‹ Sainte-Beuve et Alfred de VignyChapitre 22 sur 37 · Revue de Paris, 15 janvier 1905, p · texte numérisé non relu

Revue de Paris, 15 janvier 1905, p

LETTRES DE SAINTE-BEUVE

« Le gentilhomme devient, en effet, fabuleux ; mais que voulez-vous ? il faut le plaindre encore plus que le blâmer. Il sera bien ravi si Le Roi s’amuse fait fiasco. C’est ainsi qu’il me paye des applaudissements frénétiques d’Othello .

« Vous, vous êtes toujours le grand poète et le bon ami... »

Sainte-Beuve à Hugo, 14 novembre. — « A propos du gentilhomme, il est revenu chez Buloz hier, insistant encore pour sa note que Buloz a définitivement repoussée. Il avait promis seulement un mot dans la chronique. Je suis arrivé hier soir à la Revue , lorsqu’il était en train de fabriquer cette note et j’en ai raccommodé la phrase de peur que sa plume n’aille trop à droite ou à gauche : cela lui sauvera peut-être une brouille qu’il redoute fort. Quant au

A ALFRED DE VIGNY

gentilhomme, il est tué moralement pour moi ; et il faudrait de terribles expiations à une telle conduite et une palingénésie complète pour qu’il me revît dans son boudoir-sanctuaire ou que son nom se trouvât dans aucun morceau signé de mon nom... »

Drôles de corps, tout de même, ces poètes. Hugo qui fait le bon apôtre, trouve moins à blâmer qu’à plaindre, s’attendrit, pardonne et s’admire, en réalité ne pardonne rien. Froidement et à jamais, il raye Vigny de ses souvenirs. Il commence par effacer son nom du panégyrique d ’Eloa, qu’il avait fait huit ans plus tôt, et le change en Milton. Trente ans après, il l’efface encore du récit de son mariage, dont Vigny avait été le témoin en 1822, et le remplace par celui de Soumet.

8o LETTRES DE SAINTE-BEUVE

Le courroux de cet homme était celui d’un dieu.

Sainte-Beuve au contraire, si indigné d’abord, si sincèrement en colère, qui parle d’ « expiations terribles, » de « palingénésie », et jure de ne plus jamais, au grand jamais, dire un mot de Vigny, — il ne se passe pas six mois qu’il ne lui écrive ce billet aussi affectueux, que si de rien n’était.

Ce vendredi [31 mai 1833].

Mon cher ami,

Je vous remercie sincèrement du plaisir que m’a fait votre joli proverbe L Votre duchesse est bien charmante, ingénue,

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