavie, Confidences romantiques (Débats, 27 juin 1896) et Th. Pavie, 7-9. — Dirai-je à ce propos un trait qui m'a frappé en lisant les articles écrits par Sainte-Beuve en i83o? H y a dans l'article sur Diderot tout un florilège de paroles d'amour qui ne parait point mis là sans raison (Pr. Lundis, I, 378-380). Je ne serais pas trop étonné que Sainte-Beuve les eût rassemblées à l'intention d'Adèle, dans un message voilé compris d'elle seule. C'est ainsi, dit-on, que Han d'Islande avait contenu des pages d'un autre, « qui étaient destinées à n'être comprises que d'une seule jeune fille ». (Biré, Victor Hugo avant îHjio, 292.)
achevée, elle ne se serait déclarée surtout que par degrés. La Révolution de Juillet, à l'improviste, la brusqua : « Le flot politique vint, très à propos, pour couvrir l'instant de séparation et délier ce qui déjà s'écartait l ».
Sainte-Beuve a toujours pensé que cet événement historique avait exercé sur la littérature même une influence capitale; et, bien des fois, il y est revenu dans ses articles ultérieurs. Selon lui, à de multiples égards, la Révolution de Juillet a mis fin à quelque chose et a créé quelque chose. Elle avait disséminé le groupe « formé et expérimenté » du Globe, auquel se ralliaient « les talents nouveaux et les jeunes esprits » et qui, remplissant sa « mission de critique élevée et vigilante », représentait « l'autorité dans les lettres ». Par là, elle avait causé dans le développement de la littérature une solution de continuité :
De là une littérature à physionomie jusqu'à présent inouïe dans son ensemble, active, effervescente, ambitieuse, osant tout, menant les passions les plus raffinées de la civilisation avec le sans façon effréné de l'état de nature; perdant un premier enjeu de générosité et de talent dans des gouffres d'égoïsme et de cupidité qui s'élargissent en s'enorgueillissant; et, au milieu de ses prétentions, de ses animosités intestines n'ayant pu trouver jusqu'ici d'apparence d'unité que dans les ligues momentanées d'intérêts et d'amours-propres, dans de pures coalitions, qui violent le premier mot de toute harmonie morale 2.
Dans la poésie proprement dite, cette double influence n'avait pas été moins marquée. La Révolution de Juillet, avait d'un seul coup dispersé le Cénacle, « ce centre poétique auquel se rattachaient particulièrement les essais nouveaux d'une certaine valeur ;J ». Par là, elle avait ouvert une nouvelle période, « lancé tout ce qui avait haleine » dans une voie nouvelle. Après le groupe de la Muse française et après le Cénacle, voici venir « une troisième génération de poètes..... C'est quelque chose de plus varié, de plus épars qu'auparavant, de plus dégagé des questions d'école, de plus préoccupé de soi et de l'état de la société tout ensemble 4 ».
Enfin, et plus spécialement encore, cette révolution avait également bouleversé le développement normal du genre poétique auquel Sainte- Beuve s'était consacré. « La pensée intime, élégiaque, mélancolique » était séparée « de sa sœur », la pensée dramatique, qu'avait également
1 P. Cont., ! Desbordes- Yalmore), II, 93.
* Ib., 452-453 (De la littérature industrielle*. 3 lb., 181 l Musset).
* Ib.y 1 81-182 (Musset).
