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mais je me demande comment il se fait qu'Alfred ait cela en si grande estime. Je vous assure que, selon lui, c'est au-dessus de tout ce qui se publie. — Pour Cormenin, je vous avais prévenu qu'il j avait du Paul de Kock dans son affaire. II est fort loin de Courier pour qui vous êtes bien sévère. La France littéraire dont vous me parlez est une Revue qui ne vivra pas. C'est la concurrence de la Revue des Deux Mondes qui a mangé plusieurs centaines de mille francs avant d'arriver à la place qu'elle occupe aujourd'hui, et il est fort douteux que la France ait assez d'argent pour tenir longtemps. Les 2 colonnes du journal sont Esquiros et Eugène Pelletan, Roger de Beauvoir y met des vers ainsi que M. le Elaguais et Calemard de Lafayette. — Vous y verrez des dessins de Hugo qui se garde d'y insérer des articles — un M. Alfred Michiels est en train d'y écharper Sainte-Beuve. En un mot, c'est le champ d'asi/le des littérateurs au petit pied repoussés par Buloz de ses 2 Revues. — Je crois que tous les vers de Arvers (i) y seraient reçus avec joie. Je tiens les Vierges folles : c'est un petit volume in-32 saisi par la police, m'a-t-on dit, et qui doit plaireà toutes les p... qu'il exalte^ plaint et bénit. Mais qu'est-ce que tout cela nous fait? Je vais chercher les lettres de mylordChesterfîeld que je suis sûr d'avoir quelque part.
Je vous ai un peu attendu et beaucoup désiré aujourd'hui. La journée a été passable ; que n'êtes-vous venu ? C'est décidément dimanche que la pêche a lieu. Nous n'avons invité que la famille Hugo et Arvers — cela vous effraie-t-il ? S'il fait beau, viendrez-vous tous les trois déjeuner avec nous ! Cela vous éviterait la visite à Saint-Prix (2).
(1) Arvers, à qui son fameux sonnet a fait une telle réputation, a donné au théâtre un certain nombre de vaudevilles très gais et qui ont eu du succès.
(2) Où la famille Hugo était en villégiature.
« Mon cher monsieur, écrivait M'"^ Victor Hugo à Guttinguer le 12 juin i84o, je crains que vous n'entrepreniez le voyage pour Saint-Prix pendant que je serai absente. Cette idée me préoccupe, devant me trouver à Paris dès lundi, afin d'assister à la i^^ communion de mon petit Toto. Arrivez donc ici avant lundi ou après jeudi. Vous seriez fort aimable de me donner votre jour, cela vous engagerait. Je crois peu aux choses vagues. Et puis
APPENDICE
Je suis encore pour long-temps à la campagne si ma mère ne peme pas à la quitter, du moins il n'en est pas question.
Vous avez appris la mine de Tiron qui allait épouser M"^^ de Thorigny. Je vous conterai les détails une autre fois. — Vous ne parlez pas des lettres de M^^ Lafarge. Quelle originalité et que d'esprit! Depuis que je les ai lues, je m'intéresse singulièrement cette gra nde coquine. Et votre roman? Qu'en faiton dans cette ignoble Presse qui va dégobiller sur nous un roman de Bazancourt ? Et moi qui comptais sur le vôtre ! Je leur ai donné 12 francs à cette intention. Vous me les devez positivement.
A bientôt, mon cher Ulric, dois-je dire à dimanche?
ALF. T
S. D. (février i843) (i).
Un autre cahier de musique, s'il vous plaît... Ah ! ça je
je pourrais prévenir Victor qui est si désireux de passer quelques moments avec vous. Enfin faites ce que vous voudrez pourvu que vous veniez. Vous ne pouvez avoir l'idée de rouler pendant l'espace de 10 lieues sans celle de vous reposer le reste de la journée près de nous. Si j'étais prévenue je commanderais le dîner de façon à ce que vous puissiez être de retour chez vous vers 9 heures. Je suppose que votre fils peut veiller jusque-là. Mme Guttinguer jouira de voir son gamin monter sur les meules de foin, comme je suis heureuse de regarder les miens exécuter de brillants assauts en les escaladant. Il y a ici mon petit neveu qui est fort disposé à tenir tête à votre Lion.
« J'ai bien vu hier M. Tattet, il vous espère dimanche Je lui ait dit que c'était moi qui comptais sur vous. Que dites-vous de la distraction que j'ai là? Cette histoire prouve, plus que tous les livres de morale, qu'il ne faut riea écrire que tout le monde ne puisse lire, ou bien qu'il peut quelquefois arriver des choses quand on n'a nulle attention.
« Je suis enchantée, malgré ces chances fatales, que vous soyez à 5 lieues de moi, puisque nous ne nous retrouvons qu'à cette distance. Franchissez-la et c royez à mes plus affectueux sentiments.
« ADiiLE HQGO. ))
« La Terrasse, ce 12 juin. »
(Lettre inédite.)
(i) La date de cette lettre nous est donnée par celle que Musset écrivait à son frère, en Italie, au mois de février i843 : « ... J'étais donc à souper chez Buloz le jour des Rois. Toute la Revue s'y trouvait, plus Rachel. C'était un peu froid; on aurait dit un dîner diplomatique. Le hasard facétieux a donné la fève à Henri Heine, qui a fait semblant de ne pas savoir ce qu'oii lui youkit, de sçrte que le gâteau sur lequel Jçi mçiîtresgç de la maison devait
finirai bien par en trouver un 011 i y a ra des romances de vous. Que sont devenues les peiles répan ues c'eva it P. Brug'nières, Ducharabge, etc., etc. ?
Envoyez-moi donc mon Pierre le Noir, que je le finisse et m'explique pourquoi Musset y est allé trois fois ; je ne vous écris que pour vous demander que'que chose comme vous voyez. Donc prêtez-moi le 2® vol. du Rhin de V. Hugo et n'oubliez pas surtout 4 ou 5 de vos derniers Cahiers maniiscrilSf espèces d'herbiers, sorte de Jlore intellectuelle : chaque feuille est un parfum, un bouquet, n'est-ce pas? Ah! Alfred (de Musset) est venu ce soir. Voilà sa vie depuis que je ne l'ai vu : — Soirée chez M"^^ Decazes — souper chez Buloz — malade 2 jours. — Le souper des 2 Revues a été charmant. Rachel était délicieuse ; seulement de Vigny, à table, puis Hugo dans la soirée se sont emparés d'elle et ne l'ont pas quittée d'un instant. Vous savez comme V. H. la traitait chez vous; maintenant ce n'est plus cela. — Ils étaient tous là, depuis Ghaudesaigues, qui s'est saoulé (i), jusqu'à X. Marmier, le finlandais, Mérimée, Heine, Théoph. Gautier, M. de Rémusat, Vivien, Lerminier, etc., etc. Rien n'y manquait. Heine a été le roi... de la fève.
J'ai prié Alfred de m'envoyer tous les vers qu'il reçoit et qu'il ne lit pas — il a toujours sur sa table des livres qu'on lui offre et qui restent vierges. Nous les lui couperons si vous voulez; tenez, pour vous remercier de votre visite d'aujourd'hui, voici son rondeau que je vous copie :