‹ Sainte-BeuveChapitre 3 sur 30 · LE NOVICIAT · texte numérisé non relu

LE NOVICIAT

Charles-Augustin Sainte-Beuve naquit à Boulogne-sur-Mer, le 23 décembre 180i, quelques semaines après la mort de son père, un fonctionnaire du service public des Droits réunis, qui s'était marié à cinquante-deux ans seulement et qui mourut d'une « esquinancie »), peu de mois après cette union tardive. Le futur critique des Lundis ressemblait physiquement à sa mère : mais, au moral, il ne paraît pas avoir reproduit les traits dislinctifs $e cette personne pratique et terre-à-lerre, qui — nous le tenons de lui, — ne marqua jamais « aucune condescendance pour sa rêverie de jeunesse ». Dans le recueil de documents et de souvenirs que Troubat, — le dernier en date de ses secrétaires, — a publié sous le titre du Clou d'or , nous lisons une confidence, assez énigmatique, il est vrai, de sa plume, sur cette période de sa vie : « Il y a eu dans mon enfance, écrit-il, quelque chose qui m'a empoisonné la douceur du sentiment de famille! » Que signifie cette vague indication? Peutêtre l'enfant eut il à souffrir de l'étroitesse intellectuelle de sa mère, issue de modeste bourgeoisie provinciale, et aussi d'une sœur de Mme Sainte-Beuve, qui vivait au foyer de la veuve. Cette hypothèse trouverait sa confirmation dans un passage du roman de Volupté, récit autobiographique pour une large part, ainsi qu'on le sait : « \ un grand fonds de reconnaissance pour la bonne famille qui m'élevait, expose le héros du livre, je joignais, l'avouerai-je une secrète conscience de .supériorité de condition. Ces parents du côté iU ma mère , je les aimais, je ne me souviens d'eux qu'avec émotion : ils comptent, encore maintenant, dans le fond de ma vie ; mais ils l'ignorent, ils l'ont ignoré, ils en ont souffert et s'en sonl plaint! » Aniaury confesse en particulier ses torts vis-a-vis d'une parei marraine de sa mère — (ne serait-ce. pas une allusion a la tante dont nous venons de parlev?) — parente qu'il négligea obstinément de visiter pendant les dernières années qu'elle vécut dansiiiage, et cela en dépit des plaintes réitérées de la vieille dame :

« Partie mauvaise honte, écrit-il, partie distraction aveugle, j'étais barbare !.. M'avez-vous cru véritablement ingrat et gâté de cœur?... M'avez-vous pardonné? » Rousseau comprenait à peu près de la sorte les devoirs de l'amitié, — sinon ceux de la parenté, qu'il n'eut guère l'occasion de pratiquer — et il aurait signé volontiers ces lignes significatives qui nous paraissent jeter quelque jour sur l'attitude un peu dédaigneuse et distante du jeune Charles- Augustin à son foyer de famille. Seul, Lamartine, serviteur à tout prix de l'idéal, nous a présenté sous un jour poétique cette relation de mère à fils qui paraît l'avoir été si peu dans la réalité: il a parlé, dans sa vieillesse, du temps où il visitait le poète des Consolations dans une petite maison que le poète habitait auprès du Luxembourg avec une mère « âgée, sereine, absorbée en lui » ; et il ajoute que ce recueillement, cette mère, cette retraite, ce jardin, ces colombes lui plaisaient. « Cela me rappelait, écrit l'illu-tre enfant de la Bourgogne, les presbytères et les aimables curés de campagne que j'ai tant chéris dans mon enfance. »

