Saiate-Beuve allait mourir le 13 octobre
Cette guerre va encore favoriser les chroniqueurs, car le besoin de véritables gens de lettres se fait sentir moins que jamais.
Pour moi, mes projets longuement préparés et qui allaient aboutir à l'automne tombent comme de vieux plâtras...
Certainement, si j'étais plus jeune de quinze ans, je partirais pour l'Amérique ; maintenant c'est impossible *. .
Enlin j'ai encore trois mois à passer ici {à Vorges), et j'aviserai.
J'ai vu Houssaye et je lui ai fait part de votre réponse, mais il n'est pas convaincu ^ Il
1 . Un célèbre auteur dramatique, comique, et naturellement réactionnaire, comme ils ont tous une tendance à l'être, m'exprimait les mêmes pensées de désespérance, mais après la Commune et dans un moment oîi tout allait se rétablir. — « Partez pour l'Amérique », lui dis-je. — c Non, me réponditil ; j'y trouverais encore la République, j'irais plutôt en Perse... » Il reprit peu à peu ses petites habitudes... parisiennes.
2. Arsène Houssaye s'était plaint dune annotation de la main de Sainte-Beuve, relevée en regard du nom qui lui était attribué par l'auteur des Jeudis de madame Charhonneau, sur un exemplaire de ce livre, vendu, après la mort de Sainte- Beuve, à la vente de sa bibliothèque, — Arsène Houssaye s'offensait à tort et méconnaissait l'intention du critique, dont on peut lire l'article, plein de malice, sur le livre de M. de Pontmartin, dans les Nouveaux Lundis, t. III. —M. Ranc, proscrit, aimait à en citer le couplet en prose final sur Paris, que
aurait souhaité qu'on trouvât dans les papiers de Sainte-Beuve un mot d'enthousiasme pour ses écrits. Se blesser de ce que le mot charmant soit écrit au crayon par Sainte-Beuve en face du passage concernant Mélibète est réellement d'une grande naïveté et je ne vois pas Tutilité à ce que vous pansiez de telles plaies... J'ai répondu qu'une annotation au crayon sur un livre ne prouvait rien, qu'il faudrait d'abord commencer par voir l'exemplaire lui-même et qu'au surplus, note ou non, Houssaye devait juger Sainte-Beuve en toute liberté dans ses Mémoires, ia.\.vdiS qu'il a l'air de présenter comme une épée de Damoclès.
De semblables compromis, mon cher ami, seraient dangereux et n'empêcheraient pas la vérité de se faire jour. Sainte-Beuve est Sainte- Beuve et Houssaye, Houssaye. H faut laisser Houssaye juger Sainte-Beuve qui n'a rien à craindre de ce côté.
J'approuve entièrement votre projet de publication des lettres de Sainte-Beuve à la prin-
Sainte-Beuve opposait au provincialisme de ce trop célèbre li\Te : « Paris, ville de lumière, d'élégance et de facilité, c'est chez toi qull est doux de vivre, c'est chez toi que je veux mourir! >
cesse Mathilde, Très important, très curieux et en même temps bonne affaire que les
Lettres à la princesse,
cap il faut que ce soit le vrai et l'unique titre, n'y pas ajouter un mot ni une virgule. Quatre mots.
Vous n'êtes pas engagé. Dans une préface très calme, vous raconterez sommairement les faits, les calomnies et les ennuis de toute sorte qui ont décidé la publication.
Les Lettres à la princesse parurent, en effet, en 1873 (chez Michel Lévy). Elles ne répondaient peut-être pas au bruit qu'avait suscité leur réclamation, à la mort de Sainte-Beuve. Tous les journaux répétèrent en ce moment-là que je ne voulais pas rendre celles de la princesse. Flaubert vint me trouver et me dit: « J'use ma salive à vous défendre; on a dit à la princesse que vous vouliez aller publier ses lettres en Belgique... » Le préfet de police, M. Piétri, fut même mandé à Compiègne à ce sujet ; un ami, M. Deraarquay, commissaire de police aux délégations judiciaires, que je tenais de Champfleury et dont j'avais fait un ami
de Sainte-Beuve,rassura son chef hiérarchique sur mon compte et sur mes intentions *.
