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C'est Girardin qui fit courir ce bruit-là

2. Champfleury fit le premier l'expérience de la censure sur les livres, qui s'exerça sans ménagement sur les siens propres. La Mascarade de la vie parisienne arrêtée dans l'Opinion nationale, les Amonrenx de Sainte-Périne, dans la Presse, la Succession Le Camus, interdite dans les gares, lui prouvèrent par la suite que la liberté politique n'est pas un vain mot.

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J'attends donc et je ne veux pas perdre le fruit de mes huit dures années d'apprentissage : ce n'est pas au moment où je me suis fait une petite place et un nom qu'il serait prudent d'abandonner. Ma place peut se perdre, mais se retrouver ; mon nom ne sera pas perdu. Ce que j'ai de travaux en préparation est immense: mon livre va paraître dans une quinzaine: j'étudie toujours et mes études me deviennent un peu plus faciles à force de relations.

Je suis comme en fusion : m'en retourner à Laon serait glacer toute cette fonte qui ne tardera pas à couler dans un beau moule.

Tâche de faire comprendre cela à Edouard : d'ailleurs je travaille beaucoup ma musique et 'e deviens fort. On dansera toujours et je me résignerai et je serai heureux de pouvoir écrire en gagnant ma vie à faire de la musique *.

Tu comprendras toi-même que si je renonçais à cette heure, jaserais un être lâche et sans caractère.

Adieu, ma chère maman, je t'embrasse, ainsi qu'Edouard et papa et ma sœur.

Réponds-moi vite.

1. Champfleury nourrissait là un rêve à la Hoffmann, et par le fait, il y avait un Hoffmann dans Champfleury, épris des mêmes préoccupations artistiques et littéraires.

31 décembre 1851.

Ma chère maman, cette lettre t'arrivera sans doute en même temps qu'Edouard que j'ai vu deux jours de suite, mais que je ne rencontrerai sans doute pas aujourd'hui.

Nous avons encore parlé de cette fameuse place qui me poursuit depuis tant d'années ; je n'y crois guère et cependant je vais faire quelques démarches prochainement.

J'ai contre moi des gens qui n'ont jamais passé par l'art, et qui ne savent pas ce que c'est; ils solliciteront volontiers pour un maître d'école, pour un juge de paix, mais pour un écrivain 1 Ah I qu'est-ce que c'est que cela ?

J'ai contre moi mon apparition dans les journaux de l'opposition, et quoique j'aie souvent écrit au bas de ces journaux le contraire de ce qu'on disait en haut, il suffit qu'on ait vu mon nom là.

J'ai contre moi que je ne sais pas solliciter ; si j'étais solliciteur, je ne serais pas celui que je suis. Qae veux-tu ? un mot dur, un regard hautain, un semblant de protection sont capables de me mettre en fureur pendant huit jours. J'aime mieux travailler.

Edouard n'a pas dû trouver à Paris les esprits

aussi bien disposés qu'il le croyait, et avant peu vous entendrez votre bourgeoisie broyée entre ie peuple, l'armée et les paysans, crier cent fois plus fort que lés socialistes les plus exaltés.

Moi je vis tranquille et ne demande qu'à vendre des livres et des feuilletons. Ma vie est maintenant bien fixée...

Je te souhaite une bonne année, ma chère maman, une année tranquille et sans maladies, ainsi qu'à papa. Moi je serais très heureux, si ma maladie d'estomac ne s'était convertie en souffrances perpétuelles du ventre. Je ne sais ce que c'est, et cependant je vis on ne peut plus calme et souvent je suis couché à huit heures: il est impossible d'être plus rangé.

Adieu, ma bonne maman, écris-moi bientôt. Remercie pour moi ma tante qui m'a envoyé un petit cadeau et sans que je l'aie sollicité.

17 février 1852.

Ma chère maman,

... Avant-hier il m'est arrivé une assez drôle de rencontre. Mon libraire, un charmant vieillard qui a les cheveux blancs et l'esprit jeune.

et qui a une vingtaine de mille livres de rentes, m'entraîne en causant jusqu'au chemin de fer. De là nous partons à Enghien où il fait construire une superbe maison de campagne et nous voilà à discuter avec les maçons et serruriers du pays. Il y avait un colombier à bâtir, on va en voir un dans une propriété voisine. Tout d'un coup je reçois un grand coup de poing sur l'épaule. — « Ah 1 te voilà ici, Jules. » Je me retourne et je me trouve en face d'un long cadavre qui n'était autre que M. M..., de Vaux, actuellement propriétaire à Enghien, constructeur de chalets suisses à louer pour la belle saison aux actrices, aux lorettes, et sans doute, dans l'avenir, membre du Conseil municipal d'Enghien.

Il appelle sa femme qui ne me reconnaît pas ; cent mille détails sur Laon qui ennuyaient mon libraire. Grand éloge d'Edouard qui, disait M. M..., est reçu maintenant dans les meilleures maisons de la ville. J'ai augmenté l'étonnement de M. M..., en lui disant qu'Edouard allait être décoré ; il est renversé et ne sait plus où le monde va.

Comme il me demandait ce que je faisais, mon éditeur l'a beaucoup étonné en lui disant que mes livres se vendaient bien. Pense que

c'était un homme à cheveux blancs, bien mis et propriétaire dans lepays,qui disait cela. M. M. ..va croire dorénavant aux grands hommes de Laon.

J'ai fini par quitter M. M..., et je ne crois pas que je le fréquenterai beaucoup malgré ses invitations ; cependant je dois au printemps aller souvent dans le pays courir à cheval avec mon libraire.

Je viens de publier un livre *■ qui a eu un grand succès ; on a presque tout vendu d'un coup. Cependant je ne suis pas tranquille. J'ai les mains liées par un traité et cela me fait peur. Toujours marcher et toujours faire un roman après un autre m'effraie. Tout cela pour arriver à vivre simplement ne suffit pas. Ma réputation se fait encore plus vite que ma fortune. Enfin j'essaierai par tous les moyens possibles.

AdieUj ma chère maman, j'ai mis les vers de papa dans un paquet ainsi que mon nouveau volume à l'adresse d'Edouard chez Prioux.

Dis-le-lui et prie-le de m'envoyer les dernières bonnes feuilles du La Tour que je n'ai pas reçues.

Je t'embrasse ainsi que papa.

Ton fils et ami.

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