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Harontanl la coi-n'spondaiicc de Saiiit-Ki rcmond avec iVinon de Lenclos, il dit \o malais*" i\uc lui iiispiic Tahsenro d'idéal clioz ces dtMix amis. « Kii jjanourant cos pages, déclaiT-(-il, on se prend à désirer entre ces deux vieillards aimables un ressort, un mohile de plus, ne fût-ce (]u'une illusion. Leur morale terre à terre désoler; leur horizon baisse à clia(|ue pas. Sainl-Kvremond ne eroit en rien à Tavenir, et toutes ses espérances, comme tous ses bonheurs, se terminent pour lui au moment prochain ou présent (1). «
l. esprit de parti qui s'étale chez Voltaire et chez d'.AIembert est repris par lui avec sévérité, u Toute cette correspondance est laide; elle sent la secte et le complot, la confrérie et la société secrète; de (juelque point de vue qu'on l'envisage, elle ne fait point honneur à des hommes (jui érigent le mensonge en principe, et qui parlent du mépris de leurs semblables comme de la première condition pour les éclairer (2). ^ et D'Alembert, comme tout homme de parti, sans examiner, sans discuter, entre dans la prévention de son chef et confrère. Le plus grand crime aux yeux de toute confrérie et de tout parti est de ne pas en être (3) . »
Si Sainte-Beuve a renoncé à toute religion définie, il a, cependant, conservé dans son àme un idéal intact : il a le culte de la vérité. Il est indigné des mensonges de Voltaire. Le philosophe de Ferney avait monté une cabale contre le président de Brosses et ne reculait devant aucune vilenie pour discréditer cet ennemi. ^ Il dénaturait les faits, il les falsifiait à sou gré, et mentait hardiment selon la facilité détestable qu'il en avait contractée (4). «
Enfin, pris de dégoût, Sainte-Beuve s'écrie : « J'abrège
(1) Causeries du Lundi, t IV, p. 142.
(2) Ibid., t VII, p 108.
(3) Ibid., p 122
ces ignominies... « La mémoire du président de Brosses a resterait entachée de ces odieuses imputations de dol, insinuées avec tant d'impudeur par Voltaire, si la correspondance mise au jour ne montrait nettement de quel côté est rhounête homme, de quel côté le calomniateur et le menteur (1). ^^
Et il conclut : ic ... Ma morale, c'est qu'en ayant tous nos défauts, le pire de tous encore est de ne pas être sincère, véridique, et de se rompre à mentir (2). ^^
Sainte-Beuve a conservé sa sympathie d'autrefois pour le théosophe Saint-Martin; il admire son haut spiritualisme, tout en souriant de ses puérilités. Il l'oppose au siècle railleur dans lequel il a vécu et au milieu duquel il a eu le courage de proclamer sa foi (3).
Sainte-Beuve sort de sa modération accoutumée quand il aborde un sujet touchant à la révolution récente. Lamartine est la « tête de Turc ii contre lequel il ne cesse de lancer des attaques. Les inconséquences et les naïvetés du poète l'agacent. En 1842, écrivant à Olivier, il dit l'incjuiétude et l'impatience que lui causent les légèretés de Lamartine : ^ Nous n'avons rien de bien gai ici pour cette année qui commence. La chose sociale s'en va touiours de plus en plus à vue d'oeil. Lamartine vient de faire des bêtises avec sa candidature; le détail de tout cela est affligeant pour l'intelligence humaine. Se peut-il que le génie politique soit affligé d'une niaiserie si flagrante, d'une candeur d'intrigue si bête (4). « En mai 1858, il écrit à Mlle Couriard qui s'étonnait de l'ingratitude de la France envers le grand orateur : a Sur Lamar tine, vous êtes dans une illusion que vous portez avec votre belle àme en bien des choses. Il ne mérite pas plus d'intérêt qu'il n'en inspire aujourd'hui à la France. Il a
(1) Causeries du Lundi, t. VII, p. 123.
