‹ Sainte-Beuve inconnueChapitre 9 sur 12 · Cromwell (deuxième édition · texte numérisé non relu

Cromwell (deuxième édition

9 et 10. Notre-Dame de Paris (première édition).

(i) Cette cinquième édition, avec de nouveaux titres, n'est autre, nous apprend M. Vicaire, que la quatrième, publiée chez Gosselin en octobre 1828, portant aux faux titres, comme les Orientales : « Œuvres de Victor Hugo. » Ces deux ouvrages sont donc les seuls parus de l'édition projetée.

Notons que, sans parler des Orientales, mises au jour seulement à la même date que le Prospectus qu^on va lire, celui-ci s'exprime aussi sur le Dernier Jour <Vun condamné comme s*il s'agissait d'un ouvrage antérieurement publié, alors que sa première édition est postérieure de plusieurs semaines à celle du morceau qui nous occupe. Quant à Notre- Dame de Paris f elle ne parut que deux ans plus tard, en mars 1831, toujours chez l'éditeur Gosselin. Quelques mois après, un autre ouvrage célèbre fut encore publié chez le même libraire. Nous voulons parler de-i« Peau de Chagrin, par Honoré de Balzac. Les deux œuvres étaient composées presque en même temps à l'imprimerie Cosson, et l'aspect typographique de leur première édition est identique.

Une note curieuse de Quérard, à laquelle M. Vicaire fait allusion plus haut, — note vraiment inouïe lorsqu'on là lit en négligeant de se rappeler la date de ce factum et l'état

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d'esprit des classiques lors de l'avènement du romantisme, — nous fait recueillir id le libellé complet de l'en-tête du prospectus retrouvé.

Il porte en grandes lettres : a Souscription. — Œuvres complètes de Victor Hugo. — Prospectus, » et se termine par les mentions suivantes : a On souscrit à Paris, chez Charles Gosselin, etc., Hector Bossange, etc. Janvier 1829. »

La note de Quérard est insérée, comme on sait, dans le tome quatre de la France littéraire ^ publié en 1830. Voici cette incroyable diatribe :

« Les Œuvres complètes de ce réformateur littéraire, devant se composer de dix volumes in-octavo ornés de vignettes, ont été promises en 1829 aux amateurs du beau romantique; mais, jusqu'à ce jour (fin de juin 1830), rien n'a paru; les souscripteurs, pour l'honneur de notre littérature, se sont trouvés en trop petit nombre. »

POUR LES ŒUVRES DE VICTOR HUGO i6i

Expliquons maintenant l'origine de toutes ces confusions, ayant eu pour point de départ, nous Tavons dit , Finexactitude du premier renseignement donné par Sainte-Beuve luimême. Sa note affirme, en effet, que son prospectus parut sous la sigjiature d'Amédée Pichot. D'autre part, Victor Hugo, dans sa lettre à M. Gosselin, proposait qu'il fût signé de deux initiales quelconques, — autres que celles de Sainte-Beuve, — ou d'un nom réel complet.

Ces combinaisons inusitées furent certainement discutées entre eux trois, et l'accord dut s'établir, en principe, sur le nom d'Amédée Pichot. Les Œuvres de Lord Byron (1823- 1825), parues chez Ladvocat en huit volumes in-octavo, « édition entièrement revue et corrigée par A. P....t, » et accompagnée d'une Notice par Charles Nodier, fournissent d'ailleurs la preuve qu'Amédée Pichot ne signait pas toujours en toutes lettres les travaux dont il était néanmoins l'auteur, car cette publication, où son nom est incomplètement indiqué,

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lui est universellement attribuée dans tous les manuels bibliographiques. Ma^s, à cette occasion, il n'accepta sans doute pas la solution signalée plus haut. Il fallut sûrement en revenir alors aux initiales, et se résoudre à l'emploi de ce dernier moyen, tel qu'il fut appliqué, — expédient auquel personne n'a songé jusqu'ici, — c'est-à-dire prendre, tout semble l'indiquer, non les premières initiales du nom complet choisi, mais les dernières lettres de ce nom, vraisemblablement de façon à rendre impossible une tentative quelconque de réclamation ou de protestation. En tout cas, ainsi fut fait, et le prospectus porta pour signature, au moins dans l'intention des intéressés, le nom d'[Amédé]e [Pichojt, autrement dit d'E. T.

Telle est la clé de ce petit mystère. Probablement le nom du signataire primitivement choisi demeura seul dans la mémoire de Sainte- Beuve, qui dut, en conséquence, oublier le détail ci-dessus. L'auteur des Causeries du Lundis presque toujours si précis lorsqu'il s'agit

des autres, n^est d'ailleurs pas plus exact à propos du mot de Wordsworth , qu'il prétend être a cité sur Shakespeare » dans son texte. Il se peut que cette phrase de Wordsworth ait trait au grand dramaturge anglais dans l'ouvrage d'où Sainte-Beuve doit l'avoir tirée.

Mais rien né l'indique dans son morceau, où le nom de Shakespeare n'est même pas imprimé une seule fois.

Il résulte de tout ce qui précède que le Prospectus des œuvres de Victor Hugo, signé en toutes lettres : Amédée Pichot, ne peut donc manquer à la Bibliothèque Nationale, puisque ce prospectus, — pas plus que l'édition complète des Œuvres^ — n'a jamais existé. Mais celui qu'on va lire, celui signé : E. T., elle doit le posséder, puisqu'il a été régulièrement déposé.

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