PA
d'elle-même et de son pieux album qu elle me permettait de lire. »
Et il lui arrivait quelquefois de recevoir de cette gra| cieuse amie des billets dans le genre de celui-ci : ^1
(( En rentrant ce soir, j'ai trouvé votre lettre et Pasca^ que je n'ai point quitté depuis. Me voilà occupée et heu| . reuse pour bien des jours. C'est une douceur profonde que de trouver de pareils amis dans le passé, et de pou voir vivre encore avec eux malgré la mort (i). »
En lui l'amour respire ; Sous l'air imposant du courroux Il cache son sourire.
Ses projets mûrissent toujours : 'J-
La graine germe et pousse ; 'i^
Le bouton, amer quelques jours, 1 Donne une fleur plus douce.
En vain on veut lever les yeux,
Aux desseins qu'on lui prête I Il est son seul juge en tous lieux, Et son seul interprète.
«Au revoir, Monsieur, bien des choses affectueuses delapart de M'"® Baf cans. J'ai changé les deux vers et je les enverrai à ma mère. « Recevez tout mon respect.
« Ondine Valmore.
« (Dimanche.) »
En marge de la dernière strophe de cette pièce de vers inédite, Saint( Beuve avait écrit : « C'est comme les hymnes du Bréviaire traduites pa Racine. »
(r) Qu'on lise encore la lettre que voici:
<( i5 juillet [1847]. — Bascans vous prie, Monsieur, de venir jeuc avant six heures, si vous pouvez, si vous voulez, si cela vous arrange. Eli serait heureuse et nous aussi de vous voir avant et après le dîner. M. Ai mand Marrast sera là. On parlera affaire Teste et autres.
« Si je n'avais été prise ce matin par une visite inattendue d'inspectric< je vous aurais écrit longuement pour vous prier d'aimer Jean-PauL et d le lire. 11 en est digne par bien des points, surtout pour ceux qui ne d( mandent pas tout à un auteur, ni la même chose qu'à tous les autres. . sent et dit, avec une émotion sincère, la nature, et ce qu'elle donne d charmes ou de consolations ; il peint l'amitié, comme l'ayant sentie ave une âme élevée, délicate et forte. On peut bien lui pardonner (en les sautani quelques ombres chinoises, quand on trouve avant et après des pages vra: ment touchantes et inoubliables... »
Et celle-ci, datée du 25 mars i848: « ... Depuis qu'on fait tenir les sïi
ET ONDINE VALMORE
Je ne m'étonne donc pas qu'un jour il ait conçu dans lia solitude de son cœur le projet de s'unir à cette jeune «emme exquise et qu'il s'en soit ouvert à M"^^ Bascans. liais cette idée qu'il caressa durant des mois et qui avait louri autant à la mère qu'à la fille, quand on leur en ivait parlé officieusement, Sainte-Beuve, je ne sais pourjuoi, renonça peu à peu à y donner suite. Et il continua ;omme par le passé à visiter M'^° Ondine et à lui témoigner les mêmes égards attendris et respectueux.
S'était-il rendu compte qu'avec les dix-sept ans qui les •éparaient l'un de l'autre il était alors bien mûr pour elle? jC peu de santé d'Ondine lui avait-il donné à réfléchir, m bien s'était-il dit que son manque de fortune ne lui )érmettait pas décemment d'épouser une fille sans dot ? fe crois qu'il y avait de tout cela dans son refus d'aller Jus loin (i). En toutcas,il fut bien inspiré en demeurant
les dans les heures, le temps nous paraît un peu long et nous croyons, lonsieur, qu'il y a bien des années que nous ne vous avons vu ; M™^ Basms me chargée de vous demander comment vous êtes. Elle est tout entière a tourbillon Pour moi, je ne sais que penser de ce qui se passe, et je souf- *e de ne savoir ni me rejouir ni m'altrister. La soul(^ chose qui me frappe, 'OBt que tout le monde se fait çrand homme, et ([ne les hommes ordinaires yant tous du g-énie, il n'y a plus que les hommes de génie qui puissent se ontenter d'avoir du bon sens.
