‹ Sainte-Beuve inconnueChapitre 10 sur 12 · ŒUVRES COMPLETES DE VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

ŒUVRES COMPLETES DE VICTOR HUGO

a La poésie a trois âges , dont chacun cora respond à une époque de la société : Tode , « l'épopée, le drame. Les temps primitifs sont «lyriques, les temps antiques sont épiques, a les temps modernes sont dramatiques. »

C'est ainsi que s'exprime, dans la préface de Cromwell, l'auteur dont on annonce ici les œuvres. Ce qu'il dit de la société en général s'applique à l'âme du poète en particulier, quand l'âme du poète est complète; le triple élément lyrique, épique et dramatique s'y rencontre en germe, et s'y développe dans

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l'ordre marqué plus haut ; seulement Téchelle est moins vaste, la scène moins immense, et les péripéties n'ont besoin que d'années et non de siècles pour s'accomplir.

Une âme complète de poète aura donc trois âges, comme la grande âme poétique de la société humaine; elle débutera par l'ode et passera par la forme épique avant de se dérouler avec toutes ses puissances dans le drame.

Nous disons une âme complète de poète, car il y a des âmes hautement et admirablement poétiques qui, par une loi singulière de leur nature, sont exclusivement vouées à un mode de chant. La plupart de ces âmes prédestinées s'en tiennent au lyrisme, et dans le lyrisme à la rêverie ; aussi hautes et aussi sublimes que les âmes poétiques plus complètes, elles sont moins vastes et tiennent moins largement à l'humanité par leur base.

Bien jeune encore, et à ne le juger que par ses œuvres déjà publiées, M. Victor Hugo appartient à la famille de ces nobles âmes dans

lesquelles les divers éléments poétiques fondamentaux préexistent, coexistent et se développent dans Tordre de succession naturel et nécessaire. Il a débuté dans Tode, Ta parcourue dans tous les sens, s'est élancé dans le roman, véritable forme épique de notre époque, et arrivant au drame, lui a fait faire le plus grand pas qui soit possible dans les voies nouvelles, avant la représentation théâtrale.

Il a débuté par Pode, disons-nous, et il Ta véritablement créée en France. Ronsard n'avait fait en ce genre que des études dignes d'estime, mais assez malheureuses. Malherbe et J.-B. Rousseau, avec des qualités précieuses de pureté, d'élégance et de gravité, manquent tout à fait d'élan, de chaleur, de sentiment, c'est-à-dire de génie lyrique. Le Brun, avec une âme plus puissante, est frappé de sécheresse et de raideur; il s'est fourvoyé d'ailleurs, comme Ronsard, dans la vieille mythologie et dans l'érudition pindarique. Victor Hugo, le

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premier peut-être depuis Pindare, et précisément parce qu'il n'a songé nullement à l'imiter, a conçu l'ode dans toute sa naïveté et dans toute sa splendeur, et en a fait, non pas une œuvre de cabinet, une étude ingénieuse et artificielle, mais un cri de passion, un chant solennel et inspiré. C'est surtout dans ses odes politiques que cette impérieuse passion, cette croyance à ce qu'on aime, à ce qu'on admire, cette colère généreuse contre ce qui semble funeste et méchant, éclate avec une vigueur irrésistible et déborde avec ivresse; il est telle de ces pièces de jeune homme, qui pourrait s'intituler : la Marseillaise de la Restauration. L'art même n'y semble pour rien d'abord, tant la conviction envahit tout; mais à mesure que le jeune homme mûrit, la conviction, sans se refroidir, laisse place à l'art, et on le retrouve à son plus haut degré de perfection dans les Funérailles de Louis XVIII et dans VOde à la Colonne, chefs-d'œuvre de ces pièces solennelles auxquelles l'auteur sem-

