INTRODUCTION
dans Fintimité de Sainte-Beuve, M. Séché exprime son regret de l'avoir jugé trop hâtivement. « J'ai ouvert, dit-il, une enquête aussi sérieuse que possible pour savoir s'il méritait, et dans quelle mesure, la mauvaise réputation qu'on lui a faite... Autant son esprit était changeant, autant son cœur était fidèle. Et de ce que notre critique trahit une seule fois l'amitié par amour, et l'amour par gloriole et par haine, on aurait tort d'en conclure — comme je l'ai fait un peu légèrement dans mon Vigny — qu'il trahit tout le monde (1). »
Nous nous posons comme but, dans l'ouvrage qui suit, d'analyser la personnalité intime de Sainte-Beuve. Nous voudrions donc faire sa biographie intérieure, démêlant ses mérites et ses erreurs et signalant les mobiles profonds qui déterminèrent sa conduite. Dans cette intention, nous serons amené à négliger certains livres qui ne nous fournissent pas de renseignements capitaux sur l'homme; nous n'étudierons pas en détail Tœuvre critique de Sainte-Beuve avant les Lundis, Ce travail, aussi bien, a déjà été accompli avec beaucoup de soin par M. G. Michaut, auquel nous sommes redevable pour maints détails caractéristiques. Dans la période qui précède les Lundis, l'œuvre poétique et la correspondance de Sainte- Beuve nous fournissent d'abondantes lumières sur sa vie intime. De même, dans l'analyse des Lundis et des Nouveaux Lundis, nous nous sommes attaché seule-
(1) Léon SÉCHÉ, Sainte-Beuve, t. 1", p. 6.
ment aux fragments où Fauteur se révèle lui-même.
Notre espérance serait d'ofiFrir au public français un portrait détaillé et fidèle, indulgent sans parti pris, clairvoyant sans rigorisme. La justice absolue est impossible à notre humanité, Teffort pour Tatteindre doit cependant être tenté.