A tous ceux qui prenaient la peine de se déranger pour venir m'en parler, à M. Charles Giraud d'abord, le doyen de l'École de Droit, grand ami de la princesse, qui vint, presque la menace à la bouche, me réclamer ses lettres, puis à mon ami M. Demarquay, qui me connaissait et répondait de moi, puis à Flaubert, à qui je suis resté reconnaissant de son intervention bienveillante, je me bornais à répondre que Sainte-Beuve, la veille de sa mort, m'avait dit: «Si la princesse réclame ses lettres, vous les lui rendrez, et vous lui redemanderez les miennes.» Pour le moment, elles étaient sous les scellés qu'avaient fait apposer des gens qui revendiquaient l'héritage.
Les scellés finirent par être levés *, les prétendants déboutés, les lettres échangées, et je publiai celles de Sainte-Beuve, en regard desquelles il est fâcheux qu'on ne puisse pas lire les réponses ou celles qui les provoquaient.
La princesse eut peur des vivacités qui échappaient à sa plume primesautière; il y avait parfois des juge-
1. M. Demarquay était peintre, et il a fait de Sainte-Beuve un remarquable portrait posthume, qui est au musée de Boulogne-sur-Mer.
2. J'avais un excellent défenseur en M* Cheramy, qui consacre aujourd'hui les loisirs de son honorariat à reconstituer l'œuvre et la vie de Stendhal.
"272 S.MNTE-BEL'VE ET CUAMPFLÉURY
ments fort piquants et encore vrais, qui n'ébranleraient plus aujourd'hui l'empire.
Champfleury m'écrivit après la débâcle :
... Je n'ose accuser personne. Napoléon a été le grain de sable, mais pourquoi nous étionsnous donné Napoléon ?
Qu'est-ce qu'un peuple avide de conquêtes, de révolutions, qui ne sait pas profiter de sa prospérité pour attendre les progrès lents qu'amène le temps ? Nous sommes perdus par l'impatience, la vanité et la gloriole, et la nation est plus coupable que Napoléon, qui n'est qu'un détail.
J'avais rendu compte, en 1875, dans V Événement, du Secret de M. Ladureau, un livre qui peut blesser le bon goût, mais non la morale, et dans lequel Champfleury avait fait reculer les bornes de sa gaîté habi- i tuelle. Il devenait naturaliste. Les journaux bonapartistes l'avaient fort maltraité, on ne sait pourquoi, car il n'y est nullement question de politique. Je l'y avais introduite dans l'articleque je fis à V Événement , Champfleury me remercia en ces termes :
... Une simple observation, si vous voulez bien. Vos préoccupations politiques sont si grandes que vous les affichez à propos d'un livre gai, fortement secoué, il est vrai, par les feuilles bonapartistes. Mais des considérations politiques et sociales, qui pourraient embrasser un groupe d'œuvres littéraires pendant une certaine période de temps, ne devraient pas, il me semble, se faire jour dans le compte rendu d'un conte.
Flaubert, Feydeau, les Goncourt en ce sens me paraissent des écrivains de Tère bonapartiste, se rattachant à des maîtres d'une autre époque, mais venant à point sous Napoléon III, accueillis et acclamés par ses partisans, et complètement nettojyés après la fin de l'empire.
Je tiens à honneur de n'en avoir pas été, de me rattacher directement à 1840 et pouvant continuer en toute indépendance mon rôle.
Je n'ai pas été militant, je ne veux pas le devenir ; aussi heureusement, pour le présent et l'avenir, ne suis-je pas un de ces regretteurs du passé, comme ce pauvre Flaubert qui n'avait dans le ventre qu'un livre, beaucoup trop exalté, et dont la fin sera amère par manque de ressort, d'indépendance et de foi dans les époques qui vont suivre. Ces bonshommes, aigris
27i SAINTE-BEUVE ET CHAMPFLEURY
contre demain, parce qu'ils sont aigris contre eux-mêmes, regrettent les suffrages des princes et des princesses du passé : le libre jugement de la démocratie les inquiète. Voilà une vue d'ensemble que je ne vous propose pas, à cause de vos relations personnelles, mais que chaque minute qui s'écoule doit confirmer.
