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I,a sonmu' ilt» ct'iil francs ri'pn'st'iilanl ce travail avait été inscrite à son nom dans les livres de ccjinptes oUiciels. Soit qu'un point d'honneur exagéré lui interdit l'apparence nuMne d'tine dépendance servile, soit qu'il désirât mettre fin à son amour malheureux |)our Aime d'Arhouville, Sainte-Beuve donna sa démission de hihliothécaire et partit pour Liège. Ainsi, comme le dit AI. Séché, son livre sur Chateaubriand doit son existence à une cheminée qui fumait!
Son séjour à Liège ne fut pas une idylle comme l'hiver passé à Lausanne. Il ne trouva pas dans cette ville l'accueil chaleureux qu'il avait reçu jadis de Vinet et de ses amis Olivier. Ln critique helge, Alichiels, contribua à prévenir les esprits de ses compatriotes contre lui. Blessé de n'avoir pas rencontré en France un succès éclatant, il s'obstinait à voir en Sainte-Beuve l'artisan de cet échec et le poursuivait d'une haine aveugle. Malgré les services rendus et la bienveillance témoignée par le critique, IVlichiels lança contre lui les attaques les plus violentes et les plus mesquines. Sainte-Beuve, du reste, dédaigna toujours de répondre aux méchancetés de cet ingrat (1).
Sainte-Beuve fit donc à Liège, pendant l'hiver 1849, un cours qu'il réunit plus tard en deux volumes sous ce titre : Chateaubriand et son groupe littéraire. Il s'est montré sévère pour l'auteur de René. Sa clairvoyance dévoila sans pitié l'ègoïsme, la fatuité et la vanité qui s'étalent dans l'œuvre de Chateaubriand. Sainte-Beuve était trop fin psychologue pour ne pas démêler les petitesses de son modèle. Sa méthode ne lui permettait pas de séparer l'homme de l'écrivain. Quand il appelle Chateaubriand « un épicurien à l'imagination catholique ii , il rend assez exactement l'impression laissée par la lecture des
(1) G MiCHAiT, Eiude.s mr Sninte-Beure, p 15 et suivantes.
Martyrs et des Mémoires d outre-tombe. A tout preudre cependant, il est demeuré dans les limites de la justice, car l'admiration qu'il a refusée à l'homme, il l'a largement accordée à l'artiste. Son livre rend un hommage éclatant aux qualités picturales de l'auteur à'Atala. Son impatience devant les manquements du caractère s'est arrêtée au seuil de la littérature pure et ne l'a pas aveuglé sur les merveilles du style inauguré par Chateauhriand.
A son retour en France, Sainte-Beuve se rallia au gouvernement de Napoléon. Par horreur du socialisme révolutionnaire il accepta le coup d'Etat. Cette u mesure de police un peu rude 15 lui semhlait nécessaire pour garantir la sécurité du pays (1).
Après son professorat de Liège et se retrouvant à Paris dans des conditions toutes nouvelles, Sainte-Beuve fut quelque peu désorienté. Malgré la célébrité dont il jouissait, sa situation financière était plus que modeste. Une activité s'ouvrit pour lui bientôt et le lança dans une voie qu'il devait suivre jusqu'à sa mort. Le docteur Véron lui demanda d'écrire chaque semaine un article littéraire destiné à paraître le lundi. Sainte-Beuve accepta cette offre ; son avenir était ainsi assuré et les fameuses Causeries du Lundi prirent naissance. Une autre circonstance, moins heureuse, vint modifier son existence à celte même époque. Le 17 novembre 1850 il perdit sa mère. Il en hérita une petite rente et une maison à la rue du Mont- Parnasse.