ble avoir apposé le sceau de clôture par une Conclusion qui est elle-même une ode admirable. Victor Hugo, en effet, ne conçoit Pode politique que comme un cri violent de passion ; et puisque aujourd'hui, grâce à Dieu, les passions violentes , même les plus nobles par leurs motifs, s^apaisent au sein de Tordre dans notre belle France, le poète est le premier à briser sur sa lyre une corde désormais inutile. Mais dès la première jeunesse de Tauteur, et à côté de Tode politique, une autre espèce d'ode prend naissance, dont il est aussi l'inventeur parmi nous. Je veux parler de l'ode d'imagination et de fantaisie, de l'ode pittoresque, de la ballade. Et là encore, on peut dire qu'il a passé par tous les progrès et qu'il les a épuisés. Le talent qui, à son début, jeta comme des essais puissants mais informes , le Cauchemar et la Chauve-Souris, s'est purifié dans le Sylphe et dans Trilby,, a conquis le monde satanique par la Ronde du Sabbat, et le double ciel de l'Orient et du Nord par la

Fée et la Péri. Cette espèce d'ode, dans laquelle Tart est sur le premier plan et tient, pour ainsi dire, le gouvernail, a dû gagner singulièrement dans Tesprit de Victor Hugo, à mesure que Forage politique s'est apaisé. Les Orientales ne sont qu'un développement magnifique de cette branche féconde. Mais avant d'atteindre à cette hauteur, Victor Hugo a parcouru plusieurs degrés, dont Moïse sur le Nil et le Chant de fête de Néron peuvent être considérés comme deux échelons principaux. Désormais il serait difficile de prévoir des progrès nouveaux dans cette manière d'artiste dont le Feu du Ciel, Mazeppa et les Fantômes sont le dernier mot. Nous venons de constater deux espèces d'odes dont la création en France appartient à notre auteur; il s'est encore exercé dans une troisième espèce, pour laquelle il rencontre d'illustres et chers rivaux parmi les contemporains, dans l'ode personnelle et rêveuse. Non pas que Victor Hugo ait pris soin d'isoler ses odes politiques

et pittoresques de tout sentiment personnel, rêveur et mélancolique. Sa muse, au milieu de sa fatigue et de ses luttes civiles, ou bien au sein des régions éclatantes et sous le soleil de l'imagination et de la féerie, revient souvent se replonger aux sentiments les plus intimes de rame, et y puise une fraîcheur nouvelle :

témoin son délicieux Novembre, Mais aussi quelquefois elle ne sort pas de Tâme ; elle s'y renferme absolument, et npus en révèle par des chants plus doux les plus secrets mystères. Une telle espèce d'ode tient au cœur même du poète et doit durer tant que ce cœur continuera de battre. Victor Hugo s'y est livré dès les premiers temps , il n'y renoncera jamais ; ce sera pour lui comme l'asile du foyer domestique, auquel on revient toujours avec plus de bonheur après une excursion plus longue.

Pour nous résumer sur le talent lyrique de Victor Hugo, nous dirons que, l'ode politique étant close par lui , l'ode rêveuse lui étant commune avec d'illustres rivaux, et en parti-

culier avec Lamartine, sa spécialité la plus propre et la plus glorieuse est Tode pittoresque ou d'imagination, dont les Orientales lui assurent le sceptre parmi les contemporains.

Une remarque importante, et qui ne peut trouver place ici qu'en passant, s'applique à ces trois espèces d'odes, telles que les a exécutées Victor Hugo. C'est qu'indépendamment du fonds d'idées et de sentiments qui les distingue, une seule et même forme poétique, inépuisable en richesses et infinie en variétés, les embrasse et les caractérise. En fait d'odes, Victor Hugo a créé la forme et le fond. On a dit, et avec raison, que depuis Ronsard aucun poète français n'avait inventé autant de rythmes que notre jeune contemporain. C'est un savant architecte en constructions lyriques; et sous ce rapport il est difficile de dire où il s'arrêtera, car les combinaisons sont à l'infini, et les difficultés d'exécution qui les limitent semblent nulles et disparaissent devant sa souplesse puissante.

Mais l'élément lyrique n'est pas le seul qui se rencontre dans le talent de Victor Hugo.