Quand je recevais de ces lettres-là, j'en étais, dans le moment même, consterné et bousculé : elles atteignaient, en elFet, mes relations personnelles que m'avait léguées Sainte-Beuve, avec le plus grand de tous, Flaubert, dont je ne trouve pas encore aujourd'hui le livre (il ne peut être question que deMadame Bovary) « trop exalté ». — L'opinion qu'émettait là Gharapfleury était celle de quelques vieux journalistes grincheux, et de M"^" Louise Colet, « la Muse », qui pouvait avoir ses raisons pour cela ; — mais je ne la partageais pas. — Salammbô a pu avoir les suffrages de l'impératrice, mais les princes et princesses, auxquels fait allusion Champfleury, avaient avant tout le goût qui convient aux familles dynastiques. L'empereur Guillaume n'affectait-il pas tout récemment sa haute admiration pour Racine, que venait de jouer devant lui Mi^' Suzanne Desprès? Si on lui en servait tous les soirs, il demanderait peut-être de la comédie bourgeoise et actuelle,
malgré son mépris pour la réalité ! Le prince Napoléon l'avait dit une fois à Ghampfleury lui-même : « Je n'aime pas le réalisme », et encore avait-il le goût moins classique que sa sœur, puisqu'il admettait Delacroix, et qu'elle n'aimait que la peinture historique,
— celle surtout qui rappelait l'histoire de sa famille.
— Ils n'avaient l'un et l'autre Flaubert que comme ami.
Ghampfleury donne raison, dans sa lettre, à ce que disait Sainte-Beuve des deux bohèmes, celle de 1833 et celle de 1840, dans son article sur Théophile Gautier des Nouveaux Lundis : « Dans l'un et dans l'autre groupe, un trait qu'ils ont en commun, c'est l'absence de toute passion politique. Mais, dans le monde Murger, la politique est absente naïvement et par indifférence... » J'ai connu un Ghampfleury tout autre, mûri, réfléchi, grave, sérieux, s'étant fait une instruction à lui-même, ne répondant en rien aux préventions de ceux qui ne voulaient se souvenir que de l'avoir vu dans le monde Murger ou au Corsaire. Il n'en avait gardé que son inaliénable et invincible gaîté, que je ne rencontrais pas ailleurs.
Si la lettre ci-dessus témoigne encore d'un certain détachement politique, il en ressort aussi un enseignement philosophique, tiré de l'influence des événements sur la littérature. Ghaque régime a la sienne, et c'est ce qui explique le succès des œuvres qui vieillissent par la suite. Elles sont le fruit du temps même qui les produisit. La politique les favorise, quand elle ne les
entrave pas, comme sous l'empire. La liberté de la presse, longtemps comprimée, devait donner l'essor au naturalisme, qui a fait oublier le doux réalisme de Champfleury.
Le frère de Champfleury, M. Edouard Fleury, directeur du Journal de VAisne, à Laon, a joué un rôle considérable dans le département comme publiciste.il a fait faire, en outre, par ses travaux d'érudition, un grand pas à la science archéologique de la région. Comme historien, il a laissé des monographies de Babeuf, Camille Desmoulins, originaires de la contrée, et de Saint-Just, né dans la Nièvre, mais élevé jeune, tout enfant, à Blérancourt. — Le livre d'Edouard Fleury sur Saint'Just a été l'objet d'une Causerie des Lundis de Sainte-Beuve, et d'unecritique vive d'Ernest Hamel, autre biographe de Saint-Just,mais d'un esprit tout contraire àcelui de l'historienlaonnois. — Je le dis sans prendre parti. — M.Edouard Pineau, neveu de Champfleury, a bien voulu faire un choix, pour moi, parmi les lettres que Champfleury écrivait à son frère et m'en communiquer quelques fragments essentiels.
Saint-Macaire (Gironde), 16 novembre 1870. De Saint-Macaire S je pourrai communiquer
1. Pendant le siège de Paris, Champfleury avait émigré, avec sa femme et ses deux enfants, à Bordeaux. C'étaient trois bouches inutiles de moins à nourrir, dans la capitale assiégée, où la myopie de Champfleury aurait été d'un bien faible secours. Il n'était d'ailleurs plus déjà de la première jeunesse.
plus facilement avec Bordeaux où mes études m'appellent parfois, car je n'ai pas perdu mon temps, et je travaille à un concours sur l'éducation, pour l'Académie des sciences morales...
24 décembre 1870.
... Je ne me plains que de manquer de livres, car maintenant la Bibliothèque de Bordeaux, affectée à divers services, m'est fermée, mais les livres rendent un peu paresseux, et je travaille le plus que je peux, de mon propre fonds.
