‹ Sainte-Beuve, documents inéditsChapitre 27 sur 45 · ET LA PRINCESSE AIATOILDE · texte numérisé non relu

ET LA PRINCESSE AIATOILDE

; datée, fut maridé aux Tuileries, et que l'empereur li dit à brûle-pourpoint :

— Choisis entre ton beau-père et moi I

prince Napoléon ne choisit pas selon son cœur, 'it à Sainte-Beuve, il en fut quitte non pour la peur, il n'avait rien à craindre, mais pour une invitation ^ la Princesse à se montrer désormais plus prudent. Elle it qu'il avait la tête près du bonnet, pour l'avoir vu : différentes circonstances rouler fiévreusement sa lté de velours sur le haut de son crâne chenu^ ni était le signe habituel de ses colères rentrées, et son instinct de femme habituée à lire dans les yeux es amis, elle pressentait que, le jour où les choses âent plus à son gré, il leur jouerait un tour de sa a. Elle le voyait déjà avec une certaine mauvaise leur recevoir dans l'intimité des ennemis irréconcia)ies du régime, comme Schérer et Nefftzer. Si elle ait su qu'il avait voté aux dernières élections législares pour le rédacteur du Temps qui, après s'être fait nnaître par les Comptes fantastiques d' Haussmann^ Jtait posé, dans le VI® arrondissement de Paris, en versaire irréductible de l'Empire, elle ne le lui aurait s pardonné. Aussi, quand elle apprit qu'il avait définirement quitté le Moniteur pour entrer dans ce journal publicain, son sang ne fit qu'un tour. Elle sauta dans voiture et accourut chez lui dans un tel état de surcitation et de fureur que M. Jules Troubat me dit 1 jour, en me racontant la scène, qu'il avait senti sur joue le vent de son manchon. Comment avait-elle )pris le passage de Sainte-Beuve au Temps ? Elle était iûue le voir la veille, comme elle avait l'habitude de le ke, chaque dimanche, et elle ne lui en avait pas soufflé Ot. Peut-être attendait-elle qu'il lui en parlât le pre-

mier; peut-être aussi n'avait-elle pas encore lu TarticL que M. A. Nefftzer avait publié dans h Temps àti samedi et dimanche 2 et 3 janvier pour annoncer « \{ collaboration illustre et enviable entre toutes » qui lu était assurée.

« L^'année commence bien pour le Temps et ses lec teurs », disait M. Nefftzer. — Je pense qu'en lisant cel la Princesse fut d'avis qu'elle commençait mal pour ell et pour l'Empire, et que c'est sur cette réflexion qu'elï donna l'ordre d'atteler et de la conduire rue du Mont pâmasse.

C'était le lundi 4 janvier 1869 (i). Sainte-Beuve eau ^' sait dans son cabinet de travail avec Edmond Schére) qui se retira dès qu'on eut reconnu le roulement deî voiture de la Princesse. Elle monta l'escalier quatre! quatre, sans rien demander à personne, frappa à I porte et, sans attendre qu'on lui dît d'entrer, elle pari debout, les bras croisés, devant Sainte-Beuve qui, pei dant quelques minutes, s'entendit traiter comme unlg quais sans pouvoir placer un mot pour sa justification

A un moment donné, comme celte scène violente It avait porté sur la vessie et qu'il était obligé de sesoncft plusieurs fois par jour, il demanda à la Princesse 1 permission de la quitter un instant et pria son secnl taire de monter lui tenir compagnie. Quand M. Jult Troubat fut en sa présence, elle continua de discourir f haussant encore la voix.

— C'est le TempSy criait-elle, qui a lancé la souscri] tion Baudin.

— Pardon, dit respectueusement M. Troubat, la soui cription Baudin est sortie des pavés de Paris !

(i) L'article de Sainte-Beuve avait paru la veille souç; la date de ce jo^

ET LA l'RINGESSK MATUILDE

— C'est mon frère et moi qui avions fait nommer I. Sainte-Beuve sénateur.

— Je ne vois pas en quoi il a démérité. L'Empire a ne droite et une gauche... il l'a dit lui-même au Sénat...

ne peut pas aller avec M. Pvoulier.