nourrie le Cénacle; elle devait désormais se faire à elle seule sa voie, humble et résignée :
Vivre, puisqu'il le faut, de la vie de tous, subir les hasards, les nécessités du grand chemin ; y recueillir les enseignements qui s'offrent, y fournir, au besoin, sa tâche de pionnier; puis, se dédoubler soi-même et, dans une part plus secrète, réserver ce qui ne doit pas tarir; remployer, l'entretenir, s'il se peut, à l'amour, à la religion, à la poésie; cultiver surtout sa faculté de concevoir, de sentir, d'admirer : n'est-ce pas là une manière d'aller décemment icibas, après même que le but grandiose a disparu et de supporter la défaite de sa première espérance \
Comme on le voit par ces derniers mots, et par le ton dont ils sont dits, cette Révolution de Juillet avait bouleversé aussi la vie de Sainte-Beuve lui-même. Qu'elle eût été dans la littérature générale le signal d'une liberté désordonnée, excessive, d'une « longue anarchie - », il s'en consolait après tout; et il lui arrive même de s'en féliciter : « La vérité de plus belle est au libre concours: elle ressortira large et forte de cette confusion : voilà un avantage qui compense, selon nous,, plus que la perte :l ». Qu'elle eût mis fin au règne du Cénacle, il s'en consolait encore : la dispersion de ce cercle était inévitable et lui-même a trop bien su montrer les inconvénients des « Soirées littéraires 4 ». Mais, qu'elle l'eût brusquement isolé, — isolé comme poète, puisque le groupe élégiaque ne pouvait plus se reconstituer; isolé comme penseur, puisque ses amis, qui l'avaient converti (autant qu'il pouvait l'être) à leur doctrine religieuse et politique, s'éloignaient maintenant de cette doctrine, ou y chancelaient"'; isolé comme homme, puisque les amitiés mêmes en furent ébranlées, — qu'elle l'eût isolé ainsi, voilà ce qu'il a pu difficilement lui pardonner. A cette époque de sa vie, dans son état d'esprit et de cœur, il avait besoin d'une croyance où s'appuyer, d'un secours intérieur où puiser la force; et tout lui manquait à la fois.* C'est pourquoi il se mit à «chercher en gémissant », ou tout au mollis avec inquiétude. C'est pourquoi il fut de ceux « qui dérivèrent vers des systèmes tout à fait excentriques, les seuls pourtant qui offrissent quelque corps tant soit peu imposant de doctrine 6 ». 11 y était poussé à la fois
1 P. Cont., II, 97 <Desbordes-YaImore).
2 lb., 444-
3 Pr. Lundis, II, 25 i.
4 Les Soirées littéraires \P. Litt., I, 43o).
5 P. Cont., I, 400 (Victor Hugo). — Sainte-Beuve insiste singulièrement sur cette incertitude de la foi de Hugo (Cf. p. 409 pour les convictions politiques).
0 P. Cont. {Littérature industrielle), II, 452.
par ses tendances démocratiques, par les ressouvenirs de son ancien altruisme jacobin, très modifié du reste, et par le trouble de sa sensibilité.
Le tonnerre des Trois-Journées réveilla en lui brusquement le vieil homme, girondin fanatique, l'ami de Daunou et le collaborateur du Globe libéral. Il avait été presque rallié par Martignac. S'il avait eu des défiances envers Polignac, il était pourtant resté plein d'espoir en l'accord final du peuple et de la royauté. Un instant, il s'était figuré que, par des concessions mutuelles, la royauté et le libéralisme pourraient peut-être s'entendre. 11 avait été de ceux qui « espérèrent, ainsi que beaucoup de gens honnêtes à cette époque, que la dynastie restaurée ferait sa paix avec le jeune siècle : qu'on touchait à une époque de progrès paisible; que la Monarchie selon la Charte ne serait pas un poème de plus par l'illustre auteur des Martyrs J ». 11 fut tout à coup désabusé. Au moment où parurent les Ordonnances, il était loin de Paris. Son ami et collaborateur, Ulric Guttinguer, l'avait invité à passer l'été auprès de lui, à Honfleur 2. A la première nouvelle, il se mit en route. Mais, quand il arriva, tout était fini; on « avait franchi deux degrés d'initiation à la fois * », comme il le disait à Ballanche : Charles X et le drapeau blanc suivaient la route de l'exil et le duc d'Orléans inaugurait, ou allait inaugurer « la meilleure des républiques ».
On pouvait penser que Sainte-Beuve embrasserait le parti qu'embrassaient la plupart des libéraux du Globe, qu'il se rallierait comme eux à la Monarchie de Juillet, qu'il la servirait soit dans la presse, soit dans les fonctions publiques. On le sait, il n'en fut rien, et, pendant presque les dix-huit années que dura le règne de Louis-Philippe, on devait le trouver dans l'opposition. Quelle fut la raison de cette attitude? La première qui se présente, -— et l'on ne s'est point fait faute de l'alléguer, — est fâcheuse pour lui : c'est la jalousie.