Sèvres (sans date) *.
... Mon métier serait assez doux si je voulais, mais je tiens à ne pas remplir une sinécure. J'aurais surtout un énorme catalogue à faire, qui manque ; cela me demandera à peu près deux ans. Mais je n'abandonne pas mon véritable métier, loin de là. Et cette récompense, que je suis très heureux de devoir à la Répu-
1- Champfleury était devenu chef des collections de la Manufacture nationale de Sèvres.
blique,me permettra d'avancer d'un pas un peu plus sûr dans la vie, sans les préoccupations matérielles gênantes pour la pensée...
Sèvres, 15 octobre 1873.
. . . J'ai lu ton mémoire sur les Singes de Chauny , et je suis d'autant plus content que tu traites ce sujet, que j'ai recueilli diverses pièces de céramique ou dessins qui doivent, à un moment, faire partie de mon histoire de la Caricature...
Sèvres, 13 novembre 1873.
... Connais- tu les Francs-P..., poème ou aperçu historique sur la société des Francs-P..., fondée à Caen dans la première moitié du XYiii" siècle, et suivi de notes historiques (Caen, Poisson, 1853, in-12) ? J'en vois annoncé un exemplaire à 10 francs chez Rouquelte, passage Ghoiseul, dans le n° 325 de son catalogue. J'ai également un drame terrible sur la même matière, que l'ai écrit cette année. Cela paraîtra
sans doute l'année prochaine, mais le drame n'a rien d'historique'.
Une nouvelle manie a gagné les bibliophiles : les collections d'ex-libris. Les libraires, qui dépècent les volumes pour répondre au goût des amateurs, vendent cela fort cher. J'ai obtenu de t'envoyer les deux suivants...
Sèvres, 28 mars 1874.
...J'ai reçu labrochure des Singes de Ghauny, et je ne m'attendais pas à ce que Sinceny me fournît plus tard un chapitre pour l'histoire de la Caricature ; les détails sont très curieux et très nouveaux: j'en parlerai à un moment donné dans la Gazette des Beaux- Arts.
J'ai également bien des livres qui n'attendent que le printemps pour prendre leur volée.
1. Ghampflcury en a fait le Secret de M. Ladureau, une des choses les plus comiques qu'il ait écrites, mais qui font boucher le nez aux < gens de goût ».— Un jour, en chemin de fer, je voyais un monsieur qui riait à se tordre, un livre à la main : il lisait le Secret de M. Ladureau. — Cela me rappela le mot de Philippe II, voyant un homme qui riait en lisant: « Ou cet homme est fou, ou il lit Don Quichotte. » C'est qu'il y a de cela dans le Secret de M. Ladnrean.
Je demande seulement qu'ils partent avec la vivacité des hirondelles.
Sèvres, 20 janvier 1875.
... Je mets à la poste à ton adresse un livre qui n'est pas sans rapports avec tes recherches sur les Singes de Chauny ; mais, ce qui est facile à passer en archéologie, ne devient pas absolument commode sous forme de récit, et je suis assez inquiet sur l'issue de ces tentatives ^..
Sèvres, 17 décembre 1878.
... Le portrait à l'eau-forte que je t'ai envoyé n'est pas de mon fait ; c'est une attention, un peu poussée à l'extrême, de mon collaborateur Adeline, l'architecte de Rouen, qui, modestement, s'est effacé devant le préfacier '. Le livre
1. Le secret de M. Ladurean, qui venait de paraître chez Dentu, 1875,
2. Champfleury avait écrit la préface des Sculpteurs grotesques et symboliques de Rouen et de ses environs, texte et vignettes par J. AdeUne. Rouen, chez Auge, 1 vol., 1878.
28 i SAINTE-BEUVE ET CHAMPFLEURy
a du succès et il est possible qu'en le continuant pour toute la France, je te demande un jour d'entrer en collaboration avec nous pour les sculpteurs de même nature de rile-de-France. Je pense déjà pouvoir compter, pour la Vendée, sur le concours de Benjamin Fillon...
