V I C T 0 II K T A I) K L K II U G O
comme Sainlc-lioiivc ne |)(>ss('(l(' pas un canulc'rc éncr- <ji(jm>, il est liviv aux lliiclualions de son propre ca'iii-. Sa snsceplihililé, ses reprorlies suivis de repentirs, ses retours d'Iioslililé a|>rès des ahaiidoiis all'eetueux sont les soubresauts d'amoiir-propre d'une nature féminine luttant contre l'emprise d'une jiersonnalité trop virile. Il lui écrit de Hruxelles (avril \H:\\) : a J'ai sonjjé avec une joie sincère que j'étais encore votre ami, et (|ue pourtant, après tout ce que j'avais fait d'insensé, d'aijjre et de violent, j'avais mérité de ne plus l'être; j'ai été heureux, je vousjure, de cette idée que je vous avais bien quitté et que je n'emportais pas un remords attaché à votre souvenir. . .
« Oh ! mon ami, je vous le dis d'ici en toute quiétude de cœur, en toute timidité d'àme, eu toute plénitude d'efifusion, et en étant moi-même autant que je le puis être, il ne s'est rien brisé d essentiel entre nous, l'aigreur qui est venue de moi n'a été qu'à la surface et comme un dépit de maîtresse. Je suis à vous autant que jamais, k vous, homme loyal et fort, à vous, caractère constant et inébranlable, à vous, dont les opinions, même quand je ne les adopte pas, me passent sur la tête et me réduisent à admirer (1). "
Et il procède à une analyse enthousiaste du roman Notre-Dame de Paris ^ récemment paru. « Eh bien! quant au style, je le trouve unique, merveilleux, inventé en tout et pour tout, fin, fort, souple, colossal, opulent. » Après quelques critiques, Sainte-Beuve ajoute : " ...quant aux éloges, ils ne tariraient pas... vous ne m'avez jamais paru plus grand, plus fort, plus maître de votre puissauce... « " Allez, mon ami, je suis bien vieux déjà; ma sève ne bouillonne plus; j'aspire à me reposer et à oublier; mes cheveux s'éclaircissent par devant, je ne désire plus graud'chose, j'ai perdu l'habitude d'espérer
(1) Reçue de Paris, 1905, t. !•', p. 95, 96.
éO SAINTE-BEUVE. — L'HOMME ÏT LE POÈTE
et j'ai besoin que ceux à qoi j'ai fait mal m'aiment et me pardonoent (1). «
Quand Sainte-Beuve retint à Paris, les trois amis essayèrent de renouer leurs relations. Mais la tentative échoua misérablement. La belle confiance d'autrefois était morte, nne ombre inquiétante planait sur leurs entrevues; aucun abandon, aucun naturel n'étaient désormais possibles entre eux. Victor avait nne attitude nouvelle. X^aguére encore, quand il s'écriait : et 1830 est passé 1 15 il regardait Sainte-Beuve comme un frère cadet, un ami inoffensif qu'on protège, qu'on aime pour sa douceur, ponrsa complaisance, pour ses manières câlines et pour les services qu'il vous rend; mais le démon de la jalousie s'est réveillé en lui. Lorsque Sainte-Beuve lui avouait sa passion malheureuse, il ne voyait pas en lui un rival dangereux et lui ouvrait les bras tout en le plaignant, ï^s lecteurs des Lettres à la fiancée savent que le grand poète avait une tendance jalouse, il lui déplaisait de voir Adèle remarquée par les hommes dans la rue pour la manière dont elle relevait sa jupe. Ce mari affectuenx devenait maintenant irritable.
« Il soufirait beaucoup, écrit M. Gustave Simon, et la triste loi humaine voulait que, souffrant, il fît souffrir. Il devait avoir, avec sa femme, des scènes de douleur violente qui la rendaient bien malheureuse à son tour. Elle tâchait de l'apaiser par la patience et la douceur, parfois aussi elle dut se révolter : a Si elle l'aimait moins, tt était-ce donc sa faute, quand il la torturait ainsi? « Alors il s'accusait, se jetait à ses pieds, se répandait en paroles de tendresse. Nous avons sons les yeux une lettre pleine d'adoration, écrite à ce moment-là et qu'il achève par cette prière : a Pardonne-moi! n (2)..'»
On imagine son soulagement quand il apprend le dé-
(1) Revue de Paris, 1905, t !•', p 95, 96
(2) Ibid , p. 100.