On a vu, écrit M. d'Haussonville, que sa renommée naissante de critique était loin de suffire à l'ambition de Sainte-Beuve, et qu'il n'avait pas renoncé à conquérir par une œuvre ou une action d'éclat le retentissement de la célébrité. La Révolution de Juillet vint précisément, durant cette phase d'ambition inquiète, dissiper le petit monde littéraire au milieu duquel vivait Sainte-Beuve.
1 Pr. Lundis, 1, 40 3.
3 P. Cont.. Il, 3-2. — C\\ sa rancune obstinée contre la politique provocatrice de Polignac \P. Cont., IV, io5).
Des collaborateurs quotidiens qu'il avait coudoyés dans les bureaux du Globe, bon nombre se laissa enlever aux lettres pour prendre place dans les assemblées et quelques-uns même dans les ministères. La veille, ils étaient connus seulement des érudits et des gens d'esprit; le lendemain, la France et l'Europe étaient familiarisées avec l'écho de leur nom. Six mois de vie parlementaire avaient plus fait pour la popularité de leur renommée que dix ans d'études et de travaux. Au milieu de tout ce bouleversement, que devenait Sainte-Beuve ? Obtenait-il sa part dans cette distribution nouvelle de la gloire, et quelqu'un de ses maîtres ou de ses condisciples l'avait-il appelé à parcourir avec lui la nouvelle carrière? Non. Il demeurait ce qu'il avait toujours été jusque-là : homme de lettres, journaliste, et la Révolution de Juillet n'avait exercé sur son existence d'autre action que de le faire passer de la Revue de Paris à la Revue des Deux- Mondes. Nul doute qu'il n'ait vivement souffert de cet effacement momentané et que son amour-propre, prompt à s'aigrir, n'en ait conservé une cuisante blessure '.
Assurément, un certain nombre de passages de Sainte-Beuve semblent confirmer cette explication. Le i5 septembre i83o, il écrivait à Pavie : « Mon ardeur de politique m'a repris, et je suis depuis un mois au Globe, jetant de l'àpre et sombre doctrine. Je crois avoir à me plaindre de mes amis du « Globe », qui m'ont été fort peu bienveillants dès l'origine de leur faveur : le pouvoir gâte les hommes dès «qu'ils y touchent 2 ». Peu de jours après en effet, il laisse échapper des mots désagréables pour les « salons doctrinaires :J », des allusions
violentes aux « hommes de transition qui font les capables et les
prudents, sans physionomie, sans caractère décidé, a courte vue, égoïstes au fond, qui, la main sur le coeur, n'ont de sympathie réelle ni avec la Révolution de 89 ni avec celle de i83o » et chez qui « les souvenirs patriotiques sont tournés en préjugés 4 ». Plus tard, il en revient encore à son regret et, fort irrespectueusement, divise les « hommes d'élite que le brave peuple » avait portés par-dessus ses épaules au delà du fleuve de la légitimité, en deux groupes, d' « effrayés et d' « hébétés », également hostiles au mouvement et au progrès \ Puis, sa rancune se déploie et s'explique encore en termes non moins nets : « Le cant doctrinaire qui menaçait d'envelopper une portion de la jeunesse, qui faisait fi de tout ce qui sortait du diapason magistral, de tout ce qui était vif, pétulant, spontané, passionné, poétique et, comme on disait
1 D'Halssonville, 79-80.
* Th Pavie. 79.
* Pr. Lundis, I, 407 (4 novembre 1 83oi. 4 Ib., 370 12 septembre i83o>.
6 Ib., 11, 117, i23 (décembre 1832).
jacobin 1 ; le cant doctrinaire si opposé au génie net, actif, entreprenant et accommodant de la France a cessé de peser sur la vérité; ce que les hommes de ce bord ont gagné en pouvoir matériel et temporaire, ils l'ont à jamais perdu en autorité morale 2. » Et Ton sait de reste que dans une foule d'articles, dans ses lettres, dans ses Cahiers enfin, Sainte-Beuve a manifesté, contre les hommes qui arrivèrent alors au pouvoir et prirent part à la « curée », une rancune persistante n.