« Du reste, je ne tiens guère à cette opinion, et je suis toute prête à en hanj^er si vous me dites, Monsieur, que tout est pour le mieux, et, qu'en les egardant de haut, toutes les petites imperfections du moment se perdront ans de beaux résultats... »
{Lettres inédites communiquées ])ar M. le vicomte de Spoelherch de Locnjoul.i
(I) Lire à cet égard la lettre qu'il adressait le 35 décembre i8/|6 à [»« Rascans et qui m'a tout Tair de se rapporter à ce projet de mariage :
... n m'est survrnu tontes sortes de mécomptes dans mes affaires privées, t je me trouve hors d'état de suffire, pour le moment à l'engngement que ai pris de concert avec vous... Tout cela m'a donné bien de l'ennui et du ivai! de ièic, mais la partie la plus sensible pour moi est l'impossibilité U cria me réduit, pour le moment défaire face à une detle. la plus sacrée
t la plus douce. .. ï> iCnrresp. de Salntr-fimuc, t. I, p. i/jo.) fl ne faut pas oublier non plus (ju'en ]Hf[()-/\0, lors(|u'il courtisait Ondine, 'inte-Beuve était dnns le plein de sa pnssion j)0ur IVl"^" d'Arbouville. Peutmémc raur;iit-il demandée en mariage, sans cela, car à cette époque sa
2l4 SAINTE-BEUVE H
dans l'expectative, car s'il avait épousé cette charmanteB^ Ondiïie, il se serait ménagé de grands chagrins. Il a écrit^ quelque part : W
« La nature se présente deux fois à nous pour le mariage; la première fois à la première jeunesse. On peut lui dire alors : Repassez. Elle n'insiste pas trop. Mais la seconde fois, à cette limite extrême, lorsqu'elle reparaît, lorsqu'elle insiste avec un dernier sourire, prenez garde: si vous la repoussez encore, elle se le tiendra pour dit, elle ne reviendra plus. »
Elle ne revint plus, en effet, pour lui, et, après avoir chassé toute sa vie sur les terres d'autrui, après avoir couché plus d'une fois dans le nid des autres, il mourut seul.
]\/[me Desbordes-Valmore redoutait cette fin pour sa fille; aussi, lorsque Ondine approcha de la trentaine, pensa-t-elle sérieusement à la marier. Mais elle rêvait d'un mariage qui l'eût affranchie de l'esclavage de se f condition. C'est un si dur métier que celui de répétitrice quand on est déjà d'une santé délicate ! La révolution'i de 48 réalisa une partre de son rêve. Nous avons dit qu(| M. Bascans était lié avec Armand Marrast. Quand c(|| dernier fut appelé à la mairie de Paris par le gouverne-f ment provisoire, il s'empressa de nommer Ondine ins il pectrice des pensionnats de demoiselles du départemen ï de la Seine. Restait à lui trouver un mari. Le 25 ma i: iS/ig, Marceline écrivait à son frère: il
« Ondine, toujours affairée comme une hirondelle| t'envoie ses gracieuses amitiés. Je te dirai (cœur à cœur i que je voudrais bien la voir occupée à faire son nid,ca:J
situation matérielle était bonne. Ce n'est qu'en 1848 qu'elle redevint asselj précaire, par l'abandon qu'il fît, un peu légèrement, de son poste de bibliOjij thécaire à la Mazarine, i;
ET ONDIiNC VALMOUE
enfin elle est au bel âge pour cela, et cette jeunesse a besoin d'aimer enfin. Un bon et honnête mari irait bien à cette charmante et sage entant. Elle rit quand j'en parle, et moi je ne ris pas, car il faut unedot aux filles. Il est vrai que sa profession lui donnera dans un an rois mille livres de rentes — c^est déjà beaucoup dans m ménage. Prie Notre-Dame pour qu'un bel amour s'alume dans cette jeune âme, pourvu qu'il soit partagé! »
La Notre-Dame de Marcehne était celle de Douai, sa il le natale; elle avait pour elle un véritable culte et •ommandait toujours à son frère d'ôter son chapeau on intention, quand il passait devant son église. A ce de la prier et de couvrir ses pieds de fleurs, elle ùnt de Notre-Dame la grâce qu'elle lui demandait. Le janvier 1861, Ondine épousait M. Jacques Langlais^ i\ocat, député de Mamers (Sarthe), qui avait dix ans; plus qu'elle et deux enfants issus d'un premier maue(i). Cette union, contractée sous les plus heureux
i Né à Mamers, le 27 février 1810, Jacques Laniçlais, fils d'un tisserand, levé pendant cin(i ans aux frais de sa ville natale. Entré au séminaire Mans, il reçut les ordres mineurs et enseigna la rhétorique au collège de irs. La révolution de Juillet ayant changé le cours de ses idées, il se ja dans h\ politique et vint à Paris, en i833, faire ses études de droit. 1 avocat en 18^7, il collabora à plusieurs journaux et à VEncijclopédie 'di(/ue. En i84o, il devint rédacteur à la Presse où il soutint le minis- Guizot. Nommé re})résenlant du peuple en 1848 par le département de - irllie, il vota d'abord avec \(t j)arli démocrati(jue modéré. Après l'élec- <Ui 10 décembre il se rapj)rocha de la droite et se rallia à la politique rincc-}>résident. Après avoir fait partie jusfju'en i858 du Corps législatif, se signala comme raj)porteur des projets de loi relatifs à la composition ,i\ry et à l'iji-i^anisation municipale, il entra au Conseil d'Etat et accepta iiois de se{*tembre i8G5 h.' portefeuille des finances de l'empire du Mexinii il mourut subitement 1(^ 23 février 18GG. « J'ai une triste nouvelle à ncp à Votre Majesté, écrivait Bazaine à l'empereur, le a6 du même mois: lort subite de M. Langlais, ([u'un travail excessif avait beaucoup fatigue l')[it le UKjral, (pioique ferme, était par moment ébranlé par les difiicul- <\\n à chaque instant surgissaient dans l'accomplissement de sa tache. Il 'il frappé par un épauchemcnt au cerveau, le 23 au soir.)) (Emile OUivier, mpire libéral, t, VH.)
