Quitte pour la peur, joué à l’Opéra, le 30 mai
A ALFRED DE VIGNY
coquette et amoureuse, embarrassante et hardie philosophe dans son ingénuité.
Le duc est parfait aussi et je regrette bien que Facteur nous ait dérobé dans son jabot plus d’un mot exquis que j’aurais voulu entendre : ce sont de ces conversations friandes desquelles on ne veut rien perdre. La moralité de la pièce est plus grave qu’il ne semble au premier abord ; c’est cette société affadie, prête à être égorgée pour être rajeunie comme Eson, c’est l’échafaud de Chénier après mademoiselle de Coulanges. Vous avez admirablement saisi et nuancé ces lointains. Veuillez complimenter de ma part la duchesse 1 si belle sous sa poudre et si naturellement à l’aise dans ce rôle gra-
i. Marie Dorval.
LETTRES DE SAINTE-BEUVE
deux. Je vous eusse cherché hier, si j’avois su où vous attdndre.
Tout à vous d’amitié.
SAINTE-BEUVE h
Vigny soupçonna-t-il jamais le petit orage qui avait sourdement grondé contre lui, entre Hugo et Sainte-Beuve ? Cette lettre n’était pas faite pour lui en donner vent. Un peu plus tard, au contraire, après bien des tourments et d’inutiles tempêtes, finissait l’amitié, un moment si ardente, qui avait uni le poète des Consolations et celui des Feuilles (T Automne. Le Ier mai 1834, Hugo écrit à Sainte-Beuve le billet désolé qui se termine par ces mots : « Adieu, mon ami.