‹ Sainte-BeuveChapitre 14 sur 163 · XIV AVA»T-PR0P · texte numérisé non relu

XIV AVA»T-PR0P

garde contre certaines idées et certains jugements do Sainte-Beuve, mais qui, dans l'ensemble, n'entament pas, ou n'entament guère la rare valeur de son œuvre critique. Après tout, et de quelque façon qu'on s'y prenne, on n'expulsera jamais complètement tout élément subjectif de la critique et de l'histoire. Il faut être objectif, impersonnel, c'est entendu ; mais il faut bien se rendre compte que, dans tout ce qu'on appelle si improprement les sciences morales, les mots d'impersonnalité, d'objectivité expriment un désir, d'ailleurs louable, un effort, digne d'ailleurs d'encouragement, bien plutôt qu'une vivante réalité. Quelque effort que l'on fasse pour « sortir de soi », pour « enrichir son esprit de tout ce qu'on peut puiser dans les autres esprits », un moment vient où il faut juger ; et au nom de quoi jugerait-on, sinon au nom d'une sensibilité affectée de telle ou telle manière, ou d'une philosophie conçue de telle ou telle façon ; et qu'est-ce qu'une philosophie, fût-ce même la plus épurée, la plus dégagée — en apparence — d'éléments sensibles ou personnels, sinon la projection d'un moi humain sur l'univers ? Voilà pourquoi notre critique vaut toujours ce que nous valons nous-mêmes, et voilà pourquoi celle de Sainte-Beuve vaut en somme beaucoup. Ce sont les impressions et les idées d'un esprit très fin, très averti, extrêmement souple et intelligent, qui a fait, ou à peu près, le tour de toutes les idées de son temps et de la plupart des siècles antérieurs. Longtemps encore, il y aura profit

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