Au moral, Charles-Augustin hérita donc plutôt ses dispositions de son père, car ce père fut un homme de sens droit et de jugement personnel ; nous le savons par les notes qu'on nous a conservées de lui sur les dernières années du gouvernement révolutionnaire, qui furent aussi les dernières années de sa vie; il avait tracé ces notes sur les marges d'un livre du temps (les mémoires de Riouffe) qui fut p!us tard donné par son fils, à un camarade d'études, l'abbé Barbe. Nous en mentionnerons quelques-unes parce qu'elles sont intéressantes à rapprocher des opinions auxquelles s'arrêta quelque temps Sainte-Beuve, parvenu à la maturité de sa pensée : a Montaigne, écrit par exemple le fonctionnaire observateur, Montaigne a dit admirablement qu'il faut tout faire pour le peuple et non par le peuple. Ce peu de mots renferme plus de science politique que tous les écrits de VoUaire et de Rousseau! » Voici un autre aphorisme qui procède de la même inspiration critique et désabusée : « Le comte Alfieri, italien, revenu de ses principes exagérés en démocratie, avait coutume dédire : Je connaissais bien les grands, mais je ne connaissais pas les petitsl » C'est-à-dire qu'en dépit des illusions psychologiques de son siècle et du rêve idyllique de son temps, Alfieri avait constaté dans le peuple les mêmes passions que dans les cours, et de plus anarchiques résultats de ces passions. Enfin nous signalerons, de la même plume;, une remarque profonde

sur les divers aspects de l'égalité : l'égalité civile, l'égalité devant la loi serait seule réalisable selon lui dans l'état présent de l'humanité, tandis que l'égalité politique, l'égalité dans la valeur du suffrage et surtout l'égalité économique ou la rémunération égale pour des services forcément inégaux sont, l'une et l'autre, contraires à la nature des choses et doivent fatalement aboutir au désordre : «L'égalité des droits, écrivait donc M. Sainte-Beuve le père (dans une lettre de 1791 qui nous a été conservée), est bien différente de l'égalité insensée des fortunes... L'Assemblée Nationale, avec l'égalité des droits, veut l'égalité des choses... Cette égalité, la Nature cependant la détruit à chaque pas dans ses ouvrages. Je suis de l'avis de beaucoup de personnes qui assurent qu'il y aura une réforme de la réforme dans la législature suivante (il fallut attendre jusqu'à Napoléon Bonaparte). On a trop sacrifié à la postérité la génération vivante... Il y avait des abus énormes : il fallait les détruire, les mutiler au moins, pour en empêcher la reproduction, et non point tout bouleverser! » C'est la sagesse même et Charles-Augustin, nous lavons dit, devait retrouver, vers le milieu de sa vie, cette clairvoyance. 11 ne saura point s'y fixer toutefois sans retour. Vers cinquante-deux ans, précisément à l'âge où s'éteignit son père, il commencera de revenir aux convictions de sa jeunesse, que luimême a bien souvent qualifiées de « girondines ».

Un trait de son tempérament ne se discerne pourtant ni dans l'un ni dans l'autre de ses parents, et devint sans doute la source de son génie. Il fut, comme tant d'autres parmi ses contemporains, un « enfant du siècle » à la sensibilité étrangement, douloureusement vulnérable. Dans ses premières années, nous dirat-il sur le tard, les sensations le pénétraient avec une acuité telle, que c'était comme « une fine lame d'acier qui lui entrait à chaque instant « dans le cœur! » Un témoin de son enfance nous a d'autre part appris qu'il avait « peur de tout » dans son jeune âge. 11 se défendit de son mieux .contre les surprises ou les hostilités de la vie par des minuties singulières ou même par des manies bien caractérisées dans l'agencement de son existence.

Ses enthousiasmes de précoce lecteur allèrent aux plus fidèles disciples de Jean-Jacques : Bernardin de Saint-Pierre, Florian, Nodier, Ballanche, Mœe de Krudener eurent successivement son suffrage. A un héros de roman qui lui ressembla, presque autant, sans doute que l'Amaury de Volupté — à cet Arthur dont il

