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I.KS AFFECTIONS (|83T

Sainte-Beuve compare rafTerlion de Mme (l'Arl)onville au parfum d'une fleur :

Parfum lô<][or (pii dil d'abord : C'est elle! Petit parfum (pi'on disliuf^uc entre tons, Qu'à chaque brise on sent venir vers nous, Qu'on voit sortir de la tij^o fidMo :

Ij'air s'en embaume et ronnaît l'Immortelle (1).

Quand elle lui a signifié les strictes limites de leurs rapports, il s'est plaint :

En me voyant gémir, votre froide paupière M'a refermé d'abord ce beau ciel que j'aimais. Comme aux portes d'Knfer, de vos tours de pierre Vous m'avez opposé pour premier mol : Jamais! (2).

Alors il a soupiré après l'heure de la libération.

Osons tout et disons nos sentiments divers : Xul moment n'est plus doux au cœur mâle et sauvage Que lorsqu'après des mois d'un trop ingrat servage, Un matin, par bonheur, il a brisé ses fers.

Mais cette heure n'est pas encore venue, plus que jamais il est esclave de la femme :

(Xez, ôtez bien loin toute grâce innocente, Tous regards où le cœur se reprend et s'enchante; Otez l'objet funeste au guerrier trop meurtri! Ces rencontres, toujours ma joie et mou alarme. Ces airs, ces tours de tête, ô Femmes, votre charme, Doux charme par où j'ai péri (3) !

Après ce dernier jet de flamme, la veine poétique de

(1) Léon SÉCHÉ, Mme d'Arbouville, p. 285.

(2) In., ibid , p. 292.

(3) Id., ibid., p. 292, 29:3

Sainte-Beuve s'éteignit pour toujours; irrévocablement, il se cantonna dans la prose.

Sainte-Beuve, depuis sept années, soupirait aux pieds de Mme d'Arbouville quand survint la Révolution de 1848. Las d'une situation sans issue, il décida de s'éloigner et accepta de donner à Liège pendant deux semestres un cours sur Chateaubriand. Ce départ fut un vif chagrin pour son amie qui voyait de douces habitudes se briser. Elle lui écrivit le 15 octobre : ci ...Je reçois une lettre de vous qui m'a été au cœur et je cède à l'entraînement de vous le dire sous l'impression du premier momenl. Mon ami, j'y sens votre tristesse, elle semble me rappeler quelque chose que j'ai senti. J'y reconnais ce vrai que j'aime. En la lisant, j'ai pardonné, j'ai effacé toute récrimination, j'ai été triste avec vous, comme si nous n'avions rien pu, ni l'un ni l'autre, pour nous épargner le regret. Croyez-le bien, quand le temps a tant passé sur une affection, il ne dépend guère de ceux qu'elle a laissés purs de la rompre et de chercher ailleurs. Ce sont les remords qui brisent. J'ai été une de* meilleures pages de votre vie (1). •>^

A la fin de décembre, Sainte-Beuve revenant à Paris trouva Mme d'Arbouville très malade. Il hésita à retourner à Liège. Elle l'y contraignit, l'encourageant à ne « pas trop ballotter sa vie ni trop déménager son àme « (2) .

Mais le mal s'aggravait; en février 1849, les médecins déclarèrent l'état désespéré. Un cancer à l'estomac la minait. A deux reprises, aux vacances de Pâques et en août, Sainte-Beuve fit le voyage de Liège à Lyon pour la visiter. Dans les derniers jours, à l'heure de l'agonie, pour lui épargner le spectacle de ses souffrances, ou pour

(1) Léon SécHi^, Mme d'Arbouville, p. 247.

(2) Id.. ibid., p. lOG.

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