RONDEAU
Fut-il jamais douceur de cœur pareille
A voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l'oreiller ;
Dans son beau sein j'entends son cœur qui veille.
Un songe passe et s'en vient Tégayer.
compter pour égayer la soirée a été pour le roi de Prusse. Heureusement Ghaudesaigues s'est grisé, ce qui a rompu la glace... (Œuvres posthumes de Alfred de Musset.)
(i) Sur Ghaudesaigues, consulter les Portraits et souvenirs littéraires, par Hippolyte Lucas, qui lui a consacré une charmante notice,
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Ainsi sVndort une fleur d'églantier, Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce : un plus charmant mél.'er Fut-il jamais?
Mais le jour vient, et Taurore vermeille Effeuille au vent son bouquet printanier. Le peigne en main et la perle à Toreille, A son miroir Manon court m'oublier Hélas I l'amour sans lendemain ni veille Fut-il jamais?
Mon cher ami,j'ai été bien plus content de vous aujourd'hui. Décidément, la tristesse ne vous va pas ; apprenez donc le whist à Gabriel.
Lisez-vous dans la Presse une nouvelle rococo Bocagère d'Alex. Dumas? Cela s'appelle Sylvandine — ce n'est pas du tout dans sa manière habituelle ; ces diables de gens se métamorphosent quand et comme ils le veulent; pourtant, ici, il frise diantrement l'Arsène Houssaye. — A propos de nouvelles, j'ai les nouvelles de l'Inde de ce matin sur le cœur : ces brigands d'Anglais pillent, brûlent et massacrent tout. Caboul n'existe plus. — Vous me direz à cela : «Qu'est-ce que ça vous fait ?» A la bonne heure, mais que ces gueux-là ne se fassent pas les apôtres de la civilisation, qu'ils ne prêchent pas l'émancipation des noirs; qu'ils ne frappent pas des médailles avec ces mots : Pacem Asiœ Victoria fecit, car on peut leur cracher à la face le mot deTertulien : Ubi solitudinem faciunt pacem appellant. — Autre malheur : Alfred a perdu ce soir 24 fiches — A bientôt. Oubliez Dubois d'Angers, Dubois de Nantes, Dubois dont on fait... etc., etc., mais n'oubliez pas Dubois de l'Ile Bourbon.
A vous.
ALF. T
Cher ami, vous ne savez pas où je suis, mais vous savez ce que j'ai fait. Alea jacta est, j'ai franchi le Rubicon. Je suis le
plus heureux des hommes, bien que brouillé avec toute ma famille qui se doute de la chose. Si vous voyez ma mère, je vous prie même de prendre chaudement mon parti et de me défendre comme un autre vous-même. Préparez-lui une de ces tartines que vous faites si bien. Je me passe à merveille de Paris (i), de ses joies, de sa famille et de ses ennemis, mais je ne me passe pas aussi facilement de vous, mon très cher. Tenez votre promesse, écrivez-moi souvent et longuement. Vos lettres me réjouissent le cœur. Quand je souffre elles me consolent et quand je suis heureux elles doublent mon bonheur. Je ne sais pas trop quand je vous verrai : on parle d'une plainte déposée à la préfecture de Police où l'on m'accuse d'avoir enlevé Mad.... D'abord ce n'est pas vrai, je ne l'ai pas emmenée malgré elle, etc., etc. ; nous nous sommes enlevés réciproquement. Le courage ne me manque pas et je suis à la hauteur de ma position. Il serait dur de me repentir pour avoir fait juste le contraire de vous. Lequel de nous deux aura eu raison, l'avenir nous l'apprendra. Il y a des choses qui m'ont épouvanté dans votre lettre... Heureusement qu'il y a une couronne de fleurs sous votre bonnet de philosophe. Ma couronne à moi c'est ma femme, car elle est à tout jamais la mienne à présent, sans que nous ayons besoin de ce sacrement qu'on traîne comme un boulet.
C'est un serpent doré qu'un anneau conjugal,
a dit notre poète.
Il ne sort pas une plainte de sa bouche et cependant elle a déjà goûté de mon pain noir, car on me laisse un peu tirer la langue là-bas. Mais qu'est-ce que tout cela quand on s'aime?