VICTOR ET ADÈI.K IIDf.O 61
part prochain de S.nnfr-npiivo pour un séjour prolonj^f; à Li^*^<*. Il lui t'clinpp*' MJorK un cri dp iriomplip : u \ous sonunes ici admiraMciutMil, <'»(rit-il de la campagne, 8i bien que nous ne savons i|uére (| nanti nous en partirons ; ma feuune esi ravie, *1*^^'» ôin<*rv<*iliée, heureuse, bien porUnti»,.. r<*>cioîU. 1\* cc^vicAcwCîL )
a iV'oublicz pfts do m'écrire de \.ih^]^e {\) . «
On comprend son dêsappoinlement lor^qu'é^'lionc le projet. Il ne peut plus envisager la continuation dn supplice enduré pendant les mois derniers. Sa lettre du 6 juillet 1831 est un cri de détresse : a Je ne puis supporter plus longtemps un état qui se prolongerait indédnimeut avec votre séjour à Paris.
tt Je ne sais si vous en avez fait comme moi Tamère réflexion, mais cet essai de trois mois d'une demi-intimité, mal reprise et mal recousue, ne nous a pas réussi. Ce n'est pas là, mon ami, notre ancienne et irréparable amitié. Quand vous n'êtes pas là, je sens au fond du cœur que je vous aime comme autrefois; quand vous y êtes, c'est une torture. Nous ne sommes plus libres l'un avec l'autre, voyez-vous! Nous ne sommes plus ces deux frères que nous étions. Je ne vous ai plus, vous ne m'avez plus, il y a quelque cliose entre nous. Cela est affreux à sentir, quand on est ensemble, dans la même chambre, sur le même canapé, quand on peut se toucher la main...
<t Cessons donc de nous voir en ce moment, afin de nous revoir un jour, le plus tôt possible, et pour la vie. L'éloignement de nos quartiers, l'été, les courses à la campagne, qu'on ne me trouve jamais chez moi, voilà des prétextes suffisants pour le monde. Quant à nous, nous saurons à quoi nous en tenir. Nous nous aimerons toujours. Nous nous écrirons, n'est-ce pas? Quand nous nous rencontrerons quelque part, ce sera une joie, nous nous serrerons la main avec plus de tendresse et d'effusion
(1) Revue de Paris, 1905, t. !•% p. 102
62 SAIXTE-BEUVE. — l/lIOMME ET LE POÈTE
qu'ici. Que dites-vous de cela? Ecrivez-moi uu mot (l). » Sainte-Beuve, ému devant la souffrance de son ami, s'efforce de le calmer (7 juillet 1831) :
tt Je trouve en rentrant votre lettre, mon cher ami; elle m'étourdit et me bouleverse. Je la relis et redemande à ce papier s'il dit vrai et s'il ne dit pas au tre chose. Je repasse ma conduite depuis ces trois mois pour voir en quoi elle a pu vous blesser et rouvrir un passé que mon vœu était d'abolir. J'ai été avec vous comme autrefois etje vous ai cru aussi souvent le même. Par moments, j 'avais bien quelques doutes de ce qui pouvait rester en vous de tristesse et d'irréparable, mais j'attribuais votre air plus sombre à l'âge, à la vie plus avancée, et votre silence à ce que nous nous étions tout dit depuis longtemps et que nous nous connaissions à fond. Quant à l'autre personne que j'éviterai aussi de nommer, — bien qu'elle soit restée pour moi l'objet d'une atfeclion invincible et inaliénable, je ne crois pas l'avoir pu blesser par aucun retour vers un temps évanoui. Je ne l'ai jamais revue seule : quand vous n'y étiez pas, il y avait toujours des témoins, et mon intérêt ne se manifestait jamais que par des questions relatives à la santé et à l'état physique. . . Au surplus, mon ami, cette lettre qui m'accable et m'afflige beaucoup ne m'irrite nullement, j'ai un regret amer, une douleur secrète d'être pour une amitié comme la vôtre une pierre d'achoppement, un gravier intérieur, une lame brisée dans la blessure; j'ai besoin de me rejeter sur la fatalité pour m'absoudre d'être ainsi l'instrument meurtrier qui laboure votre grand cœur. Prenez garde, mon ami, je vous le dis sans aucune amertume, prenez garde, poète comme vous êtes, de trop remplir la réalité de votre fantaisie, de faire éclore des soupçons sous votre soleil et de prêter une oreille trop émue aux simples échos de votre voix (2). « Sainte-lieuve était sincère quand il affirmait à Hugo
(1) Revue de Paris, 1905, t. P^ p. 103,' lOV.
(2) Ihid., p. 104, 105.
VICTOR KT ADKf.K H 11 f. O »)3
son imiomur; à ce iiionu'iil-là il aiinail Adrlr, il osi vrai, mais avec la résoliilioii de loiijoiirs u rester dans le hoiiheiir permis v . La pièce inliliilée u I Kiiraiico d'Adèle " dans le Livre d'oniour, à la date du 1) août 1881, Taltesle elairemeiit.
Viotor Hiiyo répond par une letli'e (reffiision, li^ttic ma«];ni(i(|iie par sa franchise et par son èl()(|U(Mire. Il déplore ses mouvements de jalousie el les suj)plices qu'elle lui cause.
