PREF XXXVII
avoir à répondre de lui qu'à lui-même et à ne relever que de sa propre conscience, et il se souvint toujours d'avoir été Joseph Delorme dans sa jeunesse. Il ne s'en repentait môme pas, car elle est de lui cette dédicace écrite de sa main dans les tout derniers jours de sa vie sur un exemplaire de ses Poésies : « Amico R. de Chantelauze hœc juvenilia senex, nec tamen pœnitens, Saikte-Bedye. »
M. Jules Janin a commis encore cette banalité, de prétendre que M. Sainte-Beuve se serait converti à la foi catholique, s'il avait été témoin des effroyables événements de 1871. Je crois, moi, au contraire, qu'ils l'auraient confirmé de plus en plus dans ses principes de liberté de pensée, où ne régne aucun fanatisme, et où les opinions sont basées sur la raison. Il eût été peut-être de meilleur goût à l'Académie que l'auteur de Porl-Roydl ne reçût pas ainsi la leçon de son successeur, pour des questions qui touchent aussi profondément à la liberté de conscience. Dans tous les cas, ce n'est pas, on peut le croire, la mort de l'archevêque de Paris, qui aurait pu opérer le miracle prédit par Janin. Plus d'un archevêque de Paris est mort de mort violente, de nos jours. Mais il y avait, à côté de l'infortuné prélat, un noble exemple qu'il semblait plus naturel et plus logique d'invoquer, puisque les événements de Paris devaient entrer pour quelque chose dans le discours de M. Janin. C'était celui du courageux président Bonjean, collègue de M. Sainte-Beuve au Sénat, et défenseur comme lui de
la Libre-Pensée.