esquissa la silhouette pour son ami Ulric Gultinguer qui devait plus tard reprendre et achever le portrait pour son propre compte, — il a prêté cette confidence : « Je pleurais souvent. Mon imagination, tendrement mystique, s'élevait dans la prière a des vœux de retraite et de sainteté, i> — Joseph Delorme, une autre incarnation de lui-même, parle de la piété fervente qui s'était emparée de lui avant sa quinzième année, le portant à consacrer presque toutes ses heures de loisir à la fréquentation des églises, lui dictant, soir et matin, de longues prières dont il tirait le calme et la force 1 . Enfin Amaury, son portrait le plus poussé, fut un enfant pur et pieux, ami du silence, de la régularité, du travail et de la prière, qui s'enthousiasmait pour les missionnaires de l'Inde, ces humbles et hardis confesseurs de la foi, dont il lisait avec passion les Lettres édifiantes : « Ils étaient pour moi, dit-il, ce qu'à d'autres enfants du siècle étaient les noms les plus glorieux et les plus décevants... les Barnave, les Hoche, les Vergniaud. » C'est-à-dire ceux qui deviendront à leur tour les héros de Sainte-Beuve, dans une autre période de sa formation intellectuelle.

Intelligent, pénétrant, exceptionnellement sensible et porté aux aspirations mystiques, c'est donc ainsi disposé qu'il aborda la vie personnelle et les responsabilités de l'âge adulte. Mais à ce moment, une seconde couche d'impressions, presque directement antagonistes aux premières, vint se superposer à celles-ci dans son cerveau et dans sa mémoire. Obligé de gagner sa vie, il dut faire violence à ses inclinations littéraires et entamer des études médicales. Rappelons le texte bien connu par lequel, au cours de sa vieillesse anticatholique, il a, selon nous, égaré plutôt qu'éclairé ses biographes sur les véritables racines de sa conception du monde et de la vie : « Je suis, a-t-il écrit sur le tard, l'esprit le plus brisé et le plus rompu aux métamorphoses. J'ai commencé, franchement et crûment, par le xviii0 siècle le plus avancé, par Tracy, Daunou, Lamarck et la physiologie. Là est mon fond* table! » Nous venons de voir qu'il n'a nullement commencé par la, car la vingtième année est bien loin de marquer, pour la formation intellectuelle de l'être humain, un début; à cet âge au contrair

(1) Cet effort de l'impérialisme originel dans les cadres du christi.» émotif est presque toujours un signe de distinction d'âme, un présage de victoire dans les combats de la vie, dussent-ils être menés plus tard sous de tous drapeaux que celui du Christ.

surtout dans un esprit d'élite et d'exception, bien des traits sont alors fixés qui n'auront pas lieu de varier par la suite. Ce qui reste vrai dans l'affirmation de Sainte-Beuve, c'est qu'il se prépara sérieusement vers 1823 à la carrière savante qu'il se jugeait imposée par les circonstances ; c'est ainsi que ses acquisitions mentales de cette époque l'ont aidé à dégager, à affirmer son originalité propre.

Il a été plus sincère, ou tout au moins plus clairvoyant dans l'interprétation de ses souvenirs, lorsqu'il a dit (nous empruntons cette confidence au Clou d'or de Troubat) combien la discipline du collège et du laboratoire imposa de souffrances à la disposition émotive et rêveuse de son caractère. Ce fut à ce point qu'il aurait, dit-il, péri sans faute s'il n'avait pas trouvé de remède : « Alors, je compris, poursuit-il, qu'il fallait être philosophe; et aussitôt, j'ai porté hardiment la pierre infernale aux racines trop tendres de mes sentiments. J'ai brûlé, brûlé. J'ai, en bonne partie, détruit. Je ne sais pas tout-à-fait comment on abolit les sentiments, mais j'ai des receltes sûres pour les arrêter, les ravager en moi, les empoisonner. » Il fait sans doute allusion à quelques substituts de nature grossière, tels que les accepte trop /olontiers l'amoureux de Mm* de Couaen dans le roman de Volupté. Mais ces sentiments qu'il lui a fallu combattre formaient son fonds véritable, et l'étude qu'il fit des « idéologues » ou des physiologistes avait donc en partie pour objet de corriger, nullement de soutenir ou de développer ses propensions natives.