« 7 juillet 1831 .
tt .]o reçois votre lettre, cher ami, elle me navre. Vous avez raison en tout, votre conduite a été loyale et parfaite, vous n'avez blessé ni dû blesser personne... tout est dans ma panvre malheureuse tête, mon ami! Je vous aime en ce moment plus que jamais, je me hais, sans la moindre exagération, je me hais d'être fou et malade à ce point. Le jour où vous voudrez ma vie pour vous servir, vous l'aurez, et ce sera peu sacrifier. Car, voyezvous, je ne dis ceci qu'à vous seulj je ne suis plus heureux. J'ai acquis la certitude qu'il était possible que ce qui a tout mon amour cessât de m'aimer, que cela avait peutêtre tenu à peu de chose avec vous. J'ai beau me redire tout ce que vous me dites et que cette pensée même est une folie, c'est toujours assez de cette goutte de poison pour empoisonner toute ma vie. Oui, allez, plaignez-moi, je suis vraiment malheureux. Je ne sais plus où j'en suis avec les deux êtres que j'aime le plus au monde. Vous êtes un des deux. Plaignez-moi, aimez-moi, écrivez-moi (1). w
Sainte-Beuve, craignant qu'Adèle ne souffre du désarroi de son mari, supplie Victor de la ménager.
« Mon cher ami,
« Votre nouvelle lettre me comble à la fois d'affliction et de reconnaissance. Non seulement je ne vous en veux
(1) Revue de Paris, 1905, t. I", p 106.
pas de ce qui se passe, mais je vous en aime mieux que jamais. Tâchez, mon ami, tâchez de vaincre le malheureux et noir soupçon qui vous est né; je sais comhien une telle plaie est douloureuse, pudique, et comhien on rougit qu'une main y touche, même la main la plus délicate et la plus compatissante. Mais que n'avez-vous parlé plus tôt? Que n'avez-vous, par un mot de confiance, éloigné plus à temps pour vous Tauteur de ce tourment? Permettez-moi de vous dire encore : étes-vous sûr, sous Tinfluence de cette fatale imagination, de ne pas porter, dans vos rapports avec la personne si faible et si chère, quelque chose d'excessif qui l'effraie et resserre contre votre gré son cœur; de sorte que vous-même par votre soupçon la jetiez dans l'état moral qui réfléchisse ce soupçon et vous le rende plus brûlant. Vous êtes si fort, mon ami, si accentué, si hors de nos dimensions vulgaires et de nos imperceptibles nuances, que, surtout dans ces moments passionnés; vous devez jeter et voir dans les objets la couleur de vos regards, le reflet de vos fantômes (1). v. Ces paroles affectueuses rassérènent un peu Hugo :
a 10 juillet 1831.
« Votre lettre m'a fait du bien. Ob ! oui, vous êtes toujours et plus que jamais mon ami! Il n*y a qu'un bon et tendre ami comme vous qui sache sonder d'une main si délicate une douleur si profonde et si vive! Nous nous reverrons çà et là, nous dînerons quelquefois ensemble. Ce sera une joie pour moi. Kn attendant, mon pauvre ami, priez Dieu pour que le calme du cœur me revienne.
Je ne suis pas habitué à souffrir!
« Écrivez-moi. Ne m'abandonnez pas (2). ^5
(1) Revue de Paris, 1905, t. P^ p 107
(2) Ibid.,^. 108.
VICTOR KT ;\l)i:i.K HUGO 65
(le n'osl pas la hrouillc, les deux amis rostont atlachrs riiii à raulro, inaisSainlc-Bcuvc ir<'ii dciiHMire pas moins hanni do cette maison cpii na<{uère était un kome pour lui.
A partir de cette êpocjue, les relations deviennent plus rares, sans toutefois perdre leur caractère de coi'dialilé. Les deux écrivains, dans leur correspondance, s'occupent de sujets littéraires. De temj)s à autre percent leurs préoccupations secrètes; ils afiirment souvent la fidélité de leurs sentiments, a. le vous prie de croire, écrit Sainte- Heuve, mal«jré les absences et les silences (|ui dorment comme des fleuves infranchissables entre nous, au sentiment durable el profond (jui me reporte sans cesse à votre Elysée dont j'étais alors... (J). >
Quand paraissent les Feuilles d'antomnCy il écrit dans la Revue des Deux Mondes un article empreint d'un chaleureux enthousiasme (2). Quand sévit le choléra à Paris, il demande timidement la permission d'envoyer prendre des nouvelles de la famille Hugo.
« Si j'ai regretté (juehjuefois l'absence qui nous sépare, comme un mur sacré, c'est dans des moments comme ceux-ci (ju'elle me paraît douloureuse et presque affreuse surtout, quand une maison où il y a tant de tètes, et pour moi tant de sujets de sollicitude, me reste chose lointaine et inconnue. Si je l'osais, mon ami, et que je puisse espérer que vous le trouvassiez bon, j'enverrais tous les matins savoir comment va toute votre chère famille (3) n (8 avril 1832).