Il y a tout intérêt à confronter ces diverses sculptures qui, dans le livre actuel, me semblent plus symboliques que grotesques. Enfin, ^rofesqne a paru à mes amis de Rouen d'un effet plus piquant pour le titre. Les quelques lignes dont tu me parles, tu les trouveras dans ma Préface ; j'ai omis d'ajouter que le miniaturiste, cette explication sommaire donnée, s'était enfoncé jusqu'au col dans le symbolisme...
Royal, 7 août 1879.
... Je ne vais pas trop mal, à la suite d'une succession de rhumes et d'une sorte de bronchite, attrapée à la soirée du maréchal de Mac-Mahon ; mais j'ai le travail pénible, particulièrement celui d'imagination, et peu à peu, je verserai dans une semi-érudition archéologique, où le public veut bien me suivre, mais qui me donne à moi-même très peu de satisfaction intérieure...
Sèvres, 22 mars 1880.
... Je suis devenu tellement prudent que je n'ose publier un volume assez facétieux, tant je suis certain de ne pas réussir pour avoir un prix de l'Institut en 1881. Gela, du reste, ne m'empêche pas de travailler *...
Sèvres, 30 mai 1880.
... J'ai beaucoup regretté, en revenant de voyage, de ne pas m'étre trouvé à la maison. J'étais à l'Exposition rétrospective du Mans, et d'ici à six semaines j'e vais être en camp levé pour le même sujet à Nevers, à Bruxelles et dans quelques villes de la Belgique. Sous quinze jours, tu recevras le dernier volume de cette longue Histoire de la Caricature ^ qui n'aura pas demandé moins de dix-huit ans d'exécution. Le diable est qu'il faudra continuer à nouveau.
1. Ghampfleury n'eut pas, en effet, le prix de llnstilut, pour lequel il avait envoyé toute son œuvre, sur le conseil et l'encouragement de M. Cuvillier-Fleury ; mais il publia, en 1881, Contes de bonne humeur. Surtout noublie pas ton parapluie. 1 vol., Paris, Dentu.
2. Histoire de la Caricature sous la Réforme et la Ligne. Louis XIIl à Louis XVt. Un vol. Paris, Dentu.— Ghampfleury publia encore, en 1888, le Musée secret de la Caricature.
Sèvres, 30 décembre 1880.
... M"° Michelet, qui prépare un livre sur son mari, a pu retrouver certaines notes sur le père de l'historien, qui était natif de Laon, et chef de la maîtrise à la cathédrale ; y aurait-il d'autres documents à consulter à ce sujet ? M"" Michelet se propose d'aller au printemps ou à l'été visiter la ville, sans doute pour en donner un croquis. J'avais d'abord pensé l'adresser à Midoux, le seul artiste résidant à Laon ; mais je me suis dit depuis qu'il ne te déplairait pas de faire faire un tour de ville à M°" Michelet, qui, tu le sais, fut le collaborateur dans les dernières œuvres de son mari ; il serait plus convenable de la mettre en rapport avec toi...
Sèvres, 30 décembre 1881.
...L'an prochain ne se passera pas sans la publication de deux ouvrages importants à divers titres : un roman, le Jardin du Roy * que publiera dans sa Revue M""' Juliette Adam, et les
1. Le Jardin du Boy parut, en effet, dans la Nouvelle Revu< en 1882; il est devenu, en Iibrairie,Fannj/ J/i>iore< (chezDentu .
Vignettes romantiques, un livre de grand luxe dont l'édition ordinaire ne coûtera pas moins de 30 francs. Le deuxième passera, pour la raison qu'on ne le lira pas, à cause des images ; il est pourtant bourré de railleries jusqu'à la gueule. Quant au roman, le paravent dont il est entouré ne frappera peut-être pas le public, mais je crains que les intéressés ne crient ^
Quand j'aurai publié une comédie sociale, V Apôtre S que j'ai gardée vingt ans dans mes tiroirs, j'aurai besoin de me reposer...
Paris, 3 mars 1882.
...J'imprime actuellement les Vignettes roman- \ tiques, 30 feuilles in-4°, ce qui n'est pas peu de I chose, et offre tout le développement possible ! pour ameuter contre moi toute la gent hugolatrique. Je publie également, dans la Nouvelle Revue, un roman d'une difficulté considérable, , et dont l'auteur est presque aussi exposé qu'un
1. Les intéressés se reconnurent plus ou moins. Le Jardin ! du Roy ou Fanny Minoret était une transposition de la Manu- ! facture de Sèvres au Jardin des Plantes.