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IKouveaux Lundis, t, IX

Il y mourut le G décembre 1889 ; il fut l'une des premières victimes de Tinfluenza, qui sévit cette année-là, après la fermeture de l'Exposition universelle, où Champfleury avait organisé brillamment, et avec l'esprit méthodique qu'il appliquait à tout, les produits de la Manufacture nationale.

Jules Troubat.

Paris, 18 juillet 1843.

Mon cher père.

Après la démarche que Huriet * a faite à Paris pour moi et qui paraît infructueuse, il me reste à attendre une réponse définitive de toi sur ce que tu exiges que je fasse. Je ne sais si Huriet t'a bien expliqué cette affaire de librairie, dont je lui ai parlé.

Il y a dans la rue Saint-Jacques une maison qui est connue depuis plus de vingt-cinq ans sous le nom de maison M...; les journalistes qui ont des livres à laver vont les vendre là à un grand rabais ; ainsi un critique qui reçoit deux exemplaires d'un ouvrage nouveau qui coûte 10 francs par exemple va le vendre 5 francs tout neuf. Les étudiants qui ont besoin d'argent, et le nombre en est grand, commencent par se défaire de leurs livres, et c'est toujours la M... qu'on va voir la première. Tu me diras sans doute qu'on achète beaucoup plus qu'on

l. Beau-frère de Champfleury.

ne vend ; mais les libraires du Palais-Royal vont tous les matins faire des visites dans les boutiques du quartier latin et achètent ce qu'il y a de bon. Il y a aussi les étudiants studieux qui connaissent aussi bien la boutique que les étudiants de la Chaumière, et qui aiment mieux acheter un livre de droit, de médecine ou de littérature, la moitié meilleur marché qu'on ne le vend ailleurs.

On veut vendre 8.000 francs ; il y a en magasin 37.000 volumes, ce qui les met chacun à 4 sous 1/2 à peu près ; ainsi on ne paie que le fonds véritable, on ne paie pas de pas de porte, peut-être même pourra-t-on acheter à 7.000 fr.

Si cette idée m'était venue seule en tète, on aurait pu croire que je me faisais des illusions; mais le jeune homme qui m'a proposé Taffaire, fait de la librairie depuis neuf ans ; il a vingtsept ans, et si l'on tient à ce que je ne réfléchisse pas et à ce que je ne comprenne pas le commerce, il faut bien aussi s'en rapporter aux capacités de ce jeune homme. Les gens qui raisonnent, ou qui passent pour raisonner, m'ont dit : mais ce jeune homme qui veut s'associer avec vous, n'a pas d'argent et vous exploitera ; malhieureusement ce commis, qui est un des meilleurs de Paris, a les fonds tout prêts et, s'il

m'a proposé l'affaire, c'est qu'il m'a jugé assez d'intelligence pour l'aider ; s'il me prend, c'est qu'il faut que nous soyons deux, un pour rester toujours à la boutique, et un autre pour courir, chercher des occasions de livres. Maintenant tu penseras peut-être qu'il serait difficile de vivre à deux ; mais la M... y a fait fortune; son frère veut vendre parce qu'elle est morte et que lui-même a une librairie, et de plus cette femme qui a fait une assez jolie fortune était d'une saleté, d'un désordre incroyables. De son temps on jetait les livres en tas, tellement qu'on a vendu dernièrement 2.000 volumes dépareillés, et qui étaient entrés complets dans la boutique ; et malgré tout cela elle a fait ses affaires. Ma mère me dit que je suis trop jeune pour prendre un établissement ; mais quand retrouverai-je une occasion d'acheter 4.000 francs de quoi m'établir ? je commence sérieusement à m'ennuyer de vivre dans l'attente. Huriet me dit que tu voudrais me faire entrer dans les contributions ; mais à trente ans, je pourrais bien gagner 1.500 francs. Est-ce véritablement une position ? Au Ministère, c'est absolument la même chose, et nous sommes encore loin de tenir la place...

Paris, 18 septembre 1843.

Ma chère mère,

En recevant ta première lettre pour l'abbé L..., j'ai été extrêmement satisfait, quoique ne me doutant pas de quoi il était question; la seconde lettre d'Edouard* ne m'en apprit pas davantage; cependant tout cela paraissait très avantageux et très sûr pour moi. Dans cet intervalle, ayant appris par un de mes amis l'adresse de M. L..., et voulant au moins montrer du zèle, j'y allai aussitôt ; je n'eus le temps que de causer cinq minutes, et il me donna un rendez-vous pour le dimanche. J'écrivis aussitôt à Edouard, mais comme le dimanche à 9 heures, je n'avais pas reçu sa lettre, je partis seul : M. L... me reçut on ne peut mieux, il me fit passer dans son salon ; nous causâmes à peu près une heure de littérature, de la place que j'ai en ce moment ; mais voyant qu'il n'était pas du tout question de ce dont vous me parliez dans vos lettres, je lui dis que mon père et mon frère me faisaient espérer qu'il pourrait m'étre utile. Il me répondit que certainement, il connaissait quelques

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