XLII PREFACE
Où diantre M. Janin a-t-il vu dans ce livre tant de chapelets s'agiter? Et comment trouvez-vous cette science (la science de Sainte-Beuve, probablement) unie à tant de malheurs (les malheurs de Port- Royal)? Que signifie cet assemblage incohérent et baroque? « Quand je lis Janin, avait coutume de dire Gustave Planche, je me figure toujours qu'il a dû commencer par jeter dans un chapeau tous les mots qui composent son feuilleton; il les y pêche ensuite un à un, au hasard, et les malheureux mots s'arrangent comme il leur plaît, a C'est à se demander si M. Janin a eu recours, pour parler de Port-Ro\jaL à ce procédé un peu leste. On n'est plus surpris qu'il ignore quand et comment cet ouvrage a été composé, car on finit par se persuader. au pêle-mêle et à la bizarrerie de sesjD ments, qu'il n'y a jamais jeté les yeux.
M. Janin avait perdu de vue son modèle, il ne rayait pas suivi dans la vie et. a une légèreté inconcevable, il avait négligé d'étudier son œuvre. Commenl cependant
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arriver à faire un bon portrait, à saisir la ressemblance d'une physionomie, à en exprimer le caractère, si Ton n'a fait que l'entrevoir dans les rencontres rapides et insuffisantes de la vie publique ou des réunions mondaines?
Sans doute, h trop vivre dans Fintirnité d'un homme supérieur, il va, pour l'écrivain qui se propose de le peindre ou qui s'y trouve amené plus tard, un danger réel, celui d'être séduit, circonvenu, de demeurer sous le charme. Les circonstances, eu me séparant de Sainte-Beuve après plusieurs années d'une fréquentation quotidienne, m'ont permis d'échapper à ce péril; elles ont rendu à mes impressions et âmes jugements une liberté, une fermeté que peut-être sans cela ils n'auraient pas eues au même degré. Engagé pour mon compte dans la critique active, suivant une ligne, non pas opposée, mais différente, j'ai pu choisir mon point d'observation, prendre ma distance, faire mes réserves. L'intimité longtemps partagée me donnait Texplica-
tion de certains procédés littéraires et me mettait en mesure de contrôler efficacement la méthode employée.
C'est ainsi que j'ai été conduit à écrire sur Sainte-Beuve un livre qui, malgré des louanges très-méritées, n'est pas un panégyrique et encore moins, en dépit de sévérités nombreuses, une condamnation. Parmi ceux qui ont connu le maître, d'autres sans doute lui rendront témoignage; je lui devais le mien et je l'ai donné aussi complet que cela m'a été possible. Effacer tout à fait ma personnalité en une matière si intime eut été enlever à cette étude une garantie et un attrait. Je ne me suis donc pas désintéressé de mon sujet plus que cela n'était convenable; mais je crois y avoir porté assez de circonspection et de discrétion, un assez grand amour de l'exactitude à tout prix, pour avoir le droit d'inscrire au seuil de ce volume le mot qui servait de devise, de cache! à Sainte-Beuve : Truth, ce qui en lais si
l'iil MIÈHE PARTIE