(1) Voici comment il a défeudu son adhésion à l'Fimpire dans les Causeries du Lundi : t Tournez et retournez vos souvenirs comme il vous plaira, c'était un naufrage, et le plus humiliant des naufrages ; la France entière était sur un radeau ; elle avait besoin, après trois années d'expédients et de misères, de se retrouver voguant à pleines voiles sous le plus noble pavillon L'acclamation universelle par laquelle la France a salué son président eu 1852 et l'a sacré empereur a été, entre autres choses, un acte de haut bon sens » (T XV. p. 315 )
LES f CALSERIES DU I.UIMDI • S03
(It'IU) morl créa un jjrand vide dans le cueur de Sainle- Heuvc. Pour dislraiiv sou cliajpiu, il se remil au travail axec aeliarnement. Sa solitude ne lui en fut pas moins tort lourde (Ij. On a prétendu (|u'il n'aimait pas sa mère. Cette assertion est inexacte. L'affection de ces deux personnes, l>ien (|ue toujours réservée, était cependant très réelle. Quand il séjournait à Liège, il abandonnait de lem|)s à autre son travail pour venir la voir h Paris. Pour ne pas lui faire de peine il renonça, en I8i8, à émigrer aux Ktats-Unis. Ils étaient très vifs Tun et l'autre, de petits oragess'élevaient (juelquefois entre eux et retombaient aussi rapidement qu'ils étaient nés. Mme Sainte-Beuve était méticuleuse, sévère, un peu autoritaire et son fils regimbait parfois contre l'aiguillon (2). Fille constituait pour lui toute sa famille; il lui rendait visite régulièrement et marquait une vive inquiétude des moindres altérations de sa santé. Le 4 juillet 1850, il écrivait à Collombet : 't J'ai eu ma bonne mère malade; elle l'était encore (juand votre lettre et vos présents sont venus la réjouir, car elle est heureuse dès qu'elle voit qu'on pense à moi. Elle va mieux heureusement, et voilà encore un écueil de tourné. Hélas! chaque jour de plus en est un (S).-^)
Sainte-Beuve parle de sa mère avec quelque détail dans une lettre à Mlle Couriard. « V^ous me demandez de vous parler de ma mère, dit-il. Oserai-je vous dire que là encore, hélas! nos impressions différent un peu. Je n'ai pas été heureux, quoique très aimé de ma mère; je n'ai jamais été un heureux enfant. Vous dire pourquoi, ce se-
(1) Le 22 décembre, il écrivait à CoUombet : a Vous avez vu que je me suis remis au travail avec acharnement : c'est nécessité encore pour le moment, à bien des égards, et aussi pour m'absorber l'esprit qui, sans cela, se retournerait contre lui-même. Me voili\ bien seul *- {Lettres à CoUombet, p. 253 )
(2) Poxs. Sainte-lieuve et ses inconnues, p. 266, 267.
(3) Lettres à CoUombet, p 251
rait trop long et inutile. Ma mère, qui a vécu jusqu'à l'âge de quatre-vingt-sept ans et que j'ai perdue il y a sept ans, m'aimait on ne saurait plus et avait fait pour mon éducation tous les sacrifices possibles avec la plus chétive fortune. J'y ai répondu de mon mieux ; on dit que je lui ressemble beaucoup, même au pliysique; vous en dire du bien serait donc une manière trop peu indirecte de vous en dire de moi. Elle habitait la petite maison où je suis; mais de son vivant, je n'y demeurais pas; elle m'aimait trop pour que nous pussions habiter ensemble, elle m'aurait trop voulu envelopper, et j'étais indépendant et rebelle. Je venais la voir presque tous les jours, je dînais souvent avec elle, elle venait chez moi malgré son grand âge. Elle ne me flattait pas en face, mais aimait beaucoup causer de moi avec les autres et qu'on lui en dit du bien. En un mot, elle et moi, avons été aussi heureux l'un par l'autre que le comportaient nos caractères (1). 15
Il s'installa donc dans la petite maison à la rue du Mont-Parnasse. Le modeste revenu hérité de sa mère, joint aux honoraires du Constitutionnel, suffit à ses besoins. Il prit un secrétaire et commença une vie de labeur intense. Il possédait déjà une réserve de matériaux accumulés depuis sa jeunesse; il avait toujours eu une faculté de travail exceptionnelle, mais jamais encore sa production ne s'était développée avec une régularité aussi imperturbable. Aussi vécut-il désormais comme un bénédictin, se retirant du monde de plus en plus et ne se permettant que de rares absences. Nous verrons plus loin comment il organisa sa méthode de travail. Sa vie fut désormais dépourvue d'événements saillants.
En 1855 pourtant, il se laissa tenter hors de son cabinet d'étude par un essai de professorat. Le ministre le nomma professeur de poésie latine; au Collège de France.
(1) Lettre à Mlle Goiiriard du .'î iu)V('ml)rc 1S57.