Pourtant c'est lui faire tort, je crois, et le calomnier, que d'expliquer par cette jalousie seule sa passion contre la Monarchie de Juillet. Que la comparaison, qu'il ne pouvait s'empêcher de faire entre la brillante fortune des autres et sa médiocrité à lui, ait donné à cette haine plus d'aigreur et l'ait rendue plus durable, c'est probable, ou même c'est certain. Mais ce que nous savons de son état d'esprit et de ses anciennes dispositions nous autorise à en proposer aussi une autre raison, plus honorable pour lui. En somme, depuis 1827, c'est l'art surtout qui l'a occupé, et, au milieu du Cénacle, les préoccupations politiques étaient passées pour lui au second plan. Ses passions jacobines, ou plus exactement girondines, s'étaient assoupies plutôt qu'éteintes, et les opinions qu'il avait paru disposé à accepter n'avaient été chez lui que très superficielles : végétations adventices, opinions de milieu, de coterie, plutôt qu'opinions personnelles. « Bien que passionné pour la liberté et pour la France, il était tombé dans une sorte d'apathie: on avait tant répété autour de lui que l'abîme des révolutions était fermé, qu'il l'avait cru et en avait pris son parti, bien qu'un peu à contrecœur '. » Le brusque éclat d'une révolution nouvelle, qui a dispersé le milieu où il s'était laissé endormir, a bien pu, du même coup, ranimer ses premières convictions, ses tendances foncières, — sans qu'il y ait eu, au moins sous une forme consciente, de motifs exclusivement égoïstes à ce nouveau changement.
Cela suffit, me semble-t-il, pour expliquer le rôle que prit alors Sainte-Beuve ; et toute son attitude dès lors s'en déduit très naturellement. Avec la même logique qui a jadis entraîné ses maîtres, les Giron-
1 On sent ici la rancune toute personnelle de Joseph Delorme.
2 Pr. Lundis, II, 25o (8 août i833i.
3 P. Cont., II, 4$2 (i83qj; P. Lilt., III, 342 (18471; Lundis, II, io3 (i85o>; Les Regrets [Lundis, VI, 397) sont encore la manifestation d'une rancune longtemps couvée contre ce monde, et dont l'expression ne pouvait être rendue publique tant que Sainte-Beuve y était accueilli et fêté ( 1 8 5 2 > ; Lundis, VII, 36 1 (i853i; Lundis, VIII.. 3oi (i853i; A'. Lundis. I, 88 ( 1861 ) ; N. Lundis, V, 457 ( 1 863 », etc.
4 Joseph Delorme, 3mt édition [Pr. Lundis, I. 410).
dins de la Législative, jusqu'à la déchéance de Louis XVI et à la proclamation de la république, lui, il réclame qu'on ne s'arrête pas à mi-chemin, et que, cette fois-ci encore, on aille jusqu'au bout. Nombre ■de ses articles d'alors sont tout politiques, et, dans ceux mêmes qui sont consacrés aux lettres, la politique reparaît encore, tant elle a pris d'importance pour lui K II combat ardemment l'avis de ceux qui, les yeux fixés sur l'Angleterre, veulent la copier servilement et prétendent s'en tenir à peu près à un simple changement de dynastie s. Il soutient ce qu'on appelle le parti du Mouvement et honnit les homm.es de la Résistance 3. Il fait l'apologie et propose l'exemple de la Révolution de 89 et de la Constituante *. Il célèbre — avec quelle passion ! — l'héroïsme des sergents de La Rochelle 5. Dans ses lettres privées même, il prêche avec conviction — et découragement — la même thèse : « Le seul moyen serait, en gouvernant, de manœuvrer selon l'esprit progressif avec largeur, hardiesse et confiance, ce qu'ils ne feront pas, ce qu'ils feront de moins en moins <J. » Avec le temps, il se désole davantage, à mesure qu'il voit « l'heure irréparable d'asseoir l'état transitoire" qu'il conçoit, s écouler dans une inertie impuissante ou dans des tâtonnements rétrogrades 7 ». 11 déplore alors « l'affligeant spectacle de la société environnante, tant de misère et de turbulence dans les masses, un si vague effroi, un si dévorant égoïsme dans les classes élevées, les gouvernements sans idée ni grandeur, des nations héroïques qu'on immole, le sentiment de patrie qui se perd et que rien de plus large ne remplace, la religion tombée dans l'arène, d'où elle a le monde à reconquérir, et l'avenir de plus en plus nébuleux, recelant un rivage qui n'apparaît pas encore 8 ». Et enfin, ce découragement se traduit en désespoir et en colère : avec quelle amertume, moins d'un an après la chute de Charles X, il parle du « désappointement pénible que le régime héritier de la Révolution de Juillet fait éprouver à toutes les âmes amoureuses d'idées et d'honneur u » !
