XX AVANT-PROPOS
moins théorique et systématique, plus confiante au sentiment immédiat du eoût» : « J'avoue ma faiblesse ; nous sommes devenus bien plus forts dans la dissertation crudité, mais j'aurai un éternel regret pour celte moyenne et plus libre habitude littéraire, qui laissait à l'imagination tout son espace et à l'esprit tout son jeu ; qui formait une atmosphère saine et facile où le talent respirait et se mouvait à son gré : cette atmosphère-là, je ne la retrouve plus, et je la regrette. » Un Horace ou un Gray, ou Racine ou un La Fontaine n'eussent pas mieux dit.
Et c'est pourquoi sur bien des questions il y a à revenir après Sainte-Beuve ; sur bien des points on peut pousser plus loin que lui, mener avec plus de rigueur et de constance l'enquête qu'il a lui-même si ingénieusement commencée ; et sur bien des points aussi, on pourra, faits et textes en mains, conclure tout autrement que lui. Certes, on ne peut demander par exemple à l'auteur d'un simple article sur Lamennais d'avoir longuement comparé entre elles les différentes éditions de l'Essai sur V indifférence; mais, — pour m'en tenir à un sujet que je commence à assez bien connaître, — il ne sera plus permis d'écrire comme l'a lait Sainte-Beuve deux volumes sur Chateaubriand, et de n'avoir pas plus attentivement qu'il ne l'a fait examiné les différents textes du Génie du Christianisme, et consulté, — il l'aurait pu faire, — les variantes de l'édition de Londres. Surtout, il sera désormais interdit, dans une étude ciussi