AVANT-PROPOS IX
pour une idée ou pour une doctrine qu'il découvrait pour Ici première fois. Il se donnait alors à elle, entièrement, sans arrière-pensée, sans réserve, sans espoir et sans désir de retour ou de reprise, et cela non pas pour la comprendre simplement, mais pour s'y appuyer et pour en vivre. On se rappelle la belle parole de Taine : « Il n'y a au monde qu'une œuvre digne d'un homme, l'enfantement d'une vérité à laquelle on se livre et à laquelle on croit. » Cette noble devise, dans ses premiers moments de ferveur, Sainte-Beuve n'était pas bien loin de la faire sienne, et même plus d'une fois, je soupçonne que dans son for intérieur il a dû y adhérer pleinement. Pour ne toucher ici qu'un point, capital à vrai dire, de la biographie psychologique du poète des Consolations, il ne me paraît pas qu'on ait encore étudié d'assez près, analysé assez à fond son très curieux état d'âme au moment où Lamennais consomma sa rupture avec l'Eglise. Peu en furent plus douloureusement surpris et plus intimement attristés que Sainte-Beuve, et il faudrait sans doute de longues pages pour peindre la brusque déception, et l'abattement profond, et l'isolement moral où il se sentit tout à coup plongé par celle soudaine défection. « Rien n'est pire, sachez-le, osait-il écrire dans un article sur les Affaires de Rome, que de provoquer à la/bi les âmes et de les laisser là à l'improviste en délogeant. Rien ne les jette autant dans ce scepticisme qui vous est encore si en horreur, quoique vous n'ayez plus que du vague à y opposer. Combien fai su