2l6 SAINTE-BEUVE j
auspices, ne fut cependant pas heureuse (i). Je veuxj dire qu'elle fut de courte durée. Un an après, M"^^ Lan-| glais perdait son premier né. Ce fut pour Marceline un mauvais présage, et, en effet, vers le même temps, On-j dine ressentit de nouveau les atteintes du mal qui, dix ans auparavant, Tavait conduite aux portes du tombeau. Elle était allée passer la belle saison à Saint-Denis d'A~^ jou ^Mayenne), dans une propriété appartenant à s mari, et la douceur du climat, la gaieté répandue dacÉ Tair et sur tous les visages de ce pays de délices, 1t|Î avait d'abord fait beaucoup de bien. Cela se sent au ton de la lettre qu'elle adressait à son frère Hippolyte ati mois d'octobre 1862 : f « Dans quelques jours nous serons, ensemble, ch^i frère, et il faut tout le besoin que nous avons de no:^ voir, pour nous consoler de rentrer dans ce Paris qlp
(i) « Eh bien, lui écrivait, le i3 septembre i85ï, Marie de R..., une. die ses amies de pension, à propos de ce mariage, eh bien, si, la signorina deviendra signora, charmante nymphe de l'onde aux yeux bleus et aux blondi cheveux. L'inspectrice de l'Université de la Ville, je crois, ne présidera plm à la confection d'un tas de petits cuistres, métier insipide et qui fausseté nature d'une personne beaucoup plus poète et plus enfant que pédante. Er attendant, belle Ondine Ondioette, ce que vous pouvez faire de mieux esl bien certainement de vous ébattre, de vivre le nez au soleil à la façon déS chèvres dont vous mangez le fromage, de vous bourrer de soupe et de rds» beef, de ne songer qu'à respirer en Jiberté et de nous revenir fraîche écloè( et fortifiée. Ayant le plus grand soin de votre précieux corps, deveiiez taupe et tout ce que vous voudrez, pourvu que vous soyez bien, et que je ne voui voie pas comme à Ghaillot sans souffle ni couleurs. »
Dans une autre lettre écrite de Lima, le 7 mars i85i, je relève ce passage : (( Je suis si heureuse de la nouvelle que tu me donnes, mon Ondite bien-aimée, que je ne sais comment te féliciter. Commençons par élever noi cœurs vers Dieu qui a bien voulu qu'il y ait un cœur capable de comprendre le tien ; qu'heureux doit être ton mari ! Je ne doute pas de ses qualités ; toi jugement a été toujours bon, comment ne l'aurait-il pas été dans cette occasion, et puis, mon Ondine, tu es de ces êtres si angéliques que, serait* on un monstre, on deviendrait ange auprès de toi .. ))
{Lettres inédites, communiquées par M"^" Langlais, de Saint-Denis d'Anjou, veuve de M Aimé Langlais, fils du mari d'Ondine, lequel mourut eiij i i883 consul à Jérusalem. M'"' Langlais a gardé pour la mémoire d'OndinejjjÉ une véritable piété.) ■
ET ONDINE VALMOriE
I nous fait peur. Je n'ose pas penser à cette rue de Seine: [ il me semble que je vais retrouver là Thorrible hiver de ' Tan passé. Ici, ou oublie tout, on se plaint par genre j lis sans amertume; on dort, on mange, on n'entend iut de sonnette, on s'éveille pour dire : « Va-t-on déiner? » On se promène à âne et on rentre bien vite ur demander : « Va-t-on dîner? » Il y a des fleurs, s herbes, des senteurs de vie qui vous inondent mal- , é vous-mêmes; il y a une atmosphère d'insouciance qui vous berce et vous rend tout facile, même la souf-
Ï France. Que n'es-tu là? Tu prendrais ta part à tant de bien ! Tu nous aiderais à traduire Horace dans un style élégant et philosophique comme celui-ci:
Cueillons le jour, buvons l'heure qui coule ; Ne perdons pas de temps à nous laver les mains, Hàtons-nous d'admirer le pigeon qui roucoule, Car nous le mangerons demain.