C'est ce qu'il répète en d'autres termes, au surplus, à propos du poète Joseph Delorme, le pseudonyme qu'il choisit pour publier ses premiers vers. Delorme, dit-il dans la biographie de ce poète imaginaire qui figure en tête de son premier recueil Lyrique, Delorme ayant achevé ses études scolaires dans une institution parisienne, dut songer avant toutes choses à s'assurer le pain quotidien. Aussitôt, sa raison, fortifiée dès l'enfance par des habitudes de régularité stricte et soutenue en outre par une itnin curiosité scientifique, s'éleva d'elle-même contre ses inclinations de poète afin de les dompter : elle lui mit sous les yeux sa coédition sociale, si médiocre et si précaire; elle lui représenta qu'un joueur de lyre se faisait difficilement sa place au soleil en ces jours d'âpre concurrence vitale, et. que sa lyre devait être brisée. Après qu'il eut accompli re sacrifice, la vocation de Joseph pour la philo-

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sophie et pou/- les sciences sembla se prononcer de plus en plus; il y porta toute l'ardeur d'un converti de la veille, tout l'orgueil d'un sage de dix-huit ans. Abjurant les simples croyances de son éducation chrétienne, il s'éprit de l'audacieuse impiété du xvme siècle ou plutôt de cette adoration sombre et mystique de la nature qui, chez Diderot et chez d'Holbach, ressemble presque à une religion. N'est-ce pas là un aveu d'appétit mystique persistant, en pleiDe période de formation ?

Mais revenons à Sainte-Beuve en personne. Ses éludes médicales furent bientôt jugées trop arides par ce tempérament d'artiste, que des circonstances, tout extérieures et factices, avaient un instant jeté hors de sa voie. A cette heure décisive de sa carrière, son ancien professeur de rhétorique, Dubois, — qui devait jouer plus tard un certain rôle politique et diriger l'École Normale, — lui rouvrit des perspectives littéraires en lui demandant sa collaboration pour le journal Le Globe, où il fit en effet ses premières armes de critique. Dubois a raconté par la suite comment il alla voir un jour son élève malade et comment au chevet de son lit, il reçut la confession de ses angoisses : il constata, dit-il, chez cet enfant de dixneuf ans « une sombre mélancolie, une volupté toute sensuelle et triste dans ses satisfactions (ce qui est peut-être une réminiscence involontaire du roman autobiographique de Sainte-Beuve) et une imagination suscitée par l'élan de tous les grands poètes nationaux et étrangers. Les doctrines d'Helvétius et de Hobbes (sources des doctrines idéologiques) dévoraient cette jeune âme ! » Son maître jugea qu'une telle nourriture était loin de lui convenir puisqu'il ajoute aussitôt : « Ma philosophie déiste, puisée dans Rousseau, habituée à l'optimisme, à la résignation chrétienne, s'attendrit et attendrit en même temps l'élève qui se confessait à son ancien maître. Je lui proposai de s'essayer dans Le Globe et de chercher là une distraction à ses noires idées. » Ainsi, par un intermédiaire, l'influence déiste de Rousseau agit alors une lois de plus pour remettre sur sa voie véritable un esprit qui ne trouvait en réalité dans le xvme siècle encyclopédique qu'un « poisou » pour son tempérament spirituel.

Rappelons que ie journal dont nous avons prononcé le nom, Le Globe, venait d'être fondé par Pierre Leroux, alors simple ouvrier typographe. Ce devait être tout d'abord une sorte de « magazine », de couleur plutôt scientifique. Mais Dubois, associé

peu après à la direction de la feuille, la transforma en un instrument de protestation contre la littérature pseudo-classique de l'époque : il prétendit compléter l'œuvre purement destruclive ei. négative de la Révolution par des réédifications, par des affirmations désormais urgentes : ainsi raisonnaient vers le même temps l'utopiste Saint-Simon et son disciple Auguste Comte. L'équipe du Globe se distinguait donc à la fois des doctrinaires et des romantiques avec lesquels on fut, plus tard, tenté de la confondre. « Il semble aujourd'hui à ouïr certaines gens, écrira Sainte-Beuve dans ses Portraits littéraires (1), que Le Globe n'ait eu pour but que de faire arriver plus commodément au pouvoir MM. les doctrinaires, grands et petits... après avoir passé six longues années à s'encenser les uns les autres. » La vérité, c'est que les chefs du groupe doctrinaire, Royer-Collard, Guizot, Broglie et BaraDte se montrèrent souvent sympathiques, mais aussi fréquemment critiques aux idées défendues dans les colonnes du journal. Des jeunes gens pauvres, des talents encore obscurs, des proscrits de l'Université furent ses plus actifs rédacteurs. Quant à l'école romantique, ralliée autour de Hugo dès lors, elle ne put jamais « faire irruption » au Globe et le gagner comme un organe à elle : mais elle y trouva des intelligences; elle y recruta des alliés tels que Leroux, Magnin, Sainte-Beuve surtout : et ce fut ce dernier qui regarda du côté des poètes nouveaux, tandis que Dubois s'occupait plus volontiers des historiens. Avant 1827, toutefois — date de sa liaison avec Hugo — le carabin de la veille subit surtout l'influence de Daunou qui représentait le rousseauisme assagi du cénacle d'Auteuil. ainsi que celle de Cabanis etde Lamarck dont il avait étudié de près les ouvrages.