1 Réception de Dupin (Pr. Lundis, II. 102).
2 Deux Révolutions (Pr. Lundis, I, 340».
3 Fiévée (Pr. Lundis, I, 3491.
4 Deux Révolutions (Pr. Lundis, I, 362).
5 N. Lundis, XIII, 10, note. — Cf. Souvenirs et Ind.. 40.
« Birê, Victor Hugo après i83o, I, 8. Lettre à Pavie. — Cf. Lundis, VI, i3i, le même regret du moment favorable passé, noté par Sainte-Beuve chez Carrel.
7 Profession de foi du « Globe » (Pr. Lundis, III, 36 1).
R Diderot [P. Litt., I, 2411. — Cf. Lettre à un Belge {Revue des Revues, i5 septembre 1898, p. 58g, note).
'■' George Farcy iP. Litt., I, 235). — Cf. son mépris pour le roi bourgeois, Pons, 202.
Mais cet esprit républicain qui renaissait ainsi en Sainte-Beuve prenait une double forme, ou tout au moins une double nuance toute nouvelle. i83o ne répète pas 1826. Après un sommeil de quatre ans, les opinions de Sainte-Beuve devaient se ressentir et des changements qui s'étaient opérés dans la société contemporaine et des changements qui s'étaient opérés en lui-même.
D'une part en effet, cet instinct démocratique était plus social et plus humanitaire. Depuis que la paix avec l'Angleterre et avec l'Europe l'avait permis, l'industrie et le commerce s'étaient singulièrement développés en France. Il y eut une espèce de floraison économique que le libéralisme des économistes et du Globe avait favorisée, et dont les résultats cependant devaient se retourner contre le libéralisme. On laissait faire, on laissait passer, on prêchait la liberté absolue. Et, grâce à cette liberté, savants et commerçants ou industriels s'ignoraient les uns les autres, et ni les premiers ne songeaient à mettre leurs découvertes à la portée des seconds, ni les seconds ne songeaient à tirer profit des découvertes des premiers. Grâce à cette liberté, les industriels se faisaient concurrence mutuelle et ne parvenaient pas à coordonner leurs efforts. Grâce à cette liberté, les artisans ne savaient ni s'unir, ni s'entr'aider, la classe ouvrière et populaire, inorganisée, non protégée, souffrait des maux croissants. L'idée devait venir naturellement qu'il était nécessaire de refondre, ou de réformer, ou au moins d'ordonner à nouveau la société pour pallier à ces inconvénients. Cette idée était venue aussi à Sainte-Beuve. La politique, qui l'occupe tant, ne l'occupe pas seule, et surtout ne l'occupe pas pour elle-même : « la question sociale et humaine était posée désormais dans une latitude majestueuse et avec une invincible clarté *. » On se souvient de l'ancien altruisme jacobin de Joseph Delorme : après l'orgie d'individualisme du romantisme et, sans doute, par l'effet môme de la réaction, il reparaît, mais moins dogmatique, moins abstrait, fondé sur l'examen des faits courants et de la réalité vivante, et presque socialiste.