« Ne fais pas attention au pluriel rimant avec un singulier, c'est une licence que la douceur de la température lous fait admettre. Nous devenons de véritables Angeirins : Molles^ comme dit César (ou un autre).
« Ne te marie pas avant notre retour. Je tiens à être consultée sur la toilette de la mariée, peut-être sur la oariée elle-même. Quant à l'Alice de la rue Miromesnil, tela me paraît fruit vert destiné à devenir fade. Je crois u'il n'y a pas grande intelligence dans ce front-là ! Il est xai que je la connais peu. Embrasse tendrement mon her père. Tout le monde ici se rappelle à ton souvenir t les colons demandent de ses nouvelles tous les di-
tianclies. Dis-lui que Tun d'eux va avoir son onzième nfant. Il saura lequel. Bien entendu qu'il ne paiera pas a ferme, n 14
2lS
(( Je ne te dirai rien de ma mère. Je veux te laisser la surprise.
(( One ne puis-je rapporter cette campag'ne si belle, sî riche, si diverse dans les derniers jours d'automne 1 Chaque promenade est un enchantement.
«Je t'aime. i <( Ondine. » J
Je ne te dirai rien de ma mère ! Hélas ! pendar qu'elle écrivait ces lignes, elle ne se doutait pas que mère ne la quittait pas des yeux et qu'elle jouait deva elle la comédie de la gaieté. M'"« Desbordes-Valmore vivait pas, en elFet, de voir l'état de fièvre et de maigre^^ dans lequel se consumait cette pauvre Ondine. Elle tro* vait qu'elle avait des physionomies d'une mobilité extrêm une faim étrange, et, dans son langage imagé, elle dis^ que son âme était habitée par des milliers d'oiseaii^i qui ne chantaient pas ensemble, mais qui se craignaien: et se fuyaient.
Tout d'abord elle s'était mis en tête que sa fille avaî lever solitaire, mais à la longue, quand elle entendit son ner sa petite toux sèche, elle fut bien obligée de se rendr à l'évidence terrible : n'était-ce pas ainsi qu'elle avait déj. perdu sa fille Inès (i) ? I
(( J'ai cru à un mieux sensible et attesté par le méde cin, écrivait-elle à M^^^ Camille Derains le 3o décerabr| i852 ; mais quoi ! ma chère Ondine est l'ange de rincré| dulité. C'est le mal dissolvant, c'est l'arme impossible combattre. Les bras me tombent. C'est donc que Die m'abandonne ! Vous croyez bien que je ne peux écrir
[i] Inès Valmore, née à Bordeaux le 29 Bovembre 1825, mourut k Paris 4 décembre 1846.
ET ONDINE VALMORE
(;ii'à une femme aussi infortunée que vous. Avec toutes s autres les paroles me manquent ; il faut mentir ou Liloutcr leur éclat. Vous savez seule ce que je peux renfermer sans crier. Langlais n'arrivant pas, je reste nuit et jour (i). Je ne pourrai donc aller serrer vos mains (juand je me l'étais promis... Laissez-moi m'abreuver un moment avec vous de l'idée que je suis maudite par le Dieu que je prie ! »
Pauvre mère, si chrétienne et si résignée, fallait-il qu'elle souffrît pour jeter vers le ciel ce cri désespéré 1 Elle n'avait pourtant pas encore bu le calice jusqu'à la lie. Le 12 février i853, Ondine s'éteignait dans ses bras. Quelques jours après, elle écrivait à Sainte-Beuve : « Parmi tous, vous seul, je crois, devinez l'étendue de ma douleur. Je vous remercie de tous les sentiments qui vous la révèlent. Je vous remercie d'une larme de pitié qui vous vient aux yeux pour moi et du serrement de cœur fraternel que sa perte vous cause, je le sens ! — Vous l'avez bien connue, vous lui avez donné de la lumière pure. Vous avez aimé l'innocence de son sourire... Elle l'avait encore en fuyant !... — Oui, je vous ■emercie pour elle, sainte et douce colombe ; je vous •cmercie pour moi ! — et pour vous — d'avoir été son imi. ))
Et Sainte-Beuve lui répondait,
« Ce 19 février i853.