L'époque moderne est dramatique avant tout, et lui, il est, avant tout, poète de l'époque moderne. H an d'Islande y si remarquable par la profondeur d'analyse de certains caractères, par d'admirables contrastes de fraîche pudeur et d'atroces cruautés, et par une étonnante fidélité de couleur et de physionomie locale, Han dislande serait encore le roman le plus fortement noué et le plus dramatique de notre littératiu-e, si Cinq Mars n'existait pas. Là, chaque chapitre s'organise en scène et vit d'une vie propre; c'est un roman qui se déroule à travers une série de petits drames.

Han d* Islande prépare CromwelL

Dans Bug'Jargaly le romancier, avec la même originalité de caractère et la même fidélité de pinceau, a poussé plus avant l'analyse de l'âme humaine et de ses passions les plus étranges, mais sans chercher à relier son roman en drame. A une époque où l'imitation de

Walter Scott est presque une contagion nécessaire, même pour de très hauts talents, Victor Hugo s'est tenu à Tabri du soupçon par une diversité de manière incontestable. Le Dernier Jour cPun condamné^ roman d'analyse, dans lequel toute la scène est psychologique, et dont les événements sont des idées, des sensations et des rêveries, se sépare encore plus complètement de la manière de l'écrivain écossais. Si jamais, comme il est probable, Victor Hugo se décide à porter sa puissance de combinaison romanesque sur une époque historique, il sera bien prouvé du moins qu'il n'y vient pas sur les traces d'autrui, et que là, non plus qu'ailleurs, son originalité n'aurait pas eu besoin de modèle (i). Le roman d'analyse, tel que l'ont exécuté d'habiles écrivains de nos jours, a été jusqu'ici touché presque seulement avec grâce, discrétion, finesse et douce mélancolie ; quand d'ora-

(i) M. Victor Hugo termine en ce moment un roman historique, qui aura pour titre : Notre-Dame de Paris,

geuses passions y ont été retracées, comme dans Werther et Renê^ c'a été presque toujours une seule et même passion sous diverses formes, le vague d'un jeune et grand cœur qui ne trouve point ici-bas son objet; mais je ne sache pas qu'on ait encore analysé avec tant de profondeur et de précision des sentiments humains à la fois aussi intimes et aussi positifs qu'en ce dernier roman de Victor Hugo; jamais les fibres les plus déliées et les plus vibrantes de l'âme n'ont été à ce point mises à nu et en relief; c'est comme une dissection au vif sur le cerveau d'un condamné.

L'impression produite par le Cromwell est toute fraîche et récente; que dire là-dessus qui n'ait déjà été dit? L'esprit du poète, arrivé à une virilité complète, a senti le besoin d'aborder les choses de la vie et de s'y appliquer. Mais chemin faisant, et du premier coup, il s'est créé un admirable instrument dramatique qui va désormais lui servir en toutes les œuvres de ce genre. On voit que je veux

parler du style et du vers de Cromwell, véritable style et véritable vers du drame moderne, qu'on ne retrouve précédemment en France que chez Molière, et encore exclusivement borné à la comédie. Quand Tauteur en composant Cromwell n^sMT^ît réussi qu'en ce point, ce serait déjà un gain immense et une conquête féconde, condition préalable de tous progrès à venir. Est-il besoin de rappeler à combien d'autres titres Cromwell se distingue des essais jusqu'ici tentés dans la nouvelle voie? C'est la première fois surtout que l'école romantique prouve que ce qu'elle entend par vérité de mœurs et de langage n'exclut nullement la poésie, et qu'elle s'absout victorieusement du reproche de prosaïsme auquel d'estimables et piquantes productions n'avaient pas toujours suffisamment répondu. Il resterait même à savoir si le lyrisme, qui a comme occupé tout le premier âge poétique de Victor Hugo, n'empiète pas ici un peu trop sur les limites du second, et si quelque chose de plus