D'autre part, cet instinct démocratique s'était imprégné de sentimentalité et de mysticisme. Jadis, les sentiments eux-mêmes de Joseph Delorme s'étaient, en quelque sorte, intellectualisés. Il avait ressenti, ù l'École de médecine, dans la lecture des philosophes ou des orateurs du XVIIImc siècle, cette « encéphalite » qu'a plus tard éprouvée Renan ; et son amour pour ses semblables paraît plutôt la conséquence d'une
1 Profession de foi \Pr. Lundis, III. 35o).
doctrine que l'élan spontané d'une affection, une exigence logique de son esprit plutôt qu'une aspiration de son cœur. Maintenant, tout est changé. Pendant les mois où il a écrit les Consolations, son àme s'est comme imprégnée de religiosité et elle voudra, quelque temps encore, s'y baigner. Depuis qu'il aime, sa sensibilité s'est à la fois amollie et exaspérée : il lui faut de la tendresse à répandre et à recevoir; il tend à s'épancher ; il est pressé d'ouvrir son cœur et ses bras au genre humain. Dans cet état singulier, — et pour lui morbide — - toute doctrine ne saurait le satisfaire. Pour le Girondin qui est en lui, il en faut une qui fonde l'organisation démocratique et républicaine de la société; pour le « social » qui est survenu en lui, il en taut une qui résolve les difficultés de la question sociale; pour l'élégiaque à dévotes tendances qui s'est comme greffé en lui, il en faut une qui soit à la fois sentimentale et religieuse.
Or justement une telle doctrine existait : c'était le Saint-Simonisme K
Saint-Simon, à vrai dire, n'avait pas été démocrate. Au contraire, « intellectualiste aristocrate 2 », au fond il a toujours rêvé, sans toujours l'exprimer nettement, la « bonne tyrannie » des savants que plus tard devait rêver à son tour Ernest Renan : incrédule à la souveraineté du peuple, « qui n'a jamais le loisir d'être souverain », il entendait remettre la direction de la société à l'intelligence bienfaisante, et à l'intelligence seule. De même, on ne peut pas dire qu'il fut républicain : la forme du gouvernement était pour lui chose secondaire; l'esprit lui en importait seul, et, dans ses plans successifs de constitution — des Lettres d'un habitant de Genève (i8o3) aux Opinions littéraires (1824) — il pouvait sans être gêné garder empereur et roi, ou même requérir leur appui •*. Mais la logique de ses idées était plus forte que son atavisme de féodal ou que sa prudente indifférence envers les situations de fait. Le roi, dans le système de Saint-Simon, n'est guère qu'un
1 Cf. Kam et, Politiques et moralistes, II ; Georges Weill. Saint-Simitn et son tvuvre : G. Weill, l'Ecole Saint-Simonienne : Charléty, Essai sur l'histoire des idées Saint-Simoniennes.
2 Facjiet, 18.
3 Weii.l, Saint-Simon, 35, 46, 47, 1 57-1 58.
intermédiaire superflu, un rouage de luxe dont on pourrait aisément se passer : « il se promène au milieu de tout cela ». dit M. Faguet en des termes aussi justes qu'ils sont spirituels *. Saint-Simon lui-même a fini par le sentir : « il laisse entendre que dans le système nouveau la royauté disparaîtra d'elle-même - ». A plus forte raison ses disciples feront-ils bon marché de la royauté. Recrutés presque tous parmi des élèves de l'École Polytechnique, des banquiers, des industriels, des commerçants, par leur naissance, leur situation sociale, leurs relations avec la jeunesse bourgeoise et libérale, ils avaient de longue date été déshabitués du préjugé de la légitimité. Dès la première journée de Juillet, ils acceptèrent donc allègrement la chute du trône, allèrent faire le coup de feu sur les barricades ou crier dans les rues « Plus de Bourbons », songèrent même à s'emparer du pouvoir :t. Ainsi, l'établissement d'une royauté nouvelle leur parut presque une demi défaite : Louis-Philippe et surtout les ministres de la Résistance furent leurs ennemis ; et il leur sembla que l'avènement d'une république était la seule chance qu'ils eussent de mettre en pratique leurs théories. — De même, Saint-Simon avait été naturellement amené à élargir la base de la société, à faire participer un plus grand nombre, d'une manière indirecte, à la direction de la communauté, à considérer la ma$se du peuple comme le réservoir où devait s'élaborer et se renouveler sans cesse l'aristocratie dirigeante. Ainsi, il avait abouti au moins à une « démocratie limitée i ». Ses disciples vont aller plus loin; tous roturiers, bâtards comme Bazard, juifs comme Halévy ou les Rodrigues. anciens carbonari comme Augustin Thierry, petits bourgeois ou nés du peuple, ils n'avaient pas, même inconsciemment, la superstition de l'aristocratie ; ils appelaient à eux (c est-à-dire au gouvernement, ils n'en doutaient pas), toutes les bonnes volontés quelles qu'elles fussent ; et ils ne songeaient plus guère à établir ces « académies » recrutées par cooptation, où Saint-Simon avait trouvé une espèce de compromis entre ses sentiments féodaux et ses idées plus modernes \ L'école Saint-Simonienne avait plus nettement que son chef des tendances républicaines.