(2) Ihid., p 125
(3) Ibid., t \, p 244, 269
(4) Correspondance avec .]/, et Mme Olirier, p 284
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aluisé (le tous les dons, il a accuiniilé en lui toutes les roulradirtions, se jouant de la parole pour faire croire à (les alliances impossibles enlie des incoinpalihies. Royalisle et encore partisan de Poli«{nac à la veille de juillet \H'M), conservateur quasi pliilippisle huit ou neuf ans plus tard, et aspirant alors à devenir président de la (Ihaml)re ou ministre, puis révolutionnaire en publiant les Girondins, et le 2i février jetant la société à T-eau, |)Our se donner Tlionneur de la repéclier le lendemain, et ne la repêchant qu'à demi. On lui eu veut aujourd'hui qu'on en est revenu, et l'on n'a pas tort. Ceux qui l'insultent (tels que les rédacteurs de l'Univers) manquent de pudeur et de délicatesse, mais ceux qui l'exaltent encore et qui veulent en faire un grand citoyen sont dupes. Le vice profond de Lamartine est de n'avoir jamais senti qu'il y a incompatibilité entre le oui et le ?wnj entre le blanc et le nçirj entre le vrai et \ejaux : il n'y voit, lui, que des nuances. Il n'est pas sur qu'il fasse la moindre distinction entre le bien et le mal/ ce ne sont que des nuances aussi. Grand talent, parole de sorcier, magicien fini, mais aussi gâté et corrompu qu'une nature angélique peut l'être, il a la hâblerie divine (1). n
Les Causeries du Lundi débutent par un article sur les Confidences. Encore exaspéré parles souvenirs de la révolution, Sainte-Beuve fonce sur le malheureux poète. «Le livre commence par une préface sous forme de lettre adressée à un ami ; cette préface apologétique a pour objet d'excuser l'auteur, qui sent, malgré tout^ l'inconvenance d'une publication romanesque dans les circonstances graves où il s'est placé et où il a tout fait pour placer son pays. Le poète a le don des larmes; il en verse quelques-unes pour essayer de nous attendrir (2). î> Et le critique relève avec une joie féroce toutes les fautes de
(1) Lettre à Adèle Gouriard du 18 mai 1858.
(2) Causeries du Lundi, t. I", p. 21.
goût de Lamartine dans ses contidences. « ...Son amourpropre, on va le voir, n'est pas le moins du monde en souffrance dans tout le livre... Il nous expose lui-même avec complaisance toutes les qualités et les grâces dont il était revêtu (1)"
Son éducation fut trop uniquement de tendresse et pas assez soumise à la règle. Lamartine, choyé par sa mère, a ensuite été choyé par la fortune, a Le monde Ta traité d'abord comme l'avait traité sa famille : il avait été l'enfant gâté de sa mère, il le devint de la France et de la jeunesse (2). ^^ Parmi tant de beaux dons qu'il reçut au berceau, un seul lui fut refusé ; le bon sens (3). Certaines notions nécessaires à la \jie réelle lui manquèrent toujours, de là ses imprudences en politique, et certains manques de tact en littérature. Tel ce portrait si détaillé des charmes physiques de sa mère et ce récit trop complaisant des amours de ses parents. « Il semble avoir complètement oublié qu'il est fils, s'écrie Sainte-Beuve, et qu'il s'agit de ses père et mère. Tout cela est choquant au dernier point, et tellement indélicat, que c'est presque une indélicatesse à la critique elle-même de venir le relever (4-). ^5
Comme avec Victor Hugo, Sainte-Beuve a parfois des retours d'affection envers le poète des Méditations qui reste, malgré tout, un des initiateurs les plus aimés de sa jeunesse : «■ ...Entre les influences d'alors, dit-il, il a exercé la plus pénétrante assurément, la plus vive et la plus chère, la plus sympathique de toutes (5) .v u . . . Les grands poètes de notre âge... sont de grands fleuves, et M. de Lamartine est le plus large et le plus beau de tous (6). -
(1) Causeries fin InncU, t I", p 21, 22.
(2) Ihid., p. 2.V.
(5) Ibid., l IV, p 308.
(6) Ibid., p. 295.
