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PRÉFACE. XXV

sensible depuis 1835. L'article intitulé Dix ans après en littérature, et inséré le 1er mars 18i0 à la Revue des Deux Mondes, a pour moi la môme signification que la Fontaine de Boileau pour M. Fournier. Toutefois ce n'est pas sur cette différence de trois ans que j'insiste. Elle est au fond trop peu importante pour donner lieu à une réclamation, et des conclusions qui se rejoignent à si peu de distance, se confirment plutôt qu'elles ne s'infirment.

Le point précis où je me sépare de M. Edouard Fournier, c'est lorsqu'il voit dans le succès de la Lucrèce de Ponsard et dans l'échec des Burgraves, représentés au printemps de 18 13, la cause de la désertion de Sainte-Beuve, de son passage du camp romantique dans le camp classique.

a La chute des uns (les Burgraves), écritil en termes exprès, qui marquait une éclipse du romantisme, et le succès de l'autre (Lucrèce), qui semblait un renouveau du classique, avaient changé le vent sur les sommets littéraires.

PREFACE

a Sainte-Beuve, toujours alerte à voir d'où il venait, y tourna son aile et, comme premier hommage au navire noblement relevé dont ce vent gonflait la voile, il livra à son souffle le feuillet léger de YEpltre à Boileau. caresse de. bienvenue au classique ressuscité, adieu discret au romantisme tombé. ))

J'avoue avec tristesse que Sainte-Beuve n'a jamais eu pour les vaincus une passion bien opiniâtre, et qu'une fois au moins dans sa vie il s'est mis trop délibérément a du côté du manche. » Mais dans la circonstance dont il s'agit et en considérant quelle était sa disposition morale en 1843, je persiste à croire que la rupture était déjà consommée, et que le succès des Burgrwes n'eût rien changé à l'opinion qu'il se faisait des nécessités et des ressources littéraires du moment. Ajoutons que Ponsard.

auquel les admirateurs et les pair.) us n'ont pas fait défaut, n'a jamais eu dans Sainte- Beuve un chaud partisan. Le fin critique n'a pu se résignera voir en lui pour la lit-

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térature française, ou seulement pour Fart théâtral, un Messie ni môme un saint Jean- Baptiste.

Lucrèce n'avait pas à convertir un homme qui, sauf l'éblouissement (THemani compliqué de camaraderie, avait toujours tenu le théâtre romantique en médiocre estime et accueillait aussi froidement Chatterton que Marion Delorme. En vingt endroits de ses écrits Sainte-Beuve a exprimé hautement cette pensée, que le romantisme, triomphant dans la poésie lyrique, est resté audessous de lui-même à la scène et n'a pas su créer une littérature dramatique. Mais cela ne le rendait pas plus favorable aux essais des néo-classiques, et de Fécole du bon sens. Ponsard ne Ta consolé ni dédommagé de rien, et je crains bien qu'il n'ait commencé à goûter Augier qu'à partir des Lionnes pauvres ou du Mariage d'Olympe.

Dans son feuilleton, M. Edouard Fournier aborde un point plus délicat et sur lequel la discussion est malaisée. Selon lui,

le rude accueil fait à Sainte-Beuve lors de sa courte apparition dans la chaire de poésie latine au Collège de France, portait principalement sur le croyant, sur le chrétien, sur Thistorien convaincu de Port-Royal.

Puisque cette interprétation s'est présentée à un esprit aussi distingué que celui de M. Fournier, c'est que probablement elle a sa raison d'être. Je confesse que pour mon compte je n'y avais jamais songé, et que je ne puis en aucune fa^on l'accepter. J'ai tâché précisément dans la troisième partie de cette étude d'analyser les éléments dont se composait la foule hostile au professeur. Je n'ai pas pensé à y chercher des athées, et j'ai peine à me persuader qu'ils fussent nombreux. A prendre les choses plus simplement, Sainte-Beuve fut sifflé parce qu'il était critique et impérialiste, parce que les amours-propres blessés et les rancunes politiques trouvaient là une occasion unique de se satisfaire et ne se sentaient pas disposés à y renoncer. Pour regagnera courte échéance la laveur publique, il aurait fallu

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