Y1H AVANT-PROPOS
faut-il pas s'empresser d'ajouter que cette servilité a été de sa part tout à fait inconsciente, que ce manque de goûta été entièrement involonfaire ; bref, que Sainte- Beuve a été la première dupe des sentiments qu'il exprimait alors? Très sincèrement, et j'oserai dire très naïvement, — car il y a eu en lui plus de naïveté qu'on ne pense communément, — il a cru à l'excellence politique et sociale du nouveau régime ', et il s'est tout simplement étonné que tout le monde ne partageât pas sa propre ferveur d'enthousiasme pour ce pouvoir réparateur. Un peu plus tard, sous l'influence croissante de Renan, de Scherer et de Taine, il a cru non moins naïvement à la vertu libératrice et moralisatrice de l'incroyance religieuse, et l'on sait son rôle et ses discours au Sénat. Dans tout cela, j'ai beau faire, si je vois bien une extrême mobilité d'impressions et une grande facilité de métamorphoses, je ne trouve pas celte souriante et tranquille indifférence qui me paraît être « l'essenca » du scepticisme.
La vérité, si je ne me trompe, est celle-ci. Très mobile, certes, et très passionné, très prompt à s'éprendre comme à se détacher, à la fois ardent et inquiet, le premier mouvement de Sainte-Beuve était toujours de s'enthousiasmer, et qu'il me soit permis de dire de s' e7nb al 1er
i. «En vieillissant, écrivait-il dès 1841, on revient au pouvoir absolu pur et simple. » (Lettre à Renduel, datée du 25 septembre 1841 et citée par Julien, Revue des Deux Mondes, janvier 1896).