‹ Sainte-BeuveChapitre 14 sur 31 · I.KS AFKJiC^TlOlVS (ls3--I · texte numérisé non relu

I.KS AFKJiC^TlOlVS (ls3--I

(Milemlil el ajoiila Jivec relie naivol(^ line cl iliarmaiite : .. C'esl ainsi de bien des ciioses, n'est-ee pas? Il va ni mienx ne pas essa^ei pour tMre sûr... — Oli ! ne nie le dites pas, je le sais trop l)ien, lui répondiî»~je avec une intonation tendre et un long regard. Je le sais trop et pour des eiioses dont on ose se dire : peut-<Mre. ^ Kl le comprit aussilùl et se recula et se réfugia toute rougissante auprès de son père (1). a La demande de Sainte- Beuve, raconte Mme Louise Colel, fut repoussée avec des ménagements de sensitive qui s'elfarouciie elle-même d'avoir la hardiesse de refuser un homme de tant d'esprit, un mari qui placerait sa femme dans une sphère si haute, si attrayante. Un instant elle hésita, mais, en le regardant, son courage s'afl'ermit : elle eut un ineffable sourire et trouva des paroles fraternelles pour adoucir son refus (2) . «

Sainte-Beuve essaya encore pendant quelques mois de maintenir les mêmes rapports amicaux avec le génén-l; mais il souffrait trop d'une situation qui lui rap|)elail à chaque minute sou désappointement. Il finit par s'excuser de son absence. « J'ai essayé, depuis votre départ, écrit-il, de cultiver, comme par le passé, des relations bien précieuses, mais auxquelles le plus grand charme du passé était ravi. J'ai cru un moment y avoir réussi, avoir triomphé assez de moi, ou plutôt de mètre assez complètement remis à mon penchant, pour ne ralentir qu'à peine une assiduité aussi désirée que combattue. Mais, vous l'avouerai-je? si je dissimulais au dehors, je le payais trop au dedans. Vous le comprendrez sans que je l'étalé ici. D'une part, être reçu avec toute la bonne grâce du monde et même de ce qu'on appelle amitié; de l'autre, étouffer et irriter en soi un sentiment désavoué,

(1) Cité par le comte u'Hausso.\ ville dans C.-A. Sainte-Beuce, sa vie et ses œuvres, p. 177.

(2) G. MiCHALT, le Livre d'amour de Sainte-Beuve, p. 193 {en note) .

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une soull'rance qui tout bas s'ulcère, et remporter un long trouble qui se prolonge bien avant à travers les seuls remèdes possibles de Tétude et de ^'isolement : je n'ai pu y suffire, et,- à partir d'un certain jour, je me suis dit, avec la seule force que je retrouvais en moi, de m'abstenir désormais et de fuir dans mon ombre (1). v

Ce ne fut pas la dernière occasion de mariage qu'ait rencontrée Sainte-Beuve. Il était lié d'une amitié très douce avec Mme Desbordes- Valmore, la poétesse. Cette amie avait une fille, surnommée Ondine, âgée de dixsept ans à l'époque où le critique dut renoncera Aille Pelletier. Il l'a ainsi ^dépeinte dans les Mouveaux Lundis : a Cette charmante Ondine avait des points de ressemblance et de contraste avec sa mère. Petite de taille, d'un visage régulier avec de beaux yeux bleus, elle avait quelque chose d'angélique et de puritain, un caractère sérieux et ferme, une sensibilité pure et élevée. A la différence de sa mère qui se prodiguait à tous, et dont toutes les heures étaient envahies, elle sentait le besoin de se recueillir et de se réserver : ces réserves d'une si jeune sagesse donnaient même parfois un souci et une alarme de tendresse à sa mère qui n'était pas accoutumée à séparer l'affection de l'épanchement (2). »

La jeune fille étudiait beaucoup. Elle remplit pendant plusieurs années un poste de surveillante dans un pensionnat. Sainte-Beuve allait la visiter souvent. « Combien n'ai-je point passé auprès d'elle de doux et salutaires moments! s'écriera-t-il plus tard. C'étaient mes bonnes journées que celles où je m'acheminais vers Chaillot à trois heures, et où je la trouvais souriante, studieuse, prudente et gracieusement confiante (S). »

(1) Correspondance, l. I"^ p. 111.

(2) Nouveaux Lundis, t. XII, p. 168.

(3) Correspondance, i. I", p. 183.

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