(1) Revue de Paris, 1905, t I", p 323
(2) Voici la coacliisiou de cet article : c Jamais jusqu'ici le style et le rythme de notre langue n'avaieut exécuté avec autant d'aisance et de naturel ces prodiges auxquels M Victor Hugo a su dès longtemps la contraindre; jamais toutes les ressources et les couleurs de l'artiste n'avaient été à ce point assorties Exquis pour les gens du métier, original et essentiel entre les autres productions de l'auteur... le recueil des Feuilles d'automne est aussi en parfaite harmonie avec ce siècle de rénovation confuse. " {Portraits contemporains, t. I", p. 429.)
(3) Ibid , 1905. t. I", p. 324.
Victor Hugo demande des services à Sainte-Beuve qui se met à sa disposition comme autrefois.
Le critique est aussi zélé que par le passé; il se démène, écrit lettres et articles, fait des visites pour soutenir la gloire du chef; le poète l'en remercie avec effusion : Cl Vous êtes une de mes religions, n'oubliez jamais ceci... J'avais besoin de vous dire que jamais vous n'aviez été plus cher et plus présent à ma pensée qu'en ce moment où je vous vois à peine (1) " (25 février 1833).
Un jour, Victor Hugo termine une lettre par ces mois : te Votre amitié est encore un des meilleurs endroits de ma vie. Je n'y songe jamais qu'avec attendrissement. Je relisais, l'autre jour, les Consolations. Où est-il ce beau passé? Ce qui ne passe pas, c'est un souvenir comme le vôtre dans un cœur comme le mien. Adieu, croyez bien que je n'ai jamais été plus digne d'être aimé de vous (2) . »
L'humilité de la dernière phrase a de quoi surprendre. Un «rand bouleversemenlvenaitde transformer l'existence de Hugo. Après une jeunesse et une vie conjugale irréprochables, l'auteur de Lucrèce Borgia se prenait en janvier 1833 d'une passion violente pour une actrice, Juliette Drouet, avec laquelle il nouait une liaison destinée à durer toute sa vie. Cet événement faisait scandale, Hugo souffrait dans son amour-propre du blâme attaché à sa personne.
Cependant Sainte-Beuve reste exilé, il tente de suggérer à Victor son désir d'une réconciliation plus complète :
ic Les événements qui sont survenais et qui devaient faire évanouir le reste des noirs nuages, votre silence absolu sur le fond même et la réparation de notre amitié, m'ont de plus en plus confirmé dans cette idée, contre laquelle je luttais, que c'était une chose finie pour cette vie... (3). Ti 11 lui réitère son admiration et l'intérêt qu'il
(1) Heime de Paris, 1905, t. 1", p 339.
(2) Ihid , p 339.
(3) Ibid., p 3/f2.
VI CTO II liT AI) H LE HUGO 61
piviulra loiijouis à ses siiccj's, mais il s'avoue avec hislosso (jiio rainilir u\ô,\\o el religieuse qui les iiniss.iil a cessé (le ré;[ner.
llujjo lui reproche douecmenl son amertume (lellre du 22 août) (1), Saiule-lieuve aussitôt revient à de meilleurs sentiments dans une lettre qui n'existe |)lus, niais qui devait être très humble, si l'on en juge par la réponse du poète :
a Mon ami, merci de votre lettre. Merci même de la première, puisqu'elle me vaut la seconde. Vous ne savez pas quel mal vous m'aviez fait et quel bien vous me faites... J'ai besoin de vous aimer et de me savoir aimé de vous. Cela est entré dans ma vie... Oh! Sainte-Beuve, deux amis comme nous ne doivent jamais se séparer. Ils font une chose impie... (2) v (24 août 1833).
Mais Sainte-Beuve ne prend pas son parti du bannissement qui lui est imposé, les mois se passent sans que la sentence soit rappelée. Il voit Adèle eu cachette ou du moins correspond avec elle, mais trop rarement à son gré; de plus, il vit dans une gène avoisinant la misère, l'inspiration poélique lui fait défaut; tandis que Hugo s'élève aux sommets glorieux de la poésie, lui se voit de plus eu plus réduit à la simple prose; l'admiration, le dévouement luttent eu lui avec le découragement et l'euvie, le culte de Hugo et la jalousie ne forment plus qu'un seul et même sentiment douloureux ; malgré son désir de conserver son amitié intacte, une sourde irritation le mine; un jour, dans un article, parmi des éloges, il laisse échapper quelques réserves sur les exagérations du poète; devant les plaintes amicales de Hugo il s'excuse (février ]834) (3); une fois de plus, les deux camarades du Cénacle semblent réconciliés; mais Tac-
(1) Revue de Paris; 1905, t. I", p. 3W.
