Causeries du lundi, Garnior, 3" édit., IX, p
jNI. de Chateaubriand, à Foccasion et à propos de sa mort.
« Ma réponse, Monsieur, sera bien simple.
« Vous m'accorderez, assurément, qu'en fait de véracité je vous vaux, et vous m'accorderez ensuite que dans la cause vous ne me valez pas, puisque j'affirme comme témoin et que vous ne pouvez nier comme tel.
« Concluez, ^lonsieur.
« Il me serait facile de confirmer, si besoin était, par d'autres faits et d'autres paroles, ceux et celles que vous attaquez; car vous saurez que j'ai eu la faveur insigne de l'intimité de M. et de M""" de Chateaubriand pendant quinze ans, m'asseyant à leur table au moins une fois par semaine.
« Kn ce temps-là. Monsieur, je vous ai vu le grand admirateur du grand écrivain.
« Si vous vous étiez contenté, Monsieur, de m'accuser d'exagération, je me serais peut-être contenté de vous renvoyer le reproche, en ajoutant que l'exagération qui honore est plus excusable que l'exagération qui déshonore.» (Lettre publiée par la /?e('//e de Bi-etagne et de Vendée, septembre 18G3. p. 24()i.
Voilà la lettre où l'abbé Deguerry se serait vu obligé de convenir qu'il avait été convaincit d'inexactitude!
En la comparant avec l'analyse quen donne le destinataire, on est bien tenté de conclure, n'est-ce pas, qu'il serait imprudent de se tier en aveugle aux résumés que fait l'illustre critique de documents peu connus, — du moins quand ses petites passions sont en jeu.
UN PROBLÈME d'hISTOIRE LITTÉRAIIîE. 27
Pour ce qui regarde le fond même du débat, sur le point de savoir si Chateaubriand a gardé son intelligence jusqu'à la fin, contrairement à ce qu'a dit Sainte-Beuve, je crois devoir ajouter ici quelques observations à celles que j'ai déjà présentées dans mon ouvrage '.
La première, c'est que Sainte-Beuve n'allait pas voir Chateaubriand dans ses dernières années ; il le dit lui-même expressément -. Son témoignage ne compte donc pas ; il ne peut parler que par ouïdire.
De plus. Chateaubriand a composé l'Avant-Propos de ses Mémoires, dont plusieurs parties sont nouvelles, au mois d'avril 1846. 11 y dit lui-même : « Le 4 septembre prochain, j'aurai atteint ma soixante-dix-huitième année. » Or ces pages ne marquent aucune déchéance ; il est facile à chacun de s'en convaincre.
Enfin, M. E. Manuel, inspecteur général de l'Université, a raconté, dans une brochure, une visite qu'il fit à Chateaubriand au début de cette année 1846, avec quelques-uns de ses camarades de lEcole normale. Chateaubriand y montra, paraît-il, une intelligence très lucide, un esprit actif, vif et piquant.
Connaissant l'opinion émise par Sainte-Beuve, >f. E. Faguet n'a pas voulu s'en tenir à ce témoi-