— Je ne viens pas de la part de M. Rouher. C'est alors qu'elle lança à M. Jules Troubat ce mot

le mit hors de lui.

— M. Sainte-Beuve était un vassal de l'Empire.

— Non, Princesse, il n'y a plus de vassaux, il n'y a des citoyens.

Là-dessus Sainte-Beuve rentra, mais la Princesse était artie en faisant claquer les portes.

Deux jours après, sa colère durait encore et elle disait oncourt dans son salon de la rue de Courcelles. ... Sainte-Beuve 1 je ne le verrai plus,.. Il s'est conavcc moi... lui... enfin. C'est à cause de lui que je suis brouillée avec l'impératrice. Et tout ce qu'il a par moi! Dans mon dernier séjour à Compiègne, il demandé trois choses : j'en ai obtenu deux de l'emreur. Et qu'est-ce que je lui demandais? Je ne lui mandais pas de renoncer à une conviction, je lui mandais de ne pas s'engager dans un traité avec le mpsy et de la part de Rouher. Je lui ait tout offert... 11 rait été à la Liberté avec Girardin, c'était encore posle, c'était de son monde. Mais au Temps, nos ennepersonnels... où tous lesjours on nous insulte... Oh! t un mauvais homme. 11 y a six mois j'écrivais à ubert : « Je crains que Sainte-Beuve^ d'ici à quelque ps, nous joue quelque tour... » C'est lui qui a écrit efftzer.., il y a de son ami d'Alton-Shéc dans tout . Et avec une parole d'amertume sifflante : « 11 m'évait au Jour de Tan (jue tuul le confortable et le bien-

être qui entouraient sa maladie, i! me les devait. . . Non on ne se conduit pas comme ça!... »

« Et elle suffoque, elle étouffe, elle se bat la gorge ave< le haut de sa robe brodée qu^elle agite à deux mains, ^ des larmes qu'elle dévore lui montent dans la voix (j^ Fémotion étrangle par moments. |

(( Enfin je ne parle pas de la princesse! maislafemnï^ la femme! Voyons, Goncourt, n^est-ce pas, c^est indj gne? »

« Elle fait quelques pas sur le tapis, agitant derriéi^ elle la grande traîne de sa robe de soie blanche, e revient à moi : La femme! J'ai été dîner chez lui. Je m suis assise sur la chaise où avait passé M^^^^X... Duresl^ je lui ai dit chez lui : Mais votre maison est une maiso de coquines (i), un mauvais lieu, et j'y suis venue p(S vous. Oh! j'ai été dure! Je lui ai dit encore : Qui êti vous? Un vieillard impotent. Vous ne pouvez pas lement vous servir dans vos besoins... Mais quelles ail bitions pouvez-vous donc avoir encore?, .. Tenez, i'm rais voulu que vous fussiez mort Fannée dernière, voïl m'auriez laissé au moins la mémoire et le souvenir d*n h ami. Cette scène m'a fait un mal, ajouta-t-elle, en it$ saillant (2)... ! »

(1) Maison de coquines, c'était trop dire, La maison de Sainte-Beuve, to célibataire qu'il était, ne fut jamais une garçonnière, et je crois qu'on lii fait une réputation de vieux libertin bien au-dessus de ses vices. En to cas il avait trop de respect de lui -même et trop de respect des autres po' les étaler sous les yeux de M^^ Diifour ou de Mi^® Boitard, ses deux dt nières gouvernantes. Nicolardot, qui pourtant ne l'a pas ménagé, a été for de reconnaître qu'il fut irréprochable dans son intimité ». Certes il aim* beaucoup les femmes et ce livre dit assez la place énorme qu'elles ont occ péc dans sa vie, mais il les aimait plutôt pour eîles-mêmes,pour le charr; de leur conversation, pour leur beauté, pour leur esprit, que pour le pUii sensuel qu'elles procurent. A présent, comme il était très voluptueux de i nature, il est tout naturel qu'on en ait fait un coureur de guilledou, voij un (( rôdeur ». Vous savez bien qu'on ne prête qu'aux riches.

(2) En reproduisant ici ce passage du Journal des Goncourt (tome î

iin

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