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Dans iino leffiv à Mlle Coiiriard, il dil ses propres faiblesses, son niaïKjne d'eiiver'inre, sou ahsence d'envolée et se compare à Laniarline à son déliinient. u ...Je n'ai jamais bien pn nager ou voler au Jorge, dit-il... liamartine, dans le cours de littérature qu'il exécuta si à la hâte, où il prodijjue tant de couleurs diffuses et délayées, a pourtant de «jrands dessins, des conceptions d'artiste que je lui envie; il remplit imparfaitement ses cadres puisqu'il ne sait pas assez les détails et qu'il ne se donne pas le temps d'étudier; mais quels beaux tracés d'ensemble, quelles lignes premières hardiment jetées et qui sentent le peintre à fresques (1) ! » Dans les Regrets, Sainte-Beuve épargne Lamartine et oppose la dignité de son altitude à la mauvaise humeur du parti orléaniste : u II est un exemple qui, dit-il, depuis quelque temps me frappe, et dans lequel il est impossible de ne pas reconnaître de l'élévation native et de la force : je veux parler de celui de M. de Lamartine. Il y a des années queje ne suisguère accoutumé à le flatter; pourtant, depuis qu'il a perdu le pouvoir sans en avoir fait l'usage qu'il pouvait, et bien qu'il en gémisse tout bas peut-être, il n'en laisse rien percer dans ses écrits; il produit avec l'abondance qu'on sait, mais sans amertume, sans y mêler de ressentiment personnel, et sans s'écrier à toute heure que les temps sont changés, que le monde va de mal en pis (2). «
Avec le temps, son irritation passa tout à fait; à une compatriote de Mlle Couriard il avoua avoir été injuste : >i J'ai d'abord admiré et aimé Lamartine autant que vous, si ce n'est plus. . . ; mais avec les années Lamartine s'étant gâté, et moi peut-être aussi, j'ai été sévère, je vous permets do dire injuste; maintenant, le tour des choses achevé, je suis revenu avec lui aux respects et aux tendresses (3). «
(1) Lettre à Adèle Couriard du 6 décembre 1857
(2) Causeries du Lundi, t. VI, p. 411.
'3) Correspondance, t II, p 189. Troubat nous affirme que
Dans les dernières années, les rapports entre les deux écrivains étaient excellents; voici comment Sainte-Beuve remercie Lamartine pour un article qu'il lui a consacré : tt Vous avez choisi, dans mes écrits, avec une intelligence amie, ce qui pouvait le plus faire aimer le poète. Vous avez glissé sur les défauts et voilé avec délicatesse les parties regrettables chez celui qui s'est trop abandonné en écrivant aux sentiments éphémères et au courant des circonstances. En choisissant et indiquant les points élevés et lumineux, vous avez obéi à cette noble nature qui va, comme le cygne, se poser à tout ce qui est limpide, éclatant et pur; et vous m'avez ainsi, rien que par le bonheur amical de vos citations, élevé à la fois et idéalisé à votre exemple... (1). «
Dans les Lundis, Sainte-Beuve, de nouveau, prend Chateaubriand à partie. Il renouvelle l'accusation déjà formulée dans ses cours de Liège : a Et le chrétien! s'écrie-t-il, où est-il, et sommes-nous bien sûrs de l'avoir rencontré en W. de Chateaubriand, et de le tenir? •>■) ...Le plus souvent on trouve en lui « tantôt une imagination sombre et sinistre comme celle d'Hamlet, et qui porte le doute, la désolation autour d'elle, tantôt une imagination épicurienne et toute grecque, qui se complaît aux plus voluptueux tableaux, et qui ira, en vieillissant, jusqu'à mêler les images de Taglioni avec les austérités de René (2). w
Voyant Tespril théâtral de Chateaubriand, ses accès d'amour-propre blessé et sa désinvolture envers la morale chrétienne, Sainte-Beuve est dérouté, il cherche en Vcùn l'unité de caractère et la vérité de nature. Les Mémoires doutre-totnhe trahissent trop souvent l'humeur massa- *
Racine et Lamartine étaient ses poètes prëférés. {Salle à manger de Sainte-Beuve, p. 211 )
(1) Nouvelle Correspondance, p 19V.
(2) Causeries du Lundi, t. I", p 4V5