sévère et de plus contenu ne sied pas davantage au tableau mouvant des choses de la vie. La représentation, au reste, peut seule éclairer ces points délicats; et nul doute que, si elle s'ouvre prochainement aux œuvres nouvelles, comme tout le fait espérer, Victor Hugo ne soit pour notre scène moderne un de ces solides ornements et de ces astres splendides auxquels il est donné de briller longtemps et de s'éclipser eux-mêmes bien des fois. Aux gens qui nous demanderaient des preuves à l'appui de si belles espérances, nous nous contenterons de répondre : Attendez peu d'années encore. C'est par le succès seul qu'on les réduira au silence, et qui sait même s'ils ne s'aviseront pas de le nier? D'ailleurs, quoique le moment de la crise dramatique approche, il n'y a pas de temps perdu jusqu'ici. Le drame appartient à l'âge de la virilité la plus mûre. Or, le dix-neuvième siècle est bien jeune encore, et Victor Hugo est plus jeune que le siècle.

« Tout poète doué d*un génie original », a dit « Wordsworth, qui tient le mot de Coleridge, « est obligé de naturaliser parmi ses contem- « porains le genre d^esprit et de goût propre à « le faire apprécier, et de se créer lui-même « un public intelligent et sympathique. » Ainsi a dû faire M. de Chateaubriand, au commencement du siècle; ainsi fait aujourd'hui Victor Hugo. Il a débuté et grandi au milieu des attaques et des clameurs; de jour en jour, cette portion, d'abord infiniment petite et çà et là dispersée, d'admirateurs ardents et sincères, s'est grossie, s'est ralliée, et aujourd'hui chacun de ses chants trouve des milliers d'échos dans la jeune France. Ce public contemporain du poète marche avec lui et le porte à la gloire. Déjà les effets sont manifestes; le poète tant attaqué est lu de toutes parts; la critique s'irrite contre chaque œuvre nouvelle, et les éditions s'en multiplient, et des traductions s'en impriment en Angleterre, en Allemagne, en Suède et en Russie. La faveur,

qu'il n'a jamais recherchée, lui arrive comme

une justice.

Comme complément à ce curieux épisode d'histoire littéraire, recueillons ici un autre détail inconnu relatif aux relations de Sainte- Beuve avec Victor Hugo. Une lettre que ce dernier lui adressa le 17 mai 1832 (i) se termine par ces mots :

a Maintenant, vous serait-il possible d'ajouter à votre admirable article une page, n'importe où, à la fin par exemple, pour parler de l'édition en elle-même (2), des nouvelles pré-

(i) Correspondance de Victor HugOy t. I, p. 288, in-8*, Calmann Lévy, 1896.

(2) L'édition Renduel de ses Œuvres complètes, qui parut en vingt-sept volumes, de 1832 à 1842.

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faces, notamment de celle du Dernier Jour (tun condamné^ qui a quelque étendue, sinon quelque importance, et pour dire que, lorsque la réimpression nouvelle de Notre-Dame de Paris paraîtra, le journal en reparlera, ainsi que des trois chapitres nouveaux, qui sont très longs, et où figure Louis XI? Ceci est dans l'intérêt matériel de la chose et du libraire. Pardon! Si vous y consentez, écrivez-moi s41 est nécessaire que je vous renvoie l'article , ou si, au contraire, vous pouvez faire cette addition sans cela, et me l'envoyer assez promptement pour que la remise du tout à M. Bertin ne soit pas trop retardée.

« IPardon encore, et mille fois merci.