(2J Ihid., p. 344.
(3) Ihid., p. 347. 348, 349.
calmie n'est que momentanée, Sainte-Beuve n'a pu prendre sur lui de pardonner tout ce qu'il a souffert et tout ce qu'il souffre de la part de son ami.
Dans sa lettre, Hugo, assez maladroitement, a associe le nom de sa femme aux reproches adressés à Sainte- Beuve. Le critique n'a pas relevé cette faute de tact, mais il a dû en être blessé. Un jour, ne se possédant plus, il lui écrit une nouvelle lettre violente que nous ne possédons plus. Cette fois la mesure est comble, Victor Hugo annonce la rupture définitive :
» .Mardi soir, 1" avril (1834).
c. Il y a tant de haines et tant de lâches persécutions à partager aujourd'hui avec moi, que je comprends fort bien que les amitiés, même les plus éprouvées, renoncent et se délient. Adieu donc, mou ami. Enterrons chacun de notre côté, en silence, ce qui était déjà mort en vous et ce que votre lettre tue en moi. Adieu.
VICTOK I:T ADKLK HIK.O
(Suite)
Certaines époques el certains milieux sont |)arfois traversés par des courants invisibles qui s'emparent des êtres et les dominent. Ces forces occullos sMm|)osent aux hommes et les entraînent presque maljjré eux; elles inspirent les idées et pénètrent les cœurs, elles enflamment les courages ou abattent les âmes, elles allument les passions ou exaltent les espérances; rien n'est plus irrésistible que ces contagions mystérieuses, mais rien n'est plus insaisissable. Xaguère nous avons vu des nations entières soulevées par Théroïsme le plus grandiose, à d'autres moments nous avons vu des millions d'hommes aveuglés par les préjugés les plus injustes.
Dans l'histoire du romantisme, les années 1832 et 1833 accusent le déchaînement d'un de ces ouragans intérieurs : un déraillement se produit alors chez les plus illustres écrivains de la France. En 1832, l'austère Vigny oublie ses élévations dans les bras d'une actrice. Aime Dorval ; en février 1833, Victor Hugo renie son passé auprès d'une autre actrice, Juliette Drouet; en automne de la même année, Musset et George Sand entament leur mémorable et orageuse liaison.
En été 1832, les rapports de Sainte-Beuve et de Mme Victor Hugo deviennent plus fréquents. La raisonnable Adèle subit à son tour l'épidémie ambiante.
Pour mieux embrasser le développement de cet amour, il est nécessaire de revenir en arrière.
Peudant trois années, nons le savons, Talfection de Sainte-Beuve pour Adèle s'enracina dans son cœur presque à son insu. Il essaya de lutter, il fit des absences répétées, il chercha des diversions, il évita la maison des Hugo, mais ses efforts demeurèrent inutiles, l'image de la femme aimée ne le quittait pas.
« Priez pour moi et aimez-moi un peu, écrivait-il à Victor Pavie, car je souffre d'horribles douleurs à Tcàme; toute ma poésie refoulée, tout mon amour sans issue s'y aigrissent et me dévorent. Je suis redevenu méchant (1) n (16 septembre 1830).
Bientôt sa passion le domine de telle sorte qu'il ne peut prendre sur lui de quitter Paris; ^ des raisons impérieuses et durables me retiennent ici, avoue-t-il à l'abbé Barbe. J'ai eu bien des douleurs dans ces derniers mois, de ces douleurs qu'on évite en gardant le port de bonne heure. La passion que je n'avais qu'entrevue et désirée, je l'ai sentie; elle dure, elle est fixée, et cela a jeté dans ma vie bien des nécessités, des amertumes mêlées de douceur, et un devoir de sacrifice qui aura son bon effet, mais qui coûte bien à notre nature (2). w
Sainte-Beuve, comme tous les poètes, exhalait ses sentiments dans des vers. Toutes les pièces composées à l'occasion de Mme Hugo furent gardées secrètes longtemps. En 1906 seulement, le recueil entier fut publié.
On a fortement malmené la mémoire du grand écrivain au sujet de cet ouvrage. Certes le Livre d'amour ne pouvait ajouter au prestige moral et littéraire de Sainte- Beuve, toutefois les historiens qui l'ont analysé ont, selon nous, trop aisément perdu de vue ses origines; emportés par une indignation compréhensible mais pas toujours clairvoyante ni équitable, ils ont attribué à l'auteur des intentions qu'il n'avait pas. Le Livre d'amour n'est pas
(1) Tli. Pavik, Victor Pacie, p. 79.
