‹ Sainte-BeuveChapitre 12 sur 163 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

éprouver de ces froissements intimes qui chez lui, étaient toujours le signe avant-coureur d'un détachement et d'une rupture : un accueil moins aimable, la constatation d'une de ces faiblesses inhérentes à la pauvre nature humaine, et dont les meilleurs d'entre nous ne sont pas exempts, moins que cela, un silence involontaire, un mot mal compris ; et tout aussitôt il entrait en défiance et en soupçon ; il se surveillait, il se reprenait; tout effort pour le retenir n'aboutissait qu'à l'aigrir et à le détacher davantage. N'étant pas assez philosophe pour prendre aisément son parti de ces misères inévitables, plus capable de tendresse que de bonté, de passion que d'indulgence, et de rancune que de charité, il ne savait pas distinguer et séparer les personnes des idées qu'elles représentaient, et il faisait payer aux unes les déceptions que lui avaient causées les autres. La rupture consommée, les parties les moins nobles de sa nature entraient alors en jeu : la jalousie, l'amourpropre, la vanité blessée, l'envie parfois, tout cela servi par son impitoyable faculté d'analyse, se donnait alors libre carrière. Il croyait avoir été dupe ; ou plutôt, il craignait de l'avoir été, et il voulait se persuader à luimême et aux autres qu'il ne l'avait pas été. Et c'est alors qu'il affectait, à l'égard des doctrines ou des hommes dont il avait un instant subi la séduction, une indifférence, un scepticisme dont il avaitété très loin de s'aviser tout d'abord. Il arrivait à croire qu'il s'était prêté, qu'il ne s'était pas donné, qu'il avait tenté une simple expérience

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