D'autre part, en voulant fonder sa morale sur le physicisme, c'est-
■ I\ 40. Weii.i, Saint-Simon, 1 5 7. note. a Wf.ili. i l'Cade Saint-Simonienne, 41-45.
* F.Mjfiu. 20. — CA\ l'apologue de 18 19 qui a valu des poursuites judiciaires à Saint-Simon.
'• Ib., 20.
à-dire en somme sur la science ou la nature *, Saint-Simon avait été amené à lui donner comme but non la moralité, mais le bonheur. La moralité, en effet, n'existe pas dans la nature; — l'immoralité non plus, à vrai dire : la nature est d'un autre ordre que l'humanité, qui seule a pu concevoir et acecepter ou inventer ce finalisme supérieur qu'établit la morale. Le but d'un gouvernement, par suite le résultat de la réforme espérée, ce sera donc le bonheur social. Mais ce bonheur ne consiste pas, comme on Ta cru, dans la liberté, ni dans l'égalité, ni dans la souveraineté du peuple : l'expérience de la Révolution l'a trop bien ^montré, et le peuple, au fond, est indifférent, sinon à ces grands mots, du moins à leur contenu réel 2. Que reste-t-il alors, sinon d'améliorer le sort de la majorité souffrante, c'est-à-dire « de la classe qui n'a pas d'autre moyen d'existence que le travail de ses bras »? Saint-Simon y consacre sa vie : « ... c'est le désir de trouver un moyen de terminer d'une manière douce l'effroyable crise dans laquelle toute la société européenne se trouve engagée qui l'a fait tomber dans cet état de détresse :î » dont l'achèvement de son système l'a tiré. Le Catéchisme national et le clergé nouveau répandront donc les connaissances utiles -et les moyens d'acquérir « les plaisirs et les jouissances propres à développer son intelligence ». L'industrie mettra à la disposition de tous les ressources que ses progrès lui permettent d'offrir. Et l'harmonie universelle régnera dans le monde des hommes associés et hiérarchisés. Ainsi se développe la doctrine philanthropique et non pas peut-être socialiste, mais quasi-socialiste de Saint-Simon. Le Saint-Simonisme, comme l'écrivait plus tard Sainte-Beuve 4, « a tué la foi au libéralisme pur ». C'est un beau mot que le mot de liberté, et une belle chose que cette dignité humaine dont elle est le fondement; mais, « à côté de la dignité, n'oublions jamais cet autre sentiment inspirateur, au moins égal en prix, l'humanité, c'est-à-dire le souci de la misère, de la souffrance, de la vie insuffisante et chétive du grand nombre ». Le libéralisme de la Restauration, « doctrine peu élevée, peu intelligente du passé et du passé même le plus récent, méconnaissant et méprisant tout de ses adversaires, purement tournée aux difficultés du moment, pleine d'illusions sur l'avenir », ce libéralisme n'avait pas compris
1 Faglei, 2 I .
2 Weill, Saint-Simon, i 70.
:* Quatrième fragment de la Vie de Saint-Simo?i écrite par lui-même, 18 12 [Œuvres, p. xxxvm).