Lettre inédite
A ALFRED DE VIGNY 83
Enterrons chacun de notre côté, en silence, ce qui était déjà mort en vous et ce que votre lettre tue en moi. Adieu. — V. »
Après cette lamentable affaire, le critique retourne vers Vigny. Sans doute il n’espérait plus guère retrouver auprès de lui l’illusion fraternelle d’autrefois. Il voulait du moins conserver et entretenir ce qui leur restait du passé. Nous n’avons plus de cette époque que de courts billets, qui n’ont d’autre intérêt que de jalonner le chemin et de montrer que les deux hommes ne se perdent pas de vue. Les voici. Le premier suit de douze jours la rupture avec Hugo.
Je n’avais pas oublié, mon cher ami, la page sur M. Ziégler, elle est faite et à l’imprimerie. Si elle n’a pas été donnée
à temps pour l’autre numéro, c’est qu’outre cet article de Lamennais à faire, je n’avais pas encore reçu le livre qui ne m’est arrivé que la veille de mai [mc] au soir, et je voulais relire Eloa.
Votre bien dévoué de cœur.
Ce 12 mai [1834].
Vendredi à 3 heures.
Je me trouve si fatigué de la chaleur que je [ne] puis aller à vous aujourd’hui, et j’ai le regret de vous avoir fait m’attendre. J’avais espéré pouvoir jusqu’au dernier moment. Il faudra, mon cher ami, que vous me laissiez vous faire réparation un de ces matins, à ma guise ; vous me verrez arriver chez vous avant l’heure où vous sortez. Mais j’ai aujourd’hui des
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douleurs d’entrailles qui m’ôtent toute force.
A vous d’amitié.
Cher ami,
Je suis à la campagne pour une quinzaine. Ma santé en avait besoin, et de misérables tracasseries dont vous avez entendu parler m’ont décidé à secouer au plus vite toute cette poussière. Mais vous, soignez-vous bien : je devois vous aller serrer la main le jour même où il m’a fallu partir. J’irai vous entendre, mon cher Poète, à mon retour.
A vous de bon cœur.
SAINTE-BEUVE L Ce dimanche [7 octobre 1834].