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La ((Milalive fut aussi courte (|ur inallicurcusc. Sainic- BtMue renconlra dans son auditoire des manifestations tellement injurieuses que force lui fut de suspendre son cours d^s la seconde séance. lia jeunesse parisienne, une certaine jeunesse parisienne, amie du hiuit et des insultes, ne lui pardonnait pas son ralliement à la cause honapaitistc et tenait à lui marquer son mécontentement. Déplus, quelques auteurs froissés saisirent cette occasion de prendre leur revanche de criticjues formulées par l'auteur des Lundis. Sainte-lJeuve fut violemment éhranlé par cet incident qui lui laissa des souvenirs cruels. L'indifférence du gouvernement le blessa au vif (1).
Ces insultes, si grossières fussent-elles, s'expliquent en partie par une grave faute de tact commise par Sainte- Beuve peu d'années auparavant. En 1852, il avait public dans les Lundis un article intitulé les Regrets et fort regrettable assurément. Le jour où il l'écrivit, ses nerfs furent de mauvais conseillers. Depuis longtemps, la disposition frondeuse du parti renversé l'impatientait. il Qu'est-ce donc, disait-il, que ce mal dont est visiblement atteinte... une partie de la société brillante et pensante? C'est l'ironie, c'est le dépit, moins encore le regret de ce qui n'est plus, que l'étonuement, la surprise, la colère d'assister à ce qui est, et à ce qui est sans nous. On n'eu revient pas de n'avoir plus à gouverner le monde (2). -o II blâmait les bouderies, les susceptibilités des hommes évincés : « Votre faible a été, de tout temps, de vous croire privilégiés; ne vous y fiez pas trop; vous êtes hommes aussi, vous êtes dans une époque critique; ne vous fixez pas dans le dépit (3). «
Sainte-Beuve montra, dans cet article, une àpreté assez déplacée; ses pointes, en effet, s'adressaient à des vaincus
(Ll Voir la lettre à Adèle (^ouriard du 31 août 1857.
(2) Causeries du Lundi, t. VI, p 397.
(3) Ibid , p. ii.03. c
dont le méconteutement était, pour le moius, compréhensible. Trois ans plus tard, il payait chèrement cette sortie intempestive.
En dépit de quelques exceptions, les Causeries du Lundi se caractérisent par un ton de prudence. Au lendemain d'une grande révolution, Sainte-Beuve se sentait sur un terrain mouvant. Il se contraignit à une certaine solennité, parla des hommes du régime déchu avec modération et de la famille royale exilée avec respect. Il ne marchanda pas son hommage aux talents de Villemain, de Guizot et de Cousin, bien qu'une fine ironie perçât parfois dans les éloges accordés. Il étudia de préférence des historiens, des hommes politiques des temps passés et des femmes.
Dans les Lundis, Sainte-Beuve ne prend pas position comme il le fera plus tard dans les Nouveaux Lundis. Son attitude modérée dans les problèmes religieux contraste avec la vivacité des dernières années. Il formule souvent des critiques contre les philosophes du dixhuitième siècle dont il blâme le matérialisme fanatique; dans un article sur Condorcet, il dénonce les lacunes de pensée chez ces encyclopédistes qui proclamaient avec tant de morgue Texcellence de leur système, u Condorcet, dit-il, restera... le plus manifeste exemple de ce que peuvent engendrer de funeste un coin d'esprit faux et d'esprit de système opiniâtrement logé au sein des plus vastes connaissances et de ce qu'on appelle lumières, un germe de fanatisme et de malignité développé au cœur d'une nature primitivement bienveillante, l'application indiscrète et outrée des méthodes mathématiques transportées dans les sciences sociales et morales, l'abus de l'analyse et une crédulité, une superstition abstraite, d'un genre tout nouveau chez ceux même qui se proclament le plus affranchis de toute illusion et de toute croyance (1). «
(1) Causeries du Lundi, t. III, p. ^358.