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■"• Lettre à Collombet 121 mars 1837 : Latreille et Roustan, 179».
,; Lettre à Pavie (Birê. Victor Hugo après i83ot II, 44}.
7 Lettre à un ami (22 avril 18371. (^- l*n revenant du convoi de Gabrielle {Poésies, II, 2271.
* Lettre à un ami, 20 juin. — Kst-ce en pensant à cette amitié rompue, que Sainte-Beuve écrivait, moins d'un an après : « La plupart des amitiés humaines, même des meilleures, sont vaines et mensongères, et c'est à quelque chose de plus intime, de plus vrai, de plus invariable, qu'aspire une Ame dont toutes les forces ont été une fois brisées, et qui a senti le fond de la vie. » (A. de Corday, Les deux sœurs et pages d'Album, par nos célébrités contemporaines, in-8" Achaintre, iH38.»
intégralement publier ses lettres intimes de cette époque, on y trouverait assurément bien des confidences lamentables et bien des plaintes. Mais il n'est pas besoin d'aller ainsi fouiller des papiers secrets. Lui-même nous a laissé dans Madame de Pontivy le témoignage des tentatives désespérées qu'il fait pour la retenir. Ce ne sont point là des hypothèses; l'aveu est de Sainte-Beuve à Vinet : « Cette nouvelle n'a été écrite qu'en vue d'une seule personne, et pour la lui faire lire, et pour lui en taire agréer et partager le sentiment K » D'ailleurs, nous n'aurions pas cette irréfutable confession, que nous aurions pu, je crois, découvrir de nousmêmes et 1 énigme et le mot de l'énigme. « Non, il n'est pas vrai que l'amour n'ait qu'un temps, plus ou moins limité, à régner dans nos cœurs ; qu'après une saison d'éclat et d'ivresse, son déclin soit inévitable; que « cinq années », comme on l'a dit [Et il souligne cinq années : 1 832-1 837*1 soient le terme le plus long assigné par la nature à la passion que rien n'entrave et qui meurt ensuite d'elle-même -. » Ainsi commence le récit. Et d'un bout à l'autre de la nouvelle, on sent le même effort de raccommodement, la même protestation voilée d'amour persistant : « Quand la pensée et l'àme y tiennent la place qui convient à ce nom d'amour, quand les souvenirs déjà anciens et en mille façons charmants se sont mêlés et pénétrés, quand les cœurs sont restés fidèles, un accident, une froideur momentanée ne sont pas irréparables n. » L'héroïne de ce récit a le même genre de « sensibilité concentrée et dormante 4 » que l'Adèle du Livre d'Amour :
D'enfance, mon Adèle, elle n'en a pas eu, etc.
Le héros est « un amant réfléchi », à qui l'amour « le mieux régnant » ne saurait enlever le « loisir de regarder 5 », comme un critique que nous connaissons. Un jour, il s'écrie : « Laissez-moi, tout a fui», et « pour continuer sa plainte et la tirer tout entière, il aurait fallu les pleurs d'Orphée ° », — exactement comme « il faudrait de la musique de Gluck » à l'élégie du Livre d Amour où l'auteur pousse le même cri :
1 Corr., I, 44.
* P. Femmes. 492.
3 Ib., 492.
* Ib.. 493.
•"• Ib.. 504.
H lb., 509.
Laissez-moi ! tout a fui. Le printemps recommence,
L'été s'anime et le désir a lui; Les sillons et les coeurs agitera leur semence.
Laissez-moi ! tout a fui '.
Est-ce assez clair -? Et ne voit-on pas maintenant qu'il veut démontrer — et à qui il veut démontrer — « la force de vie et d'immortalité qui convient à l'amour vrai, cette impuissance à mourir, cette faculté de renaître, et cette jeunesse de la passion recommençante avec toutes ses fleurs a ». Il y perdit son temps, son éloquence, sa prose et ses vers. Les beaux jours étaient passés et le roman languissait quoi qu'il fît : « Oublions ce que nous avons cru éternel, s'écrie Sainte-Beuve à la fin de Tannée, à son ami Marmier. Voyez-vous, c'est à jamais fini de ce côté que vous savez; je ne reverrai ni n'écrirai jamais; j'ai été si blessé d'une telle indifférence 4 ! »
Voilà bien des raisons pour lui de fuir au loin, d'aller au loin, chercher, s'il se peut, l'oubli. Sa tendresse, qui est de celles qui « s'infiltrent et s'aigrissent le plus», sa « sensibilité très fine, très exquise, qui « pénètre vite les motifs cachés, les racines mauvaises des actions, qui saisit la pensée sous l'accent, la fausseté à travers le sourire », lui rendent la vie et les relations habituelles plus insupportables, maintenant que « la religion précise et pratique n'intervient plus pour tout transformer en épreuve * ». La tristesse, dont les lettres de cette époque sont pleines, le chasse de Paris0; et « il ) a des moments, en vérité, où il songe qu'il ne reviendrait peut-être jamais, que, s'il avait les moyens de subsister ailleurs, il se plongerait dans les tristesses austères de l'exil et du regret 7 ». Qu'une occasion se présente donc d'aller bien loin des lieux où il a tant souffert et des humains qui l'ont tant fait souffrir, si de plus
1 Poésies, I, 2 1 8 et note. — II y a aussi un autre passade bien curieux qui « sonne » la confession personnelle et le souvenir précis (le nom et la mention du mari, p. 5o3). Mais ce n'est là qu'une impression sans preuves.
2 Ponsappliqueà Mm,d'Arbouville les allusions de Madame de Pontivy. Tout ce que j'ai lu de Sainte-Beuve à cette époque le montre cependant attentif à la seule Adèle et souffrant par elle seule; c'est aussi à elle seule que s'appliquent la plupart des allusions que j'ai notées. Cependant, il serait bien possible que Sainte-Beuve eût laissé deux femmes se reconnaître dans le même récit : Amaurv l'aurait fait pour M"* de Couaën et Mm* de R.
3 P. Femmes, 493.
4 Corr., I, 42.
s P. Litt., II, 117-118.
" Corr., I, 40; N"" Corr., 42.
7 Lettre à \fm* Brunne (Haussonvili.e, i56-i57).
il y voit une occasion « d'essayer » la grande œuvre d'histoire religieuse qu'il a entreprise, si enfin il entrevoit là une forme non encore éprouvée de christianisme qu'il puisse tenter, il lui sera impossible d'hésiter. Lausanne lui offrit ou lui parut offrir tout cela : il partit pour Lausanne.