Arrêtons-nous un instant à ses premiers articles du Globe poui en noter l'inspiration morale fort sage, chrétienne encore et nullement romantique. Remarquons par exemple, les réflexions que lui inspira le roman de V Etrangère, signé du vicomte d'Arlincourt, un auteur à ce moment fort goûté comme on le sait. Ce livre, qui prétendait exercer sur le lecteur une action moralisatrice, mettait en scène l'amour, très byronien, d'Arthur, comte de Ravenslel, pour Agnès de Méranie, femme répudiée de Philippe Auguste : le héros de l'aventure se tuait après « s*être élevé par tous les d<

(1) I., patres 314 et suiv.

de la démence, jusqu'aux plus horribles crimes! » écrit Sainte- Beuve qui juge fort sévèrement ce récit mélodramatique. Les productions de cette espèce, insiste t-i l, ne sont bonnes qu'à égarer les imaginations faibles : elles ne s'adressent pas aux esprits sains qui ne sauraient comprendre une telle « profondeur de démence » ; aussi l'auteur n'est-il nullement en droit de prétendre, comme il l'a fait, que « plus d'un jeune homme lira son livre avec fruit ! » Non. s'il est insensé, ce jeune homme le lira avec transport et, s'il est sage, il le repoussera non sans dégoût, car ce qui est faux n'est jamais utile. Il y a même quelque chose de pervers ou tout au moins d'immoral dans ^ette falsification de la nature humaine qui nous la montre dégradée par d'indéfinissables passions, et poussée au crime par on ne sait quel vertige sans objet, qui la calomnie donc en lui prêtant ces désordres étrangers à sa constitution originelle et qui doit être considéré comme une insulte, un attentat prolongé contre les lois éternelles et sacrées de ia rai-un. Un peu plus tard, à propos des poésies erotiques de Tissot, Sainte-Beuve trace en ces termes le programme qu'il propose aux efforts des jeunes poètes de sa génération. — Sérieux et même, si l'on veut, un peu tristes, inquiets tout à la fois sur eux-mêmes et sur d'autres que sur eux, citoyens et patriotes avant tout, ces nouveaux lyriques se font un devoir de réserver, jusque dans leurs chants de plaisirs, une part à de plus nobles soucis : ils veulent en parlant de l'amour au sens erotique de ce mot) parler an--; de tout ce, qu'ils aiment. Le poète qu'ils encouragent par leur adhésion, est celui qui transporte la patrie, la liberté, l'humanité dans la passion amoureuse, qui sait relever les désirs et les tourments de la volupté par des douleurs et par des espérances d'un plus viril caractère. En un mot, le poète erotique digne de ce nom. Béranger, lorsqu'il place l'appel héroïque de la cité j usque sous l'aile de la colombe, messagère d'amour! Et si Lamartine est mentionné dans cette page, d'une inspiration austère, c'est pour être jugé trop débile et laissé aussitôt de coté avec quelque dédain. — Mais cette aUilude d'esprit va se modifier rapidement Tannée suivante lorsque le jeune savant retournera vers ses propensions d'adole>cenoe au contact de Victor Hugo, lorsqu'il laissera parler en lui l'enthousiasme, et toutes les audaces littéraires ou politiques auront son adhésion passionnée.

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