‹ Sainte-BeuveChapitre 10 sur 31 · PORT-ROY AI · texte numérisé non relu

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encore que je ne le lémoif|ne et que je ne la cullive. La meilleure façon de rruondre à ces sortes d'affortions sorait, je me le dis, (rentrer dans los sentiments tout sérieux qu'elles vous souhaitent |)()ur votre honlieur; et tant qu'on en est bien plus loin qu'on n'ose l'îivoncr, il semble alors qu'on doive mettre, par respect même, une discrétion extrême à ces amitiés qui seraient si précieuses, et qui le sont puisqu'on croit déjà les posséder. Mais, je vous le répète, le respect même du fond fait (ju'on est plus discret dans les témoignages (l)'^

Sainte-Beuve avouait se sentir trop peu sérieux pour devenir l'ami intime de son correspondant; la haute valeur morale de Vinet l'intimidait et l'attirait tout à la fois. Si le penseur vaudois ne parvint pas à convertir le critique parisien, il exerça cependant une forte influence sur lui. Après l'échange d'idées que nous venons de citer, Sainte-Beuve se rend chez Vinet fréquemment; la bonté et l'intelligence de cet ami le séduisent; son àme endolorie par son récent chagrin se détend; il confesse ses fautes. A la date du 25 février, Vinet écrit dans son journal : tt Visite de M. Sainte-Beuve w , et fait suivre ces notes d'une phrase en caractères chififrés : « Qui me laisse lire dans son cœur (2) ! 15

Mais Sainte-Beuve était obsédé par le souvenir de son amour déçu, trop absorbé par la préparation de son cours, trop désireux aussi de sauvegarder sa liberté de pensée, et trop ondoyant pour se laisser imposer une conception de la vie définie et définitive. Malgré ses coquetteries répétées envers le 'christianisme, le scepticisme avait pris racine en lui. Vingt ans plus tard il racontera à une amie suisse l'histoire de son àme depuis sa jeunesse et lui expliquera pourquoi il ne se laissa pas conquérir par Vinet. Le récit, bien qu'un peu long, vaut d'être cité en entier :

(1) L. SÉCHÉ, Sainte-Beuve, t. I*', p. 207.

(2) Id., ibid., t. I", p. 205.

a Voici, autant que mon souvenir peut le résumer, l'histoire de mes phases religieuses. Elevé simplement, moralement et dans une religion modérée près de ma mère, en province, je suis venu à Paris à Tàge de treize ans et demi, déjà assez avancé pour Tesprit et pour les études, et très vierge de cœur. Pendant une année, Tidée religieuse s'est plutôt développée en moi et exaltée par suite du chagrin de l'absence et de l'ennui du foyer natal. Mais l'année d'après, le courage humain a pris le dessus, je me suis fait homme comme je l'entendais et je me suis initié de moi-même par toutes sortes de lectures aux idées philosophiques : je n'ai pas tardé à les pousser très loin, au moins quant aux résultats, et il n'en était aucun qui m'effrayât, même par ses absolues négations. Cet état resta le mien pendant des années et m'est devenu fondamental. J'y ai joint des études de médecine et d'anatomie dirigées d'après la même inspiration purement positive. Toutefois, ayant beaucoup souff'ert vers l'âge de vingtcinq ans, j'éprouvai pendant six mois une sorte de maladie de la sensibilité qui prit un caractère mystique, plus poétique que religieux sans doute, mais qui affecta aussi la forme chrétienne. C'est alors que je fis un petit recueil de poésies intitulé les Consolations qui, depuis, ne s'est plus réimprimé séparément : sans quoi je vous l'enverrais, et il vous plairait, et il vous referait illusion encore, malgré tout ce que je pourrais ajouter de contraire. C'est simplement un rêve céleste de six mois dans ma vie. Mais il m'en est resté longtemps quelque chose, notamment la faculté de comprendre la tendresse chrétienne et d'y entrer, lorsque je rencontrais des personnages qui en étaient imbus et pénétrés. C'est ainsi que j'ai pu aborder le sujet (le Port-Royal; mais auparavant j'avais comme épuisé la poésie et le roman du genre, dans un livre assez singulier, intitulé Volupté, dont le nom est plus léger que le fond, et que je ne vous conseillerais pourtant pas de lire. 11 est résulté de cette série de composi-

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