« Vous dites bien vrai, chère Madame et amie et mère \i éprouvée : j'ai ressenti toute votre douleur. Depuis ongtemi>s et de loin je suivais l'affaiblissement de cette eune santé déclinante et je tremblais en silence d'une
|i) Oûdiiic habitait à Passy, rue de la Pompe, 117, cl sa mèro riif Fcye«u.
sai:nTE"3EUVE
fin trop prévue. Vous êtes véritablement une mère de douleur ; ici, du moins, il y a tout ce qui peut adoucir, élever et consoler le souvenir : cette pureté d'ange dont vous parlez, cette perfection morale dès Vàge le plus tendre, cette poésie discrète dont elle vous devait le parfum et dont elle animait modestement toute une vie de règle et de devoir^ cette gravité à la fois enfantine et céleste par laquelle elle avertissait tout ce qui l'entourait du but sérieux et supérieur de la vie... Vous qui ne pleurez plus, vous souvient-il de nous? C'est à vous, poète et mère, qu'il appartient de recueillir et de rassembler toutes ces chères reliques, toutes ces reliques virginales car je ne puis m'accoutumer à l'idée qu'elle ait cessé d'être ce qu'il semblait qu'un Dieu clément et sévère lui avait commandé de rester toujours. Rassemblez toutes ces traces de poésie, toutes ces gouttes de parfum qu'elle a laissé tomber dans son passage (i) : un jour, quand lé
(i) Voici, pour moi, la perle de l'écrin d'Ondine. Cette pièce de vers n'est pas datée, mais elle doit être du même temps que celles que j'ai données dans le corps de cette étude :
Quand on vint devant lui raconter la nouvelle
De la touchante mort d'une si jeune belle.
Il voulut tout savoir. Et chacun fut surpris
De le voir calme encor, lorsqu'il eut tout appris !
Puis il parla longtemps. Il dit: C'est bien dommage ! Mourir ainsi ! Voyez ! Mais on meurt à tout âge I . . . Nul ne le croit frappé. Jaloux de sa douleur, Rien sur son front calmé n'avait trahi son cœur.
Seulement sa parole était plus éloquente, Et moi je devinai dans sa voix plus vibrante Que de pleurs étouffés le poids impérieux Avait gonflé le cœur, étant chassé des yeux.
Ah ! craignons pour nos deuils la douleur indiscrète,
Souffrir trop haut n'est plus souffrir.
Moi, je veux, mes amis, cette larme secrète S'il m'arrive aussi de mourir I Au bas de cette poésie inédite et qui m'a été communiquée par M. le vi comte de Spoelberch de Lovenjoul, Sainte-Beuve avait écrit cette note : « Quell jolie pièce I quelle touchante inspiration! C'est de l'André Ghénier moral 1 :
ET ONDINE VALMORE
temps aura coulé sur cette plaie trop saignante, et iiand nos cheveux auront encore plus blanchi, nous les ircourrons ensemble avec une bienfaisante tristesse.
Ma vie depuis quatre ans est tellement une corvée connue et assujettie, une vie de prolétaire littéraire qui lit son temps, que je n'ai pas couru à vous et que je
laisse cette lettre vous arriver sans moi. Mon cœur, royez-le bien, reste fidèle au passé et inviolable dans s souvenirs (i). »
Que dites-vous de cette lettre et de cette phrase murmp.rée en trémolo comme sur les cordes d^m violon- Ile : « Je ne puis m'accoutumer à l'idée qu'elle ait cessé ' tre ce qu'il semblait qu'un Dieu clément et sévère lui \ ait commandé de rester toujours I » Il est clair que ainte-Beuve regrettait qu'un autre que lui eût respiré le lî fum de cette âme virginale.
Son vœu suprême ne s'est point accompli non plus. •*s poésies d'Ondine n'ont pas été recueillies, et il est robable qu'elles ne seront jamais publiées. J'avais péré trouver son album à Saint-Denis d'Anjou, mais î Langlais m'a dit qu'en 1880, à la suite d'une visite le lui fit Ilippolyte Valmore, frère d'Ondine, tous ses rits avaient été remis à M. Valmore père. C'étaient, )ur la plupart, des prières et des hymnes. Le peintre ' fleurs lyonnais était décidément bien inspiré quand lui mit au cou des ailes d'ange.
fi) La Jeunesse de M'^'^ Dcsbordes- Valmore y p. 108.