« V[iCTOR Hugo], d

Or, c'est de l'article ayant trait aux Romans de Victor Hugo, placé maintenant dans le tome premier des Portraits contemporains^ qu'il est question dans ces lignes, et jusqu'ici

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personne n'a fait connaître dans quel recueil ou journal il fut primitivement inséré. Ce silence s'explique d'autant mieux, que la version originale de ces pages parut dans le Journal des Débats du 24 juillet 1832, portant seulement quelques points pour toute signature. Peutêtre faut-il chercher la raison de cet anonymat dans la lettre même de Victor Hugo, demandant à son ami d'ajouter un dernier paragraphe au texte de son « admirable article ». Sainte-Beuve s'exécuta, mais il ne signa pas le morceau, et lorsqu'il le réunit pour la première fois à ses œuvres, c'est-àdire en mai 1836,. dans le tome deux de ses Critiques et Portraits littéraires (i), il supprima l'ajouté sollicité. Ce dernier, qui, lui aussi, va revoir pour la première fois la lumière, termine l'article dans \t Journal des Débats.

Voici ces quelques lignes :

(i) In-8**, chez Renduel.

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c Nous n'achèverons pas sans signaler au public les perfectionnements notables et les additions importantes qu'offrent ou qu'offriront les divers écrits de l'auteur dans la pré* sente édition. Parmi les nouvelles préfaces, celle du Dernier Jour d'un condamné forme, par son étendue et la vigueur des développements, un digne préambule au récit. Lors de la livraison prochaine [, composée] de Notre- Dame de Paris, on remarquera trois chapitres inédits fort longs, qui faisaient partie du premier travail de l'auteur, et dans lesquels Louis XI figure. Il sera piquant de comparer le Louis XI complet de M. Hugo avec les autres portraits récents que nous connaissons de ce roi. En un mot, la publication dont il s'agit, en ajoutant quelque chose au mérite de chaque ouvrage, doit en rajeunir et en multiplier le succès.

La lettre de Victor Hugo citée plus haut prouve que les pages de cette étude recueillies par leur auteur, quoique portant en volume la date de juillet 1832, étaient déjà écrites au mois de mai précédent.

Enfin, en mai 1836, les relations et les appréciations des deux anciens amis ayant subi les altérations que Ton sait, Sainte-Beuve indiqua discrètement cette modification par les quelques phrases suivantes, ajoutées à cette date, et qui terminent depuis lors le paragraphe précédant les deux derniers de Tarticle actuel. Cette intercalation, complétée en même temps par la note ci-dessous, telles sont les uniques adjonctions faites au texte primitif. Après les mots : a Gringoire nous promet, au nom de Victor Hugo, bien des romans, »

on lit désormais :

c II nous les promettrait plus attrayants encore, si quelque affection modérée humanisait davantage , interrompait parfois et

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liait entre elles ses humeurs bizarres (i). »

On retrouve dans son refus de signer un travail où tout n*était pas spontané , puis dans la suppression de ses lignes de complaisance lors de la réimpression du morceau, cette conscience d'écrivain, cette notion élevée de la mission du critique, dont le maître ne se départit jamais sciemment. On le sait aujourd'hui, l'amitié n'était pas seule en cause lorsqu'il écrivit le paragraphe demandé. C'est d'ailleurs, pensons-nous, le seul exemple qu'il ait jamais donné d'une semblable faiblesse, c'està-dire de faire siennes des appréciations émanant d'autrui, chose fort différente du fait de prêter son concours à ses amis en rédigeant à leur place, soit à propos de matières quel-

(i) a Qu'on se rappelle un moment le mélancolique Jacques de Comme il vous plaira de Shakespeare, et l'on sentira combien, chez le personnage créé par celui-ci, V affection parvient à lier avec charme les résultats ironiques de l'expérience, et toutes sortes d'ingrédients divers. »

conques, soit sur des sujets où l'on est d'accord avec eux. Depuis lors, lorsqu'on essaya d'obtenir de lui un jugement imprimé autre que celui dicté par ses propres opinions, en toutes circonstances il défendit courageusement envers et contre tous sa liberté de plume. Aussi la mémoire de Sainte-Beuve, — en tant que juge suprême au Tribunal des Belles- Lettres, — demeurera-t-elle entourée d'une légitime considération, car il sut associer un talent supérieur à ces mérites, peut-être plus rares encore : une conviction raisonnée et une probité absolue dans l'énoncé de ses arrêts littéraires.

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