V" Corr
•"» Corr., I, 157. — Cf. P. Cont., V, 464, n" xxvn et xxix.
H A un ami intime (6 février 1841).
7 A Collombet, septembre 1846 (Latreille et Roustan, 236).
est tout et que le monde appelle vulgairement le cœur, qui est mort en moi. L'intelligence luit sur ce cimetière comme une lune morte l »..► « Dites |a l'abbé Gerbet] mes amitiés d'autrefois, les amitiés de celui qui vivait alors et qui espérait 2... » « Je suis véritablement sans patrie* sans patrie du coeur et de l'intelligence 3... » « Je suis de ceux qui n'ont plus de patrie *. » Voilà, je pense, bien des textes également expressifs ; deux encore pourtant, — que je tiens à citer parce qu'ils montrent mieux que tous, la répercussion de cet état de son àme sur sa littérature et sur sa critique. Il dit un jour combien la bonté, dans la seconde partie de sa vie, est ïare et méritoire : « Cela prouve, ajoute-t-il, qu'on a fait bon usage de la première part, et qu'on n'a pas mésusé du premier fonds. Cette seconde bonté qui est durable, définitive, qui tient au développement moral à travers les pertes des années, est à la fois une vertu et une récompense. » Si l'artiste a mal vécu, « au seul gré de son caprice et de son plaisir », quand il a * dépensé son premier feu », son talent «c insensiblement s'altère », alors même qu'il devient plus habile dans le détail de son métier. Ou il fait parade de sa corruption ; ou par réaction il exagère jusqu'à l'affectation et la fausse grandeur. Mais « il en est de plus timorés, qui répugnent à mentir aussi bien qu'à se trahir, et arrivent bientôt à se taire, car ils n'ont plus rien de bon à dire ou à chanter ». Et Sainte-Beuve, poète ou romancier, est un de ceux-là r\ Et enfin, sans détours cette fois-ci, mais en son nom, il disait à la fin de ses Portraits contemporains :
Il vient un moment triste dans la vie. c'est lorsqu'on sent qu'on est arrivé à tout ce qu'on pouvait espérer, qu'on a acquis tout ce qu'on pouvait raisonnablement prétendre. J'en suis là : j'ai obtenu beaucoup pJus que ma destinée ne m'offrait d'abord et je sens en même temps que ce beaucoup est très peu. L'avenir ne me promet plus rien; je n'attends rien ni de l'ambition ni du bonheur. Je ne me crois appelé à aucune vocation d'utilité et la chimère du bien public ne me soutient pas, j'ai l'esprit assez bien lait pour comprendre que je n'ai pas le droit d'être mécontent et je me sens le cœur trop large pour le croire rempli. Cet état de tristesse qui a bien sa douceur serait celui du sage, s'il ne s'y glissait encore, il faut le dire, bien des amertumes de regret, bien
1 Corr, 1. i 3o.
- .V,n' Corr., I, 102. — Cf. P. Litt., III, 452, sur l'aridité et l'ennui de la vie.
A Corr., 142.
* N'ltt Corr.. m.
•'• P. Litt., III, 422-423. — Cf. P. Cont., V, 465.
des aiguilles de désir, bien des irritations sourdes et si la misère de notre nature ne remuait au fond '.
Rappelons-nous ces aveux lorsque des traces de scepticisme, d envie, de rancune, nous paraîtront gâter la critique de Sainte-Beuve, quand il adjoindra à chaque biographie son « revers », un « petit appendice à l'appui de La Rochefoucauld -' »... Rappelons-nous-les, pour l'excuser, peut-être, mais tout d'abord pour le comprendre.
1 P. Cont., V, 465.
2 Ib., 1, i 36. — Cf. Nisard, Les Post-scriptum de Sainte-Beuve.
ANNÉES DE MATURITE DE COMPROMIS ET D'EMPIRISME <si™