(2) Xourelle Correspondance, |i. 19
VICTOIt KT ADKI.K HUGO 71
iiiM' œuvre calcnlrc; rommr loiilos les uMivres l^ricjiies, il est rêpanclw'meiil iVuw cdMir ému cliercliant à rev<Mir ses éiiiolioiis (l'iine forme aiiisliijiie. Il a êlé éeril dans la plus stricte intimité, loin du public et destiné uni(|uement à celle qui occupait les pensées du poète. Kn composant ces vers, Sainle-Heuve suivait une impulsion, il ne visait pas à donner le clian«je à un puldic et a poser en homme à bonnes forlunes. ('c livre ne j)rétend pas être nue chronique, il est un roman en vers dans lequel Tauteur dit sou rôve d'être aimé. liCS littérateurs ont continuellement rêvé le bonheur sentimental et l'ont transporté dans leurs œuvres; dans tous les pays, les poètes et les romanciers ont voulu peindre la vie telle que leur fantaisie la leur suggérait et non telle qu'elle est; ils se sont consolés de leurs tristesses en imaginant la réalité de leurs espérances.
Pour ces raisons, nous ne saurions envisager le Livre d'amour comme une source d'information irrécusable, nous ne saurions pas davantage condamner son auteur pour crime de fatuité quand nous le voyons se réjouir de sa conquête. La vérité et la poésie y sont mêlées étroitement. Même après les révélations des dernières années, nous ne possédons pas encore les éléments suffisants pour démêler d'une façon incontestable le réel et l'imaginaire.
Au début du recueil, nous retrouvons les timidités envers la vie, les espérances et les doutes de Joseph Delorme. Les poètes des temps passés lui ont rendu la confiance dans sa destinée:
Ils m'ont dit, me voyant dans mon «Ime enfermé,
Malade et dévoré de n'avoir point aimé...
« Enfant, relève-toi, ton heure sonnera !
Vas, si tu veux aimer, tu n'as point passé l'âge (1). «
(i) Livre d'amour, p. 23, 24
Mais la fatalité lui fait aimer une femme mariée, l'épouse de son meilleur ami; son amour sans espoir s'aggrave de l'effort qu'il doit faire chaque jour et à toute heure pour dérober aux autres son secret :
N'avoir qu'un seul désir, n'aimer qu'un être au monde,
Ij'aimer d'amour ardente, idéale et profonde;
V'oir presque tous les jours et souvient sans témoins
Celte beauté,^<>bjel de mes uniques soins,
Lui parler longuement des doux secrets de l'âme,
De l'une et Tautre vie, et, sitôt que la flamme
Qui sort de son regard' s'est trop mêlé au mien.
Ralentir tout à coup le rapide entretien ;
Sous ma paupière en pleurs noyer mon étincelle;
Refouler les torrents de mon cœur qui ruisselle.
Me taire, ou lui parler d'un accent moins aimant,
De peur de donner jour à l'attendrissement ;
— Ou bien quand, près de moi, muette, indifférente, Elle livre au hasard sa rêverie errante.
Moi, devant qui toujours elle est seule, elle est tout, lîitre là comme un meuble, en silence, debout, N'oser, même d'un mot, ramener sa pensée, Mais grossir lentement ma douleur amassée. Et quand j'ai le cœur plein, sortir au désespoir,
— Sortir, — pour que peut-être elle songe, le soir. Que je fus bien distrait, bien ennuyé près d'elle. Pour que je lui paraisse un ami peu fidèle.
Et que, si quelque absence un jour nous séparait,
A m'oublier longtemps elle ait moins de regret;
Vivre ainsi, se gêner, mentir à ce qu'on aime;
Enchaîner cet aveu qui vole de lui-même ;
Mordre sa lèvre en sang, pétrifier ses yeux ;
En pâlir, en mourir... — et sentir que c'est mieux (!) !
Seul et loin d'elle, aux heures de loisir, il se plaît à évoquer l'enfance de cette femme qu'il a connue trop
(1) Livre d'mnour, p. 27, 28.
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tard. Toujours rllc s\\st (listiii;|ii(H' par sa hcauté iioMe et par SOI) charinc (riiKiolciicc.
Où iiaissciil (les iMMiilrs pareilles :\ la ticinie? Où surit les pas trainanls, l'alluiT ionicMine, I es noirs cluneiiv lustrés sur un col obsiurci, L'œil ai}|u d'épervier armant un fier sourcil... (1).
Un jour, un rtranjjcr la prit |)our une .\Ialtaiso; le poète, qui la connaît mieux, voit plutôt en elle une sainte Thérèse, tendre, s'imniolant sur la dalle humide aux pieds du Christ. Il raconte les premières années de la belle enfant.
La Rêveuse, lon<] temps muette, enveloppée, naquit en plein Paris et fut entourée d'affection; elle ne se môla pas aux jeux turbulents des autres enfants. Quoique raisonnable, elle avait un coin d'imagination qui lui permettait de se suffire à elle-même. « Je ne me rappelle pas m'être jamais ennuyée, tant j'ai toujours eu un monde à moi « (2), écrit l'héroïne du Livre iV amour au poète (3).
