‹ Sainte-Beuve et ChateaubriandChapitre 23 sur 28 · UN ARTICLE RÉCENT SUR LE « VOYAGE EN AMERIQUE · texte numérisé non relu

UN ARTICLE RÉCENT SUR LE « VOYAGE EN AMERIQUE

Le présent volume était déjà imprimé et prêt à paraître, quand le Mois littéraire et pittoresque (décembre 1905) a publié un article très important sur l'authenticité du Voyage en Amérique.

L'auteur, agrégé des lettres et professeur dans un des grands lycées de Paris, M. Gabriel Aubray, tout en faisant Téloge personnel de ]M. Bédier, combat sa thèse avec autant de vigueur que de verve. Il adopte et fait siennes les idées qui viennent d'être exposées dans ce volume et les raisons mêmes où elles sont appuyées.

Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici ces pages vivantes, pleines desprit et de bon sens. En voici du moins une analyse et quelques extraits.

Le critique laisse d'abord entendre que tout ce beau zèle contre la sincérité du voyageur est inspiré, chez beaucoup, par l'arrière-pensée de jeter des doutes sur la sincérité du chrétien.

Je n'ai guère dit cela moi-même ; car je n'ai guère eu en vue que la tentative de M. Bédier, et je sais ÎNI. Bédier incapable d'obéir à de telles inspirations.

Mais l'observation a été faite déjà par d'autres. Elle m'est venue en particulier d'un homme connu, très considérable et très considéré. Pour lui, c'est le croyant, c'est l'apologiste qu'on poursuit dans le voyageur d'Amérique.

M. Gabriel Aubray paraît avoir la même idée. D'après cette thèse, écrit-il, « Chateaubriand est un halluciné ou un menteur... et voilà, pour discuter de sa sincérité religieuse avec M. l'abbé Bertrin. une forte présomption contre lui ».

Entrant ensuite dans l'examen du système, qui vient d'être combattu ici, il fait remarquer, comme nous, que l'itinéraire tracé par M. Bédier sort tout entier de son imagination.

« Une telle randonnée est manifestement impossible... Seulement Chateaubriand ne l'a jamais racontée nulle part. Cet itinéraire échevelé, c'est M. Bédier qui l'a fait, victime d'un jeu de textes, qui est un des moyens de la philologie les plus féconds et les plus perfides. »

Nous avons dit qu'en parlant des Natchez, Chateaubriand entend le paijs occupé par ces tribus, et non la ville, qui depuis a porté ce nom (V. pp. 202- 209). M. Bédier a bien voulu trouver cette idée « ingénieuse », mais il ne l'a pas admise ; elle ruine sa thèse '. On a vu que M. Buron y adhère absolument.

1. Il lui roconnaît cependant une véritable valeur, car il écrit (S*" article, p. 86) : « On voit la portée de l'argument; elle peut être très grande... si nulle part Chateaubriand ne s'est

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