Votre lettre du ï8 septembre ne m'est arrivée que le 16 octobre. J'y réponds aussitôt et moins longuement que je ne le voudrais. Vous ne perdrez rien pour attendre, je vous supplie
(i) Alfred Tattet avait quitte Paris et était allé habiter Fontainebleau. « Les motifs qui le décidèrent à rompre avec sa vie passée, dit Paul de Musset dans la biographie de gpp frçre, étaient trop sérieux pour être
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encore une fois de ne pas m'abai donner quand tous me délaissent. Ma mère est indigne pour moi. Mon petit frère, ce pauvre être chétif et souffrant, me montre un cœur d'or et me donne mille preuves de dévouement et d'affection : il n'y a donc que les malheureux qui vous aiment. Vous montrez le latin à Gabriel. J'en sais maintenant juste assez pour rapprendre en même temps que l'élève que j'aurais. Quand donc aurai-je un fils aussi moi? Je ne songe qu'à cela... Je vous embrasse, mon cher Ulric, je vous serre la main du fond du cœur. J'espère bien me donner mes étrennes en allant vous voir rue de Courcelles.
Bien à vous.
ALF
Mai (1843).
Cher ami, tout va bien. Arvers a reçu votre lettre et sera des vôtres avec bien du plaisir... Que je voudrais être au nombre de vos convives! Ne me laissez pas trop attendre votre visite et portez-moi vos vers dès qu'ils seront faits. L'affaire du coupé est arrangée : on l'enverra chez vous et vous n'aurez qu'à le recevoir. Je l'ai payé hier... Merci de l'hospitalité que vous donnez à la voiture qui doit m'emmener et me séparer de vous pour 5 ans, c'est-à-dire pour toujours peut-être.
Bien à vous.
ALF
28 Mai (i843).
Mon cher ami, avant tout je commence par vous remercier ainsi que madame Guttinguer de votre dîner d'adieu. Ma femme me charge aussi devons exprimer à tous deux sa reconnaissance et de vous dire combien elle a été sensible à votre bon accueil. Je suis heureux, mon très cher, d'avoir bu chez vous le coup de l'étrier. Mais quel vilain coup que celui-là et quelle t]:igte chose qu'un départi ^qu% f^vopi sangloté mo partie d§
la nuit et maintenant encore des larmes me viennent aux yeux en songeant à tous les cœurs sympathiques laissés derrière moi. Ce pauvre Gabriel, qui, au dîner, avait bien réparé le temps perdu, était ému lui-même en m'embrassant. Qui n'a jamais quitté ceux qui l'aiment, comment comprend-il ce qu'une séparation^ qui sera peut-être éternelle, a de poignant et de cruel ?
Qu'avez-vous dit et fait après notre départ, mon bon Ulric? Ces messieurs vous ont-ils quitté en même temps que nous ? Que c'est bien à Alfred d'être venu m'embrasser! Il ne s'est point invité à dîner pour cela comme Arvers. Quant à mon frère et à mon oncle, si froids d'ordinaire, ils m'ont paru passablement remués. Pour tout dire, vous avez été tous charmants, et je n'oublierai jamais le dîner du i8 mai de la rue de Gourcelles.
Maintenant, mon bon Ulric, quand reviendrai-je vous serrer la main et vous gagner votre argent au v^hist? car vous remarquerez que j'ai été sans pitié jusqu'au dernier moment. Triste compensation de la fortune qui d'un côté me tendait la main pendant qu'elle me donnait de l'autre un grand coup de pied... vous savez où. C'est toujours ainsi qu'elle procède, la traîtresse.
Je ne vous parlerai pas de mon voyage en France; je n'ai remarqué sur la route que l'admirable portail de la cathédrale de Reims. Après 2 accidents assez graves et beaucoup de fatigue nous sommes arrivés à Liège, j'y suis resté deux jours et me voici installé pour quelque temps aux eaux de Spa. C'est là qu'il faut m'écrire sous mon vrai nom, à l'hôtel d'York, et le plus tôt possible, s'il vous plaît. Ils ne m'ont pas encore demandé mon passe-port et ils font bien, car je n'en ai qu'un de 2 ans à leur offrir.