Elle quitta Paris, vécut en Bretagne, à Mantes, puis à Naples, mais dans ces voyages
Elle ne marquait pas ce curieux désir Illusion d'enfant, de vouloir tout saisir (4).
Elle vivait comme enveloppée en attendant l'heure où l'Amour éclorait en elle :
Aime donc, n'attends plus, Enfant, et sois aimée; Et puisqu'aux autres soins ton enfance est fermée. Epanche ton amour, — vers ta mère d'abord...
(1) Livre d'amour, p 35
(2) Ibid., p. 38.
(3) (le fragment doit être un extrait des lettres de Mme Hugo à Sainte-Beuve. M. Louis Barthou, dans la Revue de Paris du 1" août 1918, semble confirmer cette supposition.
(4) Livi'e d'amour, p. 40.
lA SAIXTE-BEUVE. — l/HOMME ET LE POETE
Pends-toi bien à ce cou qui jamais ne se lasse,
A ce bras le plus pur tjui jamais nous enlace... /
Marchant ù son côté, sois beureuse, sois fière...
Aime h dormir près d'elle, et pour elle h prier...
Mais un jour, Fépoux futur, le jeune homme énergique entrera dans sa vie.
Bientôt un ami fort calmera tes douleurs,
Séchera ta rosée et tes faciles pleurs...
Aime-le donc aussi, lui! c'était mon destin
De ne pouvoir, hélas! couronner ton malin.
Et ce passé, d'ailleurs, n'est plus rien que chimère;
Aime-le; puis ta fille, aime-la, jeune mère (1)!
Sainte-Beuve nous donne le récit de sa première visite à Tépoux d'Adèle (2). Le critique, tout d'abord, n'avait d'yeux que pour le maître; peu à peu, cependant, par une intimité continuelle, par de longues et douces conversations, il se prend d'intérêt pour la jeune femme et un jour ce sentiment devient pour lui une cause de douleurs.
J'eus le venin caché que le miel insinue, liCS tortueux délais d'une plaie inconnue, La langueur irritante où se bercent les sens!
Deux années durant, il refoule ses sentiments, mais
Un jour, comme j'entrais vers l'heure de trois heures. Chers instants consacrés et qu'aujourd'hui tu pleures. Il venait de sortir ; tu voulus, je m'assis.
Ils causent. Pour la première fois, le jeune homme,
(1) Lirie d'funour, p. 43, 44, 45.
(2) Voir les Iragnx-nts cités aux put{cs 46 et 47 du présent ouvrage.
VICTOR lîT ADKl.K HUGO T5
ôMiMii |)jir la hcaiiir siiprrhr dr son amir, «'proiivu' Irdrsir (ic lui plainv
l 11 iiioiiiont, au miroir, d'une main on arrit'^rc,
Hchout, lu (lôuouas les rhevcuv rejelrs;
.1 allais^orlir alors, mais tu me dis : liesttz!
Va sous tes doi|{ts pleuvant, la chevelure immense
i'AJialail justprà moi des senteurs de semence.
Armce ainsi du pcijine, on eut dit h la voir
l ne jeune Immortelle avec un easque noir.
Telle tu m'apparus, d'un air de Desdémonc,
O ma belle Guerrière! et toute ta personne
Fut divine h mes yeux. Depuis ce jour, tout bas... (1).
Elle a siil)i, sans s'en douter, le même sortilège; elle aussi pourra dire comment le secret de son ami a commença de couler dans son sein v, son « étonnemeut suivi de tant de joie « et sa ci première atteinte « :
Tandis qu'ignorant tout et rebelle à l'espoir.
De peur d'aigrir mon mal, j'évitais de te voir...
A ce coup insensé qui déchirait la trame,
Ton éveil en sursaut, calme et paisible femme.
Toi jusqu'alors égale et d'entière beauté.
Depuis huit ans assise en ta félicité,
Ton cri hagard, la foudre éclatant dans ton rêve...
L'amertume du philtre et la douleur du glaive (2).
Adèle s'était mariée en octobre 1822; l'heure où elle s'aperçut de son inclination pour Sainte-Beuve arrivait après huit années de tranquillité; cet événement doit donc se placer à la fin de l'année 1830, à l'époque où Sainte-Beuve, effrayé du danger, se résolvait à ouvrir les yeux de son ami et lui écrivait la lettre commençant
(1) Licre d'amour, p. 67, 68, 69.
(2) I/jid , p. 56, 57.
par ces mots : ^< Mou ami, je n'y puis tenir... - (Voir pages 54 à 56 (la présent ouvrage.)
Il se déclare prêt à se saciifier.
Son plus grand souci est de préserver Adèle de toute souffrance :
Oh ! que son jeune cœur soit paisible et repose, Que rien n'attriste plus ses yeux bleus obscurcis! Pour Elle le sourire ou les larmes sans cause! Pour moi les vrais soucis!
Pour moi le sacrifice et sa brûlante veille, Le silence et Tennui de ne rien exprimer, Comme au novice amant qui croit que c'est merveille Qu'on puisse un jour l'aimer!
Pour Elle les trésors de la mélancolie, La paix du souvenir,
Un sommeil sans remords avec Tessaim fidèle. Et les songes légers de l'amour sans effroi! Amour! abeille d'or! ô tout le miel pour Elle, Et l'aiguillon pour moi (1) !
Pendant six mois, on s'en souvient, les amis tentèrent un essai de vie en commun :
Ces six mois de tourments, toi seule peux les dire (2).
Tous trois en souffrirent également, Victor Hugo finissait (() juillet 183J) par prier Sainte-Beuve de ne pins fréquenter sa maison (page 61 du présent volume). Le
(1) Cette pièce, composée en 1830 et publiée dans la Rente des Deux Mondes le 1" janvier 1832, figure dans le roman Arthur, que Sainte-Beuve ébaucha en pensant à Adèle Hugo. Il a changé volontairement la couleur de ses yeux (jui en réaUté étaient bruns [Livre d'amour, p. 20, 30).
(2) Livre d'amour, p 57.
VICTOR ET ADÈLE HUGO Tt
critique rôpoiulait (riin Ion «nnical pour (ran(|uillisor sa jalousie. A celle dale, eu efiel, il voulait j)ersister dans ses houues résolulions. Il se savait aimé, mais il était résolu à u rester dans le bonheur permis" , à ohéii* à « ce devoir de sacrifice (|ui coule hien à notre nalure ^ , dont il |)arle dans sa letlre à son ami abhc (1).
Kn juillet 1831, Saiule-Heuve recevait donc son cou^jé; Victor Hu<jo le lui avait si<|nifié dans les termes les phis affectueux, mais ce n'eu était pas moins Texil. Il Iniver sait un de ces carrefours de la vie où l'homme est mis en demeure de choisir nettement sa voie. [,e moment était solennel. Le reste de son existence, son presti'je même auprès de la poslérité en dépendaient. A une heure semblable, un homme énergique, un Goethe, n'hésitera pas et se lancera dans la voie du renoncement. Sainte-Beuve, avec sa volonté faible, tergiverse. Il s'égare dans des régions dont un homme d'honneur devrait se tenir éloigné à tout prix.
Il avait pris des résolulions généreuses. Mais, à l'intérieur, des ennemis trop puissants les combattaient. Depuis sa première jeunesse, l'obsession de l'amour terrestre le poursuivait :
Volupté, volupté traîtresse Qui toujours reviens et séduis, Qui, sur le soir de la jeunesse, Encore appesantis mes nuits.
Qui n'as quW vouloir ton esclave, Et, comme autrefois, l'enlaçant, Fais fuir l'étude déjà grave Et le calme recommençant... (2).
Sainte-Beuve était un être singulièrement influençable; le milieu où il vivait n'offrait aucun antidote au
(1) \ouvelle Correspondance, p. 19.
(2) Lirre d'amour, p. 131.
mal qui le minait; bien plus, la vie de Paris attisait u Texcitation des sens « et u réchauffement d'imagination 15 dont il souffrait... a des spectacles journaliers, mortels aux scrupules, venaient les redoubler en moi » , nous dit-il.
tt Vous ne sauriez vous faire qu'une pâle idée... du Paris d'alors, tel qu'il était dans l'opulence de son désordre, la frénésie de ses plaisirs, l'étalage émouvant de ses tableaux
Cl ... En passant sur les places et le long des rues, j'observais mal le précepte du Sage et je laissais ma vue vaguer çà et là : mon coup d'oeil oblique, qu'on aurait juqé nonchalant, franchissait les coins et perçait les murailles (1). »
H existe un préjugé masculin qui veut que la femme soit à la disposition de riiomme pour ses plaisirs. En exploitant la femme, l'homme, selon ce point de vue, exerce un droit sacré, presque un devoir. « Les matérialistes, écrivait Sainte-Beuve en 1834 (et de nos jours la plupart des hommes le sont du moins en pratique) envisagent le fait de volupté comme indépendant presque du reste de la conduite, les plus physiologistes vous parleront même d'une réaction réputée avantageuse au cerveau. Les pères, frères aînés et tuteurs, dans les conseils qu'ils donnent à ce propos, en font communément une affaire d'hygiène, d'économie, de régularité. Il y a dans tout ceci un oubli profond du côté le plus essentiel et le plus délicat (2). -)
Sainte-Beuve, quand il jetait les yeux autour de lui, voyait de nombreux exemples d'hommes enviés, admirés même pour les scandales de leur vie privée. Chateaubriand, l'écrivain le plus en vue et le père de l'école romantique, conciliait un catholicisme fervent avec des
(1) loluplé, p. 86.
(2) Ihid., p. 132.