Ne dites à personne, mon très cher, que je suis à Spa et sous mon nom. Autant éviter les indiscrétions et les ennuis qui en découlent. N'oubliez pas de me prévenir quand je devrai vous adresser mes lettres au chalet. Ne pourriez-vous pas voir Valbezin, vous plaindre en mon nom de son silence et le prier de
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vous donner pour moi une lettre que vous vous charg-erez de faire parvenir avec une des vôtres à mon frère? Ceci est pour la frime, car vous la mettrez tout bonnement sous enveloppe avec la vôtre et me l'enverrez à Spa. Je serais enchanté d avoir quelques détails du major Fridolin sur les mystères de Chantilly.
Vous saurez que la voiture de Mosselman (i) est beaucoup meilleure qu'il ne la supposait. Elle a très bien porté nous et nos immenses bagages et est toute prête à recommencer.
A bientôt de plus longs détails. Vous croyez peut-être que vos lilas sont fanés : chez vous, c'est possible, mais je vous assure que ceux que j'ai emportés sont en pleine floraison et parfument ma solitude, et vous savez comment dans le parfum monte le souvenir.
A vous du meilleur de mon cœur,
ALF
J'ai pris le g*rand parti et me suis décidé à écrire (pardonnezmoi, mon ami) une ving'taine de lig'nes sur votre charmant volume : j*ai de plus fait une citation. On m'a bien promis .qu'il passerait prochainement, la chose en est là; mais comme j'ai le soin de dire : « bientôt nous reviendrons sur le livre de M. U. G., etc. », votre g*ros Latour pourra, s'il le veut, mettre un grand article raisonné d'autant plus facilement qu'il n'y a pas de Chambre de Députés en ce moment.
J'ai été bien heureux de me retrouver à Bury. Qu'on est donc délicieusement sous le toit paternel ! Quand donc pourrai-je y venir avec ma bonne et chère femme?
Je vous envoie une chanson faite par le préfet Romieu en l'honneur de sa maîtresse la Reine Pomaré qui danse la polka à ravir. L'air est délicieux et les vers sont bien tournés.
Quant à la vôtre, elle ferait damner tous les commentateurs. Je crois, à vrai dire, qu'il ne faut pas y chercher un sens.
(i) Un de ses. compagnons de plaisir.
Qu'est-ce que la du Maine? Croyez-vous sérieusement que cela peut regarder le bâtard de Louis XIV, fils de la Montespan, ou la femme Louise de Gondé, qui avait de si beaux yeux, de si jolis cheveux blonds et qui n'était pas plus g'rande qu'un enfant de 10 ans? La comtesse de Montbazon me chiffonne aussi. D'abord c'était une duchesse. La plus célèbre fut la i maîtresse de Rancé, comme vous savez — une belle-fille de celle-ci fut bien la maîtresse du grand Roi quand elle eut épousé M. de Soubise, qu'elle fit prince par ce canal-là. Mais tout cela n'explique pas le moins dumonde la fameuse chanson qui est une énigme pour moi. Vous avez été frappé par ces deux noms : la Montbazon et la du Maine. J'en donne ma langue aux chiens, et cependant vous avez raison de dire que je connais bien cette époque, car je me regarde comme très ferré sur le grand siècle que je vois défiler tous les matins en chemise dans Saint-Simon qui souffle sur bien des héros.
Adieu, très cher ami. C'est la dernière lettre sans doute que je vous adresse au chalet. Bientôt je vais vous voir, ce qui vaudra mieux pour nous deux,
Vous ne voulez donc pas me dire combien me coûterait, rendu à Fontainebleau, un tonneau de ce fameux cidre mousseux si excellent?
A bientôt, cher Ulrich, je vous écris dans la petite chambre | de ma femme et tous deux nous embrassons la sainte Trinité ] de Saint-Gatien. !
A vous. I
Cher bon ami, votre « courrier de campagne » a paru dans 1 le Globe de mardi et je l'ai lu avec bien du plaisir. Que vous i faites à merveille de regretter et de défendre nos pauvres postillons français si alertes et si gais. Je vous vote un chapeau vernis garni de rubans tricolores. Vous savez que petit à petit la i race des postillons quitte le monde. En Allemagne j'étais furie^^ çoptrç grawds diable^ 4' Allemands (|ui étai^Qt m
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grand costume avec des bottes leur montant jusqu'au nombril et qui voulaient absolument monter sur le siège de ma voiture. Dans quelques années il n'y aura plus en Ang-leterre une seule de ces berlines à quatre chevaux qu'on nomme des dilig-ences. Les chemins de fer tuent tout et j'aurais voulu voir partir celle dont les journaux ont parlé dernièrement. C'était son dernier voyage. Elle était complètement vide. Le cocher était en grand deuil et les chevaux caparaçonnés de noir sem^blaient suivre leur propre convoi.
Nous aurons dans le prochain courrier l'histoire de votre empoisonnement, n'est-ce pas?
Le major Fridolin part samedi pour Brest et le Cap, J'irai mettre en malle-poste ce pauvre bon et courageux ami.
J'ai vu hier feu Ternaux, à présent vicomte de la Morelie : il a une femme charmante, au dire de maman, à qui elle a été présentée. Ce Woldemar m'a beaucoup parlé de son voyage en Egypte. Il avait acheté une esclave qu'il a donnée en partant comme pourboire à un domestique de place. Il va habiter neuf mois de l'année la terre de sa belle-mère, entre Fécamp et Caen.
Alfred continue à être plongé dans les filles; il y laissera son génie et sa santé. Quel affreux suicide! Décidément, auronsnous la guerre? Qu'en pensez-vous? J'en ai une peur atroce. En attendant que nous vivions de carottes, je me dépêche de faire les achats indispensables et je viens de donner à ma femme pour ses relevailles (je m'y prends de bonne heure, comme vous voyez) un cachemire des Indes long, de 1600 fr.
J'ai lu le discours d'Harel sur Voltaire^ il est très bien et ne croyez pas votre Revue de Paris qui l'a fort maltraité.
Mon cher Ed. Bocher (i)est très malade et donne de grandes inquiétudes à Gabriel que j'ai vu. 11 a des polypes dans l'oreille. On lui en a extirpé un et il a souffert si effroyablement qu'on
(i) C'est M. Ed. Bocher, qui devint plus tard sénateur et représentant du comte de Paris, qui remit à son frère Gabriel, bibliothécaire du duc d'Orléans, le sonnet que Musset avait fait sur l'attentat de Meunier contre le roi en i836. (Cf. la Bibliographie d'Alfred de Musset, p. 178.)
hésite à continuer Topération. La famille Bocher est très éprouvée en ce moment. Mad. de Thorig*ny est très souflTante, le père a une recrudescence de sa maladie de vessie. Il n'y a que Charles qui continue à être le correspondant assidu du Globe. Dites donc à votre éditeur de m'envoyer 2 ou 3 exemplaires. Je voudrais en offrir un de votre part à Alf. Leroux. J'ai donné mes 2 au Journal des Débats, A propos, il n'y a pas moyen de songer à avoir un grand article. M. de Sacy a des articles tout faits qui ne paraîtront que dans 3 ans. Ce sont de véritables sultans que ces bougres-là.
27 décembre (i855).
Que vous êtes bon et aimable, mon cher Ulric, et avec quel plaisir je vous serrerai la main ! Vous savez pourquoi je vous remercie, dispensez-moi donc de vous le dire.
N'est-ce pas que je suis heureux et que je suis digne de ma fortune puisque j'en sens tout le prix ? Mais pourquoi ne pas vivre éternellement aux genoux de cette adorable femme qui me donne tant de preuves d'amour, qui me rend meilleur, qui ouvre mon âme à toutes les sensations les plus tendres ? Je viens de passer encore une journée charmante. Je vous écris de cette chambre que je ne quitte plus... Je ne suis bien que là... les murs me semblent pleins d'une moiteur sortie d'elle, j'y baigne mon front comme dans une rosée céleste, enfin je suis fou, ivre et vous supplie de me pardonner les extravagances que je vous envoie.
Hélas! elle n'est plus là. C'est vous dire quel hôte est assis à mon foyer... Je vois à mes côtés cet horrible spectre qu'on appelle la tristesse, il me parle, il m'oppresse. Mais je connais une fraîche figure qui demain en lui montrant le bout de son nez le fera fuir aussitôt... il n'aime pas les jolies femmes, et dès qu'elles ouvrent une porte, il se sauve par la fenêtre.
Vous m'avez promis des vers, j'y tiens et nous y comptons. En attendant, voici ceux de Roger. Le dit troubadour avait ramassé une plume d'aigle sur les Pyrénées, il la dédia à V. H,
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C'est un aii^lon qui, re<^agnani son aire, Laissa tomber sur le roc solitaire Sa longue plume arrachée à son flanc:
Je vis au bout une perle de sang*...
J'en eus pitié... car vous êtes son frère ! Que faites-vous? dites, notre aigle à tous, Pendant qu'ici la brise nous assiège?
Près de ces monts aux épaules de neigf. On est si haut qu^on doit penser à vous !
Réponse :
Oui, c'est une heure solennelle !
Et le penseur grave et serein Croit qu'un peu de gloire éternelle Se mêle au bruit contemporain, Puisque dans son humble retraite Il ramasse sans se courber Ce qu'y laissa choir le poète, Ce que l'aigle y laisse tomber; Puisque sur sa tête fidèle, Ils ont jeté, couple vainqueur, L'un, une plume de son aile, L'autre, uoe strophe de son cœur !
Oh ! soyez donc les bienvenus, . Plume I strophe ! envoi glorieux !
Vous avez erré dans les nues Vous avez plané dans les cieux (i^ !
. Mon cher Ulric,
Notre maisonnette est pleine depuis samedi dernier de nos onfants et les amis ne me laissent pas un moment de repos. 11 faut se baig'ner, monter à cheval, jouer au whist, et cela par les chaleurs tropicales et avec mon bras presque toujours endolori. Arag'o est toujours le plus gai et le plus aimable des convives et Jadin et Comairas les plus g'entils compagnons qu'on puisse imaginer. J'attends Lefuel aujourd'hui et ne vous parle pas de Dejean, toujours un peu endormi, et de Giraud, que vous ne connaissez point. C'est Arnould Frèmy qui s'est
(i) Cette réponse de Victor Hugo au poétique envoi de Roger de Beauvoir parut dans les Contemplations (i856) sous le titre : Au poète qui m'envoie une plume cV aigle.
charg^é de mettre votre lettre à la poste lundi dernier. Mon g-arçon a eu au lycée Saint-Louis un i^-^ accessit de version latine, un 2^ prix de dessin et un i^^ prix de musique. Vous voyez, d'à près cela, qu'il n'est pas fort eu thème. C'est toujours quelque chose. Je lui ai acheté un cheval et tous les matins il \ii pTund pour aller prendre une répétition à Fontainebleau, parce queje veux qu'il fasse une bonne 4^ l'année prochaine. Quant à Julie, la filleule de cette pauvre madame Gutting-er, sa distribution de prix n'aura lieu que le 20, mais elle y sera fort maltraitée parce qu'elle ne fait rien et que l'on ne peut en venir à bout. Du reste elle aime beaucoup la musique et est gentille à croquer, de visage et de manières.
L'absence de Gabriel a dû vous faire un grand vide. Ces diables d'enfants prennent une place énorme dans la vie. J'espère que vous vous déciderez prochainement à l'accompagner ici. Le train qui part de Paris à 9 h. du matin ne met qu'une heure en route et c'est celui qu'il pourrait prendre ; les autres demandent 2 h. moins i/4 : ce n'est vraiment pas un voyage. Je ne sais ce que devient Tessier : le rencontrez- vous quelquefois ? il est revenu de Londres assez souffrant, me dit- on, mais qu'allait-il fairedans cettemaudite galère? Je vous recommande les Etadesmoralessurletempsprésent parCaro (i)(Hachette). Stendhal, talent un peu surfait, vselon moi, y est fort maltraité. Le poème de Marguerite dans les Récits poétiques d'Ea^ène Mordret,mort l'an dernier, m'a beaucoup plu. Adieu, très cher, tenez-moi au courant de ce que vous faites. Avez- vous lu le i^r voyage de Lamartine en Italie dans son Cours Jamilier de littérature^ et ce qu'il dit d'Alfieri et de son tombeau par Canova? Hélas ! je ne savais pas encore que le marbre n'est pas plus chaud que l'herbe sur un cercueil.
A vous de tout cœur
ALF. T
Dimanche